PAST D
« En résumé, dans l’ensemble des observations que nous avons pu faire sur un nombre relativement important de cancers épithéliaux, nous avons rencontré souvent des figures variées qui pouvaient donner l'apparence de parasites intracellulaires à l’état amœæboîïde ; mais, étant donné l'absence complète de formes de reproduction absolument indiscutables, nous ne nous sommes trouvés, en aucun cas, autorisés à ranger d'emblée ces productions parmi les coccidies, ni mème à admettre seulement leur nature parasitaire, qui;-dans -l'état actuel de la question, n'est pas suffisamment établie. »
M. Steinhaus {1}, dans un mémoire tout récent sur la question des inclusions cancéreuses, reprend le sujet que j'avais traité il y a deux ans, etils’attache à démontrer que les formations décrites par Wickham {il cite textuel'ement le nom de l’auteur), sont ou des formations endogènes, ou des dégénérations cellulaires.
M. Sodakewitch (2) a publié dernièrement un mémoire important sur la question du parasitisme dans le cancer. Au début de son mémoire, il distingue deux catégories d'auteurs; ceux qui admettent les coccidies et ceux qui rattachent les figures décrites à l’évolution cellulaire :
« Les cinq dernières années ont vu paraître des descriptions de plus en plus fréquentes de divers corps inclus dans les cellules cancéreuses. Quelques auteurs prennent ces inclusions pour des sporozoaires [Thoma, Darier, Albarran, Russel, Wickham, Malassez, Michaux, Nils Sjobring, Pfeiffer, Kossinsky).
D'autres auteurs croient que ces corps ne sont autre
(1) Uber Carcinom Einschlusse (Arch. de Virchow, 1892. B. 127, Eeft.r).
(2) Annales de l'Institut Pasteur (mars 1892).
PRO ES chose que des leucocytes ayant pénétré dans les cellules cancéreuses, etc. (Borrel, Klebs, Schütz, Hauser, Firket, Chattock-Ballance, Eberth, etc.)
Je dois protester contre cette classification sommaire, qui range dans une même catégorie les travaux de M. Malassez, Daerier, Wickham, Russell, etc.
Il suffit d'étudier attentivement les travaux et les descriptions de ces différents auteurs, pour se convaincre que le plus souvent il n’y a rien de commun entre les différentes formations qu'ils décrivent. 4
M. Siegenbeck van Heuckelom (1) a très bien établi ce point : « Il est évident, dit-il, que des auteurs différents ont vu des figures très différentes, et l'on a probablement affaire à toutes sortes de choses. »
M. Malassez me fitl’honneur de me montrer ses préparations et les figures qui lui avaient suggéré sa remarquable hypothèse. Je fus vivement frappé des figures qu'il me montra; ce n'étaient pas du tout celles que j'avais cru devoir critiquer.
Depuis M. Malassez, dans un mémoire sur la Psorospermose du foie de lapin, s’est attaché à montrer qu'ilexiste chez les coccidies des formes de dégénération qui rappellent par beaucoup de points les figures de dégénération cellulaire :
« Dans certains épithéliomas, où l’on rencontre, à côté de corps granuleux, d’autres plus ou moins réfringents, avec une série d'intermédiaires, l'hypothèse parasitaire, si elle n'est pas prouvée, est, au moins, des plus vraisemblables. Quant aux cas où la ressemblance ne porte plus sur des séries, mais seulement sur des formes isolées, l'hypothèse parasitaire est des plus problématiques.
(1) Congrès de Berlin, 1890.
As
» En sorte qu’au point de vue du rôle pathogénique de ces corps, comme au point de vue de leur nature, nous ne sommes souvent pas plus en droit d'affirmer que de nier. »
Telle était la conclusion de M. Malassez lui-même, dans son dernier mémoire. Une étude attentive de la question m'a montré depuis :
1 Qu'ilexiste dans tous les épithéliomas des figures anormales d'évolution cellulaire ou de dégénération, que la plupart des auteurs, désireux de trouver dans leurs coupes une démonstrauon de l'hypothèse émise par M. Malassez, ont considérées à tort comme des coccidies.
. 2° Qu'il existe bien réellement dans certains épithéliomas des figures très spéciales, qu'il est très difficile de rattacher à l’évolution cellulaire et qui pourraient bien être des parasites. Pour ma part, je n'ai rencontré que deux fois, de pareilles figures dans l'examen de plus de cent tumeurs d'origines diverses. Leur rareté tient-elle àce qu'elles n'existent pas dans toutes les tumeurs, ou bien à ce fait qu'elles sont cantonnées dans certains points du néoplasme ? Je ne saurais le dire. Mais lorsqu'on a la bonne fortune de les rencontrer, leur aspect est si caractéristique qu'il est impossible de les laisser échapper, lorsqu'on les a remarquées une première fois.
Ces corps ressemblent à des coccidies autant qu'il est possible. Je me garderai bien, toutefois, d'affirmer leur nature parasitaire.
Je me contenterai, dans le présent travail, de les décrire,de les figurer, de les différencier avec soin des figures de l’évolution cellulaire, afin de préciser la question autant que possible.
M. Sodakewitch, dans les Annales de l’Institut Pasteur, à décrit des figures, pour la plupart identiques à celles que J'ai vues moi-même.
CROP TEE
I] croit pouvoir affirmer leur nature parasitaire d'une façon absolue. |
M. Sodakewitch dit les avoir rencontrées 95 fois sur 95 cas de cancer. L'auteur, il est vrai, fait entrer dans sa statistique l'étude histologique de 59 cas de cancer, constituant le matériel de l’Institut anatomo-pathologique de Kiew, et qui étaient conservés dans l'alcool ou la liqueur de Müller. L'étude histologique, dans de pareilles conditions, doit laisser beaucoup de doutes, me semble-t-il, et je ne crois pas que l’auteur attache beaucoup de valeur à la constatation des parasites, dans ce cas.
Si, malgré tout, les données de l’auteur sont exactes, 1l est évident que la recherche des coccidies doit être faite surtout dans les cancers glandulaires.
Le travail de M. Sodakewitch est des plus remarquables ; la plupart des figures qu’il décrit sont de celles qu'il est difficiie d'expliquer par l’évolution cellulaire et qui plaident le plus en faveur de l'hypothèse parasitaire.
Pourtant, je me demande encore si, dans ses descriptions, il ne s’est pas glissé des figures de formation cellulaire endogène. ; |
A mon avis, 1l y a dans les tumeurs épithéliales et dans le cancer deux séries de figures anormales : les unes se rattachant à l’évolution cellulaire, les autres pouvant être interprétées dans le sens d'organismes parasitaires.
M. Sodakewitch me paraît ne pas tenir assez compte des premières.
M. Steinhaus, pour ne citer ici que les deux auteurs qui ont écrit sur la question le plus récemment, n’a pas vu les secondes.
C’est pour cela que je veux entreprendre une étude comparative de chacune de ces deux catégories.