CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES PROPRES A L'ENFANT
La pneumonie est une affection due à la localisation sur
le poumon du microorganisme décrit par Talamon et SE | Fraenkel: le pneumocoque; caractérisée par une réaction locale du lobe pulmonaire envahi et par une atteinte de
l’état général. ä
Nous ne pouvons ici faire l’exposé historique de la pneu-
monie, mais il nous faut rappeler la lutte entre les deux 48 conceptions opposées de l’Ecole de Paris et de l'Ecole de Montpellier.
L'Ecole de Paris considérant la pneumonie comme le type des inflammations locales, la pneumonie n’est qu’un des modes de l’irritation et cette irritation est ici causée par le froid: frigus pneumoniae unica causa est, dit l’aphovisme d’Hildenbrand.
L'Ecole de Montpellier reste, au contraire, fidèle à sa doctrine, et se refuse à voir dans la pneumonie une maladie locale puisque, en clinique, son évolution est plutôt comparable à celle des fièvres qu’à celle des inflammations purement locales.
Nous retrouverons plus loin cette notion soutenue avec tant de valeur par l’Ecole de Montpellier; nous devons tout d’abord passer en revue les conditions étiologiques propres
à l’enfant. Tout d’abord la cause efficiente de l’affection
ee am Vo $ | e nu le pheumocoque, nous ne pouvons ici dits l’histoire dé ce microorganisme, contentons-nous de résumer ses caractéristiques essentielles.
* Le pneumocoque a été découvert en 1881 par Pasteur dans la salive d’un enfant mort de a rage. C’est un CoCCus Fa ovoïde à petite extrémité effilée, à grosse extrémité arrondie. On a comparé sa forme à celle d’une flamme de bougie, d’un fer de lance, d’un grain d’orge. h . En général ces cocci S ‘associent ie par deux, d’où leur nom de diplocoque. ° Par les réactifs colorants, on remarque non d’eux une sorte de halo qui est constitué par une capsule. Dans certains cas les pneumocoques au lieu d’être réunis deux à deux, forment des groupements plus importants, ils sont ainsi réunis parfois en chaînettes.
Les couleurs d’aniline permettent de colorer facilement . le pneumocoque. Ce microbe reste coloré par la par de __Gram.
Cultivé à 37° sur gélose, le pneumocoque donne naissance à des colonies dont l’aspect rappelle les gouttes de rosée.
Inocué à la souris, le pneumocoque détermine la mort de cet animal par septicémie en vingt-quatre,heures. Il:y a là un fait intéressant à retenir, car il constitue un point important pour le diagnostic bactériologique de l’affection. La souris or un véritable réactif du pneumocoque. : ‘
Un autre fait important à à connaître pour la prophylaxie et l’étiologie de la pneumonie, est constitué par la conservation de la vitalité et de la virulence des pneumocoques, qui peut demeurer intacte pendant plusieurs semaines dans les crachats (Spolverini, Ottolenghi).
Y a- til plusieurs preumocoques comme le croyait ÉanË qui en distingua quatre variétés? Cela est peu probable
— 149 — | ss à S Pine Ver d’après l’étude des caractères morphologiques, culturaux et expérimentaux des pneumocoques. \
Origine de l'infection. — Les travaux de Netter, de Bezançon et Griffon ont démontré, après ceux de Pasteur, que le pneumocoque est un hôte saprophyte de notre cavité bucco-pharyngée. La pneumonie a donc assez souvent une origine endogène, c’est une auto-infection par réveil de la virulence des pnemocoques banalement contenus dans la . gorge d’un sujet sain. RU
La constatation de la conservation de la virulence des pneumocoques dans les sécrétions, le pus, les crachats, explique la possibilité d’un autre mode de pénétration des microbes, cette fois par voie exogène, c’est la contagion; le sontage étant établi soit par un imdividu malade, soit. par les objets placés au contact d’un pneumornque (contagion directe et contagion indirecte).
Enfin une forme de contagion nous intéresse ici partieulièrement, c’est la possibilité de la transmission héréditaire que l’on désigne sous le nom d’hérédo-pneumococcie. | On en distingue deux variétés: l’une précoce constituée le plus fréquemment par une septicémie pneumococcique avec envahissement total de l’organisme et localisations multiples; l’autre, soutenue par Riesell serait une hérédité tardive par transmission soit du germe, soit d’un terrain favorable à son développement. Landouzy et Griffon y voient plutôt une contagion par des produits pathologiques mais se produisant à longue échéance.
Causes prédisposantes. — Toutes les affections antérieures du poumon, en particulier les bronchites si fréquentes chez l’enfant, peuvent prédisposer le sujet à contracter une pneumonie. Un fait certain c’est qu’un sujet ayant déjà eu
| une pneumonie, risque fort d’en avoir Fi autres ultérieure
ment. FA de /
à Causes occasionnelles. — Le froid fut longtemps incri- miné comme cause essentielle de la pneumonie, et le pu-
ment. Nous avons déjà eu l’occasion de rapporter 1 ’apho= risme: frigus pneumoniae unica causa est.
Aujourd’hui l’influence du froid se retrouve dans un grand nombre d’ observations, mais ce facteur agit sans doute en affaiblissant la résistance de l’ organisme vis-à-vis du pneumocoque. Un interrogatoire serré montrera que ce que les malades prennent pour un coup de froïd n’est en
| général que lle frisson initial de la maladie.
Les autres causes occasionnelles sont rares chez l’enfant, ce n’est que dans peu de cas que l’on peut retrouver l’influence de poussières ou de vapeurs irritantes ou encore d’une contusion thoracique. |
On a pu retrouver parfois une porte d’entrée précise, expliquant d’une facon claire 1 infection : MM. Maillet et Aïimes ont récemment publié un cas de pneumonie double successive après ablation de végétations adénoïdes,; Île traumatisme opératoire ouvrirait une porte d’entrée à l’infection. |
Age, — La pneumonie est très rare avant un an, son maximum de fréquence chez l’enfant est entre trois et cinq ans. Chez les garçons elle serait plus on que chez = les filles.
eue — La pneumonie n’est pas rare chez l’en- ; ï
fant, Hayem sur 569 enfants malades en trouve 202 atteints d’affections des voies respiratoires. Sur ce nombre
blie rapporte en général la pneumonie à un refroidisse-
Ur :
on trouve 51 Pheumonies, soit une pneumonie sur douze malades et une pneumonie sur quatre maladies des voies
respiratoires. SRE
ANATOMIQUEMENT la pneumonie de l’enfant ne diffère en rien de la pneumonie de l’adulte. Cependant la localisation de l’affection aux sommets pulmonaires est à noter. ; = Nous n’avons pas à insister sur les lésions bien connues de la pneumonie avec ses divers stades d’ engouement, Fe patisation rouge, d’hépatisation grise.
Mais nous tenons à rappeler que ces lésions locales ne doivent pas nous faire oublier que la pneumonie de l’enfant est une maladie infectieuse générale. C’est, suivant la doctrine de l’Ecole de Montpellier, une maladie totius subs-
tantiae. On trouvera cette conception parfaitement mise au point dans un travail de Maïllet et Aïmes. Suivant les uns, disent-ils, la pneumonie est considérée comme une maladie générale paree que le pneumocoque cantonné dans un lobe pulmonaire y sécrète des toxines solubles qui vont donner lieu aux phénomènes généraux par leur diffusion dans |? organisme : suivant d’autres (Lemierre, Abrami et Joltrain), la pneumonie est une bacillémie, une maladie générale d’origine sanguine, elle serait même une maladie générale d’emblée, la localisation au poumon serait secondaire à une septicémie à pneumocoques ; de même que la fièvre typhoïde est de nos Jours considérée comme une maladie générale alors qu’elle était autrefois regardée comme une maladie intestinale.
L'’hémoculture pratiquée par divers auteurs : Widal, Lemierre et Gadaud, Baduel, Gargano, Duflocq, etc., a montré qu’au cours de la pneumonie, le pneumocoque se trouve dans le sang. Abrami et Joltrain ont pu rencontrer ce microorganisme dans le sang avant même l’apparition de la