‹ Évocation des espritsChapitre 5 sur 8 · DEUXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE

Mon cher ami,

Je vous ai dit, dans ma précédente lettre, comment ma tille était parvenue à obtenir ces vies, qui font déjà tant de bruit dans notre petite ville. Maintenant il me reste à répondre à quelques objections que vous m'avez soumises. Pourquoi, m'avez-vous dit, la vie, de saint Louis, par exemple, n'est-elle pas dictée dans le langage du treizième siècle? Getle question fut faite à ce saint , qui nous a répondu : Que ses ouvrages, destinées aux premières comme aux dernières classes de la société , et devant concourir à un but marqué par Dieu , ne peuvent et ne doivent être écrits que dans la langue la plus répandue, afin d'être à la portée de tous; d'ailleurs, les personnes qui attribueraient ces ouvrages à une enfant de quatorze ans, seraient-elles plus convaincues s'ils étaient dans une langue étrangère, sinon au pays, du moins au siècle présent?

Parmi les personnes qui ont assisté à ces dictées,

les unes ont avoué franchement leurs convictions; les autres se sont refusées à l'évidence d'une chose qui, de quelque côté qu'elle soit tournée, surpasse l'intelligence , soit qu'on admette sa source surnaturelle, soit, chose plus extraordinaire, qu'on reconnaisse Ermance comme auteur de ces œuvres ; mais pourquoi ce raisonnement bien simple ne s'estil pas offert à l'esprit des incrédules : f Si ma fille avait un pareil talent , ne serais-je pas le premier à m'en féliciter et à le publier, au lieu d'en attribuer tout le mérite à des êtres surnaturels, ne lui laissant, à elle, que celui d'être un instrument aveugle? Mais, me direz -vous, quel est ce but ? Je n'ai pour toute réponse qu'un : Je ne sais pas. Permettez cependant quelques conjectures : ne serait-ce pas pour renverser l'athéisme, en le privant de sa seule base, le matérialisme , que l'immortalité de l'âme rend impossible? Ne serait-ce pas pour donner la conviction à tant d'âmes qui doutent , et le doute à tant d'autres qui sont endurcies? quand ce ne serait que ce dernier motif, quelle victoire éclatante ne donnerait-il pas à l'Église, en lui ramenant tant d'âmes égarées ?

Une personne respectable de la ville me présenta ainsi que ma fille à un célèbre prédicateur qui était en mission ici à cette époque; j'avais sur moi les conseils cités dans ma première lettre ; je les lui

montrai, et lui en dis la source. Un : c'est étonnant ! échappé malgré lui, me ût connaître l'effet qu'ils avaient produit. Interrogé sur son opinion, il me dit qu'il était persuadé que ce n'était pas saint Louis mais un démon qui cachait ses pièges sous de bons conseils pour nous en imposer ; à l'appui de cette assertion ; il me cita l'histoire d'une jeune fille que des miracles, faits devant des personnes dignes de foi , avaient fait considérer comme une sainte, et qui, en réalité, était possédée du démon , comme on le reconnut plus tard. Mais qu'elle apparence y a-t-il que Satan aille chercher à nous perdre, en nous tenant le langage des Paul, des Augustin? Admettons-le, cependant; pourquoi, depuis près de deux ans que nous nous livrons à ces entretiens d'outre-tombe, l'esprit du mal ne se serait-il pas trahi par une pensée ou même par un mot? Il est vrai que nous nous sommes toujours tenus hors du cercle de cette science que l'Église a frappée d'une sorte de réprobation; jamais nous n'avons adressé une question qui pût donner lieu à ces dialogues impies qui ont fait sinon défendre, du moins désapprouver l'évocation des esprits 5 d'un autre côté, les élus et les esprits célestes ont veillé sur nous avec une vigilance qui ne s'est pas démentie une seule fois et qui a éloigné

tout danger, circonstances qui viennent encore à

l'appui do l'opinion que j'ai émise plus haut.

11 restait aux incrédules un dernier retranchement : ma fille, disaient-ils, apprenait par cœur la vie en question, puis elle l'écrivait, — sans se douter que ce fût-elle, ont ajouté quelques autres. N'eussiez-vous aucun bon sens, je ne me serais pas occupé de répondre à cette dernière objection; quant à la première, voici ma pensée : Si, comme ils le disent, ces vies n'étaient que des copies, d'où viendraient les préfaces si remarquables , le morceau de l'entrée de saint Louis en Paradis et les éclaircissements donnés à l'histoire elle-même? Admettons qu'Ermance les ait puisés dans son imagination; mais dites-moi dans toute la sincérité de votre âme, s'il est possible que la personne la mieux douée de mémoire puisse, en causant, en riant, en écoutant et en répondant à plusieurs questions , écrire, sans faute de mémoire, un fragment d'histoire appris antérieurement? Que serait-ce donc si j'ajoutais que ces dictées, pour la plupart, ont été faites devant des personnes étrangères et presque toujours, à l'improviste?

Un fait bien plus extraordinaire, dont plusieurs personnes ont été témoins, contribuera puissamment à détruire cette conjecture : après avoir dicté sa vie, chaque esprit a demandé à la repasser, afin d'ajouter des circonstances omises; sans mettre le

manuscrit sous les yeux du médium, ils ont fait des renvois en indiquant la page et la ligne où ils devaient être placés. Le passage relu à haute voix, sans y rien ajouter ou retrancher, ne présentait aucune coupure, ni aucun mot mal placé, quoique souvent il arrivât qu'ils tombassent au milieu d'une phrase.

Permettez-moi de vous citer une nouvelle anecdote : une dame de Paris, haut placée dans la littérature, après avoir lu la préface de saint Louis, fut si frappée de la sagesse des pensées, qu'elle fit, exprès pour voir ma fille, le voyage de Fontainebleau avec un de ses amis, M. M. . . de F. .., exdéputé. Ces deux personnes, qui avaient craint un dérangement dans mes facultés mentales, ne tardèrent pas à être complètement convaincues. La dame qui avait été frappée par de grands malheurs, après avoir reçu de saint Louis diverses consolations, lui demanda de lui faire une prière qui lui fût particulière ; voici celle qu'il nous dicta :

Saint Louis , vous que Dieu a fait passer sur cette terre d'épreuves, daignez intercéder pour moi près de Dieu, notre souverain seigneur; rappelez-vous que vous avez été notre Roi et que vous avez toujours protégé les malheureux. C'est avec un cœur déchiré par les épine* qui bordent

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