PHASE POSITIVE ET EXPÉRIMENTALE
Première installation ayant servi de laboratoire à MM. Marey et Demeny avant la fondation de la Station physiologique (1881).
Panorama des bâtiments et installations de la Station physiologique
du Parc des Princes en 1889.
Dans ce laboratoire ont été faites les premières expériences de chronophotographie
et les études sur les mouvements.
PHASE POSITIVE
Acquisitions définitives ; évolution scientifique, travaux originaux
et documents expérimentaux.
Nous pouvons résumer comme il suit l'état des connaissances actuelles sur l'éducation physique et tenter un essai de méthode positive (J).
Le but de i éducation physique doit répondre aux besoins individuels et collectifs de l’activité humaine ; on ne peut séparer l’individu de ses semblables, le véritable état de nature n’est pas l’isolement mais l’état social. Ses procédés découlent des lois de la vie et de l’influence des milieux;
N 18 sont d autant Plus parfaits qu’ils réalisent plus directement le but proposé.
Le but, c’est le perfectionnement de notre organisme ■ il ne peut y avoir d’erreur sur ce point ; et ce perfectionnement consiste dans l'acquisition des qualités constituant la supériorité physique des sujets d’élite.
Tous ne brillent pas par les mêmes aptitudes, il s’en faut • ils excellent justement parce que ces aptitudes peuvent se développer indépendamment les unes des autres , Vendl"'ance 0“ résistance à la fatigue, la santé ou tolérance . 6 de y8’lme sont des qualités différentes de la
tenue et ‘le la belle conformation du corps. L 'adresse,
(1) Extrait de 1 ’ Educateur moderne.
l’école française
la souplesse , Y agilité et la vitesse; la volonté , le courage , Y audace, Y initiative et Vhabileté à se tirer d’un mauvais pas sont encore autre chose et s'acquièrent par des moyens differents.
Une éducation complète doit obtenir ces qualités distinctes et les développer parallèlement. Une éducation positive doit éviter toute spécialité exclusive et n’accepter que ce qui est utile à l’individu et à la collectivité, c’est-à-dire au point de vue social. C’est en un mot un ensemble de moyens de perfectionnement.
Bien n’est plus commun que de rencontrer des hommes pleins de santé, résistants à la fatigue, ayant même un fond considérable et cependant fort mal développés au point de vue plastique ; ils sont capables de produire une somme de travail considérable avec une taille et un poids au-dessous de la moyenne.
Inversement, parmi les athlètes de poids lourds, les lutteurs et ceux qui brillent par la force musculaire, on trouve beaucoup de sujets n’ayant pas de force de résistance, et cela se comprend ; ils sont adaptés aux grands efforts musculaires, mais leur pouvoir nutritif ne suffit pas à l'entretien du travail et la réparation se fait mal. Ils périssent soit par surmenage du cœur, soit même phtisiques, par appauvrissement de l’organisme.
On rencontre plus fréquemment encore des sujets bien développés, d'une taille et d'un poids normaux vigoureux et résistants à la fatigue, mais d’une maladresse désespérante, gaspillant leurs forces sans résultat, exécutant avec raideur les mouvements les plus simples, disgracieux dans leurs allures et ne pouvant, sans se blesser et commettre quelque maladresse, se livrer à des exercices d’audace et d'agilité.
On peut, avec la gymnastique de chambre, développer ses muscles, rectifier ses attitudes, amplifier sa cage thoracique et rester cependant, en ne faisant que cela, le dernier des maladroits, incapable de tirer parti de sa force musculaire.
11 ne faut pas s'étonner de ces faits, la physiologie nous en donne la raison : nos fonctions distinctes sont dévolues à des organes spéciaux. Exercer notre adresse, c’est faire
PHASE POSITIVE
l’éducation de nos centres nerveux d’association, c'est affiner nos sens, c’est juger et pressentir les actes nécessaires à 1 accomplissement d’un travail précis, c’est corriger immédiatement une faute commise, enfin c’est concevoir tout cela d’un seul coup, par intuition, sans pour cela le faire automatiquement
Répéter et apprendre par cœur des exercices fixés et comme stéréotypés ne peut vous donner l’adresse ; il faut savoir improviser des combinaisons nouvelles de contractions musculaires : en escrime un bon tireur s’exerce à l’assaut, la leçon ne lui suffit pas ; un musicien qui répéterait toujours le même morceau resterait coi devant une nouvelle page à déchiffrer.
D autre part, avoir du fond, c’est physiologiquement posséder une harmonie parfaite des fonctions de nutrition • c’est pendant l’accomplissement du travail,, dépenser ses réserves d energie sans à-coups et sans troubler les fonctions du cœur et du poumon ; c’est éliminer au fur et à mesure de leur proc ucnon les poisons que l’organisme fabrique en travaillant C est encore ménager ses forces, rythmer ses mouvements pour continuer longtemps la contraction musculaire et la répété,' fréquemment, c’est fournir ainsi une grande somme de travail utile avec le minimum de fatigue.
Cetytat particulier d’entraînement ne se manifeste que par / epreuve et le travail. L’harmonie des fonctions peut être
peut faire pré^er - <^,,1^-
leia pendant 1 action. On ne peut, avant de l’avoir constaté
allumera simple vue que les battements du cœur ne s’accé’
e, e, ont pas, que les mouvements respiratoires ne seront pas
desordonnes et que les centres nerveux et les 2
pourront suffire au surcroît d’énergie qu’on leur demande
ne ,|,eut ,se falre idée de la valeur vitale de l’individu em s arrêtant a sa forme extérieure; il y a> entre la forme et
. om lion, la meme différence qu’entre la vie et h mort • ne peut conclure du cadavre à l’homme vivant ’
La forme doit être le résultat de la fonction '• e„ rant, la fonction peut modifier la forme extérieure d™610’ ganes; cette forme nouvelle, étant alors la conséquence X
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la fonction, est forcément associée au perfectionnement fonctionnel.
Chez le coureur ou chez le montagnard entraînés, la charpente osseuse, la musculature, les organes de la nutrition s'adaptent au travail habituel; les mouvements respiratoires deviennent plus amples et moins fréquents pour faire face à une hématose plus active. La fonction a amélioré l’organe par une voie détournée, la voie nerveuse.
L’amélioration organique ne réside pas toute entière dans un changement de forme, il y a mieux que cela ; tous les intermédiaires qui lient l’organe à la fonction ont été touchés et des modifications profondes, qui sont de l’essence même de la vie, se sont produites et vont indirectement modifier l’organe. Elles peuvent souvent rester cachées sans changer ni le volume ni les proportions de l’organe amélioré. C’est ainsi que la nature opère; mais on peut, avec les ressources de Part, modifier le squelette, changer les rapports de ses parties, attirer l’épaule en arrière, diminuer les courbures vertébrales, soulever les côtes, changer l'attitude générale dans la station et dans les exercices, sans améliorer l’équilibre fonctionnel, sans augmenter la vitalité de l’individu, sans le rendre plus apte à produire une plus grande quantité de travail ni un travail plus parfait.
Le corps humain n’est pas une juxtaposition d’organes isolés et fonctionnant à part : la vie est un ensemble de fonctions qui se pénètrent et s’entr’aident.
La forme extérieure du coureur est la conséquence de son amélioration fonctionnelle, elle peut ressembler à celle d un sujet qui par des exercices de gymnastique de chambre a développé son thorax et exercé à blanc son mécanisme respiratoire ; ces deux hommes de même apparence sont essentiellement différents ; il suffit, pour s’en apercevoir, de les faire courir tous les deux. Le second sera d’une infériorité manifeste et présentera tous les accidents de l’homme non entraîné.
Ces observations précisent les bases positives de 1 éducation et montrent les erreurs possibles quand on se contente de s’appuyer sur l’anatomie au lieu d’aller puiser dans la physiologie.
PHASE POSITIVE
Critique de la Metliode analytique.
Les méthodes analytiques se trompent en se contentant e modifier 1 homme superficiellement et non dans son acti- VI e Vitale ; elles attribuent à des exercices statiques une valeur que seuls les exercices dynamiques peuvent avoir Les véritables modifications d’oh dérivent le perfectionnement humain sont en définitive morales c'est-à-dire at-
a 7PeU?'eZoTreS ** t°“t ™ qu’on
Les autres modifications organiques en sont la conséfuence, elles ne se produiraient pas sans les premières. 6 est donc a la source de vie qu'il faut toucher.
uen ne sert de faire fonctionner les organes isolément si les liens qui les rattachent à cette source de vie sont rompu Le poumon, les muscles, les glandes n’ont pas assez dW tonom.e pour perfectionner par leur amélioration particule 1 ensemble de l’organisme si l’on ne s’adresse q"à
tou1V“ue;tqnand ^ ^ 13 «té amélioré,
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seul fait qu’il agit voir , tle énergique, par le
à sa volonté son Z > S Wliorer e* s’adapter
tat de sa v al’ eur le€tlonileraent organique est le résul-
tcti utj sa valeur énergétique.
Nous devons donc obtenir en définitive :
£ J,’a^raentat;°n de l'énergie humaine, t \ , !T°n !a medlsure de cette énergie.
Effort vllonZrè\ l'I **
oiege clans le cerveau. Cet effort
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est la manifestation de notre énergie vitale ; il subit des tranformations et se manifeste par des contractions musculaires et du travail.
L'éducation physique agit conformément aux lois de Y habitude et de Y adaptation.
!De l'effort et de l’action.
Habitude du travail.
Habitude de la détermination et du jugement qui précède l'action. (Juger ce qu’on doit faire pour agir et se déterminer à agir).
Adaptation du muscle à l’ordre des centres nerveux. Adaptation du squelette et des articulations au mouvement.
Adaptation des fonctions au travail en genre, quantité et qualité.
Adaptation des centres nerveux qui président au mouvement et à l’activité habituelle en genre et quantité.
Les effets de cet activité sur l'organisme dépendent :
( De L'intensité et de la durée des contractions musculaires . a De la quantité de travail produit dans un temps donné ou de la dépense de l' organisme en énergie.
Du genre de travail ou de la localisation des con tractions musculaires , c est-à-dire des parties du corps intéressées .
De la précision des efforts , c est-a-dire de l adaptation des contractions à un travail déterminé et de l intensité, de la durée , de la direction de l'effort qui règle la force , la vitesse et la forme de nos mouvements .
Du but de nos efforts, de ce que nous nous proposons d’obtenir en travaillant : l'effet sur notre moral est bon ou mauvais suivant cette fin.
Adaptation conséquence de l’habitude (Action périphérique).
PHASE POSITIVE
Chacune des qualités précédentes de nos efforts : a , b , c, d , engendre des qualités physiques particulières :
L intensité des contractions mus cul a ires donne la force musculaire ou énergie de tension.
L entrainement progressif à la dépense de travail donne l'endurance, la résistance à la fatigue, la santé ou énergie de quantité . C est le résultat d'un effet général qui intéresse toutes les fonctions de nutrition si l’on sait éviter les accidents de l’effort et de l’essoufflement.
Le genre ou spécialisation des efforts produit un effet local qui modifie a la longue la forme et les proportions du corps. Il faut 1 utiliser pour rectifier le squelette et fortifier les parties faibles de la musculature, en particulier le dos et l’abdomen.
La précision de nos efforts détermine l’association de nos contractions musculaires ; elle nous permet d'adapter celles-ci a un travail particulier. De là l’adresse, la souplesse qui évitent le gaspillage de notre énergie en nous apprenant à graduer et à mesurer la valeur de nos efforts avec le résultat utile à produire, à cesser nos contractions quand elles deviennent inutiles et à relâcher les muscles qui ne concourent pas à un mouvement donné. Celte économie dans la dépense est un des facteurs importants de la résistance à la fatigue et constitue le principe même de l’utilisation de notre énergie au point de vue pratique.
C’est une des grandes qualités de notre perfectionnement qui suppose l’affinement simultané de nos sens.
L habitude de vouloir et d’agir développe notre énergie morale, affirme notre caractère et notre personnalité, nous donne l’esprit d’initiative et des habitudes viriles. d / La divection d* notre activité vers le bien nous rend plus mo- 1 aux et augmente notre valeur sociale en nous permettant de rendre une plus grande somme de services ; les sports et les jeux en commun affirment l’esprit de solidarité tout en éveillant le plaisir et l’émulation.
Os qualités sont la conséquence du perfectionnement d’organes differents :
L intensité de nos efforts et leur durée, la résistance à la fatigue dépendent du bon fonctionnement et de Y harmonie des appareils qui président à la nutrition.
Les lonctions importantes : respiration, circulation, excrétions, doivent s’effectuer normalement pendant le travail, suffire à la dépense d’énergie et au maintien de l’équilibre fonctionnel.
Le genre ou la localisation de nos efforts intéresse les os, les articulations, les muscles et leurs annexes.
La précision de nos mouvements ou leur adaptation dépend de Y éducation de nos centres nerveux de coordination et d association. Nous développons notre faculté d’inhibition et nous mettons la main sur une foule de phénomènes réflexes et inconscients. Les sensations s'affinent, deviennent plus nettes, apportant ainsi à nos mouvements et à nos idées même une correction et une précision plus 1 grandes.
i L’exercice, en produisant une influence morale, intéresse les d / centres nerveux de la volition et s'adresse aux fonctions les I plus élevées du cerveau.
Classification Physiologique des Exercices.
Reste à voir maintenant comment grouper les moyens employés par le professeur pour réaliser le but final.
Pour obtenir les divers effets de l’exercice, il faut remplir des conditions variées ; peu de mouvements spéciaux sont capables de donner un résultat général satisfaisant. Nous sommes ainsi amenés à classer les divers exercices d'après leurs effets prépondérants sur l’organisme et à les réunir en groupes de mouvements équivalents.
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C’est la une classification physiologique des mouvements dont il faut bien comprendre l’esprit si l’on ne veut pas tomber dans l’arbitraire. Ce classement ne peut être que relatil au but pédagogique que l’on se propose. Si l’on se place au point de vue absolu — ce qui, en matière d’éducation, est toujours une erreur — on ne pourra se mettre à l’abri de critiques plus ou moins justifiées.
Il n'existe pas en effet de mouvements qui s’adressent exclusivement soit aux muscles, soit à la respiration, soit aux centres nerveux de coordination, soit à la volonté ; toutes les fonctions sont solidaires et sont mises en jeu simultanément dans tout exercice. Mais ces vérités physiologiques ne suffisent pas pour conclure au point de vue pédagogique.
L’éducateur ne doit pas s’arrêter à un aperçu théorique : il doit s’emparer de la nature de l’individu pour la perfectionner ; les effets saillants et dominants de l’exercice lui importent seuls et rendent le classement ainsi compris non seulement logique mais indispensable.
En résumé, le classement physiologique doit avoir pour résultat de mettre en relief l’effet utile à produire, mais il laisse à l’éducateur instruit le choix de l’exercice, il évite ainsi les mesquineries des manuels littéraux et permet, dans tous les cas impossibles à prévoir, un changement motivé par la meilleure adaptation du mouvement à l’effet voulu.
Plaisir et efïieacité sont les deux qualités idéales de l’enseignement réalisées par ce moyen au grand bénéfice de l’élève.
\ oiei le résumé des conditions pour obtenir directement les qualités physiques désignées plus haut par les lettres a , b , c , d.
Pour acquérir l endurance, et augmenter l’énergie physique il faut pratiquer des exercices exigeant une dépense progressive de travail. Ce travail peut et doit même être généralisé a toute la musculature sans forme spéciale, et être exécuté en plein air.
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(suite.)
Les jeux et les sports divers, la marche, la course, les ascensions de montagne mettent ainsi en activité les grandes fonctions de l’organisme.
L’éducation doit s'attacher à éviter l’essoufflement, les troubles de la respiration et de la circulation dans les grands efforts musculaires ; à rechercher toujours l’accomplissement normal de ces fonctions pendant l’exécution du travail.
Il faut constamment fixer son attention sur ce point en graduant l’intensité des efforts et leur durée, en augmentant, d’une façon imperceptible, la somme de travail dépensée, sans jamais aller jusqu’au point où les troubles du cœur et du poumon se manifestent.
Il fau t surtout observer une judicieuse proportion entre les périodes de travail et les périodes de repos.
On surveillera le régime de vie et l’alimentation, on recherchera les localités saines, où l’air est pur ; on aura les plus grands soins de propreté et l’on entretiendra les fonctions de la peau par des ablutions, des bains et des frictions.
On évitera les exercices qui demandent de trop grands efforts ; les gros muscles ne font pas la santé.
I Pour développer les muscles , on exécutera les mouvements articulaires avec toute l'amplitude, possible €t en agissant contre une résistance continue. Les appareils à contre-poids, les appareils à ressorts cle métal ou de caoutchouc, les oppositions méthodiques de deux gymnastes sont très efficaces. Les appareils portatifs : haltères, barres, massues, seront employés avec plus de précautions et avec certaines restrictions. La masse de l’haltère et la vitesse du mouvement modifient l'intensité et la durée delà contraction musculaire pendant laquelle se font les échanges nutritifs, et, ( pour obtenir la meilleure nutrition de la partie charnue du
I muscle, il faut une tension continue, modérée et durable
avec étendue complète du mouvement, en contraction concentrique. Dans tous les cas les appareils portatifs : haltères, barres massues, seront légers.
Les contractions statiques concentriques seront employées pour augmenter la tonicité des parties faibles. Localisées aux muscles du dos et de l’abdomen, ces contractions permettront de redresser les courbures du rachis, de fixer l’épaule, d’amplifier le thorax et de fortifier les parois du ventre.
Elles se feront de • préférence, soit en utilisant comme résis-
PHASE POSITIVE
' tance le poids du corps dans différentes inclinaisons, soit en suspension et en appui, soit en maintenant les attitudes d’extension, le mouvement étant alors arrêté par la structure même de l’articulation et les muscles contractés et rac-
(suite).
courcis au maximum. 11 y a pour cela des exercices spéciaux du tronc.
Il vaut mieux répéter souvent les contractions et les séparer par de fréquents repos, que de les prolonger ou de les exécuter sans arrêt. La fatigue est l’ennemie de la bonne nutrition. On doit toujours rechercher le maximum de nutrition des organes avec le minimum d’intoxication, c’est-àdire le maximum d effet utile ou l’effort optimum (1).
L Education , l Indépendance et la Coordination des mouvements s’obtiendront au moyen d’exercices rythmés ou en exécutant les mouvements en mesure. Les cadences employées pourront être variées, en rapport avec la niasse des segments à mouvoir et avec la répétition des mouvements.
Ou compliquera ceux-ci en associant les mouvements des bras avec les mouvements des jambes, en les faisant dissymétriques.
On s exercera à contracter isolément certaines masses musculaires, à en décontracter d’autres afin de rester souple dans les élans, les balancements et les chutes, dans les divers équilibres et le passage du portique à une certaine hauteur.
On n arrêtera jamais brusquement les chutes qui terminent les sauts mais on les prolongera en amortissant progressivement la vitesse et en se servant des bras comme balancier.
Apprendre à tomber sans se faire mal — et cela dans toutes les directions et après toutes sortes d’élan — est une chose essentielle.
On arrivera ainsi progressivement à l’exécution des mouvements difficiles en y mettant toute l’aisance et toute la souplesse désirables.
L éducation de la vitesse s’obtiendra par les mouvements vifs : les exercices de détente, les coups de poing et les coups de pied avec touche, le lancement du ballon, de la balle, de la pierre, du boulet et du javelot. Cette éducation n’a rien à voir avec le développement musculaire exagéré.
(1) Demeny, Cours can, éditeur.
supérieur d’éducation physique , 9e et 10« lfeçons, Al-
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(Aux mouvements vifs s’associent l’adresse et la spontanéité, autre qualité qui permet de prendre une détermination rapide et d’en faire l’exécution immédiate, sans tâtonner, (suite). \ Les exercices d’adresse donnent à la vue, au toucher, à l'uoïe même une grande précision, ils sont en même temps une \ véritable éducation des sens.
L influence psychique de l'exercice s obtient dans les ensembles, dans la danse associée à la musique, dans les jeux en commun, dans les applications utiles demandant de l'initiative, de 1 audace, du courage même. Les sports de tout genre, les luttes, les assauts, les combats sont la meilleure école du caractère et de la personnalité ; on y trouve l’esprit de solidarité et de discipline associé à la plus grande initiative et d / à la plus grande indépendance.
Il laut combattre par les jeux libres l’ennui et la raideur d une gymnastique trop automatique ; on peut être méthodique sans avoir ces inconvénients. Les effets somatiques des mouvements ne sont pas les seuls à obtenir ; négliger les effets psychiques (gaîté, entrainet qualités moralesles plus élevées de l’individu), c’est tronquer l’éducation et en réduire singulièrement la portée.
Gymnastique Educative et Gymnastique d'Application.
Pour obtenir la réalisation parfaite du plan précédent, il faut encore tenir compte de l’état des sujets auxquels on s’adresse et du milieu dans lesquels ils vivent. Pour les nécessités de l’enseignement et de la pédagogie, on est amené à faire une division bien nette entre les exercices qui préparent à l'application et l’application proprement dite.
Le but de l’éducation physique est sans contredit d’appliquer utilement son énergie avec le moins de gaspillage possible ; mais ceci demande une préparation ; c’est même cette préparation qui constitue en réalité l’Education. Avant l’existence d’une gymnastique méthodique, la marche, la course, la chasse, l’équitation, le maniement des armes, la
PHASE POSITIVE
natation, le grimper, lotis les exercices que nous appelons application aujourd'hui, étaient les seuls pratiqués ; ils avaient en eux-mêmes leur fin, et leurs résultats pratiques étaient seuls estimés.
Ce que nous appelons effets physiologiques, ou actions sur les organes et les fonctions du corps, étaient inconnus ou à peine soupçonnés ; on n’eft tenait d’ailleurs aucun compte et on subissait les bons ou les mauvais effets de l’exercice sans en avoir conscience.
Cette manière d’agir supposait des sujets assez vigoureux pour suivre l’entraînement dicté par les forts qui imposaient leur raison. Le Vae victls était la morale sociale, et l’amourpropre le seul mobile. Les faibles, incapables de suivre, lestaient en route ou embrassaient des carrières artistiques moins considérées que celles des forts, ils demeuraient dans une condition d esclave sans qu’on ait souci de les améliorer.
De nos jours, 1 éducation physique a pris une autre direction ; elle fait partie de l’éducation générale et elle en revêt la forme démocratique, c’est-à-dire accessible à tous. Tous y ont droit et doivent en tirer un bénéfice relatif. Il y a pour tous, a divers degrés, une amélioration possible dans la santé, dans 1 adresse et dans la volonté. Seulement, avec les faibles, il ne peut plus être question de commencer par l’application : il faut d’abord combattre leurs tares héréditaires et les amener, par des exercices préparatoires, au degré d eneigie convenable. Il est nécessaire d’améliorer l’organisme avant de lui faire produire du travail ; cette préparation est obtenue par un ensemble d’exercices gradués dont la valeur physiologique doit être certaine et le classement basé sur des piopriétés nettement indiquées.
V ec de bons éducateurs on pourrait peut-être mener de ronl application et le développement. Cette manière de procéder aurait l’avantage de rejeter des exercices fantaisistes, sans aucune valeur éducative sous prétexte de gymnastique de développement.
La gymnastique éducative ainsi comprise est la véritable gymnastique scolaire ; elle laisse de côté toute spécialisation mais permet d’obtenir, sur un grand nombre à la fois et
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sur tous une amélioration fonctionnelle qui permettra d’aborder avec succès et sans danger les exercices virils de Inapplication convenant à l'àge adulte.
Les observations nombreuses et les résultats tendent à préciser de plus en plus cette Gymnastique Educative qui se définit par elle-même. Elle est la gymnastique de l’enfance et de l’adolescence ; elle dôit toujours être faite en vue de l’accomplissement meilleur de toutes les fonctions sociales comprenant toutes les professions manuelles et la fonction militaire en particulier.
Répétons encore les qualités physiques qu’elle doit développer :
A) Elle doit accroître l’énergie disponible, faciliter et aider l’accomplissement des grandes fonctions organiques; augmenter la force musculaire et l’endurance ou résistance à la fatigue.
B ) Elle doit viser le développement harmonieux et obtenir la belle conformation du corps par la rectification des attitudes et le développement des parties faibles.
G) Elle doit éduquer les mouvements en vue de la souplesse et de l’économie ; préparer ainsi directement à la marche, à la course, aux sauts, au grimper, au lancer, à la défense personnelle, aux sauvetages; elle doit apprendre à connaître ses forces, à obtenir la possession de soi-même, à savoir travailler, à choisir un rythme convenable de travail et à commander à ses mouvements respiratoires.
D ) La gymnastique éducative ira même jusqu aux exercices qui donnent de l'initiative, forment le caractère, affirment la personnalité et sont une source d’entrain et de gaîté en laissant la porte ouverte à l’imprévu ; les exercices méthodiques seuls étant incapables de produire cet effet psychique.
Ce programme est assez vaste pour occuper Eactivité des jeunes gens jusqu'à l’àge d’entrée sous les drapeaux ; alors se place Eéducation spéciale à chaque application pratique : non plus seulement pour en tirer bénéfice au point de vue du développement et de la santé, ce qui est chose obtenue, mais pour devenir habile à manier son corps, à tirer parti de sa force, à exceller dans tous les exercices de force, de
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fond et de vitesse, à savoir manier les armes et les outils, à transporter des fardeaux, exécuter tous sauts d’obstacles et nager, canoter, grimper, pratiquer des sauvetages, préparer au combat.
On apprendra alors à ménager ses forces, à obtenir la mise en train et le meilleur rendement en travail utile. En un mot, on se perfectionnera dans la manière de travailler, et on recherchera les rythmes avantageux de travail.
C’est là la vraie gymnastique de l’adulte et du soldat; nous l’appelons la Gymnastique cl’ Application .
Son principe est le maximum de rendement en travail utile avec le minimum de dépense.
Ainsi se trouvent indiqués nettement le plan général et le détail des qualités à acquérir avec les moyens correspondants.
Il reste à déterminer les proportions relatives de chaque groupe d’exercices pour en constituer un enseignement et une suite de leçons. En principe, les exercices de Gymnastique Educative ont trait au développement du corps, à l’amélioration des fonctions de nutrition et du mouvement, en comprenant le rôle important du système nerveux.
Plus le sujet est jeune, plus il faut éviter d’enrayer son développement et sa croissance par des efforts prématurés plus il faut au contraire favoriser celle-ci par les effets généraux de l’exercice ; les effets locaux ne s’adresseront qu’aux sujets faibles ayant une tendance aux déviations du squelette. Il faut traiter le petit campagnard plein de santé, mais lourdaud et maladroit, tout autrement que Tentant des grandes villes qui est nerveux et malin, mais ne présente ni résistance, ni aucun fond.
Les enfants arriérés, les déviés, les hernieux, les cardiaques et les malades nerveux demanderont un entraînement tout spécial. Les sujets dont la taille augmente sans accroissement proportionnel du poids doivent être surveillés aussi. Le type contraire, pesant, trappu et de petite taille, ne devra faire que très peu d’exercices de force.
L’Educationphysique doit nous donnerl’équilibre de structure et 1 équilibre fonctionnel. Elle doit développer les aptitudes et les qualités latentes endormies ou peu accusées, et
L K COL K 1- R ANC AISC
faire évoluer l’individu vers un idéal de force, d’adresse et de beauté.
Il faut à l’enfant de la variété, beaucoup de jeux pour ne jamais laisser languir son attention; c’est parce moyen qu’on l’attirera et qu’on le dirigera à son insu. Le commandement militaire sec ne lui sied point et le rebute ; 1 exercice ne devrait pas être une nouvelle leçon, mais une chose qu’onaime et qu’on recherche par plaisir. C’est à cette seule condition qu on fera des adeptes convaincus prêts à appliquer les principes d 'hygiène dans la famille età les propager dans la société.
L’enfant se meut facilement, sa masse est petite ; les exercices de vitesse lui conviennent surtout ; son système nerveux est impressionnable, les habitudes prises dans le jeune âge persistent toute la vie ; il faut apprendre de bonne heure à être adroit et souple ; on ne craint pas alors le danger et l’on acquiert de la facilité pour aborder les mouvements difficiles et même impossiblesà commencerplus tard. Apprendre à nager n’est rien pour un gamin de dix ans : à cet âge les associations nerveuses sont faciles : ne pas en profiter c’est perdre en partie le fruit du travail; rester inculte ou contracter de fausses habitudes, c'est se condamner à faire des fautes et à commettre des maladresses toute sa vie.
L’éducateur de l'enfance doit avoir une notion nette de la bonne coordination ; il doit rechercher et provoquer les actes associés qui serviront plus tard dans les applications ; il doit obtenir les progrès dans la bonne direction, afin de ne jamais revenir sur son chemin ni recommencer une éducation faussée par de mauvais principes.
Au fur et h mesure de la croissance et de l’âge, les jeux et les exercices d’application prendront de plus en plus d’importance dans les séances de gymnastique. Les hommes sains et bien développés n’ont que faire d’exercices méthodiques, abstraits. Il ne faudrait pas cependant tomber dans les excès de la spécialisation qui déforme l'individu ou amène le trouble dans ses fonctions.
L’adulte rompu à la gymnastique éducative sera entraîné fatalement vers les exercices dans lesquels il peut exceller et à faire valoir ses aptitudes innées ; il sera même difficile de
PHASE POSITIVE
le retenir sur cette pente ; mais il saura y apporter la modération et la progression nécessaire s’il a des notions d’hygiène précises et s’il envisage les sports non comme un but mais comme un moyen de perfectionnement.
Au point de vue militaire, la meilleure gymnastique est sans contredit une gymnastique d’application très énergique, difficile même. Cette difficulté ne doit pas exclure l’utilité. Ce serait mal comprendre Féducation du soldat que de lui imposer de la gymnastique d’enfant ou de malade sans faire appel a son initiative, à son audace et à ses qualités viriles ; ce serait aussi erroné d’en faire un acrobate très adroit à certains appareils spéciaux qui ne trouvent pas d’application dans la pratique de la vie. Le militaire est destiné au combat, il faut l’y préparer : il doit savoir marcher, il doit être résistant a la latigue, audacieux et capable d’affronter les difficultés de foutes sortes qu’il rencontrera en campagne. La mai che en terrain accidenté et par toutes les intempéries, les obstacles que Ion peut avoir à franchir sur les routes, dans les bois, dans les villages, sont des indications pour déterminer sa gymnastique d’application. Les soins d’hygiène, la propreté, l’alimentation bien entendue lui donneront le ressort nécessaire pour faire lace à une dépense d’énergie quelquefois excessive.
Ainsi se trouvent établis, par ce qui précède, les principes d’une méthode positive d’éducation physique.
L application de ces principes demanderait des développements importants et l’examen de chaque cas particulier. Ce travail de pédagogie est la matière des manuels spéciaux .' mais déjà nous avons devant nous un terrain défriché, une route tracée et nous ne pouvons plus nous égarer si nous restons d’accord avec les faits et si nous contrôlons nos résultats acquis par l’expérience.
Un telle méthode positive ne peut être invariable ; de par son mode de formation elle doit se modifier au fur et à mesure de notre connaissance et des progrès des sciences connexes. Nous avons établi un idéal vers lequel nous marchons
et qui nous permet déjuger de nos défauts et de constater nos progrès.
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Il y a, en effet, des méthodes incomplètes , imparfaites et fausses.
Une méthode est incomplète si elle s’attache à ne développer qu’une partie des qualités physiques de l’individu.
Elle est imparfaite si elle emploie des moyens mal adaptés à son but et obtient ainsi des résultats incertains à cause de la confusion et du mauvais ordonnancement de ses éléments et si elle n’indique pas nettement la proportion relative des exercices à employer suivant l’âge ou l’état des individus.
Elle est fausse quand elle enseigne des exercices dont l’effet est contraire au résultat pratique que l’on veut obtenir.
On ne juge pas et on n’établit pas la valeur d’une méthode par de beaux discours, mais par des expériences et des mesures précises.
Il faut d’abord s’entendre sur ce qui constitue la valeur et la supériorité physique de l’homme ; pour cela il faut étudier les sujets d’élite, définir en quoi consistent leurs qualités et en chercher la raison dans leur structure et dans leurs fonctions. Il faut les soumettre à des mensurations et à des épreuves diverses. Ces mesures permettront de fixer le type humain — non pas extraordinaire — mais simplement normal, auquel on pourra comparer tous les autres. Les effets d’un entraînement déterminé ressortiront clairement de cette comparaison et le jugement porté en dehors du sentiment et de la passion ne sera plus une opinion personnelle presque toujours entachée d’erreur, mais la constatation de faits d’autant plus précis qu’on sera plus apte à les mesurer.
C’est évidemment un travail long et pénible, pour lequel il faut créer des laboratoires de recherches avec des techniques spéciales ; mais c’est un labeur devant lequel il ne faut pas reculer, car c’est le seul moyen de résoudre la question. L’observation superficielle a donné tout ce qu elle pouvait fournir ; il faut aller plus loin en attaquant le problème avec toutes les ressources de la Physiologie moderne. Nous ne connaissons pas d’autre moyen de dissiper l’indécision et de sortir de l étal d’anarchie qui en est la conséquence.
PHASE POSITIVE
Nous sommes ainsi amenés au contrôle expérimental des résultats et tà établir pour chacun une fiche individuelle qui nous fixera sur sa valeur physique.
Contrôle des résultats obtenus ; la Fiche Individuelle.
i n sujet est doué de force musculaire et de force de résistance : il est capable de produire une grande somme de travail, il est adroit et souple, il est bon marcheur, bon coureur et bon sauteur ; il sait grimper, nager, canoter ; il est habile à foutes sortes de sports ; on en doit trouver la raison dans sa structure, dans ses fonctions et dans sa manière de travailler
On peut caractériser chaque individu par une série de mensurations et d’épreuves qui établissent sa valeurphvsique. Ces épreuves doivent être assez complètes pour donner une idee suffisante de sa forme ou de sa constitution, de sa puissance énergétique et de son rendement en travail.
Nous les divisons en trois séries :
1° Les mesures au repos établissent la valeur de conformalion ou valeur somatique.
2» Les documents sur les fondions établissent la valeur physiologique.
P Lf éPreuves Pratiques établissent la valeur mécanique
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