LE SYSTÈME SUÉDOIS
Le système de Ling doit évoluer.
Le système de Ling, loin d’être intangible, doit évoluer sans cesse s’il veut rester d’accord avec les notions modernes et justifier le nom de scientifique. Pourra-t-on appeler dans quelque temps système de Ling une méthode totalement différente de son point de départ et comprenant tous les résultats des travaux étrangers. Le mouvement est fatal, la gymnastique suédoise ne peut rester exclusive et puriste; si ses partisans s’entêtent à ne tenir aucun compte des modifications raisonnables qu’on leur propose, ils condamnent leur système à l’abandon ; leur vieille Église vermoulue aura eu un rôle dans l’histoire, mais elle doit disparaître si elle ne veut pas se plier aux exigences de son époque.
Il n’en sera pas ainsi car les nouveaux directeurs de l’Institut de Stockholm sont hommes de progrès, ils ne méprisent pas les avertissements de l’étranger, et leur désir doit être de travailler avec nous pour accentuer la marche en avant.
La méthode suédoise actuelle ne s’accorde pas av ec la pratique de la vie.
Le système suédois actuel est un système spécial, artificiel, qui renferme une part de réel et une plus grande part de conventionnel. Il ne s’accorde pas suffisamment avec le but de l’éducation physique dans la vie moderne, on y rencontre des contradictions, des lacunes, des erreurs et un manque de souplesse qui va jusqu’à l’intransigeance.
La part de réel répond à l’observation des faits et aux acquisitions définitives qui sont vraies partout. La part de
l’école française
convention est contingente aux habitudes, au caractère, au milieu spécial aux pays Scandinaves en un mot, elle ne peut nous convenir ni surtout nous être imposée.
La manière de concevoir la vie dans le système suédois est assez simpliste ; on s’adresse surtout à un corps sans âme, à un squelette garni de muscles mais dépourvu de son système nerveux.
On ne peut admettre cette manière de voir même en se plaçant au point de vue militaire, où cependant le perfectionnement physique se restreint à la subordination des hommes à une volonté unique, mais ce n’est plus alors le développement normal illimité de nos forces physiques et morales.. Cette manière étroite d’envisager la question n’a jamais été celle de Ling ; elle a été peut-être celle de ses interprètes mais, même en faisant ces restrictions, le système suédois envisagé au point de vue militaire n’est point logique. Le reproche le plus sérieux à lui adresser c’est d’ignorer totalement l’éducation de nos mouvements en vue de l’application pratique. Il se contente de dépenser les forces sans se préoccuper de leur rendement économique et les gaspille même pour obtenir, sans aucune raison fondée, la forme pure des mouvements dits éducatifs. Cette forme pure est indéfinissable, elle ne répond à rien de réel, ce n’est pas la meilleure manière d’agir pour obtenir un bon résultat de son travail, c’est une règle conventionnelle qui devient une véritable obsession.
' Partant de là, la méthode se cantonne dans des formules étroites, monotones, invariables et se prive des ressources de l’art et de l’éclectisme en n’attachant d’importance qu’aux mouvements correctifs soi-disant esthétiques.
La légende de Ling.
Une espèce de légende plane sur les principes de Ling dont la tradition antérieure devrait se perpétuer intacte et indéfiniment. Remontons à ce que Ling nous a laissé et nous serons bien déçus, nous; trouverons des aphorismes vagues
PHASE DE TATONNEMENTS
vrais ou faux suivant la façon de les interpréter mais dont ou ne peut rien tirer dans la pratiqué. Ce qu'on nous donne comme système de Ling vient en réalité de son fils Almar, de Branting, de Nyblâeu.; de Torngren, de Norlander et de Zilovy; en particulier les manuels suédois sont le travail de commissions militaires ayant fait preuve d’une connaissance plutôt restreinte de la physiologie des mouvements.
Loin d’être une œuvre homogène, le système suédois est un travail pénible,' retouelmélangé, quelquefois même indigeste et bien plus loin de la Nature que celui de Ling.
Ling a constitué l'école suédoise avec les traditions chinoises, françaises, allemandes. D’après Daily (1) la méthode suédoise n’est « pas nouvelle : les principes et la théorie, le « système, la méthode, les applications et la doctrine de « Ling toute entière est dans les traditions de l’antiquité.
« On les retrouve dans les philosophes grecs, dans Plu- « larque, Platon, Mercurialis. .
û On trouv-edans Wihsiow, dans Nicolas Andry(Traité d’orthopédie, 1742) dans Rabelais (Education de Gargantua), les bases de l’éducation, John Barclay professait et publiait à Edimbourg en 1818 les idées conformes à celles de Ling et Guts-Mulhs concevait en Allemagne une vaste éducation physique basée sur le mouvement actif qui embrassait l’art de sauter, de courir, de lutter, de nager, de lancer, de grimper, l’équilibre et le balancement, le développement de la grâce, l'équitation, la danse, la marche, les exercices militaires et les escrimes. L’idée suédoise est née au contact •de l’idée française par l’escrime ; la gymnastique médicale vient de la doctrine des Tao-Tsé, principes chinois que l’on trouve dans le Cong-Fou et sanctionnés par 5000 ans d’expérience avant Jésus-Christ.
« Lorsque les disciples de Ling arrivèrent en Allemagne avec la prétention d’èlre les seuls maîtres de la vraie doctrine, il y eut une rivalité de systèmes et une lutte qui tourna à l’aigreur.
« En 1855 le D r Edmond Friedrich est extrêmement hostile à
(i) N. Daxly, Cinésiülogié.
l’école française
l'école suédoise, sa polémique avec Neumann est restée célèbre. M. Réren d un des médecins Lés plus considérables; de l’Allemagne qui dirigeait depuis 1840 un institut d’orthopédie à Berlin, se rendit à Stokholm pour y faire des observations ; il disait : « M r Branting (le directeur de l’Institut)',. « ne m’en voudra pas si je n’adopte pas dans son ensemble « la méthode de Ling et si j’ai gardé dans mon cœur les « mots qu’il m’adressa au moment de son départ :
« Essayez tout et conservez ce*qui est bon » .
« Si maintenant nous examinons l’idée qu’avait Ling d’agir « sur les organes internes par l’intermédiaire des muscles, « nous verrons que le principe ne peut être établi seientifi- « quement qu’avec de grandes réserves ; les expériences v exactes nous montrent que ce principe admis dans toute « son extension n’est pas juste en théorie et qu’il n’est pas « entièrement justifié dans la pratique. Il y a bien quelques « mouvements qui dilatent le thorax et agissent particulière- « ment sur les organes contenus dans l’abdomen, mais les « exercices n’ont rien de spécifique à l’égard de tel ou tel « organe. Nous voyons en effet chez les personnes qui ont « la poitrine faible une gymnastique générale qui n’a point « la prétention d’agir isolément sur les pectoraux, les sca- « lènes, les dentelés, les intercostaux, produire les, mêmes « effets que la gymnastique de Ling. ( Opinion du D r Bérend r «. Daily, page 289).
Vadmiration que Von peut avoir pour Vorganisation suédoise n’implique pas forcément l’adoption intégrale de la méthode.
Ling n’a d’ailleurs jamais eu la prétention d’imposer au monde les détails de son système. Il a fait au mieux pour son pays et pour son temps, il a rendu service à ses concitoyens et nous admirons sincèrement l’administration, la persévérance et la discipline qui ont contribué à édifier ces belles institutions.
Mais nous les admirons dans le milieu particulier de l’extrême Nord, de cette région sous la neige pendant. 8 mois de
PHASE DE TATONNEMENTS
l’année où le soleil est alors couché à 2 heures et où les ca-? ractères diffèrent absolument du nôtre. La. rudesse du climat augmente la puissance nutritive mais diminue la sensibilité, ce qui faisait dire plaisamment à Cabanis :
« Ainsi se forme la constitution robuste mais peu sensible de ces peuples dont Montesquieu dit qu’il faut les écorcher pour les. chatouiller. »
Il n’est pas rare de voir en Suède des fiancés attendre quatorze années la satisfaction de leurs vœux. Etant allé à Upsala accompagné d’amis et du directeur de l’Institut central de Stockholm, notre très aimable introducteur, je me rappelle avoir fait irruption avec bruit dans une salle de lecture d’un Cercle d’étudiants ; aucun d’eux ne leva les yeux ni ne.changea son attitude. Si l’on rapproche Cette puissance particulière d’attention de notre mobilité et de notre curiosité natives, on peut affirmer, sans crainte de se tromper, que nous ne sommes pas bâtis de la même façon.
Les Suédois sont habitués depuis plusieurs générations à leurs exercices, ils sont naturellement portés à les croire nécessaires, ils ont la foi, on ne peut que les en louer, mais nous ne pouvons la partager entièrement avec eux. Nous avons aussi un passé et des acquisitions dues à nos efforts antérieurs ; devons-nous les renier. Nous pouvons étudier et examiner ce qu’ils ont fait de mieux que nous et en retenir ce qui peut réellement nous servir, en laissant de côté leurs, conventions. Le choix d’une méthode ne doit pas être une question de mode ou de snobisme. Si nous nous sommes dégagé de la routine, ce n’est pas pour retomber dans d'autres préjugés ; le moment est venu de reconstruire ce que nous avons démoli mais avec des matériaux choisis et éprouvés.
Les chalets de bois, les skis et les traîneaux sont des instruments nécessaires aux climats septentrionaux ; mais devons-nous bâtir des maisons de bois quand nous avons la pierre sous la main, employer les skis et Les traîneaux sans la neige ?
Il est très louable de conserver avec religion les traditions anciennes.quand elles sont véritablement utiles ; il est mieux de profiter des connaissances nouvelles. La préoccupation
de ne pas contrarier les mânes de Ling ne peut être une préoccupation française. 11 serait étrange de se servir encore de la chaise à porteur quand on possède l'automobile, ou de l'arbalète au lieu du fusil à répétition.
De plus, faire rejaillir l’homu ur de tous les perfectionnements ultérieurs sur les premiers inventeurs est une injustice à l’égard des autres. Les déc. pii-ver tés successives îles travailleurs transforment souvent les premiers essais, au point que le dernier produit peut n'avoir plus rien de commun avec le point du départ.
Autant vaudrait attribuer à Slèphènson ou à Denis Papin la locomotive actuelle et la télégraphie sans fil à Cliappe, l’inventeur du télégraphe aérien.
Dans la lutte actuelle des systèmes, il ne s’agit pas seulement du sort de. la gymnastique suédoise, il y a nue question de principe qui domine tout : on veut nous imposer des dogmes sans tenir compte des observations et des travaux modernes. Cela est-il possible?
Faüt-il considérer l’éducation physique comme fixée ; devons-nous l’arrêter au point où elle était il y a cent ans < j n Suède, ou bien devons-nous penser -que, comme toutes les manifestations de l’activité humaine, elle peut évoluer, s’adapter de mieux en mieux à nôtre milieu social français, que par conséquent, loin d’être parfaite, il y a lieu dela faire progresser indéfiniment. Tout le luxe de démonstrations et de critiques qu’on nous sert n’e^t qu’une thèse sans preuves et on n’y rencontre aucune raison scientifique; on ne peut s’appuyer sur des constructions aussi éphémères et aussi fragiles, il faut donc retourner aux sources de notre énergie, à la Nature, si l’on veut faire quelque chose de durable.
En matière d’éducation il n’y a rien d’absolu : telle manière de voir peut être vraie dans un milieu, fausse dans un autre.
L’Ecole suédoise doit se rallier au mouvement scientifique moderne,en apportant son bagage de travaux antérieurs ; nous en conserverons ce qui résistera au contrôle et à un exa~ men sérieux. Elle ne peut se mettre en travers du progrès ni enrayer le mouvement en. avant en se contentant de propager les vieilles doctrines rétrogrades.
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Il y a peut-être moins de chose à faire pour améliorer notre système français que pour réformer le système suédois et le mettre d’accord avec la nature et notre milieu.
Le système suédois se propose le perfectionnement de l’homme dans sa structure et dans ses fonctions physiologiques ; tous les systèmes d’éducation ont ce même programme, mais il Faut voir comment il est réalisé, il faut examiner si les moyens employés sont toujours d’accord avec le but et sont directement adaptés aux résultats que l’on cherche.
A ce point de vue nous avons des reproches à adresser au système suédois et les indications de la science moderne nous défendent de le copier servilement. Il est nécessaire de susciter un mouvement nouveau d’évolution et de rénovation en dehors des conventions et plus en rapport avec la nature.
Il n’y a pas de système de Ling proprement dit.
Et d’abord, y a-t-il un système d’éducation physique de Ling? On nous ressasse à satiété qu’il y a des principes de Ling éternels et immuables et que, sur ces principes est construite une éducation physique intangible.
En réalité il n’y a pas de système de Ling proprement dit, c’est là une invention d’une école qui veut s’étendre et envahir le monde commercialement. Quand je dis qu’il n’y a pas de système suédois, je me trompe ; il y en a bien un, mais il est loin d’être intangible ; il ne peut même, en tant qu’éducation physique, résister à un examen sérieux. Il y a bien un système de gymnastique tout particulier mais ce système, usité en Suède sous le nom de système de Ling, n’est pas du tout la réalisation des principes de Ling et n’a aucune base scientifique.
Ling en mourant laissait fort peu de choses écrites et surtout fort peu de choses précises ; il avait touché en poète à l’éducation physique sans en faire une synthèse qui comprit toutes les qualités physiques à requérir. Il avait surtout l’in-
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tention de se servir de l’exercice comme un moyen thérapeutique puissant et presqu'oublié. Il commença donc par s’occuper de la gymnastique médicale et meme, pour cette raison, il ameuta tous les médecins contre lui.
Il avait appris l’escrime à Copenhague à l'école du français Montriehard et la gymnastique à l’école de Nacbtigall dont il était sorti. C’était là tout son bagage-technique ; ce qu’il apprit de physiologie à l’université de Lund et en 1804 ne devait pas être bien lourd.
Les connaissances sur le mouvement étaient à cette époque beaucoup plus avancées en France, en Allemagne et en Suisse. On y trouve alors des éducateurs de premier ordre, il suffit de citer les noms de Coménius, de Froebel, de Pesta lozzi, de Basedow (1724-1790) ; de Guts-Muths (1759-1839) ; de Jahn (1778-1852) ; de Spiess (1810-1858) ; de Clias, etc...
En France, les travaux de Nicolas Andry, de Tissot, 4e Londe, d’Amoros indiquaient nettement déjà l’effet qu’on pouvait tirer de l'exercice sur la santé, sur le développement de la poitrine, sur les conformations vicieuses et surtout sur le moral. On y trouve même des faits précis sur Fin- . fluence de la gymnastique respiratoire avec une exposition d’une clarté qui. dépasse de beaucoup les aphorismes de Ling. ' r
Il n’est pas douteux que ce dernier ait eu connaissance de ces travaux, mais, préoccupé de la thérapeutique par le mouvement, il n’envisage pas l’éducation physique proprement dite ; il ne la voit qu’à travers les choses médicales négligeant la partie pédagogique qui intéresse ou qui amuse.
Ayant obtenu de bons résultats au point de vue somatique avec quelques mouvements de redressement et les exercices de respiration, il voulut introduire dans l’école ces procédés connus de tout temps. Il greffa donc sa gymnastique pédagogique sur sa gymnastique médicale, sans rien y ajouter pour rendre les jeunes gens adroits et souples, ni pour les intéresser, restant toujours éloigné des applications pratiques.
La gymnastique suédoise se trouva d’emblée réduite à une série d’attitudes et de mouvements respiratoires sans
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toucher autrement au perfectionnement de la vie -e*t du mouvement.
Il est intéressant à ce propos de répéter la dernière parole de -Ling prononcée à son lit de mort :
« La mort met fin à mon activité et toute mon œuvre disparaîtra « comme une huile fie savon si Votre Majesté et l’Assemblée Nationale « ne consentaient à remplir le dernier vœu d’un mourant : Laissez « l’Institut se développer d’après mes plans. Entre mes centaines « d’élèves, il n’y en à que deux : Branting et Georgîi qui soient en « état de conduire mes idées à bonne fin et ces deux hommes sont mal- « heureusement maladifs. S’ils meurent avant d’avoir eu le temps de «. former de nouveaux professeurs,, alors ;FInstitut périra et son im- « portance réelle disparaîtra. L’Institut doit être soutenu immédiate- « ment, sans cela il sera trop tard. »
Et d’autre part :
« Je prie Dieu queles docteurs et les instituteurs de l’avenir puissent « succinctement développer et perfectionner ces premiers essais pour « redonner à la gymnastique la même importance auprès des habi- « tants du Nord, qu’elle avait dans les pays méridionaux à l’époque fie « Platon, Hippocrate et 'Galien.
« Tant que l’on ne suivra pas la nature, on balancera toujours euÆre « des prescriptions règlementaires contradictoires.
« Vérité, santé et beauté ne font qu’une seule et même choses « ces trois qualités peuvent être exprimées par un seul mot : l’har- « monie.
« L’organisme humain doit être considéré comme une unité com- « plète indivise fians laquelle la vie rse manifeste fi’après trois ordres « de phénomènes généraux : les phénomènes mécaniques, les phé- « noraènes chimiques et les phénomènes dynamiques, autrement dits « moraux et intellectuels comportant toutes les forces de l’âme et de « l’esprit.
« L’union et l’harmonie de ces trois ordres de phénomènes carac- « térisent une organisation complète et c’est sous leur influence que « s’accomplit tout mouvement vital.
« Un vrai gymnaste a besoin de connaissances, de sens artistique et « de moralité.
« Chaque mouvement est Une idée ou une pensée exprimée par le « corps. »
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Présentées ainsi avec la modestie du philosophe et de l’honnête homme ces propositions sont acceptables ; elles diffèrent singulièrement de la morgue et de la prétention outrecuidante de ses adeptes. Ce sont de belles pensées profondes qui sont bien au-dessus de la mesquine réalisation du système qu’on veut nous imposer. Pourquoi donc cette discordance entre les principes de Ling et le système suédois : ceci demande quelque développement.
Voici un passage de Georgii, son meilleur élève, ancien sous-directeur de l’Institut de Stokholm, qui nous éclaire sur ce point :
« Ling était trop exclusivement occupé d’établir sur une large base expérimentale ses observations et les lois qu'il en avait déduites, pour avoir le loisir de formuler méthodiquement sa doctrine dans un traité spécial. L’exécution intelligente et précise des mouvements sans laquelle le but scientifique est faussé, était avant tout le point qu'il importait d’atteindre ; c’est à cette lacune regrettable dans une existence si pleine et à son état maladif pendant les dernières années qu’il faut, pour la plus grande part, attribuer l’insuffisance des ouvrages de Ling en temps que système complet. La publication de son traité sur les principes généraux de la gymnastique, (Upsal, 1834-1840), ne fut achevé qu’après sa mort par deux de ses élèves, Liedbeck et Georgii. »
C’est à Branting que Pon doit les premiers manuels, refondus ensuite par des Commissions et retouchés par Nyblaeus et Tôrngren.
Ling laissait donc à sa mort une œuvre incomplète et inachevée ; il fallait cependant fonder l’enseignement pédagogique en entier, si l’on voulait voir subsister l’école. Les deux élèves qu'il laissa ont dû à ce moment être extrêmement embarrassés pour l’établir.
« C’est dans l’intérêt de la science, écrit Georgii, que nous faisons appel aux physiologistes et aux médecins pour les engager à étudier et à appliquer le nouveau mode de guérir. Puissent-ils vérifier dans la pratique les don-
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nées et les effets du système de Ling; ils auront acquitté la dette du génie et bien mérité de l’humanité. »
Ces paroles sont celles d’un homme loyal qui hésite, mais se préoccupe de faire valoir l’héritage de son maître.
C’est avec des données aussi vagues qu’on établit des séries d’exercices où l’on s’attacha surtout à la forme extérieure plutôt qu’à l’effet physiologique du mouvement. Mais peut-on donner à cette forme une importance prépondérante jusqu’à en faire la base d’une doctrine ?
D’ailleurs, il ne faut pas oublier que la méthode suédoise, telle qu’on la voit exposée dans les livres, n'est point toute la méthode. Les Suédois pratiquent parallèlement à leur gymnastique méthodique des sports très énergiques; ils y attachent une importance énorme et s’y livrent tous sans exception avec une véritable passion.
Ils doivent donc leurs résultats à une méthode mixte d’éducation et il nous est bien difficile de faire le partage des effets de l’un ou de l’autre des moyens employés. Les sports n’ont pas encore été étudiés scientifiquement et il n’est pas dit que leur apprentissage ne gagnerait pas à être précisé.
Nous sommes absolument de cet avis et partisan d'associer dans une leçon de gymnastique rationnelle les jeux et les exercices méthodiques. Ceci se justifie par les propriétés différentes de ces deux moyens d’éducation. Mais il reste encore à examiner les procédés de la gymnastique méthodique et ensuite à adapter ces procédés à notre milieu et notre tempérament. La question n’est donc pas si simple ; un éducateur digne de ce nom ne considère pas sa tâche comme terminée lorsqu’il a supprimé les choses existantes pour imposer un système tout fait.
Dispute scolastique.
On a beau chercher,’ dans les arguments qu’on nous oppose, quelque valeur scientifique, quelque fondement sérieux, tout se résume dans des critiques de détail au sujet des po-
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sitions dites fondamentales, attitudes statiques qui n’ont rien de commun avec les vraies qualités du gymnaste.
D’après ces auteurs, la valeur physique de l’homme toute entière consisterait dans la prise correcte, de ces positions ; le fait de pouvoir les exécuter serait un indice qu’on saura faire tout Le reste.
« Placez-vous en station droite et je saurai ce que vous valez, disait un représentant important de l’armée à un de ses subordonnés. »
On saisit immédiatement l’énormité et la mesquinerie d’un pareil système et combien peu les principes de Lin g ont été compris.
Il y a donc 5 positions fondamentales et 92 dérivées ; un point, c’est tout. Si vous vous astreignez chaque jour à prendre les cinq positions fondamentales, à ne plus les quitter pendant vos mouvements gymnastiques, vous aurez la santé, la beauté, l’adresse, la résistance à la fatigue, l’initiative, le courage et l’audace.
C’est une panacée universelle, un philtre incomparable et surnaturel. Ce que j’avance n’est pas exagéré, voici quelques citations à l’appui :
« Ces attitudes doivent être prises correctement avant l’exécution d’un mouvement, conservées pendant tout son parcours et maintenues après son achèvement.
« La correction de la position initiale détermine la valeur d’un exercice.
« Un mouvement judicieux exécuté dans une attitude vicieuse est pernicieux (Lkfébtjre, -Gymnastique éducative).
‘« La gymnastique de développement et d’assouplissement se compose essentiellement d’attitudes et de mouvements exécutés dans ces attitudes. » {Ibid.)
« Les exercices gymnastiques doivent être enseignés avec méthode et exécutés avec correction , sinon leur influence est nulle ou nuisible.
« La gymnastique doit assurer à l’homme la conservation aisée et habituelle d’une attitude favorable au fonctionnement intense et régulier des organes ; notamment de la circulation et de la respiration . Elle atteint ce but essentiel en
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donnant aux groupes musculaires qui sollicitent le squelette une proportion et une tonicité judicieuses adéquates à leur raison d’être physiologique (Lefébure).
D’après cét auteur, les exercices de la gymnastique éducative se divisent essentiellement de la manière suivante :
1° Des exercices d’ordre.
2° Les exercices d’assouplissement préparatoires.
3° » fondamentaux.
4° » de locomotion.
5° » d’application
C’est une singulière classification physiologique, et les exercices fondamentaux « comportent l’ensemble des attitudes et des mouvements reconnus nécessaires et suffisants pour atteindre rapidement et graduellement au développement normal et à l’assouplissement complet du corps auquel ils assurent en même temps que des proportions harmonieuses la vigueur, la santé, l’endurance et l’agilité. »
Les disciples de Ling n’ont pas compris leur maître.
Je m'empresse de dire que Ling n’a jamais parlé ainsi - les quelques principes qu’il a laissés sont vagues mais beaucoup plus larges, ils visent le développement harmonieux et complet de l’être humain physique et moral ; le bon sens indique que ce n’est pas avec quelques attitudes statiques presqu’avec de Yimmobilité qu’on obtient toutes les qualités corporelles. Ce n’est donc pas à Ling qu’il faut attribuer cette rigidité et cette intangibilité que nous critiquons, mais à ses successeurs qui n’ont pas eu la largeur de vue nécessaire à la réalisation de son programme.
Ling a très bien senti la nécessité d’associer l’art à la science, il a vu la relation entre le geste et la pensée, il parle même d’une gymnastique esthétique dans laquelle le geste exprimerait la pensée. Cette gymnastique que nous ne connaissons pas indiquerait une connaissance très fouillée de la vie et ne peut consister dans les positions ultra-raides de la gymnastique suédoise contraires à toute esthétique.
l’école française
Chaque race a son allure ; le méridional et l’homme du Nord n’ont ni le même geste ni la même démarche.
Deux Anglais qui conversent restent impassibles, deux Napolitains qui se rencontrent gesticulent comme des acteurs dramatiques. Le caractère et les qualités psychiques d’une race règlent ses gestes, le genre de sports et d’exercices nationaux favoris en sont la conséquence.
La danse espagnole ne peut être que le produit d’un pays ensoleillé et fleuri ; on ne s’imagine pas les courses de taureaux à Stockholm ni la gymnastique compassée et abstraite en Espagne.
La musique du Nord est triste et languissante, celle du midi sautillante et gaie, comme le geste.
On avance que le système suédois est inspiré de l’esthétique grecque, c’est bien mal connaître les Grecs anciens. Ceux-ci étaient trop artistes pour employer des attitudes raides et parfaitement antiesthétiques ; les dessins et les statues qu’ils nous ont laissés nous indiquent combien ils recherchaient au contraire la beauté de la forme, l’aisance de l’attitude et du mouvement. La beauté de leurs exercices et de leurs danses n’a rien de commun avec ce que les Suédois appellent la correction des attitudes.
Certes la correction des attitudes a une influence que l’on ne peut nier quand il s’agit de localiser la contraction musculaire et agir sur les rapports des os du squelette, mais là se borne leur importance et leur effet ; c’est un point de vue médical, il faut encore prendre garde de gêner la respiration et la circulation avec les contractions statiques prolongées et laisser de côté dans les applications pratiques ces attitudes gênantes si l’on désire faire de la bonne besogne.
La qualité esthétique d’un mouvement doit être la conséquence de l’harmonie parfaite existant entre l’attitude, le mouvement et l’action à accomplir ; des positions guindées qui entravent l’accomplissement du travail ne seront jamais belles à cause de cela.
Ces quelques observations nous indiquent combien nous sommes loin d’avoir tout résolu, nous allons essayer une mise au point plus raisonnable avec les notions acquises.
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Les positions fondamentales.
Nous avons dit précédemment que presque toutes les objections des adversaires portent siir les positions fondamentales de la gymnastique suédoise :
« Ignorer la valeur des positions fondamentales en gymnastique, ditM. le D r Tîssié, c’est ignorer en mécanique la valeur des points d’appui des leviers, puisque la position fondamentale est le point d'appui du corps sur le sol. »
Nous ignorons comment une position fondamentale peut être un point d’appui, mais le fait que tout un système d’éducation physique repose sur quelques positions fondamentales suffit pour éveiller notre attention et nous mettre en défiance.
D’après M. le D r Raisin : « Lfng a ramené à cinq les lypes de positions qui serventde pointde départ à nos mouvements : embout, assis, à genoux, couché, suspendu ; mais, pour avoir le nombre réel des positions initiales des mouvements de la gymnastique suédoise, il faut les multiplier par le nombré des modifications qu’on peut réaliser pour chacune d’elles dans les rapports des membres et du tronc. On arrive ainsi à un total de 92 positions de départ : les 5 fondamentales, plus 87 autres dérivées de celles-ci » (h.
Nous voguons déjà en plein dans l’arbitraire ; on ne nous dit pas pourquoi il y a cinq positions et non pas six, de plus on estime que les combinaisons de nos mouvements se résument à 87 positions dérivées. L’auteur oublie ses mathématiques, il doit se rappeler que le nombre des combinaisons de nos mouvements articulaires un à un, deux à deux, etc... donnerait un nombre de plusieurs millions.
Bien entendu parmi cette quantité de positions et de mouvements, il y en a beaucoup à rejeter comme n’ayant aucune valeur gymnastique ou esthétique ; mais, n’en admettre que cinq, c'est pousser le purisme jusqu’à l’intolérance.
« La correction de la position initiale détermine la valeur
(L) Dr Raisin, Essai critique de la gymnastique suédoise.
l’école française
d’un exercice, nous dit M. Lefébure, un mouvement judicieux exécuté dans une attitude vicieuse est pernicieux. »
Mais quand commence et quand cesse la pureté du mouvement, quand l’attitude devient-elle vicieuse et comment le mouvement judicieux arrive à être pernicieux ? C’est ce qu’on ne nous dit pas. A-t-on la prétention de restreindre nos mouvements à quelques attitudes dites fondamentales, comment concilier cette restriction avec les lois naturelles puisque jamais la nature n’opère ainsi ? Tout cela est si conventionnel que l’auteur est obligé d’ajouter aussitôt :
« Les attitudes dérivées des positions fondamentales ont « un but identique à ces dernières, elles prennent le nom de '« position initiale ou de départ (^Lefébure, ibid.). »
Il n’y a donc que le nom de changé, le but est le même, il était plus simple d’appeler initiales toutes les positions prises au début d’un exercice, qu’elles soient tantôt fondamentales et tantôt initiales, peu nous importe ; c’est jouer sur les mots et prendre un moyen pédagogique ou un procédé de terminologie pour une base scientifique. *
En réalité tout cela est fort simple : la position initiale est la position préparatoire la plus propre à exécuter le mouvement qui va suivre, soit à cause de la base de sustentation donnant le meilleur équilibre, soit à cause de l’attitude la plus favorable à exécuter le mouvement.
Il y a ainsi autant de positions initiales qu’il y à de genres d’exercices. L’escrime, la boxe, la danse ont toutes leurs positions de départ et il n’y a pas lieu de limiter le nombre dé ces positions.
Dès qu’on immobilise par la contraction musculaire certaines parties du corps, celles-ci servent par cela même de point fixe pour les mouvements des autres parties. C'est la le problème dans toute sa généralité ; toute la gymnastique est .là,, ce n’est pas une raison pour la restreindre à quelques positions fondamentales.
Nous avons le droit, il me semble, de prendre toutes les positions initiales que nous jugeons utiles: elles seront stables si nous faisons les efforts musculaires suffisants pour nous immobiliser; la,difficulté de maintien et d’équilibre qu’elles
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présentent. constitue justement leur mode de gradation.
D’après la classification suédoise, la suspension: est. une position fondamentale,, l’appui ne l’est pas, la fente en avant est une position initiale, la fente en arrière ne l’est pas ; pourtant chacune de ces stations a son effet particulier que nous, devons connaître et utiliser.
Dans la gymnastique de développement on emploie les attitudes actives propres à corriger Faction fléchissante de la pesanteur sur le tronc et, en contractant volontairement les muscles du dos et de l’abdomen, on cherche à redresser les courbures dorsale, cervicale et lombaire du rachis ; on habitue l’élève à faire effort pour lutter contre l’incurvation générale du corps. Mais cet effort d’extension peut être obtenu par une foule de moyens. Le port d’un fardeau sur la tête est peut-être la manière la plus favorable pour redresser tout le corps. On sait combien sont droits;les sujets habitués à ce genre d’exercice.
La position fondamentale est, dit-on, l’attitude fixe prise par le corps avant de commencer tout mouvement et le principe de la gymnastique suédoise consisterait à immobiliser un ou plusieurs grands segments du corps pour mobiliser un ou plusieurs autres segments.
Ceci n’est pas particulier à la gymnastique suédoise ; dans tout mouvement gymnastique,.oh-immobilise toujours un ou plusieurs segments du corps pour faire mouvoir le reste, on y est bien obligé. Mais quels, segments doit-on immobiliser, et quelle est l’attitude la plus favorable à prendre; cela dépend de ce que l’on désire obtenir.
Méfions-nous de tomber dans rarMfeaÈre,, examinons de près ces axiomes: étranges et voyons quels rapports ils ont avec le perfectionnement physique.
Position (dite fondamentale) droite.
Définition suédoise : Pieds écartés à 90°, les reins creusés;, poitrine bien sortie, le ventre rentré, tête droite, colonne vertébrale tendue, corps vertical,, épaules basses, et main-
tenues en arrière; centre de gravité au centre de la ba‘se de suslenlation.
Voyons successivement les conditions imposées:
La position droite pieds en équerre ii v si rien moins que naturelle ; j'ai constaté qu’elle diminue la taille, elle exagère la courbure lombaire et exige la contraction des rotateurs de la cuisse en dehors* elle n’est donc pas économique.
L’écartement des pieds talons joints à 60° est beaucoup pins logique. Une stabilité plus grande est obtenue avec moins de contractions iYtuiiles. La forme de la base de .sustentai ion est un triangle équilatéral, pour l’ouverture ' . Vies pieds à 60°. Celle ligure donne
une stabilité égale de côté et d’avant en arrière, cette dernière est moindre dans le cas du triangle rectangle (fig. 2) dont la hauteur est plus petite que dans le triangle équilatéral (Pig. 3).
Fig. 1. — Position des pieds dans la méthode suédoise.
M. le D r Kaisin fait d’ailleurs des réserves à propos de 1 écartement de la pointe des pieds. Celle position engendrerait une déformation.
« Plusieurs jeunes filles du cours de seconde année pré-
PHASE DE TATONNEMENTS
senteraient de façon très nette la tendance au pied valgus (1).
On sait^de plus que dans la locomotion, marche, course.
Fié. 4. — Station'droite correcte sans raideur le ventre effacé mais non creusé.
sauts, la propulsion est donnée par l’extension de la jambe et du pied qui se déroule sur le sol. Ce déroulement exige, snrtout dansées allures vives, que l’axe du pied soit dans la
f)]D r Kaisin, Essai critique de la gymnastique suédoise.
162 l’école française
direction du chemin parcouru et non dans la position ouverte de la station.
Cette position ouverte peut se comprendre pour les positions d’équilibre statique, mais devient mauvaise dans la locomotion ; encore faut-il ne pas l’exagérer et la faire dans la mesure indiquée plus haut.
« Reins creusés , poitrine bien sortie, ventre rentré , colonne vertébrale tendue » sont les caractéristiques de l’attitude suédoise. Comment concilier les reins creusés avec la colonne vertébrale tendue; les reins creux ont de tout temps été considérés comme une faiblesse et un défaut de conformation ; ils coïncident toujours avec une déclivité du bassin et un allongement des muscles abdominaux.
La poitrine doit être développée, mais sans faire effort pour cela;les mouvements repiratoires doivent être libres et: amples (fig. 4). On n’a aucun avantage à plastronner d’une façon exagérée. C’est là une position de parade anormale et incompatible avec la respiration ample.
Si les côtes sont soulevées et immobilisées, les mouvements respiratoires sont forcément diminués d’amplitude. Si le poumon est dilaté en avant et dé côté, par l'augmentation de la cage thoracique, mais, si d’autre part le diaphragme est refoulé par les muscles des parois abdominalesqui pressent sur les viscères, il ne peut plus s’abaisser, le résultat est négatif parce que ce qu’on gagne en plus-value costale est perdu du côté diaphragme (fig. 5).
Il ne faut pas oublier non plus que le diaphragme est le principal et le véritable muscle inspirateur. Si l’on abolit sa fonction, la capacité respiratoire est réduite de ce fait et, quand on prend la coupe du tronc au moyen du conformateur vertical (1), on constate que la paroi thoracique est rejetée en avant mais que la colonne vertébrale suit ce mouvement, le dos et le ventre se creusent et le sujet est fortement ensellé.
On demande aussi au sujet d’avoir les épaules basses et
(1) Voir Bases scientifiques. Evolution de l’éducation physique et Nouveau* instruments d'anthropométrie. Demeny.
1‘IIASE DE TATONNEMENTS
portées en arrière, ce qui exige des contractions musculaires incompatibles avec de profondes inspirations. Dans toutes les grandes inspirations, en effet, les épaules s’élèvent pour
Coupes au cônformateur. Profil photographié. Superposition des coupes et des profils. Fig. 5
Coupes verticales du corps obtenues au moyen du conformatgur et montrant que l’élévation exagarëe des côtes en bombant la poitrine est compensée par le refoulement des viscères abdominaux contre le diaphragme.
Les parties foncées correspondent aux saillies musculaires.
permettre aux muscles élévateurs des côtes supérieures d’agir plus efficacement sur celles-ci {Voir, note 1, page 312).
Exagérations funestes.
. Il y a donc là une exagération et une connaissance incomplète des phénomènes mécaniques de la respiration chez ceux qui ont interprété le système de Ling; Hartelius, le vade mecum de l’enseignement suédois classique, ne pense pas ainsi quand il dit : « La gymnastique est basée sur les attitudes ordinaires de la vie et la position de La station droite doit être naturelle et sans raideur » (Hartelius).
Sans doute les nouveaux importateurs du manuel suédois ont voulu montrer leur zèle, ils ont cru qu’à toute exagération doit correspondre nécessairement un effet plus intense ;
ils se sont malheureusement encore trompés comme il arrive chaque fois qu’on néglige le contrôle expérimental.
Daily conseillait de prendre la station droite contre un mur en faisant toucher à la fois la paroi verticale par les talons, les fessiers, les épaules et la nuque, ce qui diminuait ainsi le plus possible la flèche de la courbure lombaire et permettait de respirer par le diaphragme et par les côtes. Cette position droite est beaucoup plus juste et plus normale que la position raide et sans beauté exigée par nos propagateurs suédois. Daily est le premier qui se soit occupé de gymnastique respiratoire en France il l’avait introduite dans le Manuel de Gymnastique et d’Exercices militaires publiés en 1880 par le Ministre de l’Instruction publique sous le ministère Jules Ferry. On peut voir dans ce manuel, en tête des exercices gymnastiques, les exercices respiratoires méthodiquement indiqués.
Développer la poitrine en l’amplifiant semble . chose logique ; la fonction respiratoire, la plus importante de la vie, est, dit-on, en rapport avec le développement du poumon, le déplissement du poumon avec l’ampliation de la cage thoracique. Dilatons la cage thoracique, nous ferons entrer plus d’air dans une inspiration et, la fonction respiratoire étant accrue, on augmentera d’autant la capacité de l’homme en travail.
C’est là un raisonnement a priori , mais en biologie la déduction n’a aucune valeur. En réalité, les choses rie sont pas si simples. .
Le fait de dilater la cage thoracique n’a pas forcément pour effet d’augmenter la capacité respiratoire, puisque lp diaphragme et les viscères abdominaux (comme je le montrai dans divers expériences), sont aspirés dans la cage thoracique pendant les efforts d’inspiration.
L’élascité du tissu pulmonaire a une limite et on ne sait jusqu’à quel point il est bon de toujours l’étirer en maintenant les côtes constamment élevées en inspiration forcée sans les abaisser dans la période de repos ou d’expiration.
Augmenter l’amplitude du mouvement des côtes ne veut pas dire immobiliser le thorax en inspiration, cette amplia-
PHASE DE TATONNEMENTS
tion constante gêne la fonction respiratoire plutôt que de la favoriser.
Le coureur essoufflé succombe dans des efforts d’inspiration, il ne peut plus expirer l’air de son poumon et aspire dans son thorax un excès de sang. Du reste, le coureur entraîné n’a pas cette forme exagérément bombée de la poitrine, et pourtant il fait face a une dépense formidable de travail.
Il a une grande capacité respiratoire parce qu'il a des mouvements étendus des côtes, mais le volume extérieur de son thorax n’est pas exagéré.
Cette constatation a été faite par nous et par Marey, pendant les concours athlétiques de 1900 (fig. 6).
La forme exagérément bombée de la poitrine que recherchent les Suédois ne prouve donc rien au point de vue des échanges respiratoires, elle n’augmente pas la facilité avec laquelle le Sang Veineux redevient arte- Athlète remarquable par sa résistance riel. L’emphysémateux s’as- et ne présentant pas cependant la phyxie avec une poitrine sail- P oit f ine bombée exagérément, lante. Les échanges nutritifs
sont les plus importants à considérer par rapport au travail musculaire, et il y a à ce sujet encore bien des choses à fixer.
Ajoutons d’ailleurs que, chez les êtres vivants, le développement de l’appareil respiratoire est une résultante et une partie seulement des modifications qui sont produites par l’entraînement au travail.
Parmi ces modifications, il faut distinguer celles qui sont profondes et font de l’homme un producteur de travail plus grand et plus parfait de celles qui, étant superficielles, mo-
ig. 7. — Un même sujet photographié dans et immédiatement après dans une autre où poitrine, ces deux images pourraient faire considérable de celle-ci ; il n’y a en réali organes abdominaux et thoraciques.
l’attitude du laisser-aller il s'efforce de bomber la croire à un développement é qu’un déplacement des
PHASE DE TATONNEMENTS
•difient sa forme extérieure sans pour cela modifier sa vitalité.
Donc bomber la poitrine n’est pas tout; cette sorte de plastro nuage est absolument illusoire, et les dimensions absolues de la poitrine sont insuffisantes pour se rendre compte de la valeur d’un sujet, il faut y joindre la preuve dynamique de sa résistance à la fatigue en lui faisant produire du travail.
Les manœuvres que nous voyons journellement sur les quais ou dans les tranchées produisent une somme énorme de travail quotidien et cependant ils ne répondent pas à ce type ensellé et à poitrine bombée qui est le seul objectif de la gymnastique suédoise. La forme extérieure doit être la résultante dû-travail et non une acquisition superficielle sans valeur dynamique.
On peut certainement aider la nature en donnant plus d’amplitude et de souplesse aux mouvements du thorax, mais rien ne peut remplacer au point de vue de la résistance à la fatigue la dépense en travail, c’est-à-dire l’entraînement, et sur ce sujet encore tout n’est pas fixé aujourd’hui, à plus forte raison du temps de Ling.
On peut d’ailleurs obtenir le déplacement des organes très vite et très facilement, La figure (7) est la photographie d’un sujet quelconque prise dans deux attitudes successives : dans la première il se laisse aller, fait le gros dos en fléchissant l’échine et en rapprochant les épaules en avant ; dans la seconde il se redresse, bombe la poitrine et rentre le ventre : cela lui donne l’apparence d’un sujet perfectionné à la suédoise, sans lui demander beaucoup de mal ni beaucoup de temps, une seconde a suffi pour obtenir ce résultat, l’œil est .satisfait, mais le résultat fonctionnel, quel est-il? Les disloqués ont une mobilité des côtes tout à fait extraordinaire ; ils peuvent bomber la poitrine d’une façon monstrueuse en refoulant dans le thorax la masse des viscères abdominaux (fig. 8).
Faut-il conclure de là que ce sont des sujets ayant un pouvoir respiratoire supérieur et qui leur permet de résister à coup sûr à la fatigue ; rien ne serait plus faux. Ces attitudes
l’école française
Fig. 8. — Déplacement et pénétration des viscères abdominal dans le thorax chez un disloqué.
livrent sont même loin de jouir d’une brillante santé, ils sont souvent J a proie fatale de la pthisie.
A côté de ces monstres à thorax hyperdilaté on peut voir
PHASE DE TATONNEMENTS
des sujets d’une forme moins accusée, présentant même des dimensions au-dessous de la moyenne et ayant cependant tous les caractères d’une vie intense.
La coupe (fig. 9) est celle de la poitrine d’un sujet remarquable comme coureur de fond, elle est loin de répondre à la forme bombée et plastronnante, le profil (fig. 6) est celui d’un coureur et sauteur, champion de l’exposition de
Fig. 9.— Coupe horizontale et section antéro-postérieure de la poitrine d’un coureur de fond.
On n’y rencontre point de dimensions étendues mais une grande course des mouvements respiratoires.
1900 ; nous n’y voyons pas non plus les attributs d’une poitrine bien grande, cependant ces deux sujets sont de grands producteurs de travail parce que leurs organes bien denses fonctionnent avec intensité, ils ont une étendue considérable des mouvements respiratoires, par suite une grande capacité respiratoire relativement à leur poids, la fonction respiratoire en un mot s’accomplit pleinement. Le premier (fig. 9) a une taille de l m 69, pèse 52%8; ses diamètres thoraciques sont : antéro-postérieur 14®,4 en expiration, 16 mm en plus en inspiration; diam. transvèrse 26 e et 26 mm en plus en inspiration ; sa capacité respiratoire est de 3 1 . Ce sujet exécute avec facilité une course de fond de
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5 kilom. en 20 minutes et une course de vélocité de 100 m en 14 secondes. Ceci prouve qu’il y a dans la fonction respiratoire autre chose à considérer que le volume extérieur de la poitrine; la vitalité et le pouvoir nutritif d’un sujet dépendent surtout de la qualité de son système nerveux qui régit tout.
« On appelle mouvements bien déterminés ceux qui se con- « forment aux attitudes naturelles du corps (Ling).
C'est en vertu de cette vérité qu’on veut imposer des attitudes guindées, même impossibles à prendre, qui ne se justifient en aucun point et qu’on rejette d’autre part d'autres attitudes dont on peut tirer un parti évident.
Les fentes.
Les fentes dérivent par exemple de la station droite ; elles s’obtiennent en inclinant le corps en avant, en arrière et de côté en conservant au tronc sa rectitude et sa direction par rapport à la jambe sur laquelle on oscille. On règle ainsi l’obliquité du corps sur la fente, la jambe qui s’incline sur le sol restant dans le prolongement du tronc.
Le but de ces fentes est d’obliger tantôt les muscles extenseurs, tantôt les muscles fléchisseurs du tronc à entrer en action, ils empêchent la chute en avant ou en arrière en se contractant avec d’autant plus d’intensité que l’inclinaison du corps est plus grande (fig. 10).
La fente en arrière (fig. 11) se déduit logiquement de la fente en avant, elle lui est symétrique ; dans cette fente la jambe arrière est fléchie et le tronc s’incline dans le prolongement de la jambe en ayant étendue, le bassin est fixé par les muscles psoas-iliaques, le tronc est rendu solide par la tension des
Fig. 10. — 1, station droite ; 2, fente en avant; 3, fente en arrière.
PHASE DE TATONNEMENTS 171
muscles de l’abdomen, la jambe arrière qui porte la plus grande partie du poids du corps est maintenue fléchie et imde la cuisse de la jambe et du pied. C’est absolument ce qui se passe dans la fente en avant, la contraction musculaire est aussi necessaire dans les deux cas pour maintenir les segments de la jambe avant fléchie sous un angle donné.
Dans l’une et l’autre position, l’équilibre serait impossible si la contraction musculaire cessait, on tomberait inévitablement en avant ou en arrière. La seule différence)de ces deux fentes réside dans la position de la ligne de gravité qui dans la fente en avant passe en avant de la ligne des têtes fémorales et en arrière de cette ligne dans la fente en arrière. En utilisant ainsi le poids du tronc comme résistance, on suscite la contraction des muscles extenseurs dans le premier cas, des fléchisseurs du tronc dans le 2 e cas.
La chose est nette ; mais on m’objecte que la fente en arrière ne peut être une position de départ parce qu’elle n’immobilise pas les segments, ce à quoi je réponds immédiatement que les positions fendues sont toutes dans ce cas, qu’il y a même des positions Fig . 12 . station sur la pointe
admises par les Suédois d’une sta- des pieds à la Suédoise,
bilité encore bien plus défectueuse
et où la contraction musculaire seule maintient les jambes fléchies ; la station sur la pointe des pieds, les genoux fléchis et écartés pour en citer une parmi tant d’autres (fig. 12).
mobilisée par les extenseur!
l’école française
On donne alors comme parfaite une fente en arrière dans laquelle la jambe d’arrière demeure tendue pour mieux fixer le bassin. Mais alors si le bassin est fixé sur les jambes, où va se passer le mouvement nécessaire à l’inclinaison du corps ? ce sera dans les parties les plus mobiles de la colonne vertébrale où l’extension est possible, c’est-à-dire dans la région lombaire (fig. 13).
Celle-ci s’arque et l’ensellure qui en résulte est proportionnée à l’inclinaison du tronc en arrière, la distance du pubis au sternum augmente donc, tandis que dans la fente en arrière, jambe fléchie, les rapports de la cuisse, du bassin, du tronc sont absolument conservés et restentles mêmes que dans la station droite. La règle posée comme principe de ne pas déformer le tronc n’est donc pas observée dans la fente en arrière à la suédoise.
Les fentes en avant, en arrière et de côté étaient en usage dans l’escrime des Grecs anciens ; leur but était d’obtenir la stabilité la plus grande pour donner le coup d’épée ou parer avec le bouclier. Les bas-reliefs du Mausolée qui sont au British Muséum nous ont transmis ces documents d’une façon incontestable (fig. 14).
Extensions dorsales.
On appelle cela, il est vrai, faire une extension dorsale; mais, quand on se donne la peine de regarder, on constate que cette extension dite dorsale est tout bonnement une exagération de la courbure lombaire. On sait que la courbure dorsale chez un adulte ne peut se réduire au-delà d’une
Fig. 13.
1. Fente en arrière à la française. — ; 2. Fente en arrière à la Suédoise dans laquelle la distance S. P. du sternum au pubis augmente avec l’ensellure.
PHASE DE TATONNEMENTS
certaine limite indiquée par la rencontre des apophyses épineuses des vertèbres ; sauf exceptions anormales il ne persiste de mouvements étendus qu’aux régions lombaire et cervicale de la colonne vertébrale où les apophyses épi-
Fig. 14. — Sujets tirés des bas-reliefs du Mausolée montrant que les fentes en avant, en arrière et de côté faisaient partie de l’escrime des Grecs anciens.
neuses ne s’imbriquent pas ; les apophyses articulaires ont dans ces parties leurs surfaces presque verticales , mais faisant avec celles de la région dorsale un angle de 90°, ce qui facilite leur mouvement d’extension.
A la région dorsale, au contraire, le mouvement d’extension est bien vite arrêté par la rencontre des apophyses épineuses à moins d’une déformation obtenue dans le jeune âge, comme on la rencontre chez les disloqués.
« Tous ceux qui ont suivi ces « exercices savent avec quelle « insistance le professeur ré- « clame Vhyperextension de la « colonne vertébrale, le renver- « sement des épaules en arrière, « l’agrandissement de la cage « thoracique, la rétraction des « muscles abdominaux (Goste,
Fig. 15. — Extension dorsale « loc - cit * P a g e 53 )- »
tirée du manuel Suédois. Si M. le lieutenant-colonel
Coste n’avait pas pour l’expérience et la mesure un dédain inexpliqué, il aurait constaté avec moi dans le laboratoire de son école que, si l’on prend
Fig. 16. — Extensions dorsales montrant l'augmentation de l’ensellure avec celle de la distance du pubis du sternum.
à l’aide du ruban métrique la distance du pubis au sternum on la voit augmenter de 3, 4 centimètres et même plus à mesure que l’on fait une courbe raidie plus accentuée. Cela se
PHASE DE TATONNEMENTS
comprend : si vous immobilisez le bassin, toute extension du tronc éloignera nécessairement le sternum du pubis. Si
l’on doute encore de ces faits, courbure lombaire elle-même, l’extension (fig. 16).
J’ai construit un conformâtes à main très commode pour cela ; il donne exactement la forme de la courbure lombaire et permet de la mesurer dans différentes \ positions. On voit toujours l’ensellure augmenter dans l’extension dite dorsale et la courbure dorsale rester invariable chez les sujets normaux (fig. 17, 18 et la note ii page 315).
Les disloqués même en sont la preuve, ils peuvent arquer complètement la colonne vertébrale et arrivent à faire toucher ainsi la tête avec les pieds.
Ils ont acquis par un exercice forcé, et avant l’ossification du squelette, une plus grande étendue des mouvements des vertèbres dorsales; chez eux les apophyses épineuses n’ont pas la même inclinaison sur le corps de la vertèbre que chez l’homme
u’on mesure la flèche de la n la verra s’accroître avec
Fig. 17. — Formes de la courbure lombaire prises au conformateur l,dans la station droite correcte.— 2, dans la fente en arrière. —3, dans l’extension dorsale jambesétendues. — 4, dans l’extension dorsale à l’espalier. On constate que la rectification de là région lombaire est la plus grande dans la fente en arrière à la française (2), le corps dans le prolongement de la jambe en avant, la jambe arrière fléchie.
normal et, malgré cela, la plus grande partie du mouvement d’extension se passe encore dans la région lombaire, jamais la courbure dorsale ne devient concave (fig. 19).
On nous représente des dessins de courbe raidie où la courbure dorsale est réduite et deviendrait même concave
PHASE DE TATONNEMENTS
rtandis que la région lombaire resterait absolument droite.
Quand nous avons demandé àl’auteur M. Torngren, directeur de l’Institut de Stockholm comment ces figures étaient • obtenues ; il n’a pas hésité à nous répondre :
« Nous prenons un squelette, nous le plaçons dans l’attitude q ue nous croyons bonne et nous le photographions{fig.20).
Ceci nous a suffi pour être édifié sur la sincérité et la valeur scientifique des documents suédois.
Les exercices d’extension dorsale •sont absolument spéciaux à la gymnastique suédoise, ils ont pour effet de redresser la colonne vertébrale,
•en contractant énergiquement et simultanément : 1° les muscles de la partie supérieure du dos, ce qui projette la cage thoracique au-dessus des bras étendus et prolongeant la courbure du tronc : 2° les muscles de l’abdomen, ce qui permet de maintenir les hanches en arrière de la base de sustentation. Ils font affluer le sang dans les gros vaisseaux profonds du corps. Intensifiés progressivement, ils peuvent devenir extrê- •mement puissants. On les accompagne toujours d’exercices dérivatifs des j milles et de la flexion complète du trône en avant, afin dé décoiv- -tracter (sic) les muscles dorsaux et d’y ramener la circulation normale du sang. (Colonel Coste, loc. cit., page 81, planche V).
Si nous nous reportons à la figure donnée par cet auteur nous ~y éonslalons au contraire une augmentation de la courbure lombaire (fig. 21), les muscles abdominaux par conséquent allongés, nous ne voyons pas la courbure du tronc se prolonger mais se brisera la région lombaire, ni les hanches maintenues en arrière de la base de sustentation et, si nous examinons ce ■qui se passe du côté de la circulation, nous constatons le plie-
Fig. 20. Dessin représentant une courbe raidie avec un squelette tout à fait hypothétique.
D’après Tôrngken.
l’école française
nomène de l’effort d’expiration, la compression des viscères abdominaux par la ceinture abdominable, donc impossibilité du jeu du diaphragme et de la respiration normale, aplatissement même de la poitrine quand on dépasse un certain degré d'inclinaison du tronc en arrière.
L’augmentation de la pression intra-thoracique et intraabdominale n'est guère le moyen de faire affluer le sang dans les gros vaisseaux profonds et la flexion complète du tronc qui comprime encore l’abdomen et ne décontracte point du tout les muscles extenseurs aura du mal à ramener la circulation normale.
Voilà comment on prétend résoudre sans expériences les questions les plus compliqués de la physiologie des exercices du corps, au lieu de proposer leur solution à des hommes compétents et des techniciens sérieux.
On ne peut admettre cette manière de voir et surtout qualifier cela de procédés scientifiques. Ceux qui traitent ces problèmes au pied levé ne se doutent probablement pas de leur complication et de la difficulté de se prononcer judicieusement sur ces sujets ; ils préfèrent trancher et arrêter à priori. Mais de quelle valeur sont leurs assertions et pouvons-nous nous baser sur des opinions de ce genre sans qu’on apporte jamais aucun fait précis.
Nous avons donc eu raison de sortir de la formule étroite des positions fondamentales et d’introduire la fente en arrière dans le règlement français. Celle-ci demande du moins un effort certain des muscles de l’abdomen qui réduit la courbure lombaire et n’allonge pas ces muscles ; le thorax peut encore être dilaté dans cette position. Toute exagération de l’extension dite dorsale empêche au contraire les mouvements respiratoires et aplatit le thorax parce que l’action des muscles de Vabdomen fortement tendus est expiratrice ; les ■muscles tirent les côtes vers le bas en empêchant le soulèvement des côtes et l’abaissement du diaphragme.
PHASE DE TATONNEMENTS
Impossibilité du mouvement pur.
On nous a fait d’autres objections qui méritent d’être rappelées en raison de leur nature particulière.
« La méthode de Ling, suivant M. le D r Tissié, a préci- « sèment pour objet et pour effet de fixer le centre de grâce vité d’après les points d’appui du corps pris dans les 5 « positions fondamentales et de l’immobiliser à l’aide de « muscles chargés d’assurer la rigidité des segments articu- « laires formant bloc». (Tissié,Revue scientifique, 17juinl905).
Fig. 22. — Mouvements impossibles, à effectuer.
Partant de ce principe extraordinaire, on impose des attitudes impossibles à réaliser. On exige par exemple l’élévation de la jambe de côté ou en avant en maintenant le corps vertical et sans rien changer aux rapports des os. Pour le plus petit élève en mécanique c’est une absurdité évidente, pour M. le D r Tissié cela devient une révélation et la clef de voûte du système.
Interrogeons les faits : mettez-vous debout contre un mur vertical, le corps et les pieds en contact avec la paroi, essayez alors d'élever la jambe en avant et de côté, vous aurez la réponse à la question.
La stabilité ne peut évidemment exister que, si la ligne de gravité du corps se projette sur la base de sustentation.
Mais si vous déplacezle centre de gravité dans le corps, vous devez compenser ce déplacement par un mouvement d’une partie du corps qui ramène le centre de gravité au-dessus de la base dont il était sorti.
J’ai évalué à 8 centimètres environ en haut et à 4 ou 5 cent, en avant le déplacement du centre de gravité du corps en levant la jambe à l’horizontale (fïg. 22).
Or, dans la station droite, la ligne de gravité tombe en avant de l'articulation tarsienne presque à la moitié de la longueur du pied, c’est-à-dire à 13 cent, environ du talon, ajoutons les 5 cent, de déplacement dus à l’élévation de la jambe, cela fait au total 18 cent, et la ligne de gravité passe alors à quelques centimètres des orteils.
Si les pieds sont ouverts, il n’y a pas d’équilibre possible ; dans les cas les plus favorables où le pied est très long, l’exercice pourrait à la rigueur s’effectuer, mais il est si pénible et si peu naturel qu’il peut être considéré comme acrobatique. Jamais on ne lèvera la jambe de cette façon ; tout le monde rejettera un peu le corps en arrière et juste de la quantité nécessaire et suffisante pour rétablir la stabilité compromise. On ramènera ainsi en arrière la ligne de gravité du corps déplacée par suite de l’élévation de la jambe.
Hérésie mécanique.
Les contradicteurs voient dans ce mouvement tout naturel d’inclinaison du corps une compensation à la force musculaire ; ils imaginent que le poids du tronc fait équilibre en .partie au poids de la jambe soulevée comme dans une bascule et en concluent que la tension et le travail des muscles fléchisseurs de la cuisse sur le bassin en est d’auifant diminué.
Le travail se produira égal à la résistance si, durant l’exécution, la •paitie du corps qui n’est pas mise en mouvement (c'est-à-dire la tête, le tronc, la cuisse gauche), reste maintenu sensiblement dans la position première debout, le bassin bien (ixé par un travail énergique de tous les muscles fixateurs de la position debout (tig. 30). Si au contraire.
PHASE DE TATONNEMENTS
pendant qu’on élève la cuisse droite, on laisse le corps s’incliner vers la gauche et, par suite, contrebalancer en partie , par son poids , la résistance à vaincre , le travail des muscles abducteurs de la cuisse est diminué d’autant, l'exercice est exécuté suivant la loi du moindre effort et ne devient plus qu'un mouvement de compensation , d'équilibre.
L l -Colonel Coste, L'Education physique en France , p. 69.
L’auteur oublie qu’un fléau de balance est rigide et forme un seul levier, ce qui n’est pas le cas ici; la cuisse étant articulée avec le tronc, le mouvement de rejet du tronc en arrière n’entraîne pas le soulèvement correspondant de la jambe.
Ce soulèvement nécessite l’effort des psoas-iliaques, cet effort est d’autant plus grand que la jambe se rapproche plus de la position horizontale.
Si l’inclinaison du corps augmente comme dans la figure (23), le poids du tronc fait balancé à celui de la jambe soulevée, à la condition que les muscles psoas et abdominaux se contractent assez fortement pour faire un tout rigide de ce système articulé. Loin de diminuer leur contraction, l’inclinaison du tronc l’augmente donc et les muscles sont soumis à une tension plus forte que lorsqu’on reste absolument vertical puisqu’ils sont alors sollicité's par deux forces contraires : le poids du tronc et le poids de la jambe soulevée tendant à ouvrir l’angle de ces deux segments et par conséquent à étirer les faisceaux musculaires qui les relient. L’étendue du raccourcissement des muscles dépend du degré de flexion de la jambe par rapport au bassin. Pour avoir-cette valeur, il faut retrancher de l’élévation de la jambe l’angle d’inclinaison du tronc en arrière, il est facile de le constater sur la figure 23.
Les choses se passent encore plus simplement dans la pra-
Fig. 23. — Montrant que l’inclinaison [diu tronc en arrière loin d’équilibrer le poids de la jambe augmente la tension des muscles élévateurs.
tique car tout le corps se rejette en arrière pour assurer la stabilité ; les segments tronc et jambe restent dans le prolongement l'un de l’autre et forment une ligne droite qui s’incline tout entière sur lè sol autour de la cheville du pied (fig. 24).
On peut encore rendre 4 si possible cette démon¬
stration plus claire.
Considérons un sujet étendu sur un banc (fig. 25) les pieds fixés, et le tronc incliné en arrière :
1° Personne ne niera la contraction des muscles de l’abdomen dans cette attitude puisque c’est justement l’exercice type pour ces muscles.
2° Je réduis mon banc à deux supports : l’un pour le bassin, l’autre pour le pied; rien n’est ehangé à l’équilibre (fig*. 26).
3° Je remplace mon support par une jambe tendue en lais-
Fig. 24. — 1. Mouvement général d’inclinaison du corps autour de la cheville pour rétablir l’équilibre compromis parle soulèvement de la jambe en avant. — 2. Inclinaison du tronc sur la jambe avec élévation de l’autre.
sant reposer l’autre horizontale sur la béquille ; la contraction se maintient toujours aux muscles de l’abdomen (fig. 27).
4° Je supprime enfin la béquille la jambe devenant libre, .son poids tend à l’entraîner, pour la maintenir horizontale
PHASE DE TATONNEMENTS
je dois contracter les psoas-iliaques, dont la tension va alors augmenter (fig. 28).
Ces fléchisseurs faisaient tout à l’heure (fig. 25, 26, 27) équilibre au poids du tronc seulement, ils doivent faire
Fig. 27. Fig. 28.
équilibre maintenant au poids de la jambe qui n’est plus soutenue par la béquille. Leur effort est donc sensiblement plus grand. Il en est de même des muscles de l’abdomen étirés par le poids de la jambe s’exerçant sur eux par l’intermédiaire du bassin. Les Schémas (fig.. 23) montrent bien ce qui se passe.
Du reste vous faites à l’espalier cette inclinaison du tronc en arrière et cela n’empêche pas la contraction des fléchisseurs de la cuisse lorsque vous soulevez la jambe (fig. 29).
Pour lever la jambe en avant sans incliner le tronc en arrière,
U » . jî -, , ... ïambe à l’espalier (tirée du ma-
faut donc des contractions J nuel suédois), tout-à-fait exceptionnelles près- . L’ensellure est évidente, qu’anormales; en tout cas, il est
impossible d’élever la jambe en avant sans rejeter le corps de côté de la quantité nécessaire à amener sur le pied à terre la ligne de gravité qui, sans cela, tomberait en dehors de sa base de sustentation.
l’ÉCOLE F11ANÇAISE
Cette inclinaison de côté est encore plus nécessaire lorsqu’on élève une jambe de côté.
Il n’y a pas de contractions musculaires qui puissent, sans, déplacement du corps,rendre stable un équilibre devenu instable du moment que la ligne de gravité ne passe plus par la base de sustentation, cela reviendrait à faire tenir une table sur deuxpieds après en avoir coupé les deux autres d’un même côté.
Vous croyez ne pas déplacer le corps parce que vous vous efforcez de maintenir le tronc vertical, c’est une pure illusion.
Vous ramenez inconsciemment.le centre de gravité audessus de la base de sustentation représentée par la surface du pied en contact avec le sol, sans cela il n’y aurait plus d’équilibre, mais il y a deux moyens d’obtenir ce résultat :
1° Conserver verticale la jambe sur laquelle on repose et incliner légèrement le tronc de côté juste de la quantité nécessaire à corriger le déplacement du centre de gravité du corps par suite de l’élévation de la jambe, ceci ne diminue en rien l’effet du mouvement; comme nous l’avons vu précédemment le tronc et la jambe forment un système articulé, dont la rigidité est due à la contraction des muscles psoas et abdominaux que nous voulons justement mettre en action.
2° La deuxième manière consiste à raidir toqt le corps, pour le conserver vertical, mais cela ne peut être réalisé qu’en portant la hanche de côté ; si le tronc est alors vertical la jambe sur laquelle il repose ne l’est plus, il y a adduction prononcée du tronc sur la cuisse ; on ajoute aux contractions des muscles latéraux que l’on veut obtenir une foule d’autres contractions parasites : celles des muscles latéraux du tronc du côté opposé, des fessiers et extenseurs latéraux du rachis. Ces actions deviennent même plus intenses et plus importantes que celles des muscles spéciaux objet même de l’exercice, ce qui fait croire à tort à un effet plus, intense alors qu’il n’y a qu’une confusion plus grande.
La crispation et la raideur générale du corps obtenue par ce moyen sont difficiles à concilier avec l’idée d’exercice d’assouplissement. (Fig. 30 tirée de l’ouvrage du colonel Coste).
C’est ce que l’on n’a pas compris en ne faisant de ces exercices qu’une analyse superficielle.
« ^.es Suédois font de 1,’éducation, les autres ne font que « du mouvement. Le principe d’exécution de la gymnas- « tique de Ling est d’immobiliser, de fixer rigoureusement.
Fig. 30. -- Montrant l’équilibre sur un pied obtenu soit en iuelinant la jambe et en laissant le tronc vertical, (méthode suédoise), soit en inclinant le tronc et laissant la jambe verticale.
On a indiqué les groupes de muscles contractés dans les deux cas et l’on voit dans le second cas les contractions localisées plus nettement que dans le premier dans les parties latérales du tronc et de la colonne vertébrale.
V Verticale, ee’ ; hh’ ligne des épaules et ligne des hanches.
« dans une attitude prise au préalable; un ou plusieurs seg- « ments du corps afin d’assurer un point d'appui aux seg- « ments mis en action.
l’école française
Le mouvement se trouve ainsi dirigé, localisé; « le train vail précisé dose avec une minutieuse exactitude ( FEduca - « tion physique en France. Loc. cit., page 67).
D’après cette manière de voir, Féducation consisterait à apprendre et retenir toutes choses contraires à la souplesse et qui ne serviront de rien ensuite puisque jamais on n’exécutera ainsi ses mouvements.
Il faudrait donc pour assurer un point d’appui aux segments mis en action contracter tout le reste du corps c’est-à-dire les parties qui devraient rester relativement en repos, et l’auteur arrive à cette conclusion singulière qu’en éparpillant ainsi son énergie nerveuse à tous les muscles inutiles, le mouvement se trouve dirigé , localisé et précisé avec une minutieuse exactitude, tandis qu’il n’y a au contraire que de la confusion voulue sous une précision apparente. Il y a bien une sorte de précision géométrique, le sujet relève la jambe cherchant à imiter un automate en bois, mais quelle dépense inutile et que devient Féducation de nos mouvements ; quant à la localisation de l’effort, ce n’est qu’un leurre.
Comparons les deux images (fig. 30), nous voyons que, pour le même angle d'abduction sur le bassin, la jambe est plus écartée latéralement dans la figure 2 que élans la figure 1, car à cette abduction s’ajoute l’inclinaison du tronc. La pesanteur s’exerce plus normalement sur le membre inférieur, donc l'effort des muscles abducteurs est plus intènse. Le tronc légèrement incliné, n’étant plus en équilibre sur la cuisse, tend à se fléchir latéralement ; l’effort des muscles latéraux du côté de la jambe soulevée est donc augmenté pour deux raisons : le poids de la jambe fixée au bassin tend à entraîner le bassin de son côté et le poids du tronc tend à le fléchir du côté opposé. Les muscles fléchisseurs latéraux du tronc sont ainsi sollicités par des actions opposées tendant à écarter leurs points d’insertion. Ils doivent se contracter davantage pour résister à l’allongement.
En résumé la manière suédoise d'effectuer l'élévation de la jambe, qu’on pourrait qualifier de crispante, n’augmente aucunement l’effet de la contraction des muscles que nous voulons faire travailler ; au contraire, plus la jambe
PHASE DE TATONNEMENTS
s’élève, ce qui est le fait de la figure 30, 2, plus est grand le br.as de levier de la résistance représentée par le poids de la jambe et plus l’effort musculaire opposé à cette résistance augmente avec elle. Il y a de plus déformation du trône (fig. 30,1), la ligne des hanches et la ligne des épaules ne restant plus parallèles.
Les contractions synergiques, nécessitées par ce singulier équilibre, sont de celles que nous ne ferons jamais Lorsque nous élèverons la jambe de côté. Où sont donc les avantages éducatifs : le mouvement est laid, pénible, nécessite des associations fausses : voilà des raisons pour ne pas s’y conformer.
Erreur d’analyse.
On en peut dire autant de la suspension à l’espalier, les jambes en équerre.
Fig. 31. — Mouvement déléyation de la jambe pendant la suspension libre à une barre ou à l’espalier suédois.
Le but de l’exercice est ici de contracter énergiquement les muscles de l’abdomen, et d’effacer ainsi la ^courbure lombaire par la contraction concentrique des fléchisseurs du tronc. La flexion de la cuisse est produite par les muscles psoas-iliaques et le système rigide bassin et jambes pourrait cependant s’incliner encore sous le poids des membres
l’école française
inférieurs si le bassin lui-même n’était fixé par les muscles abdominaux. Sous l’action de ceux-ci l’inclinaison du bassin vers le bas est empêchée et la déformation du tronc avec l’ensellure qui tend à se produire sont annulés.
Etant suspendu librement à une barre, aucune action ne vient aider les muscles abdominaux, la flexion du tronc et la réduction de la courbure lombaire sont entièrement le résultat de leur contraction.
A l’espalier, au contraire, le contact des fessiers avec le mur {fig. 31) donne lieu à une pression P contre ce mur ; la réaction R du mur égale et contraire à cette pression s’exerce sur la colonne vertébrale pour la fléchir en diminuant d’autant la contraction des muscles abdominaux.
Le corps ne conserve pas, il est vrai, dans le premier cas la verticalité, mais la satisfaction de conserver l’attitude verticale ne fait pas produire un effet plus intense à l’exercice, bien au contraire.
Purisme et Vérité.
Le système suédois est rempli de ces contradictions et de ces erreurs d’analyse ; il veut rester d’accord avec ses principes conventionnels et comme conséquence il préfère gêner l’homme dans tous ses mouvements pour donner satisfaction à l’école plutôt que d'accepter les solutions naturelles. Cette manière de procéder s’appuie sur des raisons qui mettent en évidence sa fragilité. Ainsi la pureté d’un mouvement est la clef de la doctrine, mais il est impossible, même aux Suédois, de donner de cette pureté une définition précise ; elle consiste parfois à exécuter des choses impossibles, incompatibles même avec notre structure, elle est d’autre part une sorte d’acrobatie de l'équilibre où la valeur de l’exercice se résume dans la difficulté d’exécution.
On demande par exemple de faire une inspiration profonde avec les épaules basses, on trouve ailleurs dans les ouvrages de Tôrngren des figures représentant la suspension allongée correctement exécutée, les épaules abaissées, sans le mou-
PHASE DE TATONNEMENTS
Fig. 32. — Dessins tirés de l’ouvrage de M. Tôrngren :
1, mouvement défectueux d’après l’auteur ; — 2, suspension correcte dans laquelle les omoplates sont restées collées au thorax malgré l’élévation des bras.
vement de bascule des omoplates !
La pureté consisterait ainsi dans une luxation de la tète de l'humérus hors de sa cavité articulaire !
(fig. 32 et 33).
L’auteur de cette étrange assertion ne nous en a jamais donné la moindre explication môme en particulier, ce qu’il avait promis de faire au Congrès de Liège.
( Comptes-rendus du C ou grès de Liège, page 83.)
Tous ces faits montrent que nous sommes fondé à ne pas accepter,
l’école française
les yeux fermés, une doctrine suspecte dans ses assertions et en contradiction avec la nature.
Nous en voyons déjà les fautes dans les exercices statiques déduits uniquement de l’anatomie, on pourrait dire du cadavre ; ces fautes vont devenir des énormités lorsque nous allons passer de la statique à la dynamique c’est-à-dire aborder l’être vivant dans ses mouvements variés.
Je ne puis en donner un meilleur exemple que les exercices d’application.
Lois naturelles de nos mouvements.
Dans la locomotion : marche, course, saut, grimper, nager etc., le corps est assimilable à une machine locomotrice à laquelle on demande le meilleur rendement possible en travail avec le moins de souffrance pour la machine.
« L’homme peut être comparé à une machine dont le mouvement doit produire le meilleur résultat possible. Ainsi la règle de mécanique, si clairement établie par M. le baron Dupin, peut être appliquée aux forces humaines comme il l’applique aux machines.
« Le problème que doit se poser le mécanicien, dit-il, est d’effectuer tous les mouvements, tous les transports, tous les travaux des arts, de manière que pour un effet donné on ait perdu la moindre quantité de force possible et par conséquent de manière qu’avec une quantité de forces disponibles on obtienne le plus grand effet utile » (Amoros, p. 172).
On arrive à cela avec l'éducation ; mais il faut prendre des habitudes convenables, si nous voulons améliorer notre manière de travailler. Les ordres nerveux doivent être envoyés aux muscles, chargés d’accomplir le travail utile, les contractions musculaires doivent être réglées ^et associées en vue de l’harmonie parfaite entre les mouvements commandés, et le travail à effectuer.
Les sujets d’élite ont trouvé la solution naturelle à ces problèmes trop compliqués pour que nous ayions la prétention de les résoudre à priori ou par le seul secours de la raison.
PHASE DE TA-TONNEMENTS
Un oiseau, un poisson, un quadrupède perfectionne sa locomotion suivant la loi du moindre effort. Une hirondelle peut ignorer comment elle vole parce que ses centres de perception consciente sont indépendants de ses centres d’association et de coordination des mouvements ; interrogez de même un acrobate qui sait réaliser des prodiges d’adresse il ne vous apprendra rien sur sa manière de faire, mais observez-le, tachez de découvrir le secret de sa souplesse, l’harmonie de ses efforts, la perfection de son mécanisme et vous aurez beaucoup éclairé la question.
.C’est ainsi qu’il faut procéder, l’expérimentation et l’étude des sujets d'élite doivent nous ouvrir la voie et nous fixer sur leurs qualités, leur valeur mécanique et leur manière d'agir t
Entre deux sauteurs franchissant la même longueur il peut y avoir des différences considérables : celui-ci fait concorder tous ses actes vers le saut, le -but vraiment utile, celui-là compliquera ses mouvements de contractions superflues, nuisibles même parce qu’elles n’ajoutent rien à l’effet demandé et deviennent au contraire une cause de raideur, de gêne et d’énergie perdue.
Ayant acquis la notion nette et la connaissance précise du type parfait, à rendement économique, type réalisé par la nature, nous devons chercher à reproduire ce type par imitation, c’est là le but de notre éducation ; la correction du mouvement se définira par la tendance constante vers cette imitation et l’enseignement se fera toujours dans cette direction ; le mouvement sera dès le début tel qu’il devra subsister.
Prétendre faire l’éducation du marcheur, du coureur et du sauteur par des procédés et des mouvements préparatoires qui diffèrent de l’exercice même, c’est ignorer complètement la loi de l’habitude et la loi d’association de nos mouvements. On ne peut admettre comme moyens d’éducation logiques ceux qui commencent par établir de fausses synergies nerveuses et musculaires pour les détruire ensuite et les remplacer par les associations vraiment utiles, car on est évidemment plus avancé en obtenant immédiatement cellesci par la simple pratique. Les travaux remarquables du
l’école française
D r Demoor de Belgique confirment complètement cette manière de voir.
Si la physiologie sert à quelque chose dans la science de l’éducation, c’est justement parce qu’elle établit les relations vraies entre nos mouvements et leurs effets, entre les habitudes et leur valeur utilitaire.
Une éducation vraiment scientifique, loin de nous inciter à gaspiller notre énergie, doit nous apprendre à utiliser au mieux cette énergie pour notre réel bénéfice.
Nous savons maintenant que les muscles sont reliés par les nerfs moteurs aux centres nerveux qui leur commandent. Ces centres nerveux sont le clavier dont il faut savoir jouer.
Le muscle n’exécute que ce qu’on lui demande ; s’il exécute mal un mouvement, c’est que l’ordre lui a été mal donné. Si l’on veut améliorer ou corriger un mouvement c’est cet ordre qu’il faut toucher et modifier. Les muscles ne sont pas plus responsables de ce qu’ils font que les soldats qui exécutent l’ordre de leur chef. Ceux-ci peuvent se rendre coupables de désobéissance mais point de la réussite ni de la valeur du commandement. L’action centrale qui précède l’acte et accompagne la volonté comporte toutes les conséquences de l’exécution.
Si l’on savait bien ce que l’on doit faire avant d’exécuter un mouvement, on pourrait le faire tout de suite bien ; les tâtonnements et les insuccès proviennent de ce que l’on va en aveugle sans savoir ou ni comment. Ori aura beau recommencer un acte imparfait, sans modifier l’ordre nerveux, on constituera une habitude mauvaise' on ne gagnera rien de plus en qualité, on doit toujours reprendre l’acte à son début, si on veut le corriger.
11 faut se garder de toute confusion, surtout au commencement, éviter tout bcgayage, tout accord discordant ou faux, les relations entre les actions particulières de chaque muscle doivent être justes. La résultante des actions simultanées des muscles mis en jeu produit une sorte d’accord, les suites d’accord forment une phrase qui sera correcte et esthétique si ces accords se suivent et marchent avec des ac-
PHASE DE TATÛ5XEME5 T S
tions communes et des transitions d ; ouces, comme dans les marches d'harmonie.
La souplesse implique toujours le mouvement, jamais îe repos ; l’effort statique est assimilable à un accord dissonnant sans résolution et n’aboutissant pas à Paeeord parfait, le repos complet.
Les impressions qui subsistent dans les centres moteurs sont assimilables aux impressions visuelles persistant après une sensation lumineuse. La mémoire s’étend à tous les sens, mais parmi les impressions visuelles, il en est de fugitives, il en est au contraire de durables quand on y apporte toute son attention, quand on regarde bien au lieu de se contenter de voir. Les mouvements voulus et exécutés avec attention laissent de meme une impression plus forte et plus définitive qu’une foule d’actes incohérents et confus.
La grâce, Félégance ne sont pas autre chose que le résultat de l’économie dans nos mouvements et de l’harmonie avec laquelle nous les associons.
L’expression du geste est le summum de l’art de se mouvoir. Les mouvements géométriques sont un dégrossissage, mais à quelle distance nous laissent-ils de la perfection dont notre nature est susceptible; autant les comparer à la marche d’un amputé remplaçant par des jambes de bois la fonction des pieds, ce chef-d’œuvre de souplesse et d’équilibre.
Le geste uni à la danse comme les Grecs la comprenaient, comme Miss Isidora Duncan l’a fait revivre, ce n’est plus du mouvement seul, c’est de la pensée. Pendant que l’orchestre exécute fa musique de Gluck, tout ce qu’a senti Gluck renaît dans ces gestes. C’est Gluck qui parle;, Isidora Duncan entend et répond.
Pour arriver à un résultat aussi complet, il faut dès le début rechercher cette harmonie parfaite qui constitue la beauté de nos mouvements, et en faire une chose habituelle sans jamais s’en départir.
Quelle erreur de principe que de dissocier les mouvements qui ne devraient jamais être séparés, et d’associer ceux qui ne s’accorderont jamais entre eux.
l’école française
Disséquer n’est pas donner la vie, s’occuper des muscles et laisser le cerveau, leur maître, dans l’ignorance de ce qu’ils font, c’est parler aux valets sans aller jusqu’à leur chef, c'est vouloir éduquer le cadavre et lui demander de revivre ensuite, c’est courir à une grande déception; on s’apercevra un jour qu’on cherche l'impossible et qu’on s’est lamentablement trompé.
Paradoxe de Diderot appliqué aux mouvements.
Les notions précédentes nous amènent à un point obscur et paradoxal sur lequel nous nous arrêterons un instant. De même qu’un acteur en scène, pour émouvoir, n’a pas besoin d’être ému, un sujet a-t-il besoin, pour exécuter un mouvement difficile, d'en connaître le mécanisme et d’y avoir réfléchi suffisamment pour en faire l’analyse.
La pratique ne suffit-elle pas pour affiner inconsciemment ce mécanisme et les sensations musculaires seules ne lui permettent-elles pas de trouver et de choisir les actes musculaires qui lui sont utiles. Ce triage et l’ordre qui en résulte est-il réfléchi, est-il perçu par les centres intelligents, passe-t il parla conscience ou reste-t-il le rôle des centres nerveux dits inférieurs.
Les animaux très adroits nous donnent l’exemple d’une absence complète d’étude de ce genre ou, du moins, ils ne nous paraissent pas se servir de ce mode d’éducation; on ne pourrait cependant pas l’assurer, l’observation très approfondie du sujet n’a pas encore été faite, peut-être nous réserverait-elle des surprises.
D’autre part la réflexion et l’analyse mentale peuvent-elles aider l’exécution des mouvements difficiles et jusqu’à quel point? Cela dépend évidemment des individus. Pour ceux dont la mentalité est fruste, il n’y a pas de doute, la r< flexion ne peut leur servir de rien; chez les autres, au contraire, il n’est pas douteux que l’attention portée sur la préparation et l’exécution d’un acte musculaire compliqué puisse amener plus rapidement et plus sûrement sa réussite, car les incor-
PHASE DE TATONNEMENTS
rections sont ainsi mieux perçues, les fautes plus vite corrigées parce que mieux comprises.
Le pi ogres dans les exercices difficiles consiste dans une meilleure répartition de l’acte nerveux, c’est un perfectionnement consistant à éviter le désordre, à mieux faire ce qui «st nécessaire,à se rapprocher de plus en plus du mouvement voulu et cela aven le minimum de dépense. Ce progrès et nette répartition économique ne se font pas tout seul, ils ne -sont pas obtenus seulement parla répétition du mouvement; il y a évidemment un autre élément de succès,le raisonnement qui précède l’acte et la résolution qui l’accompagne sont certainement plus nets à chaque nouvelle tentative d’exécution et c’est ce jugement plus précis qui modifie l’acte dans le sens de sa paifaite exécution.
Ce raisonnement, j’oserai dire inconscient, ou cette conscience obtuse, est un phénomène général, primitif et commun à tous les éléments vivants ; il suffit pour provoquer l’assoeiation nouvelle qui constitue le progrès; il existe surtout dans les éléments musculaires et nerveux; on peut le considérer comme une propriété spéciale de la matière vivante c’est plus que de l’habitude ; développée et spécialisée elle devient la conscience (1).
Chez le sujet conscient et chez le sujet inconscient pouvant cependant corriger ses fautes, il n’v aurait donc qu’une question de plus ou de moins, la nature du phénomène •serait la môme.
Les lois de la locomotion sont de tous les phénomènes biologiques les mieux connues et les plus indiscutables. Nous avons consacré de longues années à leur étude avec les procédés les plus exacts de la technique moderne (2) et nous avons constaté av t ec Marey (3) que les sujets d’élite se rapprochent d’un type unique caractérisé su-lotit par son rendement économique. J’ai conclu de là qu’étant donnée
(1) Demeny, Les Bases scientifiques de U Education physique.
(2) Travaux de la station physiologique et Mécanisme et éducation des mouvements.
(3) Vlarey et Demeny, Étude delà locomotion de l'homme, comptes-rendus de l’Académie des sciences.
l’égoee française
notre structure, abstraction faite des différences de détail, et si nous voulons effectuer au mieux un travail donné, il n’est pas indifférent d’agir d'une façon quelconque ; il y a au contraire,. à côté de mouvements indéterminés* une seule bonne manière de procéder. Cette bonne manière est employée instinctivement par les sujets d’élite. La solution des problèmes les plus compliqués de la mécanique animale est donnée ainsi inconsciemment par ceux qui s’exercent sans contrarier la nature. Cette solution est la seule bonne, à nous de. F enseigner par imitation.
Révolte du dogmatisme contre la Nature.
La gymnastique suédoise ignore ees lois naturelles et ne vise pas F utilisation économique de nos forces ; elle enseigne même sans raison des choses conventionnelles contraires à notre organisation. Elle enlève à plaisir tonte souplesse et toute élégance à nos mouvements ; elle le fait au nom d’un prétendu principe scientifique ; elle impose par exemple au sauteur des. attitudes bonnes dans la gymnastique de plancher, elle le gêne ainsi inutilement, détruit toutes ses impulsions naturelles et lui commande de trouver son équilibre dans les conditions les plus difficiles, sans se : servir des moyens simples et logiques.
Tous les enfants et tous les sujets n’ayant passé à aucune école se servent des bras pour sauter, ils font tous le même balancement coïncidant avec F impulsion des jambes, balancement que l’on retrouve aussi à la chute.
L’école suédoise décrète que les bras ne servent pas à celle-ci, ils devront s’immobiliser, et les victimes de cette fausse éducation font de pénibles efforts pour être dociles, iis arrivent à sauter comme un. sujet lié dans un sac, mais c’est toujours au détriment de la longueur du saut et de l’économie de la force ; en sent qu’ils peinent horriblement, ce serait pourtant si facile d’écouter la voix de la nature et non de lui résister.
Le but du saut est-il de sauter, de franchir moelleusement
PHASE DE TAtOK^EîtfEA'TS
un obstacle et d’annuler tente sa vitesse au point de chute nvec souplesse ou bien de gonfler encore sa poitrine pour plastronner ?
Et Ton trouve des hommes intelligents mais connaissant assez peu la vie et les mouvements pour accepter de telles fantaisies.
Lorsque M.Demeny déclare que dans les applications énergiques chacun agit suivant son style, il proclame que chacun peut agir en prenant des attitudes de compensation qu’imposent une mauvaise conformation ou un assouplissement incomplet.
C’est une conception inférieure et décevante de VéducatiOn physique contre laquelle nous tenons à nous élever avec énergie. Nous estimons qu’il est plus utile de s’exercer de façon à développer judicieusement son corps, que de pouvoir lancer un disque à ,4 mètres plus loin ou à sauter 10 centimètres plus haut, sans harmonie, et en risquant de faire une chute au delà de l’obstacle.
Le manque de correction dans les attitudes pendant les exécutions sportives énergiques ont pour origine principale une éducation physique élémentaire imparfaite ou défectueuse ainsi qu’un manque àe méthode dans l’entraînement. »
(LefébXjre, Jeux olympiques d’Athènes en 1906.)
J’avoue ne plus rien comprendre à l’éducation physique si elle consiste à empêcher systématiquement l’homme de profiter de tous ses moyens naturels dans la pratique et à le maintenir dans une infériorité athlétique voulue pour se conformer à une correction d’attitude que personne ne saurait définir.
Gomment donc les hommes se sont-ils développés ? est-ce par les mouvements habituels ou par l’immobilité. Les Grecs et autres populations essentiellement sportives et artistes ont-ils été à l’école de Stockholm ? allons-ûouS trouver laides et mauvaises les attitudes des statues des athlètes anciens parce qu’elles ne s’accordent pas avec la théorie des disciples de Ling ? N’insistons pas.
Les Suédois se trompent, ils le savent bien lorsqu’ils distinguent deux sortes de sauts : le saut sportif v t le saut édu'- ■catif. Il semblerait que le saut éducatif, comme l’indique
l’école française
son nom, devrait servir à l’éducation du sauteur et préparer ainsi au saut sportif ; il n’en est rien et c’est là qu'apparaissent des contradictions étranges et absolument incompréhen-
Fig. 34. — Saut en longeur de pied ferme exécuté naturellement avec souplesse (départ et arrivée).
sibles : le saut éducatif n a aucun rapport avec le saut, bien plus, on y apprend des mouvements incompatibles avec l’acte
sauter ; comme conséquence
Fig. 85. — Saut en longueur de pied ferme, exécuté selon la méthode suédoise, raideur complète du corps à la chute.
vous enseignez un mouvement d’une espèce particulière, vous'créez par cela même des habitudes c’està-dire des associations musculaires mais vous lescréez fausses, vous ne vousen servirez pas dans la pratique; est-ce là une éducation scientifique ?
Nous savons par expérience que, dans la chute de tout saut en longueur, le pied pose par le talon comme dans la marche, il faut bien trouver en effet
un point d’appui antérieur sur le sol pour détruire la vitesse horizontale du corps (fig. 34). Les Suédois ne sont pas sorciers plus que moi, jamais ils ne pourront anéantir une vitesse hori-
MO
l’école française
Je n’exagère pourtant point :
« Aussi longs, aussi liants, aussi énergiques qu’ils soient, tous les sauts laissent intacte l’extension du tronc qui doit être la -condition primordiale de chacun de nos mouvements » (D r Kaisin) (1).
Mais,la chose étant impossible, le sujet ainsi éduqué triche toujours etM. le D r Kaisin nous donne des figures photographiées qui ne sont pas d’accord avec ses principes, nous lui savons gré de s’être rapproché de la nature malgré lui, grâce au cinématographe.
Vous apprenez donc à sauter pour bomber la poitrine et laisser intacte l’extension du tronc, mais, quand vous sauterez pour sauter, vous ferez comme bon vous semblera ; singulière éducation ! Cependant M. le C‘ Lefébure accorde que « Les fautes qui ne sont pas corrigées ne disparaissent plus » ; quand vous aurez appris-systématiquement la raideur, vous deviendrez souple tout à coup, par pur hasard. Comment sortir de cette confusion et tirer quelque chose de clair et d’utile de tout cela.
Le premier praticien venu comprendra l’extravagance deces principes ; mais, en Suède on considère la chute d’un saut comme un acte d’équilibre ^ on laisse de côté-, il est vrai la partie essentielle de la chute qui consiste à détruire la force vive du corps à l'arrivée, au moment où les pieds touchent terre. On enseigne ainsi l’inverse de ce qu’il faut faire pour aider l’amortissement et assurer la stabilité finale. On assimile le sauteur à un objet reposant sur le sol sans tenir compte de la vitesse qu’il possède. On ne fait aucune distinction entre le cas où la vitesse est verticale et celui où elle est oblique ou horizontale. Cela importe peu, car il suffira de fléchir les jambes ét d’écarter les genoux pour augmenter la base de sustentation (sic) et annuler la vitesse.
Essayez donc d’exécuter un vrai saut en longueur avec ces principes, mais méfiez-vous de vous rompre le nez, nous ne garantissons rien : peut-être nos éducateurs du Nord ontils été pris de scrupule et distinguent-ils pour cette raison
(1) Essai critique de la gymnastique suédoise.
PHASE DE TATONNEMENTS
■deux sauts, le saut sportif qui sert à sauter comme vous l’entendez et le sawt éducatif qui n’enseigne aucun des mouvements ayant rapport avec le saut.
Ceci indique chez les auteurs une notion encore un peu fruste des allures de l’homme et des lois de sa locomotion.
« Il y a lien -de noter que, dans le saut éducatif, le gymnaste suédois retombe à terre, en. parfait équilibre, sur la pointe des pieds, les talons joints, les pieds ouverts et les genoux écartés le plus possible pour augmenter la base de sustentation, les bras ramenés le long du corps, la tête et le tronc dans la position verticale.
On estime à l’institut de Stockholm que les bras doivent rester le long du corps dans les premiers sauts élémentaires surplace afin d’habituer l’élève à localiser l’effort et le bien diriger sans rompre l’équilibre. Tout mouvement irrégulier des bras , pendant l'exécution àt’wn saut quelconque indique, en effet, que Véquilibre a été rompu pendant l’élan, le trajet dans l’air ou la chute, et qu r e te gymnaste a dû, pour le reprendre , recourir à un mouvement de compensation » (CW. Geste , loc. cït, page 82).
« Le saut n’est éducatif c’est-à-dire ne produit le perfectionnement du système cérébral de commande musculaire des mouvements que si les conditions d’exécution en sont précises et que si l’élève s’attache à les observer le plus strictement possible.
Les mouvements des bras ne servent quà contribuer au maintien de l’équilibre ou à augmenter un peu l’élan. Il est évident que Vélève sera plus maître de ses mouvements, plus adroit, mieux équilibré, Gest-à-dire mieux éduqué en apprenant à se passer de cette aide accessoire. »
(de Gents, Gymnastique pratique suédoise).
Ainsi M. de Gents reconnaît T utilité des mouvements des bras, évidemment bien à regret, mais, comme ces mouvements contrarient le dogme Suédois, il conclut de les rejeter parce que son élève sera mieux éduqué en s’en passant. Nous renvoyons cet auteur à notre étude détaillée sur le rôle économique du mouvement des bras dans la locomotion (1).
D’après le commandant Lefèbure :
« La Gymnastique donne également à l’homme le sens de la conservation de l’équilibre et par la gradation progressive des exercices qui
(1) Demeky, Mécanisme et éducation des mouvements ,
i/ÉCOLE FRANÇAISE
tendent à supprimer toute contraction qui ne soit pas indispensable à leur exécution, elle lui procure l’avantage de l’effort utile » (Lefébure, Méthode de Gymnastique éducative).
Ce principe est la base même de la souplesse, il est parfait, mais comment le concilier avec le principe de Gents et surtout celui du D r Kaisin précédemment cité ? D’autre part le commandant Lefébure définit le saut commeil suit :
« La trajectoire du saut doit être parcourue en parfait équilibre. La chute s exécute en parfait équilibre en fléchissant les jambes avec souplesse de la quantité nécessaire et suffisante pour amortir le choc sans abaisser les talons et sans descendre sous l'angle droit aux différentes articulations des jambes et de la hanche. Après la chute, s'élever en équilibre sur la pointe des pieds.
Toujours l'équilibre du corps doit rester parfait pendant les sauts afin de les effectuer avec sûreté et sans danger.
Exiger le maintien de la position fléchie des jambes au point où s’est produite la chute sur le sol.
Les exercices préparatoires aux sauts sont décomposés en temps afin de contraindre ceux qui les exécutent à régler l’impulsion et à conserver un rigoureux équilibre.
A la chute d’un saut en longueur ramener aussitôt les bras à côté du corps pour conserver l'équilibre.
Dans le saut en longueur avec élan ramener vivement le bras en arrière au moment de la chute pour conserver Véquilibre. »
Autant de mots autant de contradictions.
M. le commandant Lefébure aura beau exiger et contraindre ses élèves, il ne fera jamais du saut un acte d’équilibre ; il aura beau vouloir, les lois de la dynamique ne seront jamais celles de la statique, le premier écolier venu n’écoutant que la Nature lui apprendra comment on saute à la condition toutefois de n’avoir jamais été à son école ce qui fausserait ses associations nerveuses irrémédiablement. La pseudo-science suédoise sert encore ici à nous priver de nos moyens naturels pour faire des chutes avec une raideur désespérante mais selon les principes intangibles.
Le saut à la française s’inspire au contraire de l’observation de la nature et fait concorder toutes les actions méca-
PHA.SE DE TATONNEMENTS
niques qui concourent vers le même but, à savoir : détruire la vitesse au point de chute.
Dans le saut en longueur le pied touche terre par le talon, ce moment très court est suivi du poser du pied par toute la plante, ce qui assure l’adhérence sur le sol ; au moment de la chute, lecorps possède une vitesse dirigée suivant H Y(fig.36). Cette vitesse est annulée ; 1° par la résistance du membre inférieur qui s’exerce suivant H F opposée à H V ; 2° par le poids P du corps qui tend à faire tournerjla hanche en sens inverse de la vitesse horizontale, c’est-à-dire à le faire tomber en arrière(fig.38); 3°par lelancer des bras en avant qui déplaçant rapidement le centre de gravité du corps en avant obligent le corps à reculer en arrière ; 4° par l’action des muscles extenseurs du pied prenant leur point d’insertion fixe sur le pied et s’opposant ainsi à la rotation de la jambe autour de la cheville ; 5° par l’action des extenseurs du tronc sur la cuisse qui retardent la chute du corps en avant et le rejettent en arrière.
Toutes ces actions s’ajoutent pour détruire la vitesse horizontale, la seule dangereuse dans le saut en longueur , et le corps peut se relever en station droite sans avoir quitté ses empreintes premières sur le sol; tous ces actes sefontayec la plus grande souplesse et c’est ainsi qu’on doit les enseigner.
C’est d’ailleurs de cette façon que l’exécutent tous les sujets guidés instinctivement par les lois naturelles et l’économie {fig. 39). On trouve les mêmes lois chez les animaux et nous aurions la prétention d’imaginer autre chose ! (fig. 40).
Ce que j’ai dit du saut s’applique à l’éducation de tous nos mouvements.
Fig. 38. — Obliquité de la jambe nécessaire au moment de la chute pour détruire la vitesse oblique du cot-ps.
Le pied pose alors Un instant par le talon. Le poids du corps donne une composante P, retardatrice de la rotation Y, de la jambe antour du point 0.
Qu’on nous explique donc ces contradictions ^ vous refusez au sauteur dé prendre une attitude groupée* ce qui lui permettrait de bien sauter, sous prétexte de ne pas lui com-
Fig. 39. — Saut en longueur précédé d’une course exécuté avec souplesse et en faisant agir les bras pour amortir ta chute.
primer la poitrine, et vous faites exécuter à la corde lisse lë grimper dans une attitude bien plus mauvaise avec effort
concentrique des fléchisseurs ; vous condamnez le renversement aux anneaux et vous le faites exécuter à deux cordes lisses, (voir fig. 46). Nous pouvons déduire de là que le sys-
PHASE BE TATONNEMENTS
tème- suédois est faux dans- Tapplîcation puisqu’il ne s’accorde pas avec les lois naturelles.
Même ignorance de la marche et de la course. M. Lefébure voudrait suprimer les actes nécessaires à la locomotion et substituer aux allures normales des allures raides et compassées exigeant des contractions inutiles.
« Les défauts habituels de la marche* dit-il, sont les suivants :
« 1° L'oscillation du tronc d’avant en arrière.
« 2° La rotation des, hanches et des épaules.
L’auteur ne voit pas que, ces mouvementssont nécessaires, les supprimer c’est détruire toute l’élasticité de l’allure et employer pour les abolir des forces en pure perte. D’après lui il faut toujours poser le pied parla pointe dans les courses de vitesses- ; or, jeûnais: les; coureurs ne- font ainsi (fîg. 41 et 42).
Ils ont une raison pour cela ; pose-rite pied par la pointe, c’est diminuer la longueur du pas, c’est se priver du déroulement du pied, le facteur le plus- vmpontaniï de l'impulsion ; ffug. 43 et 44) c’est fatiguer inutilement Be> mollet e-t n’anaéliorer en rien 1 amortissement du choc- du pied.. L’auteur s’ima-
l’école française
gine que la chute ne peut être amortie qu’en tombant sur la pointe des pieds, parce qu’il confond toujours la chute vercale avec la chute oblique.
Fig. 42. — Coureur au moment de l’appui du pied et à la fin de l’impulsion.
Dans la course, la vitesse du corps Y, au moment du poser du pied, est presque horizontale ; il n’y a donc pas de chute verticale ou du moins elle est de quelques centimètres seulement.
Fig. 43. — Le poser du pied pjti- la pointe diminue la longueur du pas de course el la durée de l’impulsion.
Quand le pied se pose, il se fixe sur le sol d’autant mieux qu’il présente plus de surface de contact, il est évidemment mieux fixé par la plante que par la pointe ; la vitesse de la
PHASE DE TATONNEMENTS
hanche produit aussitôt la rotation du membre inférieur autour de la cheville du pied et, de la position H* à la position H 2 , les muscles extenseurs du pied et de la jambe prenant leur point d’insertion fixe sur le talon et sur le tibia, s’opposent à ce mouvement de rotation en luttant contre la distension dont ils sont l’objet; ils font dans ce cas du travail négatif et agissent à la façon d’un frein (%• 45):
Leur tension se maintient jusqu’à la position extrême du membre inférieur Il G C au moment du
lever du pied et, de négatif, le travail de ces muscles devient positif après la position H 2 .
Les muscles du mollet en prenant leur Insertion fixe sur
Fig. 4
Déroulement du pied dans la course.
de ta jambe dans l’amortissement du choc du pied dans la course.
le pied sont bien dans la meilleure situation pour résister à la rotation de la jambe et atténuer ainsi le choc dans une direction presqu’horizontale.
Dans la position du pied par la pointe, (fig.45) au contraire
la jambe est fléchie, l’amortissement de l ! a vitesse horizontale est impossible, l’action impulsive de la jambe est tout à fait restreinte, le pied ne pouvant plus se dérouler sur le sol, son mouvement d’extension sous l’action du mollet est diminué ; ce dernier fait seulement un effort statique de soutien au Heu d’effectuer un travail dynamique ( Voir note virr, page 335).
Ignorance des fonctions nerveuses.
Il y a encore bien d’autres erreurs fondamentales ; parexemple on ne. distingue pas le mécanisme d’un mouvement vif de celui d'un mouvement ordinaire ; il n'y aurait donc pas d’exercices spéciaux et nécessaires pour cultiver fa vitesse. On sait cependant qu’on ne peut exceller dans Fescrime, dans la boxe et le lancer sans pratiquer spécialement ces sports. Ecoutons M. le C* Lefeburequî cherche à nous éclairer sur ce point ; dans le passage suivant, d’ailleurs assezcurieux, cet auteur confond-Fétend-ue d’un mouvement avec sa vitesse :
« M. Demeny estime qu’un coup poing et sa parade constituent un exercice de la gymnastique éducative dont l’action est physiologiquement différente de celle produite par une extension de bras et mérite par conséquent un classement spécial et nécessaire dans chaque: leçon de gymnastique.
« Nous estimons, nous, qu’en- effet- il existe une différence anatomique entre les extensions, des bras de la gymnastique suédoise et un coup poing au point de vue du développement et de l’assouplissement rationnel du corps ; c’est que la gymnastique suédoise, fait exécuter des extensions complètes des membres supérieurs y compris les extensions des doigts, tandis que le coup de poing, constitue une extension incomplète des bras, non compris les extenseurs des doigts; l’extension complète n’étant ni plus ni moins énergique que l’extension exécutée avec le poing fermé.
« L’on fèrme l‘e poing dans Ta boxe, pour- faire du mai à son adversaire en évitant de se faire mai à soi-même' v voilà tout /).
PHASE 1)E TATONNEMENTS
Pour ma part je ne souhaiterai pas, même à mon ennemi, de se trouver avec une préparation consistant en extensions des bras à la suédoise en face d’un boxeur exercé; il pourrait peut-être se rendre compte à ses dépens qu’il y a entre les deux manières de procéder une différence, et que cette différence n’est pas seulement anatomique.
Dans un mouvement de détente comme le coup de poing, la vitesse s’accélère depuis le commencement jusqu’à la fin du mouvement. Pour cela les muscles extenseurs du bras se contractent sans interruption et les antagonistes se relâchent ; dans une série d’expériences nous avons constaté que l’acte nerveux dans la détente diffère totalement de celui du mouvement lent ou retenu (1). Il,en diffère par son intensité et son mécanisme intime. La durée de l’acte nerveux dans un coup de poing est plus importante que celle de l’acte musculaire. G’est la partie essentielle du mouvement, c'est elle qui varie le plus suivant avec les individus et leur état. Aussi les efforts statiques ou lents ne donnéront-ils jamais la vitesse. Ceux qui s’entraînent aux exercices de force perdent au contraire toutes leurs qualités du côté de la rapidité.
Nous n’exagérons pas en assurant que les Suédois n’ont pas plus fait de distinction entre un mouvement vif et un mouvement lent, qu’entre un exercice correctif et un exercice d’application. Us ne connaissent pas le rôle économique du système nerveux ni son éducation dans ce sens.
C’est une preuve de plus que leur système est basé sur l’anatomie, mais non point sur la physiologie qui, au temps de Ling, n’embrassait pas encore ces phénomènes nerveux. Aussi s'explique-t-on cette tendance à considérer toujours l’homme comme un mannequin articulé et rien de plus.
Souplesse à la Suédoise.
« Les exercices d’équilibre contribuent à discipliner et à pondérer le système nerveux.
« La conservation de l 'équilibre général du corps dans tous
(I) Voir dans la 3 e partie. (Note XI, page 347).
2M l’école française
les exercices gymnastiques est une: condition essentielle de leur exécution.
« Ils influent sur la : correction de l’attitude générale et contribuent à donner Faisanee, la souplesse et la correction dans- le maintien et là démarche (C‘ Lefébuke). »
Comment cet auteur concilie-t-il la souplesse avec ce qu’il appelle la correction dans le maintien et l’équilibre général du corps. Cette correction sur laquelle il revient sans cesse, c’est au contraire la raideur générale du corps ;: il ne peut plus y avoir de doute à ce sujet.
(c La position de départ doit être gardée irréprochable pendant toute la durée d’un mouvement » (I> Kaisin):
Or voici cette position :
« Permettre à la poitrine de se déployer en tous sens, la «• colonne'dorsale étendue, redressée, les côtes projetées en « avant, les épaules en arrière et en bas, la tête portée, en <fe arrière et en haut, la nuque venant à peu près dans le « prolongement de la ligne de la partie postérieure, du « cou » (D r Kaisin).
Avec cela essayez donc de rester souple comme l’exigeraient les équilibres. Dès que vous imposez votre soidisant correction il n’y a plus de souplesse et ce ne sont plus des exercices d’équilibre. Les équilibrâtes jongleurs, le chat, le singe sont nos maîtres en la matière, nous devons les imiter.
Nous voici donc fixés sur la valeur des exercices; d’équilibre exécutés à la suédoise, s’il reste dans notre esprit quelqu’hésitation nous allons la voir s’évanouir par cette définition de la souplesse due à M. le D r Kaisin.
« Pour arriver à l’indépendance des mouvements, dit-il, « il faut immobiliser toutes les parties du corps sauf celle « sur laquelle doit s’exercer l’action du muscle ou du groupe « musculaire qu’on veut débarrasser des contractions para- « sites ».
. Voilà une singulière manière de devenir souple : commencer par contracter pour l’immobiliser tout ce qui ne doit •pas agir ; résultat : contraction générale du corps et éducation de la raideur.
PHASE DE TATONNEMENTS
Solution à priori.
Tout ce qui précède est déjà bien confus et bien obscur; ce n est pas tout: on avance que certains mouvements de jambes ont une propriété décongestive et doivent pour cette raison être exécutés immédiatement après des exercices violents.
C’est là un souhait louable, mais il faudrait préciser où est. la congestion ? est-ce à la tête ? au cœur? au poumon ? aux viscères abdominaux ? aux muscles ou ailleurs ?
« Les exercices respiratoires sont exécutés à titre dérivatif.
« Les mouvements énergiques des jambes décongestionnent le cèrveau et les grands vaisseaux du centre de l’organisme.
« Les mouvements lents des jambes ont une action calmante pour la respiration. » (Lefébure.)
L’attitude a certainement un effet sur la circulation du sang, les contractions musculaires aussi, mais cet effet est complexe, il est profondément modifié par les mouvements respiratoires qui sont le grand régulateur de la pression dans le thorax, et par suite de la circulation thoracique.
Si l’on fait un mouvement d’extension du tronc pour décongestionner la tête, mais en même temps un effort d'expiration qui congestionne la tête, tout est changé. La circulation périphérique, influencée par tout ce qui provoque la vaso-dilatation ou la vaso-constriction des capillaires, chaleur, froid, émotions, etc., devient encore la cause prépondérante de la régulation de la circulation générale.
Dans la course les muscles des jambes s’allongent et s e raccourcissent ; leur contraction devrait être une cause de décongestion, mais cependant le poumon du coureur devient imperméable au sang par excès de congestion, ce qui montre l'influence prépondérante des mouvements respiratoires dans l’acte congestif.
Quand lé cœur est gorgé de sang, la meilleure manière de le soulager c’est de diminuer son travail en aidant la circulation artérielle et celle de retour par le massage et des frictions dans la position couchée et en faisant des expiration
l’école française
profondes qui accélèrent la circulation artérielle. Nous neconnaissons d’ailleurs pas, en dehors des travaux de Mossoavec les pléthysmographes, et ceux de François-Franck sur le changement de volume des organes, d’autres expériences faites à ce sujet.
Nous avons aussi entendu donner des extensions forcées^ du rachis si chères aux Suédois une raison bien extraordinaires. Ce serait Y allongement de V aorte!
« Un effet du renversement du tronc en arrière est l’élongation des gros troncs vasculaires contenus dans les cavités abdominale et thoracique ; ils s’allongent d’ailleurs parfaitement, mais ils ne le font pas sans se vider en partie. Ôn se rend compte ainsi de l’influence qu’un tel exercice doit avoir sur la circulation générale. »
(D r Kaisin, Essai ci'itique de la gymnastique suédoise r page 274).
Nous demandons la preuve expérimentale du fait et l’utilité de cet allongement ; mais laissons-là ces minuties qui ne sont plus du domaine de l’éducation. Oserai-je maintenant croiserles jambes, et tourner la tête sans trembler de devenir bossa ou de comprimer l’artère fémorale ?
Abus des efforts statiques.
La méthode suédoise vise spécialement un effet correctif de l’attitude ; nous avons introduit ces exercices spéciaux, dans les écoles depuis 1891, mais avec les restrictions que nous avons indiquées plus haut. Il est bien entendu que notre éducation physique ne peut se limiter à ces sortes d’exercices..
A côté des avantages qu’ils présentent au point de vue de l’attitude, ils ont le défaut de solliciter des contractions. statiques locales avec tous leurs inconvénients sur la respiration et sur la nutrition ; ils demandent très peu de dépenséde travail mécanique, provoquent la fatigue nerveuse et conviennent pour cette raison très modérément aux jeunes enfants.
On a critiqué avec juste raison l’abus des suspensions fié-
PHASE DE TATONNEMENTS
chies parce qu'il donne la prédominance d’action aux fléchisseurs, ce n’est pas une raison pour faire l’inverse et donner la prédominance d’action aux extenseurs. Le type créé par la première gymnastique est certainement plus fort pour étreindre et agir que le type étendu et ensellé à l'extrême à force de pratiquer les mouvements de l’homme caoutchouc ou du disloqué.
Les exercices correctifs doivent être associés aux exercices de vitesse et de détente, aux jeux et récréations de plein air et ne jamais être pratiqués exclusivement. Les inuscles extenseurs toujours en contraction concentrique se fatiguent et se modifient, ils évoluent vers la vieillesse du muscle : la transformation tendineuse. Des gymnastes se voûtent cependant dans la vieillesse, malgré les effets constants de redressement exécutés pendant leurs leçons.
Ces mouvements correctifs sont trop spéciaux, trop uniformes ; si on ne les varie pas, ils deviennent pour les élèves au bout d’un certain temps une véritable corvée et ne soutiennent plus leur attention.
Comme le faisait judicieusement observer M. Macdonald Smith au 2 e Congrès de l’éducation physique à Liège : ce qui importe, c’est la nutrition parfaite des organes bien plus que leur développement. Cette nutrition est obtenue pour le muscle par la contraction complète qui donne le maximum de nutrition avec le minimum d’intoxication. (Voir note vx, page 325).
Mépris du plaisir et de l’utilité pratique.
Il faut à la jeunesse un attrait, une difficulté à vaincre, une lutte avec un adversaire, un jeu où l’initiative s’éveille, sinon elle s’endormira par la répétition constante et automatique d'une même leçon.
Sans aller jusqu’à l’émulation des concours, toujours dangereuse, l’éducateur doit tenir compte de l'effet de son enseignement au point de vue psychique et le varier constamment au risque de n’être pas suivi par ses élèves.
l’école française
La Suède est le pays où il y a relativement le moins de sociétés de gymnastique libres, ne serait-ce pas autrement si la gymnastique classique était plus attrayante ? Le besoin de plaisir perce malgré tout même chez les partisans absolus du rigide système suédois.
Fig. 46. — Dessins tirés du manuel suédois et indiquant dès exercices absolument acrobatiques en contradiction avec les principes de la méthode.
Desrepos doivent êEre ménagés entre les différents exercices et de la liberté ; afin que la jeunesse retrouve ses droits et ne voie pas dans la gymnastique qui doit la rendre Forte et belle un Carcan de genre particulier qui la jugule dans sa naturelle exubérance » (D r Kaisin).
N’est-il pas alors plus logique et plus simple d’associer la gaîté à l’exercice comme on le fait dans notre système éclectique toujours vivant, parce que toujours varié ? Notre manière est par cela même et de votre propre aveu, supérieurà la vôtre.
PHA.SE de ta tonke m e N T s 2t5
Montaigne nous a appris avec d’autres ce que l’expérience nous prouve chaque jour: c’est-à-dire que l’on ne peut pas enseigner bien une chose quelconque en ennuyant et qu’il faut amuser les élèves et leur rendre agréables les études si on veut qu’ils apprennent. »
(Amoros)..
"Cependant, malgré sa rigidité géométrique, on est tout surpris de rencontrer dans le manuel officiel suédois des exercices dont P utilité ne peut se justifier que par le plaisir de la difficulté vaincue et tranchent avec le rigorisme de la méthode.
Fig. 47. — Autres mouvements du manuel suédois qui ne peuvent être . conseillés ni pour leur utilité pratique ni pour leurs qualités esthétiques ou hygiéniques.
Avec eux nous entrons dans le domaine de la fantaisie pure,: culbutes,, bras de fer, têtes en bas, etc., toutes choses critiquées dans le système allemand, mais exécutées ici sans art, lourdement et maladroitement.
Les figures 46 et 47 sont tirées du Manuel suédois, elles en disent assez par elles-mêmes pour édifier le lecteur sur la connaissance scientifique des mouvements chez les rédacteurs de ce Manuel qu’on nous présente comme une perfection.
l’école fhançaise
Erreurs de principe.
Je crois avoir suffisamment démontré combien le système suédois mérite peu de se dire intangible. Si on nous reproche de ne pas nous être limité au dogme des positions fondamentales et en cela nous sommes autorisés par des raisons valables, nous reprochons au système suédois des erreurs de principe, ce qui est plus grave, et d’établir les bases même de l’éducation sur des données en dehors de la nature vivante.
« Les exercices suédois, dit le C* Lefébure, constituent « un enchaînement rigoureux de solutions précises données « .à des problèmes de mécanique biologique. »
La base de cet enseignement n’ëst donc pas physiologique, elle n’est même pas mécanique, elle est géométrique', car de la structure du cadavre elle a la prétention de déduire rationnellement l’application du mouvement à l’être vivant. On ne peut perfectionner la nature humaine avec des indications aussi frustes. On ne peut assimiler l’être vivant à un automate, si Ton veut en faire un sujet d’élite.
Vous obtenez, dites-vous, des résultats dans ces conditions combien ces résultats seraient meilleurs et plus sûrs si vous agissiez avec plus de connaissance de l’organisme humain. Vos résultats sont dus au fait d’exercer certaines parties que vous mettez en jeu, à l’effet général du mouvement et non à la forme pure qui est une création de votre esprit et ne représente rien de réel.
Nous obtenons aussi les mêmes résultats en nous servant d’autres moyens plus naturels. D’ailleurs vos formes pures sont mécaniquement impossibles à réaliser; l’immobilisation que vous prétendez obtenir dans vos positions fondamentales et dont vous faites votre idéal n’est qu’une illusion.
Vous la remplacez par des déplacements imperceptibles peut-être, mais ces mouvements sournois exigent des contractions extrêmement énergiques et anormales des parties que vous fixez de sorte que l’effort d’immobilisation devient plus grand que celui des muscles que vous voulez mettre en action.
Cette faconde procéder exclut l’idée de souplesse ; elle lui est contraire, car elle n’isole pas nettement les contractions musculaires et ne les localise pas en des points du corps bien . déterminés. Vous faites ainsi une dépense d’énergie nerveuse bien inutile : le cerveau préoccupé de maintenir une position anormale qui exige des contractions multiples, complexes et mêmes incompatibles avec le mouvement demandé a une notion confuse de ce qu’il doit commander, ses ordres se perdent et s’éparpillent dans un territoire indéterminé, ce qui enlève toute netteté à la sensation du mouvement voulu.
Il importe peu à la nutrition du muscle que ce dernier s’attache à des segments osseux fixés ou non dans une position verticale ou oblique ; pour le bien nourrir, ce qui est notre but, il faut une bonne circulation et des échanges nutritifs intenses. Ces échanges dépendent uniquement des deux facteurs du travail : effort ou tension- musculaire due à là résistance à vaincre et étendue du mouvement. Le résultat obtenu est la conséquence de la forme du travail et de sa quantité. L’effort statique ne répond point à ces conditions.
L’effet local dépend de l’effet général.
D’ailleurs pour améliorer un défaut ou un trouble local de nutrition d’un organe, il n’est pas encore démontré qu’il faille procéder par une action localisée.
Un exercice qui produit un effet général sur la nutrition est par cela même la source d’une plus-value d’énergie dont l’organisme pourra disposer; l’organe faible recevra ainsi un surcroît d’apports nutritifs et cette plus-value d’énergie répartie convenablement suffira peut-être pour obtenir l’effet cherché ; la nature se charge de réparer les troubles de nutrition là où ils se produisent sans que nous ayions à nous en inquiéter ; il suffit de l’aider pour cela en lui en fournissant les moyens d’augmenter son pouvoir vital.
En tout cas, ne rechercher qu’un effet local sans en même temps obtenir le relèvement énergétique de l’organisme, sans
l’école française
augmenter sou potentiel, c’est évidemment une manière incomplète de procéder.
D’autre part, vous confondez toujours la tension des muscles avec la dépense de travail et toute votre gradation repose sur l’effort musculaire statique sans s’occuper de la dépense en travail mécanique, la seule importante à considérer dans l'effet général de l’exercice et dans la résistance à fatigue,
« Nous avons dit comment la méthode suédoise., en utilisant simplement les leviers du corps humain, réagissant contre leur propre poids, autour de points d’appui fixes,dans des positions Kien définies,pouvait, sans agrès, obtenir une dépense de travail considérable et par suite des résultats réels et pratiques. »
(Colonel Coste, JLoc. eit., p. 75).
Vous dites que la gymnastique de développement doit se baser sur la loi du plus grand effort. Qu’en savez-vous ? Il faudrait en tout cas sous-entendre le plus grand effort utile ou plutôt Yeffort optimum. Mais comment réalisez-vous ce maximum d’effet utile, est-ce par cette espèce d’acrobatie statique de vos positions fondamentales qui contrarient les lois naturelles de l’économie et de l’équilibre ?
S’agit-il de développer les muscles ou bien d’assouplir ? Dans le premier cas, il faudrait prouver que la contraction statique prolongée et intense à fin de course articulaire est la meilleure manière de nourrir le muscle ; nous savons au contraire que les contractions étendues avec résistance modérée favorisent la meilleure circulation et les échanges nutritifs les plus actifs.
Dans le second cas, si vous voulez assouplir, vous vous y prenez à rebours ; la souplesse est le fait d’une bonne coordination des muscles agissant dans un mouvement voulu en vue d’un résultat utile; elle ne peut être obtenue avec des contractions synergiques fausses, inutiles et nuisibles qui devront disparaître dans l’application.
Les attitudes dites fondamentales peuvent être données comme un moyen pédagogique propre à définir un exercice
PHASE DE TATONNEMENTS
sans avoir d’autres prétentions ; loin d’être intangibles, elles doivent être au contraire très 'variées.
Les meilleures et les plus belles sont, sans contredit, les plus naturelles, dont nous nous servons sans cesse, celles qui nous rendent souples en nous apprenant à localiser l’effort utile dans la région que nous voulons exercer et développer sans gaspiller notre énergie ailleurs. Nous devons faire tout notre possible pour éviter ce gaspillage qui entraîne à sa suite un énervement et une fatigue superflue ; il y a donc grand avantage à laisser dans un- repos relatif les parties devenues inutiles pour le moment.
Si l’on peut par l’habitude et un effort d’attention soutenu arriver à exécuter ces mouvements, on vaincra une difficulté, mais une difficulté stérile, sans perfectionnement réel ; on perd son temps dans une pure fantaisie; et en acquiert méthodiquement la raideur. On fait ainsi de Vacrobatie statique au lieu de faire de l’acrobatie dynamique.
Jamais nous n’agissons de cette façon pour lever la jambe en avant ou de côté ; on peut, sans y attacher d’autre importance, ajouter ces exercices aux autres, mais il est impossible d’en faire la base et la condition sine qua non d’un système d’éducation physique. Une éducation établie sur des conventions aussi fragiles est un édifice bâti Sur le sable mouvant.
Affirmer qu’en dehors de ces attitudes spéciales il n’y a que des mouvements mauvais et nuisibles, c^est se condamner soi-même. C’est en somme renier le passé de l’humanité. Ne nous sommes-nous pas formés par les mouvements naturels et nos mouvements ont-ils jamais été des contractions statiques ou des contractions musculaires associées de cette façon ?
Notre forme extérieure est la résultante de nos mouvements ; ceux-ci sont dictés par nos besoins, notre locomotion, nos professions. Le type d’une race est le résultat d’une série de modifications accumulées suivant les lois de l’hérédité et les influences des milieux; c’est assez hardi d’essayer, avec une simple vue de l’esprit, de vouloir modifier le type héréditaire.
l’école française
L’éducation complète.
Vous appelez éducation complète celle qui fait fonctionner toutes les parties et tous les muscles du corps. Voilà une vieille définition qu’il faudrait une bonne fois laisser de côté.
Vous n'avez jamais en vue que la forme, jamais vous n’abordez le fond du problème à savoir l’augmentation énergétique de l’être humain. Modifier la forme n’est qu’une mince partie-du résultat ; au point de vue militaire si vous n’âllez pas jusqu’à l’application méthodique de la force, vous n’avez rien fait.
Le médecin peut être captivé par cette gymnastique d’attitudes, gymnastique plutôt médicale que physiologique ; mais le médecin n’a pas à envisager le rendement de notre machine en travail, ni la beauté, ni le perfectionnement de l’adresse, ni la débrouillardise ; il se place à un tout autre point de vue, rarement au vrai point de vue de l’éducation physique. Cette gymnastique spéciale pourrait convenir à un homme sédentaire, sorte de prisonnier qui n’aurait ni ressources sous la main ni espace autour de lui ; mais comprise autrement elle ne peut devenir celle du campagnard ni surtout celle du soldat.
Comme nous l’avons montré, l’introduction des attitudes suédoises dans la gymnastique d’application est contraire à la loi d’économie, elle gêne les fonctions circulatoire et respiratoire et nuit à l’accomplissement du travail.
Gymnastique éducative.
La gymnastique éducative ne peut donc être limitée à la correction d’attitudes conventionnelles. Par une sorte d’aberration incompréhensible, vous appelez éducatif ce qui s’adresse seulement au muscle et à l’articulation et vous négligez les centres nerveux qui commandent tout. Pour vous, le jeu n’est pas éducatif et pourtant il actionne tout l’organisme, il est peut-être le seul moyen d’établir les rapports
PHASE DE TATONNEMENTS
normaux de la volonté et de l’appareil locomoteur. L’équilibre et l’harmonie fonctionnelle qui en résulte, n’est-ce pas là l’effet véritablement éducatif que nous recherchons et que vous oubliez de voir.
Pourquoi n’est-il pas éducatif d’apprendre à restreindre et à localiser les contractions musculaires en vue d’un effet utile, laissant tout le reste en repos.
Les résultats seraient, il me semble, infiniment supérieurs si on agissait ainsi, dès le début, dans la direction naturelle au lieu d’avoir une gymnastique éducative qui s’y prend à rebours et vous enseigne des choses à oublier et à détruire ensuite dans l’application.
Tout cela est à modifier comme n’ayant aucune raison valable. On améliorera certainement l’éducation physique si on ne fait pas toujours des exercices statiques et des exercices respiratoires à vide mais au contraire accompagnés de travail ; si l’on n’exagère point les positions droites et les attitudes d’extension en bombant démesurément la poitrine ce qui immobilise les parties du tronc (côtes et diaphragme) les plus essentielles à l’acte respiratoire.
Le diaphragme est le muscle le plus puissant et le plus important de l’inspiration,, immobiliser le thorax en inspiration en contractant la paroi abdominale., en faisant rentrer la masse viscérale dans le thorax, c’est annuler la course du diaphragme, c’est diminuer la capacité respiratoire ; les extensions exagérées du rachis ont le même effets elles diminuent également l’amplitude des mouvements respiratoires.
La respiration thoracique supérieure est une respiration de luxe qui s’ajoute à la fonction du diaphragme, mais c’est une erreur de vouloir substituer la respiration thoracique et claviculaire à la respiration abdominale. Cette dernière a une action intense sur la circulation thoracique et abdominale, sur le brassage des liquides de l’intestin et des viscères.
On fera aussi un pas vers le progrès si on|ne remplace pas le travail par l’effort statique, le mouvement par l’immobilité ; si on ne fatigue pas constamment les muscles des lombes et de la colonne vertébrale sous prétexte de redresser celleci ; si on ne fait pas un abus de l’ensellure en allongeant les
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muscles de l’abdomeu au lieu de raccourcir ceux-ci comme les muscles du dos ; si ou apprend à se mouvoir suivant la loi du moindre effort en imitant tous les êtres animés et les sujets d’élite, au lieu de prendre un malin plaisir à s’éloigner des indications de la nature ; si on recherche enfin la beauté de notre forme et de nos mouvements, comme le résultat de notre perfectionnement et non d’une esthétique n’ayant plus aucun rapport avec la vie. Tous les procédés employés en éducation physique doivent être dictés par l’hygiène et par l’art et non par une pédagogie de convention.
Le système suédois n’embrasse pas toute la matière de l’éducation.
En résumé le système suédois ne peut être considéré comme un système d’éducation physique définitif parce qu’il est spécial, incomplet, illogique, quelquefois erroné, monotone et pauvre de moyens ; il ne répond pas au but social de l’éducation et ne recherche pas simultanément les quatre effets de l’exercice : hygiénique, esthétique, économique et moral ; de plus il n’-éduque pas en vue de l’application utile et ne répond point pour cela à l’éducation militaire.
Il est spécial , puisqu’il recherche toujours et presque exclusivement l’effet correctif, abuse“des efforts statiques dans lesquels le muscle ne rencontre de résistance qu’à fin de course, à la limite du mouvement articulaire. Ces contractions statiques localisées aux extenseurs nuisent à la nutrition du muscle par la fatigue nerveuse qu’ils procurent ; les extensions forcées du rachis provoquent Tensellure au lieu de chercher à la diminuer.
Il est incomplet parce qu’il ne demande pas assez de travail dynamique à côté d’un luxe inusité de contractions statiques, il n’agit donc pas sur les grandes fonctions avec assez d’intensité, l’effet général qu’il provoque n’est pas comparable à celui d’un jeu ou d’un sport en plein air. Cet effet: général que nous appelons effet hygiénique ne peut être ob-
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tenu par la juxtaposition d’effets locaux, car il dépend seulement de la quantité d’énergie dépensée dans un temps donné. On doit remédier à ce défaut en intercalant les jeux de: plein air dans la leçon elle-même.
S’il y a des exercices de coordination dans le système suédois, ils se réduisent à quelques formes, de mouvements toujours les mêmes ; les exercices compliqués ou difficiles, vifs et utilitaires en sont exclus et l’éducation de nos mouvements est absolument négligée. On n’enseigne pas la meilleure manière d’aborder Inapplication pratique,ni la progression dans la dépense et l’entraînement, ni l’influence du rythme sur la fatigue et le travail, toutes choses cependant de la première importance.
Il est illogique et erroné quand il impose dans toutes circonstances la même forme de mouvement et d’attitudes, perdant de vue le résultat fonctionnel, passant à l’application sportive sans éducation nettement, préparatoire et laissant ainsi cette application indéterminée avec une lacune entre la gymnastique dite éducative et la gymnastique d’application.
On y exagère constamment l’ensellure en allongeant les muscles de l’abdomen par les extensions forcées et les courbes raidies alors que la contraction concentrique est exclusivement employée pour les muscles du dos.
On ne cherche pas à créer des synergies musculaires vraiment utiles mais on en suscite de fausses s’imaginant qu’elles disparaîtront d’elles-mêmes quand on le voudra, ne tenant ainsi aucun compte de l’habitude et de l’adaptation de nos centres nerveux à nos mouvements.
On prétend augmenter aussi la capacité respiratoire et les échanges vitaux avec des . mouvements des membres et du tronc qui ne demandent presque pas de dépense de travail, ou bien par des exercices respiratoires à vide qui ne touchent que l’ossature et la musculature du thorax. On exagère même la saillie de la poitrine avec l’ensellure dans les courbes roidies jusqu’à, abolir la fonction du diaphragme et altérer ainsi le mécanisme naturel de la respiration quand on ne l’annihile pas complètement ; on produit constamment l’effort respiratoire soit en expiration, soit en inspiration.
l’école . fhançaise
Ge mode de procéder faligue le poumon mais n’est pas une réelle éducation de la respiration, il est impraticable pendant un travail intense et n’indique rien sur le rythme et l’amplitude véritablement avantageux au point de vue de la fonction respiratoire proprement dite.
On admet sans preuve les effets de certains mouvements sur la circulation générale et sur l’allongement des gros vaisseaux artériels, ne voyant dans la congestion des organes que l’influence musculaire négligeant la température ou l’influence nerveuse sur le calibre des vaisseaux et la circulation capillaire.
On ne s’occupe point des désordres de l’effort et de l'essoufflement qui sont la conséquence des rapports intimes et de l’influence réciproque de la respiration sur la circulation.
Il est monotone car il néglige l’effet produit sur l’esprit de l’élève, à qui on administre le mouvement comme un remède en le privant de l’effet excitant du plaisir.
L’effet appelé esthétique n’a aucun rapport avec le beau- Les attitudes dites esthétiques sont raides, guindées, l’inverse des positions naturelles, dépourvues de grâce et d’élégance, elles n’expriment ni une idée, ni un sentiment comme le voulait Ling; ce sont des attitudes purement géométriques. A côté de cela on introduit des exercices acrobatiques, on ne sait trop pourquoi ; on ne saisit pas les liens qu’ils peuvent avoir avec les autres mouvements méthodiques.
Il est pauvre de moyens parce qu’il restreint sans raison les exercices à quelques types ; se borne à faire de l’analyse sans aller jusqu’à la synthèse, jusqu’à l’épreuve de la valeur de l’homme. Il n’apprend pas à se connaître, à savoir travailler et à savoir se reposer à temps, à ménager ses forces, à rythmer son travail, à éviter la fatigue et à produire un travail intense ou difficile dans les meilleures conditions; en un mot il ne rend pas débrouillard. Il omet de rappeler les. ressources et les nécessités de l’hygiène ; il abandonne l’élève après l’alphabet des positions fondamentales sans l’amener jusqu’à un summum d’énergie et de virilité qui constitue la réelle supériorité physique et morale. Il se refuse à tout contrôle scientifique, se place au-dessus de l’opinion, se dit
intangible, ayant là science infuse et dédaigne comme inutiles et superflus les procédés de là physiologie moderne qui pourtant ont fait la science.
Voilà les reproches principaux que nous faisons au système suédois tel que nous l’ont présenté ne varietur ses partisans d’hier. Nous n’irons donc pas à cette église chercher la vérité.
Nous venons de faire la critique sévère d’un système d’éducation qui veut s’imposer parla réclame et envahir le monde sans donner la preuve de sa valeur scientifique. Nous devons maintenant reconstruire ce que nous avons dé/noli, notre plan est prêt : Y Ecole Française moderne doit sp substituer nécessairement à Y Ecole Suédoise qui ne veut pas progresser.
La Suède n’a pas compris son initiateur, elle a, avec de bons principes, élaboré péniblement une oeuvre indigeste et fausse. C’est à la France de ramener la clarté et de réparer le temps perdu. Ling l’avait pressenti en disant :
« Quand la France s’occupera d’éducation physique on verra naître un mouvement important. » Il entendait par là que nous apporterions dans l’évolution de cette science à peine naissante notre contribution personnelle et que notre rôle ne se bornerait pas à propager le système suédois mais à le faire évoluer et à aller de l’avant vers la vérité.
Le moment est arrivé, il faut sortir du galimatias actuel et chercher définitivement une base dans l’étude de la nature que nous avons eu le grand tort de quitter un instant pour écouter les pédants et les scolastiques.
L’Ecole Française n’est pas à créer, elle existe en fait depuis longtemps. Ceux qui nous ont précédé ont établi des méthodes perfectibles sans doute, mais bien plus près de l’application sociale que le système de Ling. Les Amoros, les Triât, les Paz, les Laisné, les Daily, les Pichery, en en
l’école française
omettant bien d’autres, ont réalisé des choses excellentes. Avec Claude-Bernard, Marey, Duchenne de Boulogne et nos physiologistes actuels nous avons pu nous rapprocher de plus en plus de la vérité par l’étude expérimentale des mouvements. Les manuels de l’Instruction publique de 1891 et de 1909, le Règlement de l’armée de 1902 et les travaux du Congrès .de 1900 montrent qu’il existe déjà une méthode française bien claire et bien définie. L’Ecole Française a même poussé ces études plus loin que partout ailleurs, puisque ses travaux sont recherchés et utilisés par l’étranger.
L’Ecole Française se distingue des autres écoles par sa tendance à se dégager des préjugés et des conventions. Sa supériorité réside dans la netteté de son but et la précision de ses moyens. Son esprit est large et évolutionniste ; sa préoccupation constante est d’adapter ses procédés àfla recherche du perfectionnement de la nature humaine dans son milieu particulier : la France, en tenant compte des nécessités sociales. Elle poursuit l’effet complet de l’exercice, c’est-à-dire les différentes qualités physiques que présentent tous les sujets d’élite ; elle les recherche à la fois, sans les séparer, dans toutes les séances d’exercice en tenant grand compte de l’effet moral qu’elle suscite. Elle sait que, chez nous, la lassitude et l’ennui perdent les meilleures choses, aussi tient-elle l’intérêt et l’attention toujours en éveil.
Elle s’adresse aux fonctions de la vie qu’elle améliore et non au développement des organes, ce qui-n’a pas de sens, le volume des organes n’étant pas en rapport avec leur nutrition et leur vitalité; elle considère l’être vivant non à l’état statique mais comme un producteur de travail utile.
Elle distingue pour cela les exercices qui donnent l’endurance de ceux qui n’intéressent que la forme extérieure du corps; elle distingue également les moyens propres à augmenter notre pouvoir énergétique de l’art d’utiliser nos forces et de bénéficier de notre capacité en travail.
Tous les exercices sont faits en vue de l’application utile (1), donc point de mouvements abstraits ni de cornbi-
(t) De Coubertin, La Gymnastique utilitaire'.
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naisons fantaisistes imaginées sans raison et exécutées sans profit.
La partie éducative, comme son nom l’indique, prépare directement le corps à la pratique des sports et des exercices utilitaires. Elle comprend donc toute l’hygiène alimentaire, le régime de vie et de propreté, l’entraînement; elle comprend aussi l’éducation de nos mouvements tels qu’ils seront utilisés dans la suite en apprenant à les maîtriser et à les savoir exécuter au mieux, sans gaspillage, elle s’efforce de nous rendre souples, adroits et élégants dans le vrai sens du mot. Elle recherche aussi la beauté de la forme, mais surtout la beauté dé l’attitude du mouvement et du geste ; elle élève l’âme et le caractère par l’habitude de l’effort énergique, par la préparation au dévouement et au sacrifice et possède un idéal de grandeur et de beauté morale.
Elle réalise ce plan avec les moyens les plus variés, acceptant tout ce qui peut être utilisé et se rallie donc à un éclèctisme sage et raisonné.
En s’entourant de toutes les précautions, elle doute encore de sa perfection, elle estime que l’erreur peut se glisser dans son enseignement; elle veut donc des moyens de contrôle et se sert des procédés techniques les plus précis de la science moderne pour se rendre compte des résultats obtenus ; elle ne s’arrête qu’aux constatations faites par la méthode expérimentale, rejetant à priori toute assertion ou toute opinion non vérifiée, elle se constitue en un mot en science appliquée avec toutes les garanties de la méthode scientifique.
Parallèle entre la méthode française et la gymnastique suédoise.
On nous fait remarquer que la méthode française coïncide en certains points avec la méthode suédoise. Cela est tout naturel et résulte de son éclectisme même, le but de toutes les méthodes d’éducation étant de perfectionner la nature humaine et l’homme étant construit d’après un même
l’école française
plan. Le rapprochement et la coïncidence des deux méthodes a lieu nécessairement aux points bien démontrés et bien précis. Ainsi pour se redresser il faudra toujours faire des efforts d’extension partout. Les acquisitions positives, obtenues en des lieux et en des temps différents, sont identiques si elles sont vraies ; mais, en dehors de ces points communs, que de divergences 1
La méthode française, prenant son point de départ dans la nature elle-même, n’a pas de limite dans son évolution ; elle doit se développer sans cesse au fur et à mesure de la naissance des connaissances nouvelles, son but est nettement indiqué : c’est notre perfectionnement, c’est-à-dire l’acquisition d ? aptitudes utiles telles que l’augmentation de notre énergie physique et morale et la meilleure utilisation de cette énergie dans le milieu social actuel ; c’est toujours là le résultat convoité et le phare vers lequel nous naviguons sans cesse.
La méthode suédoise ha pas un but franchement défini, son objet ne ressort pas nettement de son enseignement, il est terne et flou, sans flambeau directeur. C’est pourquoi elle s’attarde et se perd dans le dédale des petites choses, préoccupée d'exister, elle se borne à préciser des détails sans portée en perdant de vue la vie elle-même et son réel perfectionnement.
Dans le système suédois le perfectionnement consiste surtout dans la correction de moyens pédagogiques tracassiers, n’embrassant pas les choses utiles dans l’application, laissant ainsi, par une lacune inconcevable l’élève sans guide, livré à lui-même au moment où les conseils de l’expérience lui sont indispensables.
Notre classification des exercices est véritablement physiologique puisqu’elle se base sur le perfectionnement fonctionnel et sur les qualités physiques qui en dérivent au lieu de s’arrêter aux organes et surtout aux simples muscles des diverses régions du corps.
La méthode suédoise d’un rigorisme et d’une intolérance sans bornes quand il s'agit de l’exécution de ses formes pures d’exercices se tait sur les mouvements utiles naturels et
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pour lesquels bous sommes construits, les seuls que nous devrions raisonnablement apprendre* Elle admet en principe que ses positions et mouvements factices ont la propriété de nous donner toutes les qualités physiques. C’est là de la fable rien n’est moins scientifique que ces assertions gratuites dont il faudrait prouver la réalité.
Si on examine les mouvements employés dans le système suédois, on voit immédiatement qu’ils existent déjà dans toutes les gymnastiques, la d ifférence consiste dans la ma-' nière de les exécuter; la soi-disant correction des mouvements repose exclusivement dans une raideur voulue et dans une tendance vers un type d’extension exagérée qui ne se retrouve nulle part.
On attribue à cette correction une vertu générale remplaçant toutes les qualités physiques et pour cela on la recherche indistinctement dans les stations, équilibres, sauts, grimper etc.
Cela peut avoir du bon quand il s’agit d’un mouvement d’extension particulier et spécial, mais appliquer ce principe à tous les exercices c’est d’un seul coup enlever au corps toute sa facilité naturelle d’adaptation en le réglementant à rebours et en lui imposant dés règles qui lui sont contraires. On va jusqu’à certifier que Y automatisme est l’idéal rêvé (1). C’ëst cependant une contradiction flagrante avec la recherche de l’initiative et l’éducation de l’homme libre. Comment des exercices fixés et devenus automatiques peuvent-ils aider à l’exécution des mouvements imprévus comme on en trouve dans F application, alors que ces derniers en diffèrent essentiellement par la coordination, par les synergies musculaires et surtout par le mode de mécanisme nerveux ?
Comment des efforts statiques prolongés peuvent-ils donner la souplesse ; comment des mouvements à vide et des exercices respiratoires à blanc peuvent-ils remplacer la dépense en travail et établir l’équilibre fonctionnel et le régime régulier de la dépense et de la réparation.
(!') Prof. Henri Jean, Préface da livre du D r Raisin.
l’école française
Comment la raideur systématique peut-elle donner l’adresse et comment des attitudes correctes de gymnastique de chambre peuvent-elles faire acquérir l’audace, le courage et l’initiative si précieuses dans la vie.
Voilà pourtant le vrai programme de l’éducation physique. C’est celui de l’Ecole française qui diffère ainsi bien nettement du programme suédois. Dans notre école la leçon ou séance de gymnastique représente en petit le plan complet de l’enseignement ; elle contient tous les éléments de notre entier perfectionnement : santé , beauté , adresse , virilité.
Elle n’est donc point calquée sur le plan suédois ; de plus l'école française s’efforce de réaliser ce plan par les moyens les plus variés, ayant reconnu qu’il est impossible de soutenir l’intérêt de l’élève et d’exciter sa volonté avec une leçon ennuyeuse et monotone.
Pour les Suédois les exercices sont complets quand ils s'adressent à toutes les parties du corps, pour l’école française le qualificatif de complet répond à toutes les fonctions et à toutes les aptitudes physiques.
Le développement superficiel de l’organe est alors remplacé par l’amélioration de la fonction ; la forme extérieure de l’exercice devient un moyen et non le but.
Nous ne nous arrêtons pas à l’ossature et à la musculature du corps ni à tout autre perfectionnement de détail qui n’a pas de répercussion profonde sur la valeur physique de l’individu. Nous considérons la vie dans toute sa complexité et ses manifestations synthétiques, c’est une erreur de principe de vouloir perfectionner l’organisme humain par des procédés exclusivement analytiques parce que jamais la nature n’agit ainsi.
Nous exécutons le mouvement sous une forme qui éduque notre système nerveux en même temps qu’elle s’adresse aux muscles. Nous voulons surtout faire du mouvement et obtenir ainsi un travail extérieur, conséquence d'une dépense d'énergie bien dosée et accompagnée de tous ses effets généraux au lieu de substituer au mouvement Yimmobilité, et au travail les efforts statiques ne produisant que des effets lo-
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eaux. Nous sommes fondés à agir ainsi parce que la vie ne se manifeste jamais spontanément sous la forme d’énergie statique, mais toujours par du travail extérieur et du mouvement.
Nous acceptons les efforts statiques à titre exceptionnel, mais estimons que l’orthopédie est plutôt du domaine de la pathologie que de celui de l’éducation physique ; nous devons distinguer le malade de l’homme normal.
La nature nous fait connaître par les sujets d’élite ce que sont les réelles qualités physiques que nous devons aequé-
Fig. 48. — type suédois tiré du manuel officiel.
rir. Nous obtenons celles-ci par tous moyens appropriés ; nous trouvons dans l’application finale la preuve de la valeur de notre enseignement au lieu de nous contenter de bien exécuter des exercices conventionnels.
Notre gymnastique éducative n’est donc point restreinte à quelques détails de pure pédagogie, notre idéal n’est point un type abstrait mais un type d’une réelle supériorité.
Nous sommes logiques en agissant ainsi puisque nous sommes d’accord avec notre but et que nous ne le perdons jamais de vue; notre tâche n’est pas accomplie tant que nous n’abordons pas l’application pratique.
l’école française
Nous évitons .tout gaspillage de force nerveuse ; au lieu de faire des mouvements à vide, nous cherchons toujours à travailler contre une résistance, l’expérience nous ayant démontré qu’on obtient ainsi les meilleurs et les plus rapides résultats s.ur la nutrition et le développement du muscle.
Nous voulons dès le début régler nos habitudes sur l’efièt utile et économique, apprendre en un mot des formes de mouvement et provoquer les synergies musculaires que nous avons intérêt de retenir car nous savons qu’une habitude fausse est mauvaise, et qu’il sera presque impossible de s’en défaire. Nous distinguons aussi la qualité de la quantité de travail, considérant la raideur comme du gaspillage, nous ^évitons constamment. Les Suédois au contraire l’enseignent méthodiquement : « Qui peut le plus peut le moins, disent-ils. D’après ce principe celui qui taperait à coup de poings sur un piano serait à même d’en jouer délicatement, car un toucher délicat demande évidemment moins d’effort qu’un coup de poing brutal.
La marche, la course, les sauts doivent être imités des allures des sujets d’élite et ne pas être déviés de leur vrai but : celui de progresser ou de franchir des obstacles ; leur exécution doit être un modèle d’adresse, de souplesse et d’économie sans être mitigée d'attitudes dites correctives qui sont une révolte contre le bon-sens; Nous laisserons donc de côté comme une aberration les sauts éducatifs des Suédois puisqu'ils enseignent tout le contraire de ce qu’on doit faire quand on saute.
Nous rejetons en un mot de toute application comme fausses, laides et sans utilité les attitudes raides et compassées que jamais personne n’exécutera de la sorte quand la nature dicte seule ses lois. Nous savons que chaque travail doit avoir son attitude économique.
En adaptant cette phrase d’Helvétius à la circonstance on pourrait dire : « Quiconque examine les mouvements « qu’on exige quotidiennement des élèves et compare leur «.éducation avec l’état qu'ils doivent remplir, la trouve « aussi folle que l'eut été celle des Grecs s’ils n’eussent « donné qu’un maître de flûte à ceux qu’ils envoyaient aux
PHASE DE TATONNEMENTS
Jeux olympiques y disputer le prix de la lutte ou de la course. »
« Le but c’est le plus grand avantage public, l’éducation de 1 homme doit être indépendante du hasard, n’enseigner
Fig. 49. — Type français développé par la méthode française.
ïque le vrai. L’erreur se contredit toujours, la vérité jamais. » (Dictionnaire de pédagogie de Buisson).
Nous attachons la plus grande importance à la beauté non îulement dans le repos mais dans tous les mouvements ;
l’école française
la beauté est pour nous la preuve d’une harmonie parfaite entre toutes les parties actives de notre machine et l’acte que nous accomplissons.
Ces qualités artistiques sont naturelles à notre race ; n’allons pas les détruire en imitant les peuples qui n’en sont point doués mais cultivons-les au contraire et développons-les au plus haut degré. Le type suédois (fig. 48) est loin d’être beau avec sa poitrine bombée, ses reins creux, ses bras grêles et ses épaules tombantes ; comparez-le au type français (fig. 49 et suivantes) développé par la méthode française et vous serez fixé.
Le plaisir n est pas une superfluité que nous daignons accorder à l’occasion, nous le considérons comme une condition du succès : le plaisir fait vouloir, attire et fait aimer l’exercice.
J’ai cru longtemps à la raison et à la sagesse commè seuls mobiles de nos actions, je reconnais m’être trompé. Si je ne trouve pas ces mobiles chez les philosophes euxmêmes, que puis-je espérer de leur action sur les masses dont les décisions sont simplement des déclanchements produits par des sensations de plaisir ou de peine, peut-on donc faire abstraction de notre caractère ethnique ?
J’ai fait une expérience concluante dans l’école normale d’institutrices de la Seine grâce à M Ue Billotey, l’aimable et intelligente directrice. La gymnastique se faisait dans cette école comme partout ailleurs, peut-être au mieux, mais il y manquait le charme indispensable pour plaire à des jeunes filles. Elle était suffisante sous le rapport correctif des mauvaises attitudes scolaires, mais les mouvements, devenus automatiques et ne demandant plus ni attention ni effort, étaient absorbés comme un remède, sans plaisir et sans entrain.
La raison seule ne suffisait pas à ces jeunes filles pour agir énergiquement et le résultat n’était pas aussi important qu’on eut pu le souhaiter.
J’introduisis le mouvement sous forme de danses gymnastiques (1) et je vis les visages sourire et s’animer ; ce que
(t) Demeny et Sandoz, Danses gymnastiques.
x’écoxe française
la raison n’avait pu produire, 1 art le fit, la musique y apporta son attrait irrésistible ; finalement la leçon de gymnastique toujours trop longue au gré des élèves leur parut trop courte ; on dut la prolonger, sur leur demande.
Le résultat fut net : effet psychique et effet somatique, accompagné d’une dépense sérieuse de travail qu’on n’aurait pas obtenu autrement.
Je cite cet exemple pour démontrer qu’il ne suffit pas d’élaborer de savantes leçons ni d’en fixer le plan sur le papier, on s’aperçoit bientôt, en les mettant en pratique que ces beaux projets ne donnent, pas les résultats attendus si on oublie de les vivifier par l’art et le plaisir.
Nous ne sommes pas simplement un squelette articulé recouvert de muscles, il faut nous toucher cérébralement et nous inciter à vouloir pour nous faire agir avec succès ; rien ne répond mieux à cette fin que la musique associée au mouvement, à la danse surtout.
Cette méthode n’empêche pas d’obtenir tous les effets locaux désirables, le mouvement peut être correctif et aussi exprimer une pensée et un sentiment, devenir ainsi expressif', beau et harmonieux.
La variété est un attrait nécessaire, comment pourrionsnous satisfaire la curiosité des jeunes Français et conserver leur ardeur si on leur faisait prendre Fexercice en dégoût» en leur ressassant sans cesse la même leçon.
La variété des exercices n’est nullement incompatible avec l’ordre et le plan de l’enseignement ; il y a beaucoup de mouvements dont les effets sont comparables, sinon identiques, ils peuvent se substituer l’un à l’autre avec équivalence du résultat.
Notre éducation doit être aussi psychique, elle doit toucher notre personnalité morale, lui donner l’initiative sans laquelle il n’y a pas d’homme libre et cultiver la volonté et le courage sans lesquels il n’y a pas d’âmes fortes.
On ne peut prétendre à développer un homme par morceaux en rapprochant toutes les parties isolées et développées à part, on n’obtient ainsi pas un être vraiment perfectionné mais simplement un automate.
Fig. 5i — Sujet français dans l’attitude du gladiateur combattant.
Y a-t-il' rien de plus saisissant que de voir apparaître d ans l’embryon la corde dorsale avec son vaisseau nourricier ? -
N’assiste-t-on pas au début delà vie avec le développement de la substance nerveuse ? N’a-t-on pas la conviction que c’est là la source de l’énergie vitale et que le tissu musculaire! qui
l’école française
apparaît ensuite est toujours sous la dépendance intime de la substance nerveuse ; le muscle devient presque la conséquence de cette action si mystérieuse et la forme de nos organes locomoteurs est le résultat de nos mouvements voulus par les centres nerveux.
Ces observations sont pleines d’enseignement ; elles nous indiquent la marche à suivre si l’on veut améliorer notre organisme. C’est le système nerveux qu’il faut d’abord toucher puisqu’il .commande à tout. Il faut lui demander le mouvement d’accord avec nos besoins et notre genre d’existence, éviter ainsi les exercices abstraits provoquant une organisation de nos centres nerveux qui ne rimerait à rien.
Nous n’avons pas de temps à perdre ; on obtient, dit-on, des résultats malgré une méthode pseudo-scientifique, que seront alohs ces résultats si bon va droit au but en aidant la nature, sans tâtonner,en procédant comme elle le ferait seule quand on ne la contrarie pas par des moyens artificiels. Mais là encore ne se borne pas notre tâche, la vérité est trop difficile à établir dans ces questions complexes, les erreurs et les préjugés s’enracinent trop facilement si nous n’avons pas en dehors de nos opinions un moyen de contrôle sûr et impersonnel.
Il faut doser les résultats, mesurer la valeur de nos efforts en en montrant l’utilité et rejeter tout ce qui est vain et superflu. Je puis dire à l’avance que, passés au crible de ce contrôle, les procédés artificiels de la gymnastique semblent bien inférieurs aux moyens naturels.
La physiologie moderne met à notre disposition les moyens de contrôle les plus précis et les plus sûrs (1). Soumettons nos résultats à ces procédés de mesure etacceptonsen les conséquences sans amertume. L’esprit vraiment scientifique ne craint pas la contradiction ni l’examen ; l’opinion doit céder devant la démonstration rigoureuse des faits, s’il se trompe, le savant n’hésite point à changer d’avis. Ce n’est pas là le résultat du caprice, mais un fait d’honnêteté.
(1) Les Bases scientifiques de /’Education physique.
PHA.SE DE TATONNEMENTS
Les esprits métaphysiques seuls méprisent la mesure, affirment tout sans rien démontrer rigoureusement, s’opposent systématiquement à toutes idées qui ne cadrent pas avec leurs
la méthode française.
systèmes et construisent des monuments fragiles avec des rêveries.
Que dirait-on d’un navigateur qui mépriserait la boussole, d’un astronome qui se priverait des lunettes, et d’un histo-
l’école française
logiste sans microscope? Comment jugerait-on un chimiste ou un physicien n’apportant à l’appui de ses lois hypothétiques que des opinions et des présomptions ? Ne le renverrait-on pas à son laboratoire en le priant de revenir avec des preuves palpables.
En matière de physiologie et surtout d’éducation il faut agir de même. Je me rappelle un fait qui m’a profondément frappé. Meissonnier venait quelquefois visiter le laboratoire de la station physiologique dont j’étais alors le chef des travaux. Les études sur la locomotion du cheval l’intéressaient beaucoup. Marey, convaincu que l’œil avait épuisé ses ressources dans l’analyse du mouvement des animaux, avait recours à la chrono-photographie pour voir exactement ce qui se passait dans la nature. On ne pouvait accuser ces procédés précis d’inexactitude; pourtant, lorsqu’on en montra les résultats au grand artiste il se fâcha en disant : « Quand vous me montrerez une photographie représentant le cheval comme je l’ai vu et comme je le dessine, je vous dirai : votre appareil est bon, sinon je l’accuserai de voir faux. »
Meissonnier comme artiste avait raison, jamais il n’avait vu le cheval comme le montrait l’analyse chrono-photographique, cette analyse ne lui donnait point du tout l'impression du mouvement; comme savant il avait tort, puisque jamais le cheval n’avait eu l’attitude qu’il reproduisait.
Il était victime de l’erreur due à l’imperfection du sens de la vue. Si des observateurs de la valeur de Meissonnier ont pu se tromper quelle certitude faut-il attendre des yeux myopes des observateurs superficiels.
Le problème de l’éducation est pourtant autrement comr plexe que l’analyse d’une allure de cheval, il faut donc prendre les plus grandes précautions avant d’affirmer quelque chose et vous voudriez le résoudre à priori, vous vous estimez intangible c’est-à-dire infaillible ; votre opinion devrait prévaloir sans preuves, c’est là une prétention inadmissible du moment que vous ne nous apportez pas des garanties sérieuses par une méthode de travail positive et une réelle connaissance de la vie. Les indignations et les colères dissimulent mal la confusion de vos idées, elles indiquent
PHASE DE TATONNEMENTS
que nous avons touché juste en vous demandant des preuves, elles ne valent pas le plus petit argument précis.
Tout cetédifice imposant ne repose en définitive sur rien : le problème de l’éducation physique n’est pas résolu et ja-
Fig. 53. —f Elève de l’école de Lorient vu de dos (méthode éclectique française).
mais ils ne sera résolu tant qu’on en fera une affaire de sentiment au lieu de le soumettre au contrôle de la méthode expérimentale, la seule valable en'biologie. S’arrêter à des bavardages sans portée, c’est reculer le momentfoujla
vérité se fera jour ; c’est diminuer d’autant la confiance dans la science, confiance déjà fortement ébranlée par les tâtonnements et les affirmations erronées des prêtres de la pse itd o-scien ce.
L’étude expérimentale des effets de l’exercice s’impose donc comme le seul moyen de sortir de cette impasse.
Il faut pour cela des locaux appropries,, des sujets d’expérience, des instruments de recherche et des fonds. Tout cela a été réalisé par le ministère de ÎTnstruction publique dans le laboratoire de Marey et ensuite par le ministre de la guerre dans le laboratoire de Joinville.
Puis, brusquement, ces moyens d’étude nouveaux qui portaient déjà ieur lirait sont supprimés ; on les fait passer des mains de Pinventeoar entre des mains inexpérimentées. Une forte somme d’argent, employée dans ces installations, est ainsi perdue. On se permet de porter sur la technique expérimentale qui a fait ses preuves un jugement léger et on la condamne sans examen et sans compétence en nous disant : « Nous n’avons pas besoin de tout cela, nous savons où est la vérité : à Stockholm ! » L’esprit scientifique est-il incompatible avec l’esprit militaire ? Noms me le croyons pas; cependant cette manière d’agir pourrait nous le faire supposer, du moins dans le cas présent.
La science et l’éducation doivent cependant être à l’abri des fluctuations de la politique ; l’introduction des connaissances scientifiques dans le haut commandement né peut que donner du poids à ses décisions, tandis que le mépris des lois naturelles est la source des plus grandes erreurs.
On n’avait vu dans mes travaux de laboratoire qu’une seule chose : ils gênaient le dogme suédois et peut-être aussi ceux qui s’en faisaient un marche-pied ; cela paraissait une raison suffisante pour les supprimer. Si les créations qui en sortaient avaient quelque valeur, il était loisible d’en dépouiller l’auteur par la suite. Comme ce qui est clair pour le ministre d’aujourd’hui peut être obscur pour le 'ministre de demain, la marche du progrès se trouve ainsi toujours retardée.
PHASE IDE TATONNEMENTS
Fig. 54. — Elève de l’Ecole de Lorient développé par la méthode française.
l’école française
Mais on aura beau faire, les vérités ne sont jamais perdues, la France nous délivrera encore une fois du joug de la scolastique étroite et des dogmes de ces métaphysiciens d’un nouveau genre. Cela tournera à la confusion de ceux qui voilent la lumière avec des affirmations erronées et s’efforcent d’arrêter un mouvement généreux qui n’est pas à leur profit.
J’ai créé trois laboratoires admirablement organisés : la station physiologique, le laboratoire de Levallois-Perret où j’ai fait le cinématographe, et le laboratoire de Joinville. Ces laboratoires ont disparu ou végètent au moment où ils donnaient les résultats les plus concluants. Nos travaux ont servi de modèle aux étrangers et j’entends souvent dire par ces derniers qu’il n’y a rien à voir en France. Peut-on imaginer quelque chose de plus navrant pour celui qui a été Finitiateur et à qui on a enlevé ses moyens de recherches ?
La méthode française est celle de l’avenir, elle a sa base positive dans la nature elle-même. Loin de vouloir s’imposer, elle livre ses résultats au contrôle expérimental ; elle n’est pas intangible mais évolue continuellement vers un degré de perfection de plus en plus avancé ; elle admet un remaniement et une adaptation incessants, imitant en cela tout ce qui existe et tout ce qui vit. Elle apporte une clarté nouvelle au lieu de nébuleuses affirmations et combat'ainsi l’esprit de scepticisme et d’indécision, source de tout le mal; elle remplacera donc la vieille église suédoise ébranlée dans ses fondements.
PHA.SE DE TATONNEMENTS
Tableau résumant le parallèle entre l’École Française et le système suédois.