‹ Evolution de l'éducation physique. L'Ecole françaiseChapitre 11 sur 37 · LES RÉFORMES MODERNES · texte numérisé non relu

LES RÉFORMES MODERNES

-fsheim destiné à encourager les ouvrages relatifs aux jeux

• scolaires.

Le fascicule ili contient les documents relatifs aux prix de^ la Société d’assistance pour les aveugles et le fascicule 87' -est le discours sur l’Education physique prononcé par le D r Blalin.

Une Commission de jeux scolaires fonctionnait en même

• temps que la Commission de gymnastique et distribuait les prix du concours Bischolfsheim.

MM. Derneny et le D r Lagrange furent, à la suite de ces -travaux, envoyés en mission en Suède. La Ville de Paris *crea en 1891 le premier cours d’enseignement supérieur de 1 éducation physique et en chargea M. Derneny. Une commission municipale fu; saisie Je la réforme de l’enseignement dans la Ville de Paris et M. le colonel Dérué, inspecteur des écoles, y introduisit les principes de la nouvelle gymnastique pédagogique.

En 1909 a lieu le premier Congrès international de l’éducation physique organisé par M. Derneny et, à la suite de ce {Congrès très important, le général André ministre de la guerre, charge M. Derneny de la réforme dans l’armée. Le règlement militaire de 1902 prend pour base le plan du cours de M. Derneny; l’esprit de la méthode est d’accord avec les effets physiologiques de l’exercice et les résultats des expériences de la Station physiologique. M. Derneny est également chargé de créer un enseignement régulier des sciences appliquées au mouvement et de fonder un la- •b.oratoire de recherches à l’Ecole de gymnastique militaire de Joinville-le-Pont. La Marine suit ce mouvement et. le réalise avec le plus grand succès. Le lieutenant de'vaisseau Hébert organise l’enseignement à l’école des mousses et de fusiliers marins et obtient des résultats qui ne laissent plus rien à désirer, au moyen d’une méthode éclectique comprenant une partie des exercices d’application d’Amovos.

Sur la demande de M. Charles Cazalet, président de l’Union -des Sociétés de gymnastique, le ministre de l’Instruction publique crée en 1903 le cours supérieur d’Education physique. C’est un cours de perfectionnement fait pendant les

vacances au personnel des lycées et collèges, aux institua teurs et aux candidats à la fonction de professeur de gymnastique dans les établissements d’enseignement public. La diréction de ce cours a été confiée à M. Demeny et un décret du 22 décembre 1904 charge une commission interministérielle d’établir les bases communes aux manuels de la Guerre, de l’Instruction publique et des Sociétés de gymnastique, cette commission propose l’admission comme élèves à l’Ecole de Joinville des instituteurs sous les drapeaux.

Le Conseil supérieur consacre le cours supérieur et propose la création d’un diplôme, supérieur de professeur de gymnastique. Ce nouveau diplôme est institué par décret du 30 décembre 1907 et nul à partir de 1909 ne peut plus être nommé professeur de gymnastique dans un lycée ou un collège de l’Etat sans avoir passé lès épreuves écrites, orales, pratiques et pédagogiques de èét examen.

L’enseignement de la gymnastique est dès lors mis sur le même pied que les autres branches de l’enseignement, celui du dessin et de- la musique en particulier. Le nouveau manuel d’exercices de l’Instruction publique est établi sur le plan de la commission interministérielle et conformément au Cours supérieur. La Chambre des députés, saisie de ces questions par la commission de l’armée, va proposer l’obligation de la gymnastique dans tous les établissements et la création d’une école normale civile. Son rapporteur, M. le D* Lachaud, attache à la réforme un prix tout particulier.

Tels sont réunis en quelques lignes les faits importants qui ont amené successivement l’éducation physique en •France au point où nous la voyons aujourd’hui,

L’Education et la Science.

L’évolution de la science de l’éducation physique marche de pair avec les mesures administratives qui la consacrent comme branche définitive de l’enseignement, elle est aussi parallèle au progrès de la physiologie. On a pu remarquer que, parmi les noms d’auteurs cités plus haut, noirs avons

l’éouca.tion et la. science

mélangé ceux des physiologistes marquants qui ont contribué à établir la science de la vie. Les anciens avaient toujours devant les yeux le corps humain en mouvement, si leurs observations sont empiriques, elles sont naturellement justes et intéressantes. L’anatomie ou la connaissance de la structure des organes se développa ensuite mais fit détourner les yeux de la vie proprement dite ; le cadavre n’est pas l’homme vivant et l’on ne peut déduire le mécanisme de nos mouvements de la structure anatomique comme on le ferait d’une machine dont toutes les pièces liées géométriquement peuvent être soumises au calcul. Cette science incomplète de l’être humain fut la cause des plus grandes erreurs, le système de Ling en est un exemple. On s’explique ainsi que les médecins modernes ayant cependant du corps humain une connaissance plus parfaite que les anciens, mais surtout une connaissance de sa structure, n’aient pas compris le corps envie et en mouvement aussi bien que les anciens.

Leurs déductions sont des choses théoriques et les systèmes d’éducation nés des systèmes philosophiques sont instables comme eux. La physiologie avait besoin de se développer pour arriver à seconder la pratique ; celle-ci généralement se suffit toujours à elle-même puisqu’elle embrasse les faits dans leur entière complexité, reste constamment du domaine de l’expérience sans rien préjuger des causes et constate les résultats sans en donner les raisons.

Les travaux de Claude Bernard, Vulpian, Marey, Bert, Brown-Séquard etc. vont alors établir la physiologie sur des bases positives et l’on aura seulement de la vie et de sés fonctions complexes une idée juste et synthétique. Ces notions nouvelles auront eu pour effet de montrer l'impuissance'de l’anatomie; ne sortant pas de la méthode expérimentale, elles se rencontreront forcément avec les observations des anciens qu’elles confirmeront avec plus ‘de détails et de raisons définitives.

Tel est le rôle de la science dans l’éducation, elle vient après la pratique et sa portée est d’autant plus limitée qu’elle est plus théorique, plus hypothétique et moins expérimentale.

Le savant nepossède ni talisman ni baguette divinatoire,

l’école française

il observe; s’il sait s’entourer de toutes les précautions pour voir juste, sa constatation s’inscrira au registre des faits connus et remplacera les avis, les opinions et les préjugés areeptéssans examen,ces matériaux avec lesquels les esprits doctrinaires, dogmatiques et les rationalistes théoriques bâtissent leurs édifices éphémères.

L'anatomie ne s’occupe que des régions du corps et des rapports des organes entre eux; l’éducation a pour objet de perfectionner l’individu et de lui donner des qualités et des aptitudes que le scalpel est encore loin de pouvoir découvrir. Les procédés de recherches et d’analyse qui doivent mettre en évidence la nature de a supériorité physique d’un homme , ne sont évidemment pas de ce domaine, mais du ressort de la physiologie et de la physiologie la plus avancée.

Voilà Ja raison qui nous fait trouver les travaux des anciens infiniment supérieurs à ceux qui procèdent d’une science incomplète et mal outillée des phénomènes delà vie; du moment que nous voulons tirer de la physiologie des conséquences pratiques, il est indispensable que cette physiologie embrasse le fonctionnement complet de l’être vivant et non pas un fonctionnement partiel.

Toutes les erreurs des soi-disant systèmes scientifiques d’éducation viennent de cette lacune. Mais, comme dans tous les arts et dans toules les industries, la connaissance exacte de l’ètre humain sera la conséquence même de la pratique et des combinaisons infinies dans lesquels les procédés d’éducation et ^entraînement aux exercices de toutes sortes mettront notre organisme et nous permettront d’en constater les bons ou mauvais effets.

Cette manière de voir a pour conséquence naturelle l’éclectisme le plus large et une acceptation de tout ce que la pratique a copsacré; c’est la condamnation du dogmatisme et du sectarisme intransigeant, mesquin et stupide au moyen desquels les systèmes construits par des théoriciens prétendent mettre une barrière à notre activité et à notre évolution. Le droit d’imposer des règles à la nature humaine ne serait admissible que chez l’homme qui aurait la science infuse et serait infaillible ; on n’a pas encore rencontré cet

CHEYNE

être idéal, même en Suède, je le crois du moins. Nous ne ménagerons donc pas nos critiques aux auteurs qui prétendent avoir donné la solution à des problèmes qu’ils n’ont pas même su poser.

Une petiteincursiondans le passénousseratout à faitréconfortante, elle nous consolera des élucubrations indigestes et failes à côté de la question. Les quelques auteurs français que nous citerons seront pour nous des modèles de clarté et de précision, leur prétention ne va pas plus loin que le désir sincère d’être utile, de dire vrai et de voir juste ; ce sont nos maîtres et nous leur devons un hommage de reconnaissance en les tirant de l’oubli qui les guette. Ils ont vécu à une époque où la réclame tapageuse n’existait pas encore, ce c;.u’ils ont écrit est encore valable aujourd’hui. C’est un soulagement que d’entendre le bon sens couler de leur bouche sans pédantisme et sans forfanterie ; ils ne parlent pas de science mais ils en font de la bonne, ils ont donné le pas et préparé, tout le mouvement exploité par d’autres; on retrouve ieurs idées dans tout ce qui suivra, nous vouions qu’ils en à mut l’honneur et nous le crierons bien haut. En voici quelques extraits.

Cheyne.

Un petit livre, intitulé Essais sur la santé et sur les moyens de prolonger la vie, par M. Cheyne parut en Angleterre ; on en trouve une traduction française portant la date de 1725. Nous devons le citer ici car il nous a semblé avoir inspiré Andry, Tissot et Londe que nous rappelons à la suite.

On voit nettement indiquée dans cet ouvrage l’influence hygiénique de l’exercice modéré, de la promenade et de bien d’autres mouvements : marcher, monter à cheval, aller en carrosse, faire des armes, danser, jouer au billard, à la boule, à la paume, travailler à la terre, pomper, sonner, etc. L’auteur précise le temps favorable à l’exercice, il voit le rapport entre le développement des muscles des artisans et les mouvements que nécessitent leur profession.

« Les jambes et les cuisses et les pieds des porteurs de

l’kcole française

chaise, les mains des bateliers, le dos et les épaules desporte-faix deviennent avec le temps épais, forts et charnus.

« Il est certain qu’en parlant haut sans se forcer, on rendra la voix plus forte et qu’on se fortifiera en même temps les poumons.

& Si l’on prenait assez de peine pour les organes de toute l’économie animale, par un travail convenable à chacun, on pourrait les fortifier tous généralement et les conserver en bon état.

« Pour asthmatiques et ceux qui ont les poumons faibles, il faut des exercices de la parole et monter quelques endroits faciles ; pour les rhumatisants il faut suer ; pour les bras et. jarrets faibles, jouer tous les jours deux ou trois heures à la paume. Pour la débilité du dos ou de poitrine, sonner les cloches ou pomper.

« Ne pas prendre d’exercice après le repas et se reposer ensuite, prendre la douche pour ne pas s’enrhumer.

Il indique le maintien du corps pour les personnes qui par leurs études sont obligées de lire et d’écrire beaucoup : « posture droite, la tête et la poitrine ouverte»; les inconvénients de la station prolongée, les nœuds qui viennent aux enfants par suite des mauvaises attitudes. « La posture penchée comprime continuellement la cavité de la poitrine et de l’estomac, ce qui doit nécessairement affaiblir leurs fonctions ».

Le livre contient encore les principes de l’hygiène pratique la mieux entendue, nous n’avons cité que ceux qui se rapportent à l’exercice pour montrer! jmbien ëes principes étaient simples, clairs et précis •

Sabbathier.

Sabbathier, professeur au Collège de Châlons-sur-Marne, fait tout l’historique des exercices du corps chez les anciens pour servir à Véducation de La jeunesse. Son ouvrage en deux volumes a été publié chez Delalain en 1772.

L'auteur a pour intention de nous rappeler les manières de

SA.BBA.THIER

vivre des anciens afin de leur emprunter « Ce qui peut nous être utile en Vaccommodant à nos coutumes ». Il puise ses matériaux chez Burette, l’abbé Gédoyn, M. de la Barre, Roilin et autres.

Il donne de l'effet hygiénique du mouvement une idée juste et distingue les exercices modérés des exercices athlétiques, « bons tout au plus à l’acquisition d'une force et d’une impétuosité brutale ou d'une agilité qui tient du prestige, qualité dont tout le mérite se borne à se produire en spectacle aux yeux du peuple toujours amoureux de ce qui lui paraît surprenant et outré ».

L'exercice revêt diverses formes suivant les fins qu’on se propose : d’abord pourvoir à sa sûreté et se rendre plus propre aux fonctions de la guerre en s’accoutumant à tous les mouvements qui peuvent être de quelque utilité pour l’attaque et la défense. C’est la gymnastique militaire.

Le soin de la santé donne naissance à la gymnastique médicinale.

L'amour du plaisir, surtout celui qui est inséparable des spectacles, joint au désir de donner des preuves publiques de sa force, de son adresse, en remportant un prix proposé, donne naissance à la gymnastique des athlètes.

Il rappelle la division de la gymnastique en deux parties: l'Orchestique et la Palestrique. L'Orchestique contenait la danse, les exercices de souplesse et d'agilité, et la sphéristique ou les jeux de balle.

La âanse a une grande valeur éducative et morale ; on peut en faire un usage merveilleux pour réveiller dans les cœurs des sentiments de piété, de compassion, de courage, de générosité et d'autres vertus semblables. On peut s'en servir dans un autre sens, mais on ne doit pas rendre l’art mais l'artisan responsable de ce désordre.

La danse est étroitement liée à la musique par la cadence qui leur est commune, elle est l’expression la plus naturelle de la joie et la suite de ce penchant naturel et invincible qu’ont tous les hommes au mouvement et à l’imitation.

La danse était associée aux mystères et à l'initiation, on la rencontre chez les Egyptiens, chez les Hébreux, chez les

L ÊCOI,E FRANÇAISE

Grecs, les Romains et toutes les peuplades sauvages revêtant des caractères différents, rappelant les cérémonies de la religion, les exercices de la guerre, les spectacles du théâtre, les réjouissances civiles suivant les cas.

La Pantomime, d’après Lucien, demandait au danseur de savoir parfaitement la poésie et la musique, quelque teinture de la géométrie et même de la philosophie ; qu’il empruntât de la rhétorique le secret d’exprimer les passions, et les divers mouvements de l’âme ; qu’il prit de la peinture et de la sculpture les gestes et les attitudes en sorte que pour cet article il ne le cédât ni à Phidias ni à Appelle, mais surtout il avait besoin d’un grand fond de mémoire qui devait lui rappeler fidèlement les principaux événements de la Faille et de l’histoire ancienne lorsqu’il était question de les représenter. La danse n’était donc pas restreinte à-des sauts et des gesticulations mais formait un art très raffiné où la musique avait sa plus grande part ; les mimes avaient les mains parlantes et jouaient autant qu’ils dansaient.

La sphéristique était l’ensemble des jeux de balle fort nombreux comprenant tous nos jeux modernes, la balle, la raquette, le ballon, la paume, depuis le corycus, sac de sable suspendu que l’on s’exercait à recevoir sur la poitrine jusqu’à la balle de verre qui se brisait si on manquait de la rattraper et manifestait une forme tangible de la maladresse.

Ces jeux demandaient beaucoup de mouvement et avaient l’effet le plus salutaire pour la sauté.

La palestrique comprenait tous les exercices athlétiques. Le nom même d’alhlëte indique les inconvénients de la profession , il signifie travail, combat, récompense du combat, un malheureux accablé de mots et de misères.

Les philosophes et ceux qui ne réglaient pas leur approbation sur celle du vulgaire n’étaient pas toujours d’accord entre eux touchant l’estime qu’on devait faire d’une telle profession.

Platon propose des prix pour les exercices qui servent à perfectionner l’art militaire : ceux qui rendent le corps plus léger et plus propre à la course et que l’on doit pratiquer à l’exclusion de ceux qui sont, absolument inutiles pour la

SABBATHIEU

guerre. Solon n’était pas tendre pour les athlètes : « les victoires de ces gens-là devenaient à charge au public et leurs couronnes étaient plus dommageables à leur patrie qu’affligeantes pour leurs antagonistes vaincus » ; et voici ce qu’Euripide en pense :

« Lorsqu’ils sont jeunes, l’éclat de leur réputation les fait regarder comme rornement de leur ville. Ont-ils vieilli, ils ressemblent à ces habits usés qui montrent la corde. Je ne puis approuver cette coutume des Grecs de faire de nombreuses assemblées pour honorer des divertissements si frivoles et le tout en vue des festins qu’on y donne car, qu’un athlète excelle à la lutte, qu’il soit léger à la course, qu’il sache lancer un palet ou appliquer un coup de poing sur la mâchoire de son antagoniste, que sert à sa patrie la couronne qu’il remporté ? Repoussera-t-il l’ennemi à coups de disque ou le mettra-t-il en fuite en s’exerçant à la course, armé d’un bouclier ? Oh ne s’amuse point à toutes ces folies lorsqu’on se trouve à la portée du fer. »

Plutarque avoue que rien n’avait tant contribué à la mollesse et à l’asservissement des Grecs que cette vicieuse gymnastique qui les avaient engourdis sur les exercices militaires et leur avait fait préférer la qualité d’excellents athlètes à celle de bons soldats. Galien ne fait pas l’honneur de donner place à la gymnastique athlétique parmi les arts et lui dispute même le nom de gymnastique ; il en exagère surtout les inconvénients au point de vue de la santé et montre les dangers de forcer la nature. De là vient que plusieurs d’entre les athlètes perdent tout à coup l’usage de la voix, que d’autres meurent d’apoplexie ou ceux qui sont traités le plus favorablement en sont quittes pour la rupture de quelque vaisseau, ce qui les jette dans le vomissement et le crachement du sang.

Qh doit, selon lui, haïr et détester une profession dont tout le mérite se borne à déranger la constitution naturelle du corps et à ruiner cette espèce de force qui peut devenir utile à l’Etat, pour cultiver une autre qui ne peut que lui être à charge. Les athlètes de profession ne sont propres ni aux fatigues d’un voyage ni à celles de la guérre, encore

l’école française

moins aux fonctions du gouvernement ou aux travaux de Fagricultiire.

Le régime des athlètes consistait en figues sèches, noix et fromage mou, on leur accorda la yiande dans la suite, le bœuf et le porc accompagné d’une sorte de pain sans levain fort grossier, fort pesant, pétri avec le fromage. Ils mangeaient les viandes plutôt rôties que bouillies. Deux livres de viande et du pain à proportion était un repas frugal pour un athlète. Ils faisaient un dînér médiocre et réservaient pour leur souper les viandes les plus grossières. Ce souper, excessif était prolongé souvent jusqu’à minuit.

Selon Platon ils passaient leur vie dans le sommeil qui leur donnait une pesanteur d’esprit spéciale. Galien prétend qu’un gros ventre ne fait pas l’esprit délié et que les athlètes qui ne travaillent qu’à faire du sang et de la chair comme les bêtes savent à peine s’ils ont une âme.

Ils sacrifiaient d’ailleurs toutes sortes de voluptés au désir de vaincre, et de remporter des prix, on allait jusqu’à leur défendre la vue des plus belles personnes (saint Basile). Ils avaient en échange une patience incroyable à souffrir les fatigues et les coups inséparables de leur profession, La chaleur qu’il fallait essuyer dans la célébration clés jeux mettait la patience des athlètes à une rude épreuve et ceux qui s’exercaient dans les gymnases couverts sans s’exposer aux fatigues et aux chaleurs du stade étaient incapables d’aspirer aux prix.

Les athlètes commencèrent à concourir entièrement nus à la 15 e olympiade ; ils se oignaient le corps avec un onguent fait d’huile, de cire et de poussière pour avoir plus de prise sur leurs adversaires.

Platon les traite de gens endormis, paresseux, pesants, engourdis, sujets aux vertiges et aux maladies, ils étaient très pâles et Galien assure qu’il était rare de trouver un athlète en qui la vigueur se soutint plus de cinq ans.

Ils s’endurcissaient sous la direction des maîtres de palestre et .observaient pendant dix mois un régime sévère sous forme de lois athlétiques. D’abord composés d’exercices préliminaires, on redoublait les travaux à l’approche

TISSOT

■des jeux olympiques pour leur faire acquérir l’endurance, pour supporter la faim, la soif, la chaleur, la poussière et toutes les fatigues d'un exercice qui durait quelquefois depuis le matin jusqu’au soir lorsqu’ils devaient fournir la Carrière ou exercice complet.

Le Gymnaste joignait à la science des exercices un discernement exact de toutes leurs propriétés par rapport à la santé. Le pédotribe, peu inquiet de ce dernier article, bornait ses connaissances au détail mécanique de ces mêmes exercices et ses soins à former de bons athlètes. Le bon gymnaste n’avait pas besoin de briller dans les jeux publics et était un athlète très médiocre. La naissance, les mœurs ■et la condition des athlètes donnait lieu à un examen tout particulier. Il fallait que leur naissance fut comme leur généalogie, sans équivoque, qu’il n’y eût ni étranger ni esclave .parmi leurs antécédents. Les athlètes, avant d’entrer dans lé stade, prêtaient serment d’avoir suivi tous les exercices d’entraînement et de ne se procurer la victoire que par des moyens licites. Le vainqueur devait, s’il se représentait dans un nouveau concours olympique, conserver sa première place ; il payait de sa vie une défaite à.laquelle il s’exposait témérairement.

M. Tissot.

Après le remarquable ouvrage sur la vie des anciens athlètes dont nous n’avons pu donner qu’une idée, vient le travail très important de Tissot où nous trouvons des observations scientifiques plus précises et plus étendues. Tissot était chirurgien-major du 4 e régiment des chevau-légers ; •son livre publié en 1780 porte le titre de : Gymnastique médicinale et chirurgicale ou Essai sur Vutilité du mouvement ou des différents exercices clu corps et du repos dans la cure des maladies.

* Tissot place d’emblée la gymnastique dans les sciences médicales.

‘ « C’est cette partie de la médecine qui enseigné la ma-

l’école française

nière de conserver ou de rétablir la santé par l’usage de l’exercice ». La gymnastique médicale ayant pris naissance de la militaire doit nécessairement lui avoir été postérieure comme l’effet l’est toujours à la cause. »

« Lorsque les maladies, qui sont pour la plupart le fruit de l’intempérance et de l’oisiveté, eurent réduit les hommes à la triste nécessité d’avoir recours aux médecins, ceux-ci déjà convaincus sans doute que rien ne contribué plus à la conservation et au rétablissement de la santé qu’un exercice proportionné aux différences des complexions, des âges et des sexes; et. connaissant d’ailleurs le penchant de l’homme à tout ce qui était du ressort de la gymnastique, ne balancèrent point à s’emparer de tout ce que cet art pouvait leur fournir d’avantageux pour seconder,les vues de leurs malades. A cette époque, la gymnastique médicale commença d’éclore. »

Il cite l’origine de cette science et la rapporte à Esculape puis à Asclépiade. Fuller est l’auteur d’un livre intitulé Me decina gymnastica, qui parut en anglais au commencement ^ du XVIII e siècle (Londres, 1728).

« Troncbin (1709-1781) réussit à persuader la doctrine de la cure par l’exercice; il fut alors du bon ton de faire de l’exercice ; nos petites maîtresses adoptèrent ce moyen curatif comme une mode nouvelle. Quand on a des connaissances aussi profondes que M. Troncbin, on voit que, dans bien des cas, la bonne médecine n'est pas tant l’art de faire des remèdes que celui d’apprendre à s’en passer. » Vérités bonnes à redire aujourd’hui.

La gymnastique de cette époque consistait principalement en jeux et en plaisirs : le mail, le billard, la paume, le volant, le ballon, la boule, les quilles etc.,, peuvent tous être employés utilement dans l’art de guérir. Les voitures de. toute espèce, les promenades publiques, la chasse, l’équitation fourniront à chacun différents moyens de graduer le mouvement relativement à son goût et à ses besoins., ».

Voilà déjà nettement posée la notion de quantité, d’exercice au point de vue de l’hygiène et l’idée, de la nécessité du plaisir associée à la dépense utile.

« Le mouvement est l’âme de toute la nature ; il nous con-

TISSOT

duit à la mort en travaillant à maintenir notre vie. Tout subsiste, tout est conservé, tout périt par le mouvement. Le mécanisme général de notre corps dépend du jeu et du mécanisme de chacune des parties qui le composent. Il ne suffit pas de prendre de la nourriture mais de bien l’assimiler et de pousser au dehors les liqueurs dangereuses. Les deux principaux moyens que la nature nous indique sont le mouvement et le repos. Le mouvement produit des pertes, le repos doit les réparer ».

N’est-ce pas là l’idée maîtresse de l’harmonie des fonctions et du rythme de travail sur laquelle nous basons tout notre enseignement d’aujourd’hui ? L’effet du mouvement et des contractions musculaires sur le cours des liquides de l’organisme, l’effet général sur l’organisme d’un travail local et la nécessité de l’exercice pour balayer, les déchets qu’emportent avec elles une circulation active et la sueur ; le résultat : une nutrition plus parfaite, tout cela est décrit sans hésitation et avec la plus grande clarté.

« Mais l’exèrcice peut être un travail ou un amusement; on’se livre volontairement à l’exercice quand il est amusement au lieu qu’on s’y porte avec peine lorsqu’il nous offre l’image du travail.

Les animaux sauvages comparés aux animaux domestiques, comme l’homme actif comparé à l’homme sédentaire nous font immédiatement apercevoir les qualités que donnent l’exercice. A la seule inspection des membres, un anatomiste devinera le genre de profession d’un sujet.

Une eau courante se conserve pure, une eau qui croupit se corrompt ; vouloir jouir de la santé dans l’inaction, c’est se condamner au silence pour développer sa voix.

Tous les remèdes du monde ne peuvent tenir lieu du mouvement. Celui-ci a une influence morale, il donne la gaîté ; toutes les opérations de l’âme sont plus vigoureuses dans un corps fort et robuste ; les exercices violents sont incompatibles avec la délicatesse de l’esprit.

Les effets du mouvement diffèrent relativement au temps, au lieu, à la nature de l’exercice, à son degré et à sa durée. Excellent le matin ou avant de se coucher, il est nuisible pen-

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dantla digestion. A la campagne, au grand air, par un temps sec il produit les meilleurs effets surtout pour les gens de lettres.

Il ne faut jamais d’excès, mais de la modération dans les efforts; l’exercice poussé au dernier degré cesse d’ètre un bien comme le défaut d’exercice est un mal. Il y a danger de prolonger l’exercice quand la fatigue se manifeste : omaia in pondéré et mensura. »,

Parmi les exercices, les uns sont actifs, les autres passifs et les derniers mixtes. Suit une description de ces jeux et exercices et de leurs propriétés au point de vue de l’effet produit avec l’analyse de ces effets.

La marche en montée agit sur les viscères abdominaux ; sa violence au point de vue respiratoire est manifeste, c’est une raison suffisante, même décisive pour interdire tous les exercices de cette espèce aux poitrinaires.

« Il existe des exercices spéciaux et très variés pour les bras; enfin s’il était nécessaire de développer la capacité de la poitrine et de fortifier les viscères qui y sont contenus, dans le nombre des exercices dont nous venons de parler, il en est qui mettent en action les muscles pectoraux et par conséquent les cartilages des vraies côtes qu’ils tirent à chaque élévation et extension des bras. Alors les viscères de la poitrine en recevant une portion des secousses et des mouvements de la part des bras, la circulation y estnécessairement augmentée ; de là tous les effets qu’on pourrait désirer à cet égard.

Les mouvements des bras ont donc un effet sur le développement du thorax et sur la correction des difformités de l’épine du dos. »

« L’exercice de la voix a aussi un effet sur les viscères par l’action du diaphragme, sur l’abdomen et le poumon. » L’auteur ajoute malicieusement « que les femmes ont probablement beaucoup moins besoin d’autres exercices parce quelles usent beaucoup de là parole ».

« L’exercice du chant est un vrai moyen de donner de la force aux poitrines délicates des jeunes gens dont les poumons sont affaiblis. »

TISSOT

Les règles gymnastiques peuvent se résumer en quelques mots :

Quis, quid, ubi , quibus auxiliis , cur, quomodo , quando ? qu'on peut traduire :

Qui ! quoi ! où ! avec quelles aides ! pourquoi ! comment ! quand !

« II n’y a pas d’exercice bon ou absolument mauvais, le succès dépend entièrement d’une juste application, il faut savoir i° choisir les exercices; 2° régler le temps auquel il convient de s'exercer; 3° proportionner la mesure et la durée de l’exercice à l’âge du malade, au sexe, au tempérament, à la saison et 4° prendre des précautions particulières après l’exercice fini. Les exercices violents ne conviennent pas aux corps languissants ni à ceux qui ont perdu leurs forces; il est des gens qui s’en tiennent à un seul exercice qui favorise seulement quelques parties du corps et laisse les autres dans l’inaction.

a Pour le rétablissement de la santé, on doit choisir le moyen qui plaît davantage, qui récrée l’esprit en même temps qu’il met le corps en action parce que, dit Platon, la liaison générale qui est entre l’âme et le corps ne permet pas que le corps puisse être exercé sans l’esprit et l'esprit sans le corps. Pour le choix du temps favorable à l’exercice : on ne doit s’appliquer ni faire de l’exercice avant ou après le repas.

« Il ne faut pas non plus l’interrompre tout à coup, mais peu à peu . et par degrés, lorsqu’on voit que les vaisseaux commencent à Se gonfler, (|ue la respiration devient moins libre, que la rougeur du visage augmente, que la peau est suante et que l’on sent une lassitude sans être accompagnée de fatigue. Mais la difficulté de respirer et la sueur ne sont pas toujours des signes certains que la mesure de l’exercice est Suffisante, parce qu’il y a certains exercices violents qui peuvent produire cés deux effets, avant d’avoir satisfait au besoin entier qu’on peut en avoir. »

« Le choix, le degré et la durée de l’exercice doivent être

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. proportionnés à l’âge, au sexe, au tempérament du malade et à la saison où il est exercé. Les soldats qui se fatiguent beaucoup plus que leurs officiers sont hors d’état de servir avant ceux-ci qui, soulagés dans leurs travaux par l’aisance et la richesse, conservent très longtemps une vieillesse active et exercée utile à l’Etat et agréable à eux-mêmes. »

« Les vieillards doivent conserver leurs habitudes : exercices modérés, plaisirs de la campagne surtout ceux de .l’agriculture. Le corps des femmes est plus délicat que celui des hommes, cependant il n’y a que la femme qui ait cru avoir des droits à l'oisiveté. »

. « Les femmes qui habitent les villes s’exercent trop peu

ou ne font qu’un exercice épuisant. Rien ne détruit plus leur ; tempérament et leur constitution que la mollesse et l’indojlence où elles vivent; elles sont presque toujours sourdes sur l’article de leur santé. »

Relativement aux tempéraments, Tissot fait la juste observation suivante :

« Cherchez des phlegmatiques décidés parmi les labou- ; reurs et les soldats, vous n’en trouverez pas un seul. » t Dans les grandes chaleurs peu ou point d’exercice ; choisir pour s’y livrer le moment du jour où. il fait le moins : chaud. Pendant l’hiver l’exercice doit être presque outré, . s’il est permis d’outrer jamais rien ; pas d’exercice et surtout de refroidissement après le repas.

« On ne peut sans danger passer tout d’un coup d’un travail immodéré au repos, ni d’un trop long repos au travail.

; Si la sueur est la conséquence de l’exercice il faut se faire essuyer et frotter modérément le corps avec des linges secs : et un peu chauds et user des frictions longues et répétées. »

« Le repos est un temps de restauration pendant lequel ; le corps fatigué se délasse et les forces se réparent ; il rend les forces et le ton aux parties qui ont opéré une certaine distraction par le mouvement. Le sommeil n’est réparateur que dans le silence et en l’absence dé souci, mais le repos prolongé provoque la stupeur et l’engourdissement de toutes les facultés du corps, de sorte que l’abus du repos est beaucoup plus dangereux que celui du mouvement. La Morale

TISSOT

fait de l’oisiveté la mère de tous les vices ; la religion la présente comme un péché capital ; la médecine la considère comme la source de tous les maux.

La station droite n'est pas un état de repos. Pour se bien reposer il faut enlever toute entrave à la circulation; les maillots dans lesquels on enserre les enfants, les couchers trop moelleux, les couvertures trop abondantes sont nuisibles. Le repos prédispose aux calculs du rein et de la vessie et certaines positions dans le lit favorise ces dépôts.

Dans la cure des maladies, Tissot montre l’utilité de l’exercice modéré pour les blessés au lieu de les tenir ensevelis dansle lit et condamnés à une diète sévère : «Jamais le mouvement n’a rendu les membres perclus, il évite au contraire l’ankylose des articulations. »

Il conseille aux ouvriers qui ont été obligés de garder le repos pendant le traitement de certaines maladies aiguës de ne pas se remettre trop tôt à l'ouvrage après leur guérison et présente d’intéressantes considérations sur le dosage de l’exercice sans lequel les malades n’en retirent aucun bienfait.

Les exercices passifs portent leur action sur les viscères de l’abdomen qui le plus souvent sont engorgés de sucs lymphatiques. Dans le rachitis les jambes se courbent toujours du côté où il y a le plus de muscles « De la même manière qu’un arc bandé par sa corde ; il faut avoir soin de ne faire des frictions que sur la courbure des os pour relâcher les cordes et non pas sur leur convexité. Tant que les membres ont de la disposition à se courber, on ne doit pas exciter les enfants à marcher même avec la lisière, ce serait exposer ces petits malades à des difformités fâcheuses.

Porter les enfants au bras peut être nuisible en occasionnant un vice de conformation dans les vertèbres et dans tout le côté pressé à moins qu’on n’ait la précaution de les changer souvent de bras.

On doit proscrire les chariots à roulettes ainsi que les maillots, les corps à baleines, les bottines qui ne servent le plus souvent qu’à déranger la texture des os et à accélérer la difformité.

l’école i-rakçaise

Dans le paragraphe II du. chapitre II l’auteur examine l’influence de l’attitude dans l’apoplexie, l’utilité du mouvement pour la guérison de la paralysie, et l’éducation pour la cure du bégaiement.

Dans les maladies du poumon il faut se contenter de l’exercice de la voix et de l’exercice passif car il y a danger de l’hémoptysie dans les exercices violents ; il faut voyager*, changer d’atmosphère, aller aux eaux bien que celles-ci ne soient que le prétexte à voyager.

Dans les maladies arthritiques et rhumatiques, dans les luxations où les malades abusent trop longtemps de repos,, le mouvement est bien important pour prévenir la rigidité des ligaments et par suite l’ankylose. Même dans les cas defracture, le mouvement dirigé avec intelligence peut la prévenir. Les onguents, les topiques et autres remèdes descharlatans ne peuvent remplacer l'usage des frictions, fomentations, bains et surtout des douches.

Les exercices des articulations des bras et de l’épaule, des doigts, de la main font disparaître le rhumatisme et rétablissent l’agilité.

Le saut à clochepied est un exercice dissymétrique pouvant fortifier la partie faible ou atrophiée, car il sulfît d’exercer une partie pour la fortifier.

Le chapitre Y traite de l’orthopédiè ou des difformités naissantes.

« C'est moins ail défaut de génie des gens de l’art qu’il faut attribuer le petit nombre de cures des difformités dans les enfants qu’au manque de soin des pères, des mères, des bonnes et des précepteurs qui, les ayant toujours sous les yeux, les abandonnent à toutes les mauvaises altitudes où iis se laissent aller.

« Il est important de savoir que souvent il n’y a qu’un seul exercice du corps capable de reformer une difformité on perdrait bientôt tout le fruit des premiers soins, si l'on interrompait trop tôt cet exercice salutaire ou si l’on faisait usage d’un autre dont les mouvements seraient contraireset totalement opposés j à l’indication curative.

« Contenir ou exercer les parties difformes, c’est là tout

TISSOT

le secrei. Si la poitrine est serrée, déprimée ou aplatie, il faut tacher d’augmenter sa capacité. Or la gymnastique brachiale nous fournit toutes sortes d’exercices propres à cet etl'et : scier, sonner, ramer, etc.

« En agitant les bras avec violence, ils étendent leur action, par le moyen des muscles pectoraux et autres sur les cartilages des côtes, et, en développant la poitrine, ils font de la place aux poumons, aux viscères de l’abdomen et rétablissent bientôt leurs fonctions primitives.

« Mais, pour obtenir des succès, de ces exercices, il faut que les mouvements des bras soient égaux et soutenus, alin de dilater également et d’une manière uniforme la charpente osseuse de la poitrine. Si les exercices paraissent trop violents eu égard à l’âge el à la faiblesse, on pourrait, en attendant que les enfants eussent acquis assez de forces, leur présenter un bâton assez long pour leur faire tenir horizontalement par leurs deux extrémités les bras étendus. Par ce moyen, les muscles pectoraux étant contractés longtemps et souvent, ils contribueront également à la dilatation du thorax. Ce petit, exercice, peu fatigant, es.t encore propre à allonger les clavicules et à faire rejeter en arrière les épaules des enfants qu’on a trop serrés par l’usage du maillot. »

Pour remédier aux déformations de la colonne épinière Tissot conseille de « porter sur la tête une pelote ronde pour se redresser en marchant et montre l’exemple des laitiers qui ont la tête droite ; il faut aussi changer la position du lit de l’enfant ou le placer toujours de manière à ne voir les objets curieux qui l’intéressent ou Pain us eut du côté opposé au torticolis pour qu’il fasse des efforts qui ramèneront les muscles du cou à leur direction naturelle.

« On ne peut opérer d’amélioration par un mouvement passif, c’est-à-dire par l’elfet de la main ou d’une machine, c’est la nature qui doit tout faire ici. Les parties osseuses accoutumées à être pliées dans un même sens, s’y durcissent et ne peuvent plus se courber dans un sens opposé comme il arrive aux gens de cabinet, aux laboureurs et aux ouvriers dont le métier est de se courber ainsi. L’exposé de ces différentes causes exclut entièrement le repos.

l’école française

« Les jeunes gens dont la taille se voûte ne doivent travailler et écrire qu’en posture droite ; il faut qu’ils portent plutôt leur ouvrage ou leur livre à leurs yeux que leurs yeux à leur ouvrage ou à leur livre.

Les machines et corsets rembourrés peuvent être appliqués sur la bosse en dehors des exercices.

« Une difformité particulière aux épaules, c’est lorsque les omoplates sont relevés et que le cou paraît pour ainsi dire enfoncé dans les épaules. La cause en est dans les effets de la lisière avec laquelle on porte et suspend les enfants en les faisant marcher ou bien parce qu’on les a assis à des tables trop hautes ou trop basses. Pourquoi voit-on tant de difformités dans les collèges ? C’est qu’il n’y a d’ordinaire qu’une même table pour les jeunes écoliers de quelque taille qu’ils soient ; en sorte qu’elle est disproportionnée pour quelquesuns.

« La cause de cette difformité étant connue, il est aisé d’y remédier en ayant l’attention de faire porter aux enfants leurs coudes en arrière , de les poser sur les hanôhes et d’avancer la poitrine lorsqu ils marchent ; de les faire asseoir sur des sièges sans accoudoirs, et dont la hauteur serait proportionnée à la hauteur de la table où ils mangent et travaillent et de leur faire observer une situation droite du corps étant assis.

« Le port des armes et surtout la danse du menuet ont particulièrement cet avantage de faire baisser les épaules, de les retirer en arrière et de donner une contenance qui plaît.

Si l’épaule est plus penchée du côté gauche, qu’on saute à cloche pied et qu’on se tienne debout sur le pied droit, le gauche en Pair, il arrivera nécessairement que l’épaule droite qui baissait trop lèvera.

« Un autre moyen pour faire relever une épaule qui baisse (moyen qui peut paraître contraire à l’indication et qui ne l’est pas).

C'est de faire porter un fardeau sur l’èpaule défectueuse et de ne point toucher à celle qui lève.

« Cette méchanique si simple en elle-même fait voir l’erreur de ceux qui, pour obliger un enfant à baisser une épaule

TISSOT

qui lève trop, lui mettent un fardeau sur l’épaule élevée , s’imaginant que le poids le lui fera baisser, puisqu’au contraire c’est le moyen de la lui faire lever davantage.

« Si l’on marche la main appuyée sur une canne très basse, c’est encore un bon moyen pour faire baisser une épaule qui lèverait trop ou avec une canne haute pour faire relever une épaule qui pencherait trop.

« Veut-on se reposer ? qu’on s’asseye dans une chaise à deux accoudoirs dont l’un soit plus haut que l’autre en sorte que l’accoudoir haut soit du côté de l’épaule basse.

Voilà des moyens bien simples et très connus des gens de l’art. Doute-t-on de leurs effets, chacun peut les vérifier sur soi.

Pour exciter rallongement des muscles retirés après une fracture rien n’est plus convenable que de marcher dans des terres grasses, dans beaucoup de neige presque fondue, car il faut plus d’effort pour retirer les pieds du tçpu qu’ils ont fait,

« S’exercer à monter des plans inclinés ou une montagne guérit de la difficulté de poser le talon à terre ; la chaussure sans talon corrige les genoux cagneux. Voyez les femmes qui sont chaussées à talons très hauts; elles sont pour la plupart mal assurées sur leurs jambes ; or, plus les talons seront bas, plus les muscles des jambes seront en exercice, plus ils. se fortifieront.

« L’escrime peut opérer des merveilles sur le bras et la jambe droite et par succession sur le reste du corps. Cet exercice peut encore donner lieu à des mouvements propres à corriger les mauvaises attitudes et les difformités naissantes, du tronc des bras et des jambes et à achever la cure commencée par l’application des machines. »

Dans le supplément relatif aux frictions, Tissot montre leur utiliLé au point de vue de la santé. L’usage s’en était perdu jusqu’au milieu du dernier siècle où les Anglais le reprirent. Ambroise Paré est le premier qui ait employé ce remède dans la cure des maladies chirurgicales.

« Les frictions ont à peu près le même effet que les exercices modérés, la circulation dans les vaisseaux de la peau

l’école française

est activée et l’action vitale augmentée sans l’introduction d’aucun médicament.

Les frictions sur l’abdomen avec étoffes rudes produisent de merveilleux effets dans le cas où il y a inertie des viscères.

« Mais il y a une différence entre la friction rude et la friction douce ou légère et la friction modérée. L’effet qu’on se propose d’obtenir dépend de l’état de la personne, de sa sensibilité et de la finesse et de la texture de la peau. La friction est indiquée dans les cas de suppression de la transpiration, de sécheresse de la peau, pour rappeler les noyés à la vie, dans les paralysies, dans les cas de contusion et d’extravasation du sang dans l’engorgement des glandes associée à l’action de la vapeur d’eau tiède.

Les frictions douces avec des linges mollets et éponges fines peuvent suppléer au défaut d’exercice qui serait nécessaire aux blessés. ,

Dans les cas d’une partie menacée d’ankylose, elles préparent la peau à recevoir et à absorber les particules des topiques.

Il est encore assez ordinaire de faire des frictions sur les parties qui ne sont point .malades. On fait par exemple des frictions sur les extrémités inférieures lorsqu'on veut dégager les parties moyennes ou supérieures du corps pour exciter une dérivation vers les parties inférieures. >>

Tel est à peu près le résumé des notions importantes contenues dans le livre de Tissot. Ce livre étant assez difficile à trouver, nous avons cru utile d’en donner de nombreux extraits comme témoins des connaissances d’une époque qui a précédé Ling, ce dernier avait en effet quatre ans au moment où parut la Gymnastique médicale de Tissot.

Amar Durivier et L. F. Jauffret.

Après Tissot l’ouvrage le plus intéressant paru en France est celui de Amar Durivier et L. F. Jauffret. Il est intitulé:

La Gymnastique de la Jeunesse ou traité élémentaire des jeux d’exercice considérés sous Le r an port de Leur utilité physique et morale, Debray, An XI (1803).

MAR DURIVIER ET J AUFI’RET

Il débute par une note de l’éditeur qui est à l’honneur des deux auteurs. Au lieu de chercher à se supplanter mutuellement par une rivalité mal entendue, les deux auteurs se sont empressés de mettre en commun, pour Futilité générale. le fruit de leurs veilles particulières.

« Dans la préface ils se plaignent de la dépravation des mœurs arrivée à un terme au-delà duquel il n’est plus possible de prévoir que Vanéantissement cle toute nature.

« Ces maux sont affreux mais ils.sont réparables. Nous avons eu des modèles et des guides dans quelquesœcrivains allemands et anglais, mais nous ré avons pu ni dû les suivre exactement. Ils parlaient a leurs concitoyens et nous nous adressons aux nôtres.

« Le point essentiel serait d’unir, ou de rapprocher au moins le plus qu’il serait possible, les perfections physiques de l’homme de la Nature et l’intelligence cultivée de l’homme dé la société. Nous aurions alors le modèle le plus achevé de l’espèce humaine, élevée à son plus haut point de dignité et de perfection.

Donnons donc aux Français les moyens de réunir aux grâces de l’esprit et à l’élégance des formes la mâle vigueur qui caractérise l’homme de la Nature.

Si nous semblons avoir dégénéré il n’en faut accuser que nous-mêmes et notre éducation efféminée; notre nature n’a pas changé. On se hâte de faire un homme par l’étude et l’instruction de celui qui, grâce à vous ne sera peut-être toute sa vie qu’un faible enfant.

Ils rappellent cet enfant du Languedoc qui avait à six ans la force de corps d’un homme fait et vigoureux mais dont l’esprit avait toujours six ans.

Ils critiquent l’enseignement public qui fait fi dé l’exercice pour les enfants et, en s’adressant aux parents. « Ne voyezvous pas ou ne voulez-vous pas voir que leur boisson, leur nourriture, la nature même de leurs amusements sont la cause unique du mal dont vous vous plaignez et dont le remède esta côté de vous, si vous voulez en profiler. La nature avait fait son devoir : avez-vous rempli le vôtre ?

La conséquence de cet état de choses est le défaut total

de force et d’adresse « Peu réunissent ces deux précieuses qualités ; les uns sont faibles et maladroits, d'autres souples dans un corps essentiellement faible ; d'autres déploient une force dont ils ne savent pas se servir à propos ; tous sont en général adroits sans force ou forts sans adresse la plus petite difficulté les effraie, les plus légers obstacles les irritent, la moindre douleur les abat.

Avec cette éducation erronée sur 1000 enfants, il en périt régulièrement 418 et même 460 dans les dix premières années.

Notre intention n’est pas et ne peut être de faire de l’homme civilisé une espèce d’être sauvage mettant la force physique au-dessus de toutes les qualités, mais de combattre les abus de la civilisation qui nous mettent à cet égard bien au-dessous du sauvage lui-même.

On dit aux enfants: taisez-vous! Restez donc tranquilles ! et nous les voyons tomber insensiblement dans l'indolence. Est-ce la nature qui a tort ? non c’est nous.

Qu’attendre de l’esprit, quand le corps qui devrait être son docile instrument n’est plus capable d’en suivre les impulsions et l’accable au contraire de son propre poids ! Coupez les racines des plantes les plus vigoureuses, vous les verrez bientôt incliner tristement leur tête flétrie et mourir.

On multiplié les besoins de l’enfant et on lui prépare en conséquence autant d'infortunes passagères qu’il aura de privations à éprouver par la suite. Il n’était que faible,, timide et efféminé, il devient dur, exigeant, avare, égoïste enfin ce qu’est le dernier terme de la dégradation de l’homme moral.

D’après Locke il faut aux enfants la jouissance de.l’air,.un exercice et un sommeil suffisants, des aliments simples* très peu de vin, jamais de liqueurs fortes, peu ou point de; médicaments, point de vêtements chauds "et étroits, point de lits de plume.

Victimes de la mode et jouets infortunés de cette éternelle mobilité de principes, les jeunes gens parviennent à l’âge mûr avec la faiblesse et les défauts de l’enfance,, sans

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