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à l'Ordre son caractère de gravité. L'objection n'est qu'une plaisanterie.
L'École de Médecine nous rouvre ses portes : étudiants, étudiantes, reçoivent les mêmes leçons deS mêmes professeurs ; les deux sexes se livrent aux mêmes travaux et aspirent au même bonnet de docteur qui leur est également conféré suivant le degré de mérite et de savoir. Et cependant l'École de Médecine ne croit rien perdre de sa dignité ni de sa gravité en agissant ainsi. D'où viennent donc alors les scrupulesdes Loges ? Quelles prérogatives défendent-elles avec un soin si jaloux, si ce n'est celles de l'habitude?
Vous avez donc frappé un grand coup, mes Frères, en rompant avec les vieilles traditions consacrées par l'ignorance. Vous avez eu le courage d'afïronter les rigueurs de l'orthodoxie maçonnique. Vous en recueillerez les fruits. Vous êtes, aujourd'hui, considérés comme hérétiques, parce que vous êtes des réformateurs. Mais comme, partout, la nécessité des réformes s'impose, vous ne tarderez pas à triompher.
Un grand mouvement d'opinion se fait en faveur de l'affranchissement des femmes. Nous sommes au début, aussi rencontrons nous desdifTicultés, tant les préjugés séculaires sont encore fortement enracinés dans les esprits ; ceux qui s'en croient le plus dégagés subissent, à leur insu, le joug de la légende. Depuis le commencement du monde, la femme est un être^ déclassé; c'est, pei mettez-moi le mot, une valeur méconnue. La religion l'a déclarée coupable. Une fausse science a affirmé qu'elle est incapable. Entre ces deux extrêmes, un terme moyen s'est établi et on a dit ; a La femme est un être de sentiment; rhomme« est un être de raison !... » On a cru faire une trouvaille, croyez-le bien.
En raison de ce jugement, on a conclu que la femme,.
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être sensible, affectif, impressionnable, est inhabile à la direction des affaires et d'elle même. Il appartient donc à l'homme de faire la loi, à la femme de s'y soumettre.
Inertes, il n'est- pas difficile de prouver que cette classification est absolument arbitraire, conséquemment factice. 11 n'est pas donné à l'homme de distribuer les rôles, puisqu'il n'a pas di-tribué les facultés. Il s'égare étrangement en tranchant du Créa eur. Tout comme le reste des êtres, il est le produit d'une force primordiale consciente ou inconsciente. Ce n'est pas le lieu, ici, de discuter.
La nature a fait les races, les espèces, les sexes ; elle a fixé leurs destinées. C'est donc elle qu'il faut observer, qu'il faut consulter, qu'il faut suivre. Quand elle gratifie les individus d'aptitudes, c'est pour qu'ils les développent. A la capacité appartient la fonction. La femme a un cerveau, il doit être cultivé ; personne au monde n'a le droit de circonscrire l'exercice de ses facultés. 11 y a des femmes qui ont beaucoup d'esprit ; il y a même des hommes qui n'en ont pas, et ce dernier fait n'est pas rare. 11 reste à chacun de poursuivre sa voie.
Il est à remarquer que c'est dans l'espèce humaine seule que cette prétendue inégalité intellectuelle des sexes se produit. Dans tout le règne animal, voire même sur les degrés les plus élevés, mâles et femelles sont également estimés. Prenez les races chevalines, canines, félines, et vous en aurez la preuve.
Cette dépréciation du type féminin en humanité détonne sur l'ordrj général. Elle n'est assurément qu'une invention masculine que l'homme paie cher sans s'en douter. Il subit, par les transmissions héréditaires, les tristes effets de l'abaissement féminin, puisque dans l'œuvre de la procréation, il y a univer-
mental, on fait valoir Taction salutaire et bienfaisante de la femme vertueuse.
Mais nous l'avons dit déjà : dans la vie domestique, la vertu de la femme porte l'empreinte de la subordination. Soumise au code des forts et des superbes, on lui impose plus de devoirs et on lui donne moins de droits. Dans ces conditions d'infériorité, la femme ne peut avoir une conception bien nette ; et la preuve, c'est qu'elle admet une morale pour ses filles et une morale pour ses garçons. Quand elle proteste au nom de la raison, on décline sa compétence ; quand elle invoque le sentiment, on lui oppose la passion. En somme, elle ne modifie en rien l'état général des mœurs ; elle en est le plus souvent dupe et victime; et il lui est donné plus d'une fois d'assister à la ruine et à la perte des siens, par conséquent d'elle-même.
C'eit donc sous ces deux formes, religieuse et licencieuse, que la puissance féminine se manifeste à travers les âges. Feuilletez l'bistoire, arrêtez vous à chaque règne, à chaque époque, vous rencontrerez fatalement deux types prépondérants dont les expressions les plus fameuses sont M"' de Maintenou et M°" de Pompadour. Il arrive même, en plus d'une occasion, que ces deux caractères se confondent. Notresoclété estdonc travaillée ■en deux sens dont aucun n'est le droit.
La classification anormale de la femme dans le monde l'a rendue puissante pour le mal et impuissante pour le bien. Ce qu'on lui a fait perdre en raison, la passion l'a gagné. Partout où la raison abdique, la passion règne, c'est-à-dire le désordre.
Nous pouvons affirmer hautement que la femme a été détournée de sa mission par la convention sociale. La nature l'a faite pour être l'agent moral, éducateur, économique et pacifique.
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Malheureusement, la femme, dans sa situation inférieure, n'a jamais pu être l'organe, l'avocat, le défenseur de ses propres idées, lesquelles n'ont pu être représentées que d'une façon indirecte et inexacte.
Il y a pourtant là des éléments indispensables au développement de l'humanité et à son progrès. Pourquoi les travaux sociaux ont ils été et sont- ils encore nuls comme résultats ? C'est parce qu'ils sont incomplets ; ils n'ont porté en aucun temps le sceau de la dualité humaine.
Ah ! si la Franc-Maçonnerie avait été bien pénétrée de l'esprit de son rôle; si elle eût pris l'initiative, il y a seulement quarante ans, elle eût accompli la plus grande révolution des temps modernes, elle eût évité bien des désastres.
Il est facile de le démontrer. La Franc-Maçonnnerie est une association revêtue d'un caractère universel et séculaire, ses origines se perdent dans la nuit des temps ; elle n'a pas d'équivalent dans le monde, sinon la Société catholique. La Franc-Maçonnerie, ennemie des superstitions, de l'erreur, est l'adversaire naturelle de l'Église. Cependant, par une étrange contradiction, la Franc-Maçonnerie, au sujet des femmes, suit les errements du catholicisme, ce qui stérilise en grande partie ses efforts et ses actes. C'est là l'objet d'une grande méprise.
Comment la Franc-Maçonnerie, antagoniste du clergé, haïe par lui,n'a-t-elle pas compris que l'introduction de la femme dans son ordre était le moyen le plus sûr de le réduire et de le vaincre? Elle avait à sa disposition l'instrument de la victoire, elle Ta laissé inerte dans ses mains.
L'admission de l'élément féminin était pour la Franc-Maçonnerie un principe de rajeunissement et de longévité. La famille maçonnique se serait assimilé la
famille privée, elle aurait élargi ses vues, agrandi ses horizons ; elle aurait répandu la lumière, expulsé le fanatisme ; car la femme est cléricale bien plus par désœuvrement, découragement, que par tempérament.
La femme franc-maçonne transmettait aux siens les impressions reçues dans les Loges ; elle inoculait à ses enfants le sentiment de la vie collective, car la famille est le groupe initial, la société principe, la cité élément. C'est dans la famille que l'individu reconnaît son impuissance à se suffire à lui-même. C'est là qu'il apprend à s'oublier un peu pour penser aux autres et s'y attacher. Mais il ne faut pas que ses sentiments de fraternité s'arrêtent au seuil du foyer. Il faut lui faire comprendre que les intérêts de la famille sontiiés aux intérêts de la commune ; que les intérêts de la commune sont liés aux intérêts de la cité ; que ces derniers se confondent avec ceux de la Patrie, et que tout l'ensemble est contenu dans cette vaste synthèse qu^ s'appelle l'humanité.
L'exclusion de la femme a produit les effets contraires. Eloignée des questions d'intérêt général, étrangère aux affaires publiques, elle a concentré ses énergies, son intelligence, ses dévouements sur les siens. Leur enrichissement, leur prospérité, leur grandeur sont devenus son objectif. De telle sorte qu'il y a antagonisme entre la famille et la société : la première veut tout tirer de celle-ci et lui donner le moins possible.
Nous sommes dévorés, à l'heure présente, par un népotisme effréné. Nous aurions mille exemples à donner.
Vous choisissez, pour mettre à la tête des affaires publiques, un homme que vous pensez capable ; dès qu'il est nommé à ces hautes fonctions, il profite de sa situation prépondérante pour nommer aux premiers
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emplois quelques-uns des siens. Ceuxrci sont souvent médiocres, les capacités étant rares. Il s'ensuit que, pour un homme habile, vous vous êtes mis sur les bras quatre ou cinq nullités. Il reste alors à savoir si les services que pourra rendre l'homme capable compenseront suffisamment les sottises que commettront, inévitablement, les quatre ou cinq imbéciles susdits.
Pour combattre cette tendance funeste, pour faire une concurrence efficace à l'égoïsme familial, la transformation de la famille s'impose; elle n'aura lieu qu'en demandant à la femn^e son concours, en faisant d'elle, à titre égal, une collaboratrice assidue.
Non seulement vous aurez fait alors l'acquisition d'un moteur dont la mise en jeu, jusqu'ici, n'a pu s'effectuer dans des conditions conformes à la nature, et dont l'impulsion a été détournée fatalement de son véritable sens, mais encore vous saisirez du même coup la jeune génération à son début, l'enfant, en un mot, qui reçoit delà mère, avec les premiers alimeiits du corps, les premiers aliments de l'esprit. Par la mère, vous vous emparerez de l'éducatioD, vous la rendrez nationale, vraiment collective, humanitaire, ce que n'ont jamais tenté de faire aucun collège, aucun lycée, enfin aucune institution, soit religieuse, soit laïque.
La Franc-Maçonnerie deviendra une école où se formeront les consciences, les caractères, les volontés î école où l'on se persuadera que la solidarité n'est pas un vain mot, une théorie fantaisiste, mais une réalité, c'est-à-dire une loi naturelle, irréfutable, suivant laquelle tout individu a autant d'intérêt à accomplir ses devoirs qu'à exercer ses droits.
Vous préparerez ainsi les matériaux d'une véritable démocratie.
Permettez-moi d'ajouter un mot pour finir.
Il est supposable que l'orthodoxie franc-maçonne
nous interdira quelque temps encore l'entrée de ses temples, et qu'elle continuera à nous considérer comme profane. Cela ne saurait nous émouvoir. Vous travaillerez activement à la faire revenir de son erreur. En somme, ce qu'on dit chez elle, on le dit chez vous: « Nous sommes bien ici, nous y resterons. »
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LES DROITS DE L'ENFANT
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CONFÉRENCE FAITE EN DÉCEMBRE 1876, AU PROFIT DE l'ÉCOLE LAÏQUE DU IX* ARRONDISSEMENT,