III. — Valeur mécanique dans les exercices d’application
Pour la mesurer, on fera exécuter des marches de résistance dans différentes conditions . de rythme, de charge, de terrain et on notera la distance parcourue, la durée, le nombre de pas ou cadence à la minute, la longueur du pas et la vitesse de progression, le double appui des pieds.
Ainsi, on fera fournir une course de vélocité de 100 mètres avec toute la vitesse possible ; on notera la durée en secondes, le nombre de pas et le temps nécessaire au rétablissement des fonctions circulatoire et respiratoire. Mêmes observations pour une course de 150 mètres à l’allure modérée et pour une course de fond de 15 kilomètres.
L’ÉCOLE ERA.NÇAJSE
On notera la hauteur et la longueur des sauts.de.pied ferme en distinguant le saut en hauteur, le saut en longueur et le saut mixte. On fera exécuter des sauts en profondeur, avec grande précaution. Les sauts avec élan et les sauts avec appui des mains, les sauts à la perche, les sauts d’obstacles, les sauts de haie, à.la poutre, au cheval, se feront de même en tenant surtout compte de la qualité de la chute.
Pour examiner l’adresse du sauteur., on le fera sauter assis, debout ou suspendu à une barre après un ou plusieurs balancements, en avant ou en arrière. On tiendra le plus grand compte de la manière d’amorlir la chute progressivement et de la stabilité finale.
Faire aussi exécuter des sauts successifs et indiquer leur nombre, leur durée et l’espace franchi. On mesurera la hauteur à laquelle on peut s’élever en grimpant à la perche ou à la corde avec les mains ou les pieds, ou avec les mains Seulement, en notant le temps employé pour cela.
On fera exécuter une suite d’établissements successifs.à une barre, à la poutre ou à la planche. Examiner aussi le sujet au point de vue de la souplesse et constater s’il est capable de faire des mouvements d’élan et de voltige ; quelle est son adresse au tir, par le nombre de balles et de points obtenus ; noter comment il se -comporte dans l’eau, son mode de natation, la durée d’une course de 100 mètres dans l’eau, la distance et la durée d’une course de fond, son habileté au plonger et dans les sauvetages. Il faudra enfin apprécier son adresse et son aptitude aux assauts de boxe, de canne, de lutte ainsi qu’à la gymnastique aux agrès ; et aux différents jeux et sports.
VU
Bases de la Pédagogie dans une Méthode Positive d’Éducation Physique.
La principale qualité d’une méthode, au point de vue pratique., consiste dans sa facilité d’adaptation aux sujets, aux circonstances.et au milieu.
PHASE POSITIVE
Le plan est unique, défini par les qualités que nous recherchons : mais il ne peut et ne doit pas être réalisé d’une manière fixe et invariable ; l’éducateur est tenu à chaque instant de faire un travail d’adaptation pour régler les détails de son enseignement ; il doit sacrifier l’absolu au besoin de plaisir et de changement et éviter de donner des leçons arides qui amènent le dégoût et la lassitude.
On peut néanmoins donner des indications générales sur lesquelles la pédagogie doit être établie. Ainsi :
— L’Éducation physique est nécessaire ; elle fait partie de l'éducation générale ; elle est inséparable de l’éducation morale et de Tédueation intellectuelle.
Elle ne consiste pas à rechercher la force athlétique ni à vaincre des difficultés exceptionnelles imaginées sans raison; elle enseigne à l’homme .à donner son maximum de rendement en travail utile, avec le minimum de dépense et de fatigue.
L’Éducation physique est complète si les quatre effets de l’exercice' hygiénique:, esthétique, économique et moral correspondant aux qualités : Santé , Beauté, Adresse , Virilité — sont obtenues. '
Veffet hygiénique d’un exercice dépend de la quantité de travail qu’il dépense dans un temps donné, c’est-à-dire de la dose d’énergie nécessaire ou de sa violence.
L 'effet esthétique dépend du genre d’exercice et de la nature des efforts musculaires répartis sur les différentes régions du corps.
L 'effet économique de l’exercice dépend de son adaptation parfaite au travail proposé, ce qui permet d’obtenir un rendement maximum en effet utile par la qualité d’exécution.
V effet moral dépend de l’effort spontané qu’il exige;: de la direction de cet effort et aussi de l’entrain et de la gaité qu’il fait naître.
Le résultat d’une bonne éducation physique doit se manifester par les qualités utilisables dans la vie. Tout ce qui ne concourt pas à l’augmentation de d'énergie humaine et à la meilleure:utilisation de cette énergie, doit.être laissé de coté.
— Une bonne Éducation physique ne doit jamais contra-
e’égole française
rier la nature ; elle doit au contraire aider celle-ci en s’empaparant de toutes les puissances qui ont une action sur le perfectionnement de l’individu.
Elle doit avant tout développer l’activité spontanée et l’effort volontaire et susciter toujours le travail personnel de façon que tout effort. demandé soit un pas fait pour l’indépendance de l’individu.
L’effort volontaire et l’attention seront toujours tenus en éveil ; jamais l’enseignement ne consistera dans une théorie exécutée automatiquement. 11 faut, en un mot, susciter l’action personnelle afin d’augmenter non seulement la valeur individuelle ou organique de l’homme, mais aussi sa valeur sociale.
On évitera ainsi les écueils et les préjugés de la scolastique étroite qui substitue à l’effet utile les détails minutieux et sans portée d’une pédagogie pédante et conventionnelle.
— La valeur éducative des exercices dépend de leur aptitude à produire les effet indiqués plus haut. Tous les moyens qui améliorent la santé, la beauté, l’adresse, l’état mental et moral, doivent être utilisés.
On pratiquera pour cela des exercices hygiéniques, des exercices de fond, de force et de vitesse, des exercices esthétiques et des exercices d’adresse, de souplesse et d'audace ; des exercices récréatifs, comme les jeux et le tir et des exercices d’application utiles pour se tirer d’affaire, comme le grimper et la natation.
—- L’importance relative des exercices doit varier suivant les sujets : enfants ou adultes, militaires ou civils, ouvriers manuels ou hommes d’étude, paysans ou citadins, faibles ou forts. L’éducation physique de l’enfant doit concorder avec celle de l’homme fait sans se servir des mêmes moyens ; l’enfant n’est pas un homme petit, mais un être en formation.
Il faut exercer les organes de façon à les perfectionner et par cela procéder du simple au composé, du facile au difficile, de l’effet modéré à l'effet intense, par degrés insensibles, en s’arrêtant à chaque degré. On recherchera d’abord l’amélioration des organes de la nutrition avant de chercher à briller dans l'application.
PHASE POSITIVE
— Les fonctions sont solidaires et inséparables, les organes agissant de concert; vouloir améliorer la vie sans tenir compte de l’ensemble des fonctions est une erreur fondamentale ; par exemple : on ne peut faire la culturé du muscle seule sans s’occuper de l’éducation du système nerveux qui régit tout.
L’amélioration fonctionnelle doit envisager l’homme en mouvement et sa faculté de produire du travail, et non l’individu à l’état statique. Aussi ne faut-il pas s’arrêter à la correction géométrique de l’attitude, ce qui est vite obtenu et d’ailleurs conventionnel et de peu d’importance, mais l’amélioration réelle des fonctions.
La forme et l’attitude dans les exercices de la gymnastique de développement doivent être considérées comme des indications pédagogiques et non comme un but.
— La beauté de la forme au repos n’est pas la beauté de la forme en mouvement. La souplesse et l’adresse, l’aisance et l’élégance sont le résultat de l’économie ou de l’adaptation de nos contractions musculaires au travail ; la beauté des mouvements est la conséquence du perfectionnement de notre Coordination dans le sens économique et non une chose de convention.
Les attitudes économiques de travail et les formes du mouvement sont nécessairement différentes de celles de la gymnastique corrective. Les lois de l’économie sont applicables avec toute leur précision à la gymnastique d’application et à tous les sports. Ces lois doivent régler l’éducation de nos mouvements et nous donner des habitudes utiles, familières aux sujets d’élite et qui constituent leur supériorité comme résistance à la fatigue et rendement en travail.
Il faut considérer la valeur physique de l’homme et la synthèse de son perfectionnement au point de vue de son endurance, de son adresse, de sa « débrouillardise » et ne pas mettre sa fin dans l’exercice même ; il vaut mieux passer sur des incorrections de détail lorsque le perfectionnement est réellement obtenu que de tomber dans les travers de l’ancienne éducation classique qui avait la prétention de préparer à la vie avec des exercices d’orthographe et de style, jugeant
l’école française
de la valeur d’un élève d’après la quantité de barbarismes et d : e solécismes trouvés dans ses devoirs.
On doit éviter le gaspillage de force nerveuse qui se produit dans les mouvements à vide en travaillant toujours contre une résistance. On prendra aux méthodes analytiques ce qu’elles ont de bon sans s’y borner ; l’expérience seule, aidée du contrôle scientifique, indiquera la valeur des procédés employés et le sens des modifications en vue de les mieux adapter au but cherché.
— La leçon de gymnastique n’est pas une juxtaposition quelconque ni une combinaison de mouvements de pure imagination : c’est une sélection de moyens de perfectionnement* Cette leçon ou séance de gymnastique doit être complète, utile, graduée, intéressante, conduite avec ordre et énergie.
Chaque séance d’exercices représente en petit le plan complet de l’enseignement; on doit y obtenir les quatre effets de l’exercice et, dans la suite des séances, observer une gradation insensible dans l’intensité des effets utiles.
Le plan de d’enseignement est un, mais il doit être réalisé par des moyens variés en tenant compte de l’effet psychique produit sur l’élève. L’éducateur doit toujours éveiller l’intérêt des élèves parle choix, la diversité des exercices et.la manière de les enseigner. Le classement des exercices suivant leurs effets permet de les substituer les uns aux autres avec équivalence du résultat. La nature des effets à obtenir fixe le choix des mouvements et leur mode d’exécution ; l’importance relative de ces effets donne la juste proportion à.conserver pour chacun d’eux suivant les cas.
Il y. a, par exemple une différence essentielle entre la gymnastique scolaire qui s’adresse à l’enfant et la gymnastique militaire, toute d’application, qui s’adresse à l’adulte.
L’ensemble d’exercices appelé Gymnastique Educative doit directement préparer à l’application utile et comprendre les moyens favorables pour obtenir la bonne nutrition des organes, améliorer les fonctions de l’organisme et faire surtout l’éducation de nos centres nerveux de volition et de coordination. La correction des .attitudes n’occupe donc dans ce groupe de qualités qu’une place secondaire.
PHASE POSITIVE
L’enseignement doit se faire aux enfants sous forme familière et par imitation;, non par démonstrations rationnelles. D’autre part, le grand nombre des élèves, le petit nombre d’instructeurs dont on dispose, le temps restreint et souvent la petitesse des cours et des préaux, exigent de l’ordre, de la discipline et des exercices à effet intensif.
— La Gradation des exercices doit être établie sur l’intensité de leurs effets, sur la dépense de travail et d'attention qu’ils demandent et sur le degré de fatigue nerveuse et musculaire qu’ils causent. 11 y a deux gradations d’énergie, du commencement à la fin d’une même séance, et la gradation d’intensité des exercices dans la succession des séances.
La gradation est obtenue par la violence de l’exercice et sa complication.
L’exercice est violent quand il demande des efforts musculaires intenses et prolongés ou bien quand il provoque une dépense importante dé travail dans un temps court. Un exercice.compliqué demande un effort d’attention plus grand et une action plus complexe des centres nerveux..
Les éléments de gradation les plus usités consistent dans des positions du corps plus difficiles, des inclinaisons du tronc nécessitant des contractions plus intenses, dans une tenue prolongée des attitudes'actives, dans une amplitude plus complète des mouvements, une rapidité plus grande de la cadence, une répétition plus fréquente de l’exercice, dans des temps de repos moins longs et dans des résistances plus grandes à vaincre.
Il faut,aussi tenir compte, dans cette gradation, de l’âge, du sexe, de la force et de l’adresse des élèves. Le classement de ces derniers doit être fait d’après leur état physiologique et non d’après l’âge et la taille. Il doit aussi y avoir une différence entre l'enseignement qui s’adresse à des jeunes filles et celui des jeunes gens. Le fait de se servir d’appareils portatifs ou fixes ne constitue pas fortement un élément de gradation sur les exercices libres. Dans ces' derniers la position initiale doit être observée strictement et conservée pendant les mouvements des membres. Les coudes doivent se déplacer dans le plan des épaules et l’on évitera l’ensel-
lure ; le maître devra rectifier à chaque instant les mauvaises attitudes des élèves et les incorrections dans l’exécution des exercices en entendant la correction comme nous l’avons définie plus haut.
— Enfin la terminologie des mouvements et leurs commandements doivent mettre en évidence leurs propriétés principales. Il faut apprendre à composer une leçon complète avec les éléments quelconques que Ton a sous la main, en utilisant même les objets domestiques.
Les appareils de gymnastique doivent avoir un but utile et bien défini ; ils doivent être adaptés à l’organisation de l’homme et considérés soit comme moyens de développement, soit comme moyens d’acquérir l’adresse et de se familiariser avec des cas qui trouvent leur application dans la vie. La classificatiôn des appareils repose sur la nature et la propriété des mouvements qu’ils permettent d’exécuter.
On doit s’efforcer d’établir un matériel très simple et peu coûteux, pouvant servir à l’enseignement collectif, en évitant la spécialisation et l’abus des appareils de gymnastique, surtout des appareils de grimper.
Règles pratiques pour réaliser l’enseignement (1).
1. — Le premier effet de l’exercice, le plus indispensable, à obtenir est l'effet hygiénique. Ce ne sont pas les gros muscles qui font la santé, et on ne peut remplacer l’effet général de l’exercice par l’effet local. L’effet hygiénique de l’exercice est une question de quantité de travail, de localisation des contractions musculaires, de temps pour le produire et de manière de le présenter et le rendant agréable et attrayant.
Elever le poids de son corps en montant par un escalier ou en grimpant à la corde lisse produit des effets tout à fait
(1) Extrait du Cours supérieur d’Education physique (Alcan, édit.).
PHASE POSITIVE
opposés, la fatigue peut être salutaire dans le premier cas,, énervante et malsaine dans le second.
L’exercice est violent s'il produit l'effort ou s’il exige une grande quantité de travail.
Il ne faut pas oublier que les faibles réclament tous nos soins, nous devons mettre l’exercice à leur portée. Par une dépense convenable, on peut susciter dans l’organisme un mouvement nutritif favorable à sa reconstitution, une bonne alimentation est indispensable à la réparation des forces, mais la suralimentation ne servirait de rien sans l'exercice.
11 faut éviter aussi l’exercice violent immédiatement avant et après le repas, craindre les refroidissements pendant le travail digestif et après l’exercice. Éviter de boire froid quand on est en transpiration. La régularité des repas et du régime de vie en général est une garantie de bonne santé ; il faut y joindre la sobriété, une alimentation mixte plutôt végétale qu’animale, et un vêtement suffisant pour conserver notre chaleur normale.
Dans les exercices, il faut bien veiller à ne pas surmener le cœur ; la course par exemple, si elle active utilement la respiration, a l’inconvénient sérieux de fatiguer le cœur. Les causes qui agissent sur ce dernier sont surtout le travail musculaire et les mouvements respiratoires.
Aussi faut-il faire l’éducation de sa respiration pour éviter les troubles de la circulation.
Éviter l'effort, ne pas arrêter sa respiration dans les efforts musculaires, pousser le ah ! des bûcherons ou cesser l’effort progressivement en rejetant lentement l’air comprimé de la poitrine ou en décontractant les muscles de l’abdomen avant l’expiration. (Note v page 322).
Éviter Vessoufflement par de profondes inspirations rythmées suivies de profondes expirations ; le rythme des mouvements respiratoires doit être lent et la voie naturelle de l’air est les fosses nasales.
Préparer le mécanisme respiratoire en donnant aux articulations des côtes et du thorax' une mobilité indispensable à l’amplitude des mouvements respiratoires. Les inspirations volontaires ou exercices respiratoires, les attitudes et les
l’école française
mouvements dès bras favorisant l'ampliation thoracique seront exécutés fréquemment.
Il faut apprendre à rythmer sa respiration avec la cadence de la marche ou de la course de résistance, ne pas chanter ni parler d’une façon suivie pendant le travail.
Eviter au reculer la fatigue et pour cela s’entraîner progressivement à un travail pénible.
La progression porte Sur l’intensité des efforts musculaires, ce qui évite la fatigue locale et sur la dépense de travail total, ne qui diminue la fatigue générale.
Tout travail bien exécuté doit être obtenu sans fatiguer les muscles qui le produisent, et surtout sans une dépense nerveuse trop grande, les efforts musculaires seront donc en rapport avec la puissance des muscles mis enjeu et répétés d’uné façon continue avec un certain rythme.
Des reprises fréquentés de travail sont bien plus favorables à la nutrition que de longues séances au bout desquelles on est fatigué lourdement.
Le rythme avantageux pour le travail dépend de la proportion entre les temps d’activité et de repos. Pour continuer indéfiniment le travail il faudrait que le temps de repos qüî suit la période de travail soit suffisant pour amener une réparation complète des forces.
La variété des exercices permet de reculer les limites de la fatigue en répartissant l’activité sur des organes différents.
Même bien entraîné, il faut, si Ton veut bénéficier de tous les avantages d’une bonne préparation antérieure, attendre quarante-huit heures: environ entré le dernier exercice préparatoire et l’épreuve définitive pour que tous les déchets de la fatigue aient été éliminés. L’éxéeution des mouvements avec souplesse et avec le minimum des contractions musculaires utiles est un moyen économique de réduire la dépense et de retarder là fatigue ; celle-ci sera combattue par les soins journaliers de la peau, par les ablutions froides suivies de frictions à sec. Si l’on veut tirer tout le bénéfice de son entraînement, il faut éviter les excès, même musculaires, n’absorber aucun excitant du système nerveux, habiter un lieu aéré, sec, un coteau ou une lisière de bois ensoleillée, s’en-
pha.se positive
tretenir le moral dans là gaîté et l’entrain, goûter un sommeil réparateur et savoir s’arrêter à temps sans jamais alïèr au delà de ses forces ni les remplacer, quand elles défaillent, par la surexcitation nerveuse.
2. — L’exercice dort servir aussi à donner au corps une belle forme et une belle attitude il doit remplir des conditions esthétiques.
Il doit remédier à la faiblesse de notre charpente et à-lhncurvation qui en résulte et corriger les attitudes scolaires et professionnelles.
Pour l’enfant, point de jeux athlétiques ; ce là retarderait ou arrêterait sa croissance. Il lui faut des jeux qui produisent l’effet hygiénique sans surmener le cœur et le poumon, cela s’obtient par des temps de course sans durée ; il faut des exercices qui redressent la colonne vertébrale incurvée. Ces exercices s’adressent en particulier à la région cervicate, à la région dorsale et à la région lombaire. Il faut veiller aux bonnes attitudes debout et assis, écrire en restant symétrique et droit. Ne pas obliger l’enfant à marcher trop tôt et ne pas prolonger trop longtemps la station debout ou assise et même la marche.
Il faut être bien chaussé' sans hauts talons, s'efforcer toujours d’amplifier la poitrine et d’effacer l’abdomen sans exagération .
Eviter les contractions trop vives et trop intenses des muscles. Les contractions d’une intensité moyenne avec une grande amplitude du mouvement sent lès plus favorables à leur développement normal.
Il faut savoir utiliser la contraction concentrique avec raccourcissement complet de certains muscles faibles pour obtenir l’équilibre des fléchisseurs et dès extenseurs.
Il faut provoquer la contraction concentrique des muselés qui fixent et maintiennent lès épaules effacées et des muselés dès parois abdominales. Au contraire on choisira dès attitudes où les fléchisseurs des doigts et des bras ainsi que les pectoraux seront dans l’élongation.
Plus un mouvement est précipité, plus lès contractions
288 l’école française
musculaires sont brusques, intenses, mais discontinues et confuses.
Cette vivacité agit surtout mécaniquement sur le cours du sang et plus et plus encore sur la fatigue des centres nerveux;
La loi normale de la contraction musculaire est d’être d’autant moins prolongée qu’elle est plus intense et d’autant moins précipitée que la masse à mouvoir est plus grande.
Pour développer sans fatiguer, il faut éviter les chocs et les à-coups. Cette observation s’adresse particulièrement aux exercices de détente, aux coups de pied et coups de poing qui doivent toujours être términés et arrêtés par la touche.
Pour les jeunes enfants, rechercher toujours le mouvement et éviter les efforts statiques.
Ne pas confondre l’énergie d’un mouvement avec la brusquerie et la sécheresse. L’énergie doit être employée utilement pour le but précis que l’on cherche ; développement ou application. Un mouvement peut être rythmé avec diverses cadences, chaque temps conservant une cadence en rapport avec la masse à mouvoir.
Le rythme favorable et l’alternance du mouvement et du repos est de la plus grande importance pour reculer la fatigue et pour produire le maximum de travail.
Les exercices purement esthétiques ont pour but de redresser les courbures exagérées du rachis, de fixer l’épaule v d’amplifier la cage thoracique, de resserrer les parois abdominales.
Pour fixer l’épaule, il faut rapprocher les bords spinaux des omoplates et pour cela user de mouvements qui ont un effet réel et non apparent.
On obtiendra l’ampliation thoracique par deux moyens :
La coursé avec les mouvements respiratoires réflexes ou volontaires de grande amplitude et les mouvements qui redressent le rachis et soulèvent les côtes. Avant tout il faut éviter de comprimer le thorax par des vêtements serrés et des attitudes fléchies.
On améliorera le mécanisme respiratoire en obtenant l’ampliation des mouvements de la cage thoracique indépendant
PHASE POSITIVE
ment des échanges chimiques, sans essouffler et surtout sans surmener le cœur.
Il faut éviter cependant d’exagérer l’amplitude de l’inspiration au point de distendre les vésicules pulmonaires audelà de la limite de leur élasticité.
On donnera de la solidité aux parois de l’abdomen en fortifiant les muscles de ces parois par des flexions actives du tronc ; les contractions concentriques remédieront à la distension de ces parois et à l’ensellure.
LeS attitudes actives de la gymnastique scolaire devront avoir cet effet bien nettement déterminé.
3. — Pour affiner les mouvements, il faut obtenir une exécution parfaite, économique ; on commencera par des exercices faciles que l’on compliquera ensuite, on fera de plus des mouvements dissymétriques.
On décomposera l'exercice avant de l’exécuter, on le fera d’abord lentement, puis on accélérera progressivement la cadence sans se raidir et sans jamais étriquer ses mouvements.
On répétera fréquemment un exercice pour le bien posséder. Il faut être à son aise dans tout ce que l’on fait, pour cela ne pas aller trop vite ; il doit y avoir progrès sans fatigue après chaque séance de travail. On ne peut remplacer la qualité du travail par le nombre d’heures d’application qui amène la fatigue sans perfectionner.
L’adresse s’acquiert par la gymnastique générale, elle a pour conséquence la beauté et l’aisance des mouvements.
Un mouvement n’est pas beau s’il n’est pas bien défini, s’il n’est pas correct, c’est-à-dire d'accord avec son but et s’il n’est pas obtenu économiquement, c’est-à-dire s’il est précipité et incohérent, s’il n’est pas assez ou s’il est trop étendu.
Les équilibres dans différentes attitudes, les exercices compliqués, cadencés et commandés éduquent les mouvements.
Les exercices exécutés à une certaine hauteur habitueront à vaincre le vertige. Ues jeux, les assauts de boxe et d’escrime où il y a deTimprévu donneront de l’initiative, de la décision, du sang-froid et de la vitesse.
l’école française
La main a besoin d’une éducation spéciale pour devenir un instrument délicat de travail (1).
Le travail manuel peut être considéré comme une éducation physique ayant un but pratique, et l’apprentissage des métiers devient un cas particulier de l’adresse et de l’affinement des mouvements.
Les métiers artistiques ont besoin de cet apprentissage plus que tous les autres, et l’éducation des sens est le complément inséparable de cet affinement général.
Il faut supprimer dès le début de l’apprentissage l’ânonnement ou tout ce qui ressemble au bégaiement; on doit préciser ses mouvements comme on précise ses pensées.
4.— Toute éducation physique doit susciter chez les individus un effort personnel, l’éducateur doit diriger cet effort de façon à 1 e rendre utile; il doit avoir sur son élève une influence morale qui facilite cet effort et l’encourage à le continuer.
Les exercices d’audace et .d’agilité, ceux qui présentent même un certain danger et font endurer une certaine souffrance, les concours où l’amour-propre est aiguillonné sont des moyens de relever le courage et de mettre en action les qualités viriles.
Mais il faut toujours envisager, le résultat social des efforts collectifs, la dignité individuelle et l’élévation du but que l’on se propose.
C’est l’idée dominante qui constitue l’effet moral de l’éducation ; cet effet disparaît si Ton envisage que le record ou la pure satisfaction de la vanité.
La gaîté et l’entrain sont l’assaisonnement indispensable de l’exercice mais la qualité de l’exercice ne doit pas être sacrifiée au plaisir seul. Ce serait une erreur fondamentale.
L'éducation physique a pour but de classer et de simplifier les moyens de perfectionnement et en faisant une sélection
(1) Il ne faut pas oublier que ce n’est pas dans la main que se produit tout le perfectionnement, on ne peut séparer les muscles des centres nerveux qui les commandent, et c’est dans ces derniers surtout que se fait le perfectionnement. Voir : Le Violoniste, Maloine, éditeur.
PHASE POSITIVE
judicieuse et en basant cette sélection sur la connaissance •des effets de l’exercice.
Il importe au maître de se rendre bien compte de ce qu’il produit et d’être bien fixé sur ce qu’il recherche.
On jugera la qualité d’un mouvement au point de vue éducatif par son effet physiologique ; si cet effet répond au but proposé et si l’exercice est bien approprié au cas particulier qui se présente, le mouvement pourra être considéré ■comme bon.
On devra aussi connaître les effets relatifs des exercices et savoir qu’il n’est pas indifférent de les grouper et de les juxtaposer d’une certaine façon, comme le peintre qui connaît sa palette, l’éducateur doit savoir composer les éléments de ses leçons et en prévoir l’effet résultant.
Des éléments bons isolément peuvent constituer un enseignement confus et inefficace.
Un mauvais ordonnancement d’une leçon peut amener à un résultat médiocre sans effet bien net.
L’arrangement des exercices suivant un plan déterminé ■constitue la méthode, cette dernière doit être simple et précise et produire le maximum d’effet utile.
L’être humain prend plaisir à l’effort ou le réjette suivant qu’il est raisonnable et énergique ou impulsif et faible.
Il faut tenir compte de cet état mental et joindre à l’ordonnancement de là leçon la variété des éléments, sans pour cela «n compromettre le but.
Le plan de l’enseignement est fixé par l’organisation humaine, il est donc un comme cette dernière. Le groupement des exercices doit être fait en vue des effets divers à obtenir. Leur variété évitera l’ennui et soutiendra constamment l’intérêt.
Le classement doit bien mettre en évidence la base naturelle sur laquelle repose l’enseignement et faciliter sa gradation suivant les âges.
La richesse d’une méthode consiste dans sa souplesse qui permet d’adapter ses moyens au but proposé.
Ce n’est pas la richesse confuse, la prodigalité des détails qui importe mais la valeur des moyens qui ont tous leur effet précis et déterminé.
l’école fr*nçmse
Le biologiste connaissant les lois de la vie prépare le travail à l’éducateur, mais le rôle de ce dernier est plus vaste., il s’empare des lois naturelles pour s’y soumettre et en tirer profit.
Ce n’est pas un travail d’imagination, mais un travail d’adaptation qu’on lui demande.
La méthode scientifique seule peut apporter les qualités de simplicité, de clarté et de sûreté dans l’éducation.
Nous entendons par là l’application d’une méthode vraiment scientifique et non une vaine science de mots. Cette méthode est forcément éclectique et évolutive ; elle domine tous les systèmes comme la vérité domine les préjugés-
Tont système exclusif est par cela même incomplet ; l’adaptation d’une méthode spéciale à un milieu particulier crée naturellement un assemblage factice ; les habitudes prises, les idées enracinées faussent l’esprit et le portent à l’intolérance et à l’erreur.
C’est la raison pour laquelle les questions d’édùcation suscitent encore les passions au lieu d’être traitées comme des problèmes scientifiques et non comme des questions de sentiment.
Les détails d’un enseignement doivent être prévus et d’accord avec leur fin, mais tout est modifiable parce que scientifique au fur et à mesure des progrès de la science et de l’expérience acquise.
Cela se résume en un mot : être conscient de ce que Von fait.
L’éducation physique est la base de l’éducation générale, mais il faut qu’elle remplisse certaines conditions pour être d’accord avec l’éducation morale et intellectuelle. Il faut lui donner une direction convergente avec celle de l’armée.
N’oublions pas que les éducateurs spéciaux du sentiment, de l’intelligence et du corps doivent se rencontrer sur leur terrain commun qui est l’homme et que leurs efforts ne peuvent être divisés, ils doivent être inséparables comme les fonctions de l’être humain.
PHASE POSITIVE
La leçon de gymnastique.
Toute méthode d’éducation a pour objet le perfectionnement de l’individu et de la race et pour résultat une pins grande somme de résistance et d’énergie, un rendement maximum en travail utile et un bienfait social incontestable.
Les moyens pour obtenir ces résultats peuvent être différents mais il faut toujours qu’ils soient adaptés; à l’organisation humaine et suffisants et complets pour répondre au but .proposé.
H n’y a qu’une organisation humaine, il ne doit y avoir qu’un plan d’éducation physique. L’enseignement est complet si les quatre effets de l’exercice sont recherchés et obtenus z ces effets ont été indiqués plus haut.
La valeur éducative d’un mouvement se mesure à son aptitude à produire nettement un des; effets précédents. La suite d’un enseignement se compose de leçons ; chaque leçon est formée de la réunion die mouvements variés dirigés par un seul maître et destinés à faire bénéficier un grand nombre d’élèves à la fois des quatre effets de l’exercice précédem*ment énoncés;.
Une séance comprend ainsi des mouvements propres à activer la circulation du sang et la respiration, à développer harmonieusement le système musculaire à remédier aux mauvaises attitudes de l’épaule; à dilater le thorax, à redresser les courbures vertébrales, à tonifier spécialement les parois abdominales.
L’enseignement comprend aussi des exercices qui, en le récréant, rendent l’élève adroit et souple, assurent son équilibre, atténuent le vertige, perfectionnent les allures normales et trouvent leur application immédiate dans la vie civile ou à la guerre. La Leçon doit être complète,, utile, graduée, intéressante, dirigée avec ordre et énergie.
La proportion et le choix des exercices la rendent complète et utile. La variété des exercices la rend intéressante.
l’école française
Il y a une foule de manières de réaliser le plan de renseignement selon les sujets auxquels on s’adresse, ou les milieux où l’on agit. Pour former ce plan, on se basera sur les effets à obtenir en les subordonnant les uns aux autres d’après leur importance relative. On classera d’autre part les exercices suivant leurs effets, ce qui permet de les substituer les uns aux autres avec équivalence du résultat.
La leçon n’est pas une suite artificielle d’exercices quelconques. Ce n’est pas non plus une combinaison de mouvements de fantaisie, c’est une sélection de moyens de perfectionnement dans un ordre logique. Le temps restreint que l’on peut consacrer aux exercices physiques exige que ces exercices aient un effet intensif. L’intérêt et la nécessité d’exercer un grand nombre d’élèves simultanément a pour conséquences obligées l’ordre et la discipline.
Les exercices peuvent être classés en 7 séries ; la suite des séries constitue le plan de l’enseignement. Chaque série de mouvements vise un ou plusieurs effets déterminés et se compose d’exercices sensiblement équivalents et gradués. Ces exercices peuvent être exécutés à des appareils différents. (Voir le programme page 351.)
Une leçon comprend un ou plusieurs exercices pris dans chacune des séries dans l’ordre indiqué (1).
Cet ordre a sa raison d’être, il est basé sur la dépense de travail ou la violence de l’exercice, il permet d’entraîner progressivement le corps à des efforts croissants sans le surmener puis d’en diminuer l’énergie, de façon à cesser le travail quand le calme s’est rétabli dans l’organisme.
Quand l’instruction des hommes est assez avancée, on donne une part plus grande encore aux exercices d’application militaire sans abandonner pour cela les exercices correctifs ou de développement.
Les marches et courses se feront alors avec armes et bagages, la boxe sous forme d’assaut, l’escrime à la baïonnette, les équilibres sur la poutre et sur le portique, les sauts, avec
(1) Guide du Maître, de Rudeval, éditeur, et Manuel d'exercices du Ministère de l’Instruction publique.
PHASE POSITIVE
armes. On s’exercera aux escalades et au port des fardeaux.
Ces exercices ont spécialement pour but d’habituer le soldat à vaincre les difficultés qu’il pourra rencontrer en campagne et à lui donner confiance dans sa force.
En résumé une séance comprend une suite d’exercices de chacune des séries et en rapport avec l’état de l’instruction des sujets : la durée relative à donner aux exercices de chaque série n’est pas absolue, chaque série sera séparée par un repos de une ou plusieurs minutes surtout après la 4 e et la 6 e série qui comprennent des exercices très violents.
La succession des exercices étant ainsi déterminée, il reste à considérer leur gradation dans la suite des leçons^
A cet effet chaque série d’exercices présente une échelle croissante d’intensité et de difficulté d’exécution. La gradation est établie sur l’intensité de l’effet produit, et non sur le passage d’un appareil à un autre appareil. L’intensité de l’effet n’est pas forcément associé à l’intensité des efforts. La violence de l’exercice, sâ durée, l’importance des repos qui séparent les exercices sont des éléments de gradation. Les attitudes initiales dans lesquelles sont exécutés les mouvements sont de la première importance. Ces attitudes doivent être actives, c’est-à-dire nécessiter un effort. Les fentes et inclinaisons du tronc permettent de faire agir le poids du corps comme résistance à vaincre et de graduer ainsi facilement l’intensité des contractions musculaires. L’exécution des mouvements des bras en conservant les coudes dans le plan des épaules est un moyen qui assure l’effet favorable à l’ampliation thoracique.
On obtiendra plus vite le développement harmonieux par des attitudes choisies et maintenues que par le mouvementées membres exécutés séparément et d’une façon quelconque.
Il est inutile d’exécuter tous les mouvements articulaires possibles, croyant ainsi ayoïr obtenu tous les effets de l’exercice.
Mais il ne faut rien exagérer, ne jamais pousser l’effort jusqu’à la fatigue, répéter l’exercice jusqu’à ce que l’effet cherché soit produit, aller du simple au composé par degrés insensibles en s’arrêtant à chaque degré et susciter toujours le travail personnel avec la correction la plus parfaite dans
296 l’école française
l’exécution sans attacher trop d’importance à la précision des ensembles.
Les défauts que l’on rencontre dans les attitudes des élèves doivent être pour le maître un objet constant d’attention.
Le classement dès hommes doit être basé sur le degré de leur développement et d’instruction et non sur l’âge et la taille.
Les séries d’exercices étant ainsi graduées, les- exercices classés et numérotés dans chaque série par ordre de difficulté et d’intensité croissantes, on pourra aisément composer une .suite de leçons progressives. Pour les commençants on prendra dans chaque série les exercices affectés des numéros les plus faibles et on avancera dans chaque série au fur et à mesure des- progrès accomplis. Il est bien entendu que le plan de la leçon reste le même pour tous, les effets à obtenir restant les mêmes, les moyens seuls diffèrent suivant la température, la saison et les ressources dont on dispose (1).
Pénétré de ces,observations, un éducateur habile peut utiliser ce qu’il a sous la main à la caserne ou à la campagne et obtenir avec les appareils les plus rudimentaires des effets satisfaisants. Il faut pour cela ne jamais perdre de vue le corps humain elle but que l’on se propose, avoir acquis assez de pratique et de tact pour se rendre compte de ce qu’il faut faire dans chaque cas particulier, pour donner aux hommes les qualités; qui leur manquent et remédier à leurs défauts les plus graves.
On ne traitera pas le citadin comme le campagnard. Le premier est nerveux, excitable,, s’assimile facilement: les choses, il est adroit, mais manque dë fond et souvent de santé. Le second est quelquefois lourdaud et maladroit, il doit apprendre à coordonner ses mouvements et se rompre aux: exercices d’application. Le citadin a un besoin impérieux de rétablir l’équilibre de ses fonctions, il lui faut des exercices hygiéniques et de l’air pur pour réveiller sa vitalité et diminuer son excitabilité.
La durée du service militaire est courte, mais elle doit suffire à produire une amélioration dans ce sens. L’instruc-
(1?) Voir le Guide du.Maître, de G. Demeny, 4 e édition. Paris, de Rudeval.
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
tion faite avec intelligence aura toujours pour effet de donner aux hommes des indications précises qui leur serviront dans la suite, elle recrutera des adeptes à l’exercice et propagera des habitudes d’hygiène et de virilité dont les bienfaits se manifesteront bientôt dans toute la population.
Ainsi comprise l’instruction militaire est faite pour affirmer la puissance moralisatrice de l’armée en étendant le rôle de l’officier qui contribue à l’éducation de la Nation.
METHODE EXPERIMENTALE
Nous nous sommes efforcé de montrer ailleurs (voir Bases scientifiques de VEducat. Physique et Mécanisme et éducation des mouvements) combien la méthode expérimentale avait déjà, dans l’étude des- mouvements, dissipé d’obscurité et dévoilé d’erreurs. Il y aura à compléter ces travaux et à les développer ; ce ne peut être l’œuvre d’un jour mais celle de toute une génération lorsqu’on sera résolument entrer dans cette voie que peu de personnes comprennent aujourd’hui. Ce sera la synthèse de toutes les sciences afin de contribuer au bonheur de l’humanité mais cela demande de la sagesse et du loisir, choses qui s’accordent généralement peu entre elles ; ceux qui ont le rare bonheur d’avoir du loisir reculent devant l’effort et employent souvent leur fortune à satisfaire leurs passions et leurs vices, recherchant le perfectionnement par exception, loin de s’améliorer, ils s’amoindrissent.
Nous ne pouvons sans cesse revenir sur le même sujet sans craindre de devenir fastidieux et de retarder encore la conviction. Quelques exemples tirés de nos travaux inédits seront peut-être plus utiles pour montrer explicitement ce que nous entendons par expérimentation; nous n’avons d’ailleurs pas fait autre chose que d’appliquer les méthodes graphiques usitées en physiologie et auxquelles nous avons été dressé et rompu par notre maître Marey. Ces méthodes n’ont pas encore rendu tout le service qu’on est en droit d’en attendre, leur impersonnalité qui les met à l’abri de l’opinion per-
mettra de réaliser notre vœu le plus cher : l’alliance de la pratique et de la science.
Nous avons été interrompu dans nos recherches par la suppression de nos fonctions et l’éloignement des laboratoires que nous avions créés et munis d’une technique nouvelle : la France qui avait prisses devants se trouve aujourd’hui en reste sur les pays étrangers.
L’application des sciences biologiques à l’éducation physique se fait chaque jour davantage ; des faits nouveaux diminuent chaque jour la part laissée à l’empirisme. Mais il reste encore bien des choses inconnues et incertaines. On pourrait s’étonner que la vérité ne s’établisse pas plus vite par le concours actif et l’entente des praticiens *et des physiologistes ; en voici la raison : lés lois du perfectionnement physique de l’homme dépendent de nombreux facteurs dont il est difficile de dégager l’influence propre. Ainsi l’hérédité, lés habitudes, les préjugés et la routine compliquent le problème même quand les discussions d’intérêt ne viennent pas l’obscurcir complètement.
Pour se dégager de toutes les contingences il ne faut jamais quitter le terrain expérimental ; il faut interroger les faits, sans s’inquiéter, les conséquences à en tirer.
L’importance de la technique expérimentale n’échappera pas aux personnes ayant l’esprit scientifique ; si elle présente quelquefois de grandes difficultés, il faut l’accepter avec la conviction qu’elle est la seule ressource sérieuse pour attaquer les questions en litige. Loin d’être du temps perdu, tout pas fait dans cette direction est un progrès et une conquête sur l’inconnu.
Avec la méthode graphique, l’inscription photographique est le procédé de recherches qui nous a permis d’aborder l’étude mécanique des mouvements. La photographie peut en effet s’adapter à presque tous les cas.
Documents photographiques.
Deux images d’un même sujet prises à un certain intervalle de temps long ou réduit sont des documents compa-
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
râbles si l’on a la précaution de ne varier ni l’éclairage, ni l’attitude, ni l’orientation, ni le point de vue et si on laisse le sujet absolument libre-.
Mais ce mode de procéder est insuffisant pour indiquer les minimes variations de forme et d’attitude comme il s’en produit à la sûite d’un entrainement de courte durée. S’il y a des modifications dans la forme elles seront plus sûrement perçues par les mensurations directes.
Photographies à travers un réseau-
On peut, il çst vrai, prendre une image photographique à travers un réseau millimétré, formé avec des fils blancs horizontaux et verticaux tendus sur un cadre (fig. 56), mais il faut se défier des erreurs. Le modelé n’est réellement rendu que par un moulage en plâtre. Cependant, en prenant des images photographiques de divers points de vue comme dans la stéréoscopie et la photosculpture, on se rapproche davantage du réel.
Pour éviter l’installation coûteuse de plusieurs appareils photographiques,' nous plaçons le sujet sur une plate-forme tournante, le sujet immobile dans une attitude donnée présente ainsi toutes ses faces à l’objectif et l’on peut avoir de lui autant d’épreuves que l’on désire, dif- Fig. 56.—Réseau millimétré placé férent très peu l’une de l’autre devant un,sujet photographié,
mais cependant assez pour mettre en valeur les reliefs et le modelé des muscles (fig. 57).
On obtient ainsi des séries d’images qui se complètent les unes lesautres. En joignant à ce procédé les ressources de la stéréoscopie, nous augmentons l’expression des docu-
l’ÉvGOLE FRANÇAISE
Fig. 57. — Plate-forme tournante pour photographier un sujet successivement sous différents points de vue.
Fig. 58. — Profils d’après la superposition des images photographiques d’un sujet aux phases extrêmes de l’inspiration (trait ponctué) et de l’expiration (trait plein). On voit nettement les déplacements relatifs des différents parties du corps ; en particulier les épaules de soulever dans l’inspiration profonde.
MÉTHODE EXPEEIMEMTALE
ments et nous apercevons des détails de la forme extérieure bien plus nettement qu’avec une seule épreuve.
Photographies composites.
Si nous prenons devant un fond noir une image d’un sujet imtnobile, la plaque photographique conserve assez de sensibilité pour pouvoir être encore impressionnée par une seconde image du même sujet qui aura changé de position. L’appareil n’ayant pas été déplacé, les deux images différeront et les points homologues conserveront leurs rapports de position, ce qui permettra de préciser les déplacements des différentes parties du corps en passant de la première position à la seconde.
Nous avons appliqué cette méthode à l’étude des mouvements respiratoires (fig. 58), aux changements de courbure du rachis et aux déplacements du bassin ; et, pour rendre ces déplacements plus sensibles, nous les amplifions au moyen d’index formés de tiges de bois fort légères assez longues et fixées normalement à des pièces articulées en contact avec les différentes parties du corps dont on veut suivrele mouvement. Les déplacements angulaires des index font connaître en les augmentant le sens du mouvement des pièces du squelette (fig. 59).
Analyses cinématiqnes.
Quand nous voulons étudier le mouvement du corps entier et les différents détails des actes de la locomotion, nous em-
Fig. 59. — Sujet en expérience portant des baguettes indicatrices pour explorer et amplifier les changements dé courbure de la colonne vertébrale et les mouvements du thorax.
302 l’école française
ployons la méthode chronophotographique sur plaque fixe et sur pellicule mobile.
La première imaginée par Marey nécessite une installation assez compliquée.
La plaque photographique reste démasquée pendant la prise des images et ne doit être impressionnée par aucune lumière autre que celle émise par l’objet dont on analyse le mouvement. On réalise ces conditions en faisant passer le sujet devant un fond noir n’émettant pas sensiblement de
Fig. 60. — Ecran noir formé d’un hangar profond couvert de velours noir pour prendre sur une même plaque des images chronophotographiques successives d’un sujet en mouvement. Les appareils sont placés dans la chambre roulante.
lumière. Ce fond ou plutôt cet; écran noir est en réalité un hangar assez profond recouvert de velours noir et dont le champ est limité par des écrans et des rideaux noirs juste à l’étendue nécessaire pour couvrir la plaque photographique. Une piste d’expérience sur laquelle passera le sujet longe l’écran noir et une bande divisée en parties de 50 centimètres indique l’échelle de la photographie (fig. 60).
J’ai construit un appareil chronophotographique d’après les anciens principes de ceux que j’avais établis avec Marey. C'est une chambre munie d’un objectif très lumineux de { d’ouverture et couvrant 9/12 cent. Un disque obturateur passe à quelques millimètres de la plaque. Ce disque en aluminium bien plané a cinquante centimètres de diamètre ; il
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
est mû par ua fort barillet qui permet d’obtenir 9 à 10 tours à la seconde pendant un certain temps. Le déclanchement de ■ l’appareil se fait de l’extérieur et la mise en marche commence aussitôt ; le disque prend bientôt une vitesse uniforme et l’on peut à ce moment commencer l’expérience (fig. 61).
Le disque est percé de fenêtres en forme de secteurs qui permettent d’obtenir une obturation au milième de seconde. Cinq fenêtres nous donnent cinquante images à la seconde et suffisent à une analyse très poussée.
Un obturateur à volet çst placé pour plus de sûreté devant l’objectif et nous permet de commencer et d’interrompre la prise des images à notre gré.
L’appareil chronophotographique est placé à l’abri de la lumière dans une chambre noire roulante et dans l’axe de l’écran noir. Avec cette disposition les images successives du sujet en mouvement sont prises à
Fig. 62. — Analyse chronophotographique d’un saut de haie, épreuve obtenue sur une même plaque devant un fond noir (méthode Marey).
des intervalles de temps égaux et les distances des différents points du corps mesurées à l’échelle de la photographie indiquent les vitesses de ces points dans l’unité de temps, c’est-àdire entre les passages successifs de deux obturations (fig. 62).
Fig. 61. — Appareil chronophotographique de Marey.
i/ÉCOLE FRANÇAISE
Images partielles.
Si la vitesse des mouvements est telle qu’entre deux obturations consécutives l’espace parcouru par l’homme soit au moins égal à son "épaisseur, les images correspondantes se-
Fig. 6B. — Sujet vêtu de noir et portant des points et lignes blanches pour indiquer ses différents segments articulaires.
ront distinctes ; elles se superposeraient au contraire s’il en était autrement, cela oblige de restreindre à un petit nombre la série des images prises dans une seconde.
Mais nous sommes souvent obligés de pousser l’analyse plus loin et pour cela de réduire, comme l’avait fait Marey, le sujet à quelques index brillants, points ou lignes qui marquent ses articulations et les directions de ses segments osseux (fi g. 63). Ce schéma de l’homme impressionnera seul la plaque photographique si celui qui porte les index est en même temps revêtu de noir. Comme il est alors réduit à de simples lignes sans épaisseur,
on pourra sans craindre les superpositions prendre 50 images à la seconde et pousser l’analyse jusqu’à ses dernières limites. (Fig. 64).
Fig. 64. — Analyse chronophotographiqne d’un pas de course au moyen de la méthode des photographies partielles de Marey.
Nous pouvons alors saisir les moindres différences entre les allures de deux sujets, les comparer à notre aise et
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
comprendre en quoi consiste la supériorité dans l’exécution.
Les mêmes procédés sont applicables à la marche, à la course, aux divers sauts et même à la boxe, et à tout exercice gymnastique quelconque du moment où il y a déplacement j
Images cinématographiques.
Le second procédé d’analyse consiste à prendre les images complètes sur une bande pelliculaire qui se déplace devant l’objectif en s’arrêtant pendant chaque passage de la fenêtre du disque obturateur.
Fig. 65. — Appareil chronophotographique réversible Demeny (1893) à bandes de 6 centimètres.
C’est le procédé de la chronophotographiè sur plaque mobile qui a permis, grâce à sa réversibilité, de réaliser ce qu’on appelle aujourd’hui le cinématographe. On sait la part que nous avons prise dans ces travaux et que nous avons été le premier en France à réaliser un appareil pratique permettant la projection de vues animées (1).
(1) Voir Marey, Le Mouvement, et Demeny, Origines du Cinématographe.
l’école française
Méthode graphique.
. Nous n’avons pas ici à décrire les appareils usités dans les laboratoires de .physiologie ; pour l’exploration des mouvements respiratoires, du pouîs, des battements du cœur, diu changement de volume des organes, ni les ergographes, les spiromètres,; les chron©graphes, myographes que nous avons adaptés, à chaque cas particulier.
Fig. 66. — Coupe du. dynamographe montrant la disposition pour explorer la pression normale et les pressions tangentielles en avant et en arrière du pied sur le sol.
Nous avons poursuivi Fetude delà dynamographie c’est-àdire l’inscription des efforts et de leur variation en fonction du temps dans les actes de la locomotion. L’appareil explorateur des pressions (fig. 66) est un appareil composé d’une planche sur laquelle on place le pied. Cette planche repose" sur des tubes de caoutchouc roulés en spirale et très épais mais à canalisation étroite d’oü l’air comprimé par l’aplatissement des tubes se rend aux tambours enregistreurs légèrement modifiés.
Cet instrument délicat est sensible aux moindres variations de la pression des pieds sur le sol, variations en rapport avec
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
le poids du corps, la poussée des jambes et les changements de vitesse accessionnelle du centre de gravité du corps par suite du mouvement des bras et des jambes.
Çes indications de la variation de pression du pied sur le sol jointes à l’analyse cinématique par la photographie contiennent, si on sait les interpréter, tous les éléments nécessaires à l’étude de la force et du travail des muscles moteurs ; nous en verrons une application très poussée dans le saut.
Le dynamographe a subi diverses transformations qui le complètent. Le plateforme horizontale n’indique en effet que les efforts verticaux ou leur composante normale ; la poussée horizontale ou composante tangentielie est annulée par le frottement du pied.
Pour l’explorer et l'inscrire nous suspendons la plateforme sur quatre bielles verticales oscillant autour de deux axes,, de sorte qu’elle forme le côté d’un parallélogramme articulé assurant son horizontalité,, mais influencé seulement par les poussées horizontales du pied ; et,, afin de réduire ces mouvements au minimum, nous calons la plateforme en avant et en arrière avec des petits; dynamographes à spirales de caoutchouc. Le mouvement de recul ne peut se faire ainsi sans écraser ces spirales et sans faire sortir des tubes l’air qu ? il contient. Deux tambours enregistreront de nouveau à côté de la pression normale les pressions tangentielie positive et négative suivant le sens de la poussée. Nous réglons lés tambours de façon à donner des courbes comparables entre elles ; nous, verrons plus loin les intéressantes données que nous avons pu recueillir par ce moyen.
Exploration de la contraction musculaire
Souvent dans un mouvement vif l’action de certains groupes musculaires nous échappe; pour nous rendre compte de l’action de ceux-ci, de l’intensité de leur contraction et du n^ment ôù ils agissent ou ils se relâchent, nous employons
l’école française
un appareil représenté figure 67 ; un cadran indique la quantité dont le muscle se laisse pénétrer par un bouton rap-
Fig. 67. — Appareil pour ex- Fig g g Su j et portant au bras l’ appa plorer le durcissement des reil explorateur du durcissement de sesmuscles pendant leur con- muscles traction ou leur tonicité pendant le repos.
pelé par un ressort, on comprend facilement qu’il puisse^ servir à l’inscription directe du durcissement du muscle.
Appareils de mensuration
Nos appareils spéciaux de mensuration, déjà décrits ailleurs (1), nous donnent des indications précieuses sur la forme extérieure de l’homme. Ces indications précises faisaient défaut, car on se contente souvent de la toise et du ruban métrique ; or la mesure de la circonférence thoracique n’indique aucunement la forme de la cage thoracique, elle est influencée par le développement des. muscles et l’épaisseur de la couche adipeuse sous-cutanée.
Pour avoir la forme du thorax et celle de la colonne ver-
(1) Bases scientifiques de l'Education physique, Alcan.
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
tébrale, nous devons appliquer les appareils de mesure sur les parties du squelette accessibles sous la peau.
Le compas thoracique donne séparément les diamètres
Fig. 69. — Raçhigraphe destiné à tracer les courbures du rachis sur deux feuilles de papier dans deux plans rectangulaires.
thoraciques et leurs différences dans l’expiration et l’inspiration.
Le compas à quatre branches donne simultanément les diamètres antéro-postérieur et transverse correspondants dans
l’école française
un même plan horizontal à une hauteur connue ; le rapport de ces deux diamètres ou findiee thoracique indique la forme allongée ou la forme aplatie de la poitrine. Des bagues à frottement servant'd’index glissent le long des tubes contenant les tiges à ressort et s’arrêtent aux positions extrêmes de l’ampliation indiquant la valeur de celle-ci.
Fig;. 71. — Conformateur double des- Fig. 70. —• Conformateur tiné à prendre les coupes verticales
à main. du corps.
Le thoracomètre donne des indications par points de la forme de la poitrine e’est-à-dire la coupe horizontale du thorax en vraie grandeur et aux deux phases de la respiration.
K nfi n les appareils inseriptenrs -des profils du corps et nos conformateu-rs nous ont permis de déterminer exactement la forme du rachis et du thorax dans les diverses attitudes de la gymnastique.
Les modifications de la forme de la poitrine ont été dés plus instructives et nous ont permis de décider scientifique-
l’école française
ment de-l’effet de certains exercices sur l’ampliation thoracique, ce qui ne peut être fait à simple vue.
Pour rendre notre enseignement intéressant et instructif, continuant en cela les traditions de notre maître Marey, nous avons imaginé une nombreuse série d’appareils de démonstration mettant en évidence les diverses actions en jeu dans le mécanisme de la respiration et dans la locomotion. Une partie de ces schémas a figuré à l’exposition universelle de Liège, mais leur nombre s’accroît journellement suivant les besoins. A ces appareils il faut ajouter les clichés à projection, les bandes cinématographiques qui donnent aux conférences un attrait nouveau et intéressent au plus haut degré les élèves et le public.
Cet arsenal d’appareils de recherche une fois établi, nous avons cru pressant d’élucider les points obscurs que nous pouvions» aborder facilement.
Note I
Sur la station droite.
On demande à la station droite une correction qui consiste à diminuer les courbures du rachis, surtout les courbures cervicale et lombaire, en tenant la tête droite, les épaules effacées, la poitrine saillante et le ventre creusé.
Dans l’attitude militaire appelée garde a vous , on affirme encore plus cette tendance et l’on fait saillir exagérément la poitrine, ce qui donne au sujet Y apparence d’un sujet à thorax très développé. Pour nous rendre compte de ce qui sé passe réellement dans cette attitude, nous avons pris sur une même plaque photographique et sur un champ obscur deux images d’un même sujet, d’abord en station droite ordinaire puis dans la position de la « garde à vous » comme on l’enseigne' dans l’armée, et nous avons pu saisir immédiatement les relations exactes de position des différentes parties du corps et leur changement de forme dans les deux cas.
Les figures 5 (page 163) obtenues de cette façon montrent
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
clairement que la paroi thoracique est portée en avant mais qu’en même temps l’homme s’enselle et creuse le ventre.
• Cette poitrine bombée ne correspond pas à une augmentation égale des diamètres antéro-postérieurs du thorax mais est surtout la conséquence d’un mouvement de totalité et en avant du tronc auquel participe la colonne vertébrale dont la courbure lombaire augmente et du bassin qui s’incline (fig.58).
Les viscères abdominaux sont refoulés en haut contre le diaphragme et celui-ci avec la masse intestinale empiète sur le volume delà cavité thoracique compensant ainsi l’ampliation exagérée due au mouvement d’élévation des côtes.
Dans cette situation, les côtes soulevées au maximum et le diaphragme refoulé dans le thorax, les mouvements du thorax et du diaphragme sont devenus presqu’impossibles et le sujet ne respire plus qu’à grand’peine, sans ampleur, seulement avec les côtes supérieures, comme s’il portait un corset serré à la taille.
Pour analyser avec plus de précision les déplacements des diverses parties du tronc, nous nous servons de la méthode des index décrite plus haut, afin de mieux indiquer l’orientation des jambes, du bassin, du sternum et des régions dorsale et lombaire (fig. 59).
Nou's avons constaté que : pour passer de la station droite normale à la position de Garde à vous sans exagération :
1° Le bassin s’incline en arrière sous l’action des fessiers;
2° La région sternale est portée en avant par un mouvement général du rachis dont la courbure lombaire s’efface légèrement sous l’action des muscles abdominaux.
Les profils donnés par la photographie ne sont pas des, coupes du corps, toutes les saillies musculaires y sont indiquées et se distinguent complètement de la forme du squelette.
Pour éviter cette erreur nous avons construit nos conformateurs qui, seuls pénétrant au fond de la gouttière vertébrale, peuvent donner avec exactitude la coupe antéro-postérieure de la poitrine (fig. 73).
Nous avons aussitôt constaté combien cette coupe, qui fait abstraction des saillies musculaires, diffère des profils. Elle
i/ÉCOLE FRANÇAISE
présente d'abord une surface beaucoup plus petite et en passant à la position de la garde à vous elle n’augmente pas sensiblement, les différences dans l’ampliation sont au contraire très minimes (fig- 5, page 163).
En réalité on perd d’un côté ce que l’on gagne de l’autre ; si la poitrine est projetée en avant, le dos se creuse en arrière comme l’abdomen en avant. Le mouvement de la colonne vertébrale et la compression de l’abdomen compensent l’élévation excessive des côtes.
On a évidemment produit un déplacement des organes abdominaux et thoraciques avec un soulèvement des côtes mais on a placé ainsi le sujet dans une situation incompatible avec l’inspiration régulière et profonde et on n’a produit aucune augmentation réelle de la poitrine car: d’une partie diaphragme étant immobilisé, l’inspiration est réduite au mouvement des côtes supérieures, et le thorax demeurant soulevé, l’expiration se fait mal et superficiellement.
Nous avons constaté que, dans cette position forcée, le sujet ne peut donner au spiromètre sa capacité respiratoire normale, sa respiration n’étant plus libre, on ne peut raisonnablement lui imposer dans une éducation qui se dit scientifique cette attitude anormale qui entrave ses fonctions vitales.
La meilleure attitude donnant le maximum de capacité respiratoire est la position normale sans raideur ni redressement exagéré.
Au contraire toutes les attitudes où l’on force l’extension diminuent la capacité respiratoire; dans les inspirations de. . grande étendue l’abdomen se creuse lorsque le thorax s’amplifie, le diaphragme ne pouvant effectuer sa course normale à cause de la tension des parois abdominales qui s’opposent à son abaissement et au refoulement des viscères.
Le thorax qui se dilate quand on élève les bras diminue de circonférence quand on fait une extension exagérée du tronc. Le compas thoracique indique dans ce cas une diminution du diamètre antéro-postérieur avec une légère augmentation du diamètre transverse. En réalité le thorax s’aplatit et les côtes s’incurvent.
METHODE EXPÉRIMENTALE
Note II
Formes de la courbure lombaire dans différentes attitudes.
Les exercices de la gymnastique de développement doivent diminuer l’ensellure ou exagération de la courbure lombaire. Cette ensellure est une condition d’infériorité, elle diminue la résistance à une charge planée sur la tête, elle déplace le bassin et le centre de gravité du corps et allonge les muscles des parois abdominales. Elle tend d’ailleurs à augmenter avec la faiblesse de ceux-ei et l’atrophie des muscles sacrolombaires.
Nous avons introduit pour ces raisons dans le manuel militaire de 1902 la fente en arrière et nous avons évité les attitudes cambrées si usitées dans la gymnastique suédoise et provoquant l’ensellure en allongeant les muscles de l’abdomen. '
La fente en arrière ;(fig. 11} doit être exécutée le tronc restant dans le prolongement de la jambe en avant sans qu’il y ait aucune déformation du tronc ni mouvement du bassin sur la tête fémorale correspondante. On ne peut tenir cette position sans faire des contractions intenses des muscles de l’abdomen pour éviter leur distension.
Au moyen du conformateur à main nous avons pris la forme de la courbure lombaire correspondant à la station droite, à la fente en arrière, à l’extension dorsale les jambes étendues et à la grande extension dorsale à l’espalier.
Pour comparer ces tracés nous leur avons donné une même origine en conservant leur orientation par rapport à la verticale, et nous constatons une réduction de la courbure lombaire seulement dans la position de la fente en arrière.
Dans les extensions dorsales à la suédoise la courbure lombaire existe toujours et peut atteindre 90 degrés (ûg. 17).
Ainsi la courbure lombaire a diminué dans la fente en
l’école française
arrière une jambe fléchie, elle a augmenté dans la fente en arrière les jambes tendues et surtout dans l’extension dorsale à l’espalier.
Dans ces attitudes la distance mesurée du pubis au ster¬
num a été respectivement pour le même sujet :
Station droite..38°
Fente en arrière, une jambe fléchie. . . . 33* Fente en arrière, jambes étendues. . . . 41* Extension dorsale. . . .44*
La forme de la courbure dorsale est presque fixe et le mouvement, dans les grandes extensions du tronc, se passe presqu’exclusivement dans la région lombaire. Nous avons pu constater ce fait chez des acrobates disloqués qui se replient complètement sur eux-mêmes (fig. 19).
Dans la fente en avant il y a bien extension de la région cervicale mais point de la région dorsale. Dans l’ouverture des pieds au delà de 60° l’ensellure augmente et la taille diminue.
Un sujet debout, les bras élevés, fait un effort intense d’extension en poussant contre une barre fixe horizontale placée à une distance du sol un peu plus petite que la longueur du sol à la paume de ses mains. Pendant qu’il exécute l’effort on prend au conformateur la forme de sa courbure lombaire. On constate que cette courbure n’est pas modifiée dans les extensions de ce genre ni en portant un lourd fardeau sur la tête 40 kilog. ou une barre à sphères à bras tendus de 50 kilog.
L’ensellure ne se produit pas et, en explorant les muscles de la ceinture abdominale,, on constate leur durcissement, tandis que le massif lombaire semble se relâcher.
C’est dans la flexion du tronc en avant, mains à la nuque, que le redressement de la courbure lombaire a été le plus évident; ce redressement est alors accompagné de la contraction intense des muscles lombaires.
Ces observations nous montrent combien ces mensurations directes sont exactes à-côté des photographies de la forme extérieure du corps et des mesures circonférencielles de la poitrine, toutes deux susceptibles d’appréciations erronées.
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
Note III
Influence de l’éducation sur le cœur et la respiration.
La volonté peut intervenir pour régler nos mouvements respiratoires quand ceux-ci s’accélèrent d’une façon désordonnée, on peut ainsi combattre l’essoufflement et obtenir un régime régulier de ventilation pulmonaire compatible avec le travail musculaire et un exercice violent comme la course.
Nous avons inscrit, au moyen du pneumographe les mouvements du thorax chez un sujet au repos, puis après une course de 10 minutes environ et nous avons continué l’inscription jusqu’au moment où le rythme et l’amplitude respiratoires sont redevenus normaux. Il a fallu 10 minutes environ pour rétablir le calme dans la respiration. Nous avons demandé alors au sujet de recommencer sa course et, à son arrivée, d’exécuter des inspirations profondes. Les mouvements respiratoires sont alors redevenus normaux après un temps beaucoup plus court que si on les laissait se calmer d’eux-mèmes.
Le tracé que nous reproduisons (fig. 74) montre la respiration normale au repos puis la respiration accélérée avec mouvements du thorax de grande amplitude et l’atténuation graduelle de ces désordres, puis le retour complet à l’état normal au bout de cinq minutes.
Une série d’expériences de ce genre nous a montré que :
1° L’amplitude des mouvementsrespiratoires diminue vite dès que le travail cesse ; elle est redevenue normale au bout de deux minutes environ.
2° L’amplitude est toujours augmentée après la course, elle ne diminue pas progressivement, on voit souvent de petits mouvements coupés par de profonds soupirs.
3° L’amplitude et la fréquence varient en sens inverse ; les sujets dont l’amplitude diminue vite sont ceux qui sont les plus longs à retrouver leur type normal ; ainsi un sujet avait encore une fréquence de, 29 après 16 minutes de repos mais faisait des mouvements très réduits du thorax.
Respiration normale
: après mouv^respiratoires retour à la respiration
Respiration normale
[wVWWVVV
^IG. 74. — Influence des mouvements respiratoires profonds sur la durée nécessaire à ramener le calme dans la respiration après uue course.
318 l’école française
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
4° Il semble que le facteur cadence ou rythme de travail influe beaucoup plus sur le production de Fessouffiement que la durée delà course modérée de sorte que la quantité de travail dans F unité de temps est plus importante à considérer que la valeur absolue du travail au point de vue des désordres respiratoires.
Après une course de vélocité durant 1:4 secondes l'essoufflement est beaucoup plus considérable qu’après une course d'un quart d’heure faite à un rythme modéré permettant une bonne circulation pulmonaire et une élimination complète de la chaleur et de l’acide carbonique en excès.
Le coureur n’obtient pas immédiatement cet équilibre fonctionnel, il faut un certain temps que le régime de travail s’établisse. Ce temps est ce qu’on appelle la mise en train.
Les centres nerveux commandent aux muscles- des jambes ; en travaillant, ceux-ci activent le cours du sang et lë retour du sang veineux au cœur est fortement facilité. Les centres respiratoires sont excités par la surcharge d’acide carbonique et par l’élévation de la température du sang.
L’inspiration tend à prédominer, l’inspiration est plus fréquente et plus profonde, l’expiration se réduit finalement, la ventilation se fait mal au début.
D’autre part les inspirations profondes diminuent la pression dans le thorax, ce qui produit une aspiration continue du sang dans le cœur et le poumon d’où gêne de la circulation pulmonaire, difficulté du cœur à effectuer sa systole et stase sanguine dans le thorax; cet état congestif est encore augmenté par la diminution de la pression artérielle et la facil ici té avec laquelle le sang veineux retourne au cœur. Ce sont là des causes de congestion pulmonaire si rien ne venait à se modifier.
Maïs alors l'es vaisseaux capillaires de la périphérie* se dilatent, les canaux sanguins et aériens changent aussi de calibre et s’ouvrent largement. Le sang circule abondamment,, les stases veineuses disparaissent, le régime s’établit entre la quantité de sang qui traverse le poumon et la quantité d’air qui y pénètre; le rythme du cœur,, et l’excitation qu’il reçoit des centres nerveux est en rapport avec la quantité de
sang qu’il reçoit et celle qu’il peut débiter c’est-à-dire avec la résistance au passage du sang dans le poumon, le régime de travail est donc établi.
Si le coureur s’arrête subitement, les mouvements du cœur et de la respiration ne se calment pas immédiatement, ils continuent leur action sur le cours du sang mais il manque alors les contractions musculaires pour aider celui-ci; les muscles inertes vont être maintenant un obstacle au retour du sang veineux. Si les capillaires se ressèrent, la gêne à la circulation de retour s’accentuera, cet obstacle se fera sentir dans les artères et dans le poumon, et le cœur aura beaucoup de peine à débiter le sang qu’il recevra dans ces conditions.
A ce moment les meilleurs moyens pour rétablir l’équilibre seront la station couchée horizontalement, le massage, le bain chaud ; quelques petits mouvements doux seront même plus efficaces que le repos en station droite immédiatement après la course car le corps ne peut passer de l’état de repos à l’état de travail et de l’état de travail à l’état de repos brusquement sans transition.
La capacité respiratoire mesurée avant et après la course montre que pendant l’essoufflement il y a diminution de cette capacité ; elle était de avant la course, elle tombe à 2,80 pendant l’essoufflement pour revenir à sa valeur primitive après 5 minutes de repos.
Note IY
Observation de deux sujets présentant des conformations thoraciques remarquables.
Parmi les sujets observés dans ces expériences nous en avons rencontré deux qui méritent de retenir notre attention : l’un à cause de la conformation défectueuse de son thorax, l’autre par l’amplitude considérable de ses mouvements respiratoires.
Tous deux sont d’ailleurs d’excellents coureurs de fond et ont accompli des performances remarquables.
Le sujet A, taille 1,69, poids 52 k ,800, présente un thorax de forme aplatie (fig. 9) et dont les diamètres sont : Antéro-pos-
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
térieur 14 e ,4 etl6 m en plus dans l’inspiration profonde. Diamètre transverse 26 e ,3 et 26 m en plus dans l’inspiration.
Capacité respiratoire 3 litres.
Le sujet B, taille l m ,68. poids 65 k , a au contraire un périmètre thoracique considérable de 80-87 centimètres.
Diamètre ant. postérieur 17 c ,7-f-35 m ; Diamètre transverse 26 c +33 m .
Capacité respiratoire 3 X ,80.
En comparant ces deux sujets, on voit combien ils diffèrent sous le rapport du mécanisme respiratoire.
A n’a presque pas d’amplitude dans les mouvements thoraciques ; sa respiration est surtout abdominale, quatre fois plus ample que la respiration thoracique. Il fait environ 33 inspirations à la minute et 1 litre d’air traverse son poumon à chaque mouvement respiratoire. Après une course de 3300 mètres le nombre de ses inspirations s’est élevé de 33 à 36 et l’amplitude des mouvements a été quadruplée. Au bout de deux minutes de repos le rythme respiratoire est redevenu normal à 33 et l’amplitude a diminué de moitié.
B a au contraire une respiration surtout thoracique dans laquelle la durée de l’inspiration est moitié de l’expiration. Le nombre des mouvements est seulement de 11 à 12 à la minute, mais l’amplitude est énorme et deux litres d’air pénètrent dans le poumon à chaque inspiration. Après une course de 3300 mètres le rythme respiratoire s’est élevé de 12 à 18 et l’amplitude des mouvements thoraciques n’est guère plus grande qu’au repos. Cependant elle diminue lentement avec la fréquence ; la respiration est coupée de grands soupirs suivis de trois ou quatre petites inspirations après 5 minutes de repos il y a encore 14 ou 16 mouvements.
Ces deux sujets tous deux résistants à la fatigue ont donc un mode fonctionnel tout différent, ils ont à peu près la même taille mais des poids bien distincts ; le plus léger respire fréquemment par le diaphragme et a des mouvements de faible amplitude (33 par minute et 16 millimètres) ; le second, plus pesant, respire très largement et très lentement (12 par minute et 35 millimètres d’amplitude) et aspire 2 litres d’air pour 1 litre du premier.
l’école française
Cette différence dans le mécanisme 'respiratoire aboutit «cependant au même résultat'; le premier est même moins influencé par le travail de la course et reprend son équilibre normal plus tôt.
Comparons les indices thoraciques des deux sujets ou ïes rapports des diamètres transverses aux diamètres antéro-pos-
térieurs correspondants. L’indice de A pj. 4 est pi us gra nd que ‘26
l’indice de B soit en proportion centésimale 183 et 147.
Ce qui veut dire que A a le thorax plu s aplati que B ; mais les rap-
ports des capacités respiratoires auxpoids sont pour A ,et - -3,80
pour B ou 0,5.7 et 0,58. Ils sont .sensiblement égaux, ce qui j ustifie l’égalité au point de vue de la résistance à la fatigue maigre, des dispositions organiques différentes.
"Note Y
Education de l’Effort.
L’éducation de nos mouvements respiratoires est aussi nécessaire dans les efforts musculaires intenses que dans lès exercices violents qui provoquent l’essoufflement. Comme nous l’avons montré ailleurs (T) lorsqu’on accomplit un grand effort musculaire, on arrête généralement sa respiration en emprisonnant l’air dans le thorax, la glotte fermée et en faisant un effort d’expiration par la contraction des muscles de l’abdomen.
La pression intrathoracique a pour conséquence d’élever la pression artérielle, le sang a tendance à abandonner le poumon et le cœur et le sang veineux à s’accumuler à l’entrée des orifices des veines qui pénètrent dans la poitrine. Au moment où l’effort cesse, la pression intra-thoracique et intra-abdominale tombent tout à coup et le sang accumulé
(1) Bases scientifiques de l’Education physique (Paris, Alcan, 3 e édition).
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
dans les troncs veineux se précipite dans le cœur. Sous Faction de cette surcharge sanguine, celui-ci se dilate et subit pour accomplir sa systole un surcroît de travail. Le tracé du pouls radial (fig. 75) pris dans ces conditions montre ces désordres. On voit en A le commencement de l’effort et l’augmentation de la pression artérielle, en B la cessation brusque de l’effort avec chute soudaine de cette pression, puis les battements intenses et ralentis du cœur qui se remplit de sang et se vide difficilement de Fexcès de sang qu’il reçoit.
igQf, ^
Effort cessation brusque
Élfi
Effort cessation progressive
Fig. 75. — Tracés dos battements dè l’artère radiale pendant un effort de A cnB, la pression monte pendant l’effort, mais la manière de cesser cét effort brusquement ou progressivement influe visiblement sur la chute de là pression artérielle et sur la rentrée du sang veineux dans le thorax.
Si, au contraire, on cesse progressivement l’effort en ne rejetant l’air de la poitrine que lorsque la décontraetion des parois abdominales a eu lieu, on évite les accidents qui peuvent à la longue devenir funestes.
Le second tracé montre clairement que la pression artérielle, au lieu de tomber tout à coup, se maintient quelque temps en diminuant progressivement et le pouls se rétablit normalement sans troubles exagérés (fig. 75).
l’école française
Nous avons essayé d’un autre procédé pour nous rendre compte de l’influence des mouvements respiratoires sur la répartition du sang dans le corps, ce procédé n’est autre en principe que le pléthysmographe de Mosso.
Un sujet est étendu sur une planche oscillant sur des couteaux comme un fléau de balance, on amène le centre de gravité de ce système assez près de Taxe d’oscillation pour obtenir une très grande sensibilité et l'on constate que l’appareil oscille avec les mouvements respiratoires du sujet.
1. Au moment de l’inspiration, le système trébuche du côté des pieds ; pendant l’expiration au contraire il tombe du côté de la tête, ceci s’explique par les mouvements du diaphragme qui déplacent la masse intestinale et changent ainsi la position du centre de gravité dans le corps.
2. Si l’on fait plusieurs inspirations profondes de suite la bascule chavire du côté delà tête et reste un certain temps avant de se remettre en équilibre.
3. Une expiration forcée prolongée quelques secondes en soufflant dans ün manomètre indiquant une pression de 7 à 10 centimètres de mercure détermine une chute vers les pieds suivie d’une chute vers la tête après la cessation de l’effort.
4. On fait exécuter du sujet trente mouvements d’abaissement et d’élévation du corps sur les jambes, ce qui représente déjà un travail assez considérable qui l’essouffle légèrement. Replacé immédiatement sur la bascule à la place qu’il occupait antérieurement, l’équilibre est rompu et le système penche du côté de la tête.
Ces observations intéressantes montrent l’influence du soufflet respiratoire sur la circulation et la répartition du sang dans les membres et dans la poitrine et que les contradictions musculaires ont une action congestive et décongestive qui est loin d’être aussi simple que l’on croit généralement, impossible d’ailleurs à prévoir à priori.
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
Note YI
Fatigue du muscle dans les efforts statiques.
Un muscle auquel on demande un effort de tension se trouve dans des conditions différentes au début de son raccourcissement ou à fin de course et le maintien du raccourcissement complet demande une telle dépense de sa part et de la part des centres nerveux qu’il est impossible de le continuer longtemps.
Fig. 76. — Loi d’allongement du muscle raccourci en contraction statique sous l’action d’un poids dont la valeur augmente. Les courbes 1, 2, 3, 5, 7, correspondent à des charges de 1, 2, 3, 5, 7 kilog.
Le temps est compté en minutes sur la ligne dés abscisses.
Nous avons voulu nous rendre compte de l’influence qu’avait la charge sur la durée de la tension ou raccourcissement permanent du muscle, nous nous sommes servi de l’ergographe pour inscrire les phases successives de l’élévation d’un poids maintenu par la contraction statique des fléchisseurs d’un doigt de la main.
Les tracés ci-contre (fig. 76) montrent que, quelle que soit la charge, il est impossible de maintenir un poids à une hauteur constante, car les muscles contractés cèdent bientôt et se laissent allonger par le poids qui leur est opposé ; mais cet allongement se fait suivant une courbe différente suivant la charge et, plus cette charge est grande, plus vite se fait cet allongement. Ce résultat était à prévoir, mais les tracés
l’école framçaise
sont instructifs parce qu’ils montrent la loi de cet allongement. Ce dernier se fait d'autant plus rapidement au début que le poids est plus lourd, puis, quand il s’est laissé allonger d’une certaine quantité, ïe muscle semble être dan & une meilleure condition pour résister qu’au début. L’effort statique est donc d’autant plus pénible à maintenir que le muscle est plus près de son raccourcissement maximum et, bien entendu, que la charge qu’il soutient est plus grande (1).
(1) L'effort statique, donne lieu dans les muscles à des tensions bien différentes suivant leur structure et la disposition de leurs fibres. Si les cellules contractiles sont parallèles et attelées au tendon comme des chevaux au même timon (fig. 77)la résultante R des efforts élémentaires sera la somme de ces efforts et chaque élément contractile ne supportera qu’une partie de l’effort égale
à la — fraction s’il y a n éléments actifs. C À
Si-ceux-ci sont attelés bout à bout comme des chevaux de flèche, l’effort résultant est encore la somme des efforts partiels, mais la tension S est la même tout le long de la chaîne, elle est supportée par chacun des éléments ; l’effort est donc limité à la résistance des tissus dans Ce dernier cas.
Le muscle long et mince et le muscle gros et eourt ne travaillent donc pas
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
Note VU
Sur l’effort tangentiel dans locomotion.
Reprenant et poursuivant;les études commencées avec, le professeur Marey à la Station physiologique (1),. j.’ai analysé au moyen du dynamographe les-pressions des pieds sur-le sol et j’ai perfectionné l’instrument de manière à lui faire explorer les efforts tangentiels du pied, soit dans- Le sens de la progression ou efforts positifs soit en sens contraire, ou efforts négatifs (fïg. .66).
A cet effet, j’ai placé la planche dynamographique sur un système articulé, ce qui lui permet d’obéir à la pressionLdans les deux sens. J'ai calé cette planche au moyen de spirales de tubes de caoutchouc ; toute poussée en avant ou en arrière comprime les tubes, en chasse l’air et actionne des tambours enregistreurs.
J’ai ainsi constaté qu’il y a toujours dans la marche un effort tangentiel négatif au moment où le talon touche le sol. Cette: poussée, horizontale, en sens contraire de la progression, dure un peu moins que le tiers de l’appui du pied et correspond au premier maximum du tracé de la pression normale. Pendant le tiers suivant la pression du pied est normale au sol mais inferieure au poids du corps et la jambe joue un rôle de soutien de ce dernier.
dans les mêmes conditions. Le raccourcissement du muscle est la somme: des raccourcissements de ses éléments contractiles. On voit de suite que plus le muscle est long plus il a facilité de se raccourcir, mais plus il se fatigue s’il veut conserver sa tension dans un effort statique prolongé, chacun de ses éléments devant rester contracté sous une tension considérable, ce qui. n’a pas lieu dans le premier cas.
Le muscle court et darge étant mieux adapté à la force et demandant'pour un effort intense moins de dépense nerveuse ou une excitation de moindre intensité:de; la part des centres nerveux, le raccourcissement du muscle et L’augmentation de sa section est donc une condition économique de la production d’un effort.intense.
Les variations de là nutrition dans les deux cas finissent par produire 1-accommodation du muscle à sa fonction.:
(1) Académie des Sciences, séances des 8 et 15 octobre 1883,24 aoùt.1885.
l’école française
La durée de la 3 e phase de l’appui du pied est à peu près égale à la première, elle correspond à une pression tangentielle positive pendant le lever du talon, le déroulement du pied et la poussée du membre inférieur.
Elle coïncide avec le second maximum du tracé de la pression normale. Le poser du pied est suivi immédiatement du double appui pendant lequel le corps est soumis à deux actions, l’une retardatrice (choc du talon), l’autre accélératrice (poussée delà pointe). La tête est alors à son minimum de hauteur au-dessus du plan horizontal ; la tra-
Fig. 77. — Variation de l’effort du membre inférieur sur le sol pendant différentes marches.
Cet effort est décomposé en effort normal et efforts tangentiels positif dans le sens de la progression, négatif en sens contraire.
jectoire de la hanche est ascendante, le corps se porte du côté du pied à l’appui et sa vitesse horizontale diminue. Dans la phase impulsive, la trajectoire de la hanche s’abaisse, le corps se porte en sens inverse, et sa vitesse horizontale augmente (fig. 78).
La composante tangentielle négative augmente d’intensité si l’on charge les épaules d’un fardeau, si la vitesse de l’allure s’accélère, elle augmente de durée dans la marche fléchie le corps penché en avant; dans la marche de parade elle dure peu mais atteint une grande valeur (fig. 77 et 78 bis).
La composante tangentielle positive coïncide avec le dernier tiers de l’appui du pied, elle commence au lever du talon et fi-
l’bgoiæ. FRANÇAISE.
nit avec le double appui, elle mesure l'effort actif de progression et augmente aussi avec la charge et avec la cadence de l’allure mais seulement jusqu’à une certaine limite au delà de
Fig. 78 bis . — Effort normal et tangentiel de la jambe dans la marche le corps penché en avant ou avec une charge.
laquelle elfedéeroit ; élis diminue dansle pas. de parade, dans la marcha®fléchie et le corps penché en avant (fig. 78 bis ).
La composante tangentielle négative existe toujours dans
Fin. 79i — Décomposition de l’effort de la jambe dans une course de fond et une course de vélocité.
la course et augmente avec la vitesse de l’allure, elle coïncide avec l’augmentation du tracé de la pression normale et a pour
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
effet de retarder la vitesse de l’allure. L’effort tangentieï positif coïncide avec l’abaissement du tracé de cette pression ; il
Fig. 80. — Mouvement de la jambe et pressions normale et tangen— tielles du pied sur le sol pendant un appui du. pied dans la course. Les chiffres indiquent des 45 e de seconde.
" v augmente toujours avec la vitesse de l’allure et acquiert une - valeur considérable dans la course de vélocité (fig. 79 et 80).
l’école française
Le départ et l’arrêt de la course donnent lieu respectivement à un effort tangentiel positif et négatif (fîg. 81).
Fig. 81. —- Effort de la jambe, ses composantes normale et tangentielle dans le départ et l’arrêt de la course.
Dans le saut de pied ferme en longueur il n'existe qu’un effort tangentiel positif qui augmente naturellement avec la longueur du saut ; la flexion des jambes, le mouvement des bras au départ influent sur la valéur de cet effort (fig. 82).
Fig. 82. — Effort normal et tangentiel du pied dans un saut en longueur de pied ferme.
Dans les sauts avec élan il y a toujours d’abord effort tangentiel négatif du pied avec lequel on fait son appel et dans le
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE 333
saut en hauteur cet effort négatif est même bien supérieur à l’effort tangentiel positif { fig. 83).
Fig. 83. — Composantes normales et tangentielles de l'effort de la jambe dans deux sauts avec élan en longueur et en hauteur.
L’amortissement de la chute d’un saut en longueur se fait par le poser du talon et sous l’action oblique des jambes qui
Fig. 84. — - Tracés de la pression du pied dans la chute de deux sauts en longueur, l’un (l)à la française, l’autre (2) à la suédoise. La surface en noir correspond à la pression normale, la surface en hachures correspond à la pression tangentielle négative. On voit clairement que la pression s’élève moins et dure plus longtemps dans l’amortissement du saut à la française, comparé à l’amortissement du saut à la suédoise. Cette prolongation de la pression du pied correspond à un choc moins brusque et à une destruction progressive de la vitesse verticale et de la vitesse horizontale du corps.
s’exerce en sens inverse de la vitesse.. Si le pied pose par la pointe, l’effort retardateur négatif est faible et sans durée,.
l’effort normal est au contraire très important, ce qui indique un effort considérable de tension de la part des extenseurs mais un effort mal utilisé (fig. 84).
Dans la marche ascendante sur une pente de 25° environ, il n’y a plus de composante négative au moment du poser du pied mais au contraire un effort positif d’impulsion durant pendant tout l’appui (fig. 85).
Fig. 85. — Décomposition de l’effort de la jambe dans la marche sur nn terrain incliné.
Dans la marche descendante, l’effort tangentiel est constamment négatif et le travail des muscles de la jambe est un amortissement continu du pied. Dans la garde dé la boxe ou de l’escrime et pendant le coup de poing, le coup de pied ou le coup droit, l’effort tangentiel du pied arrière est toujours positif tandis que celui du pied avant est toujours négatif .
Dans le saut de côté l’impulsion est tangentielle positive et est en sens inverse du côté où l’on saute, négative au contraire'au moment delà chute; comme «dans le saut ordinaire.
Nous avons combiné les données cinémaliques de la ehronographie avec la dynamographie et nous avons pu établir la corrélation et le synchronisme de ces indications (fig. 78 et 8@).
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
Note VIII
Amortissement du cïloc dans la chute des sauts.
La chute d’un saut estparticulièremeni difficile à «exécuter ; le corps animé de vitesse vient au contact du sol et doit perdre cette vitesse progressivement sans provoquer d’accident ni compromettre î’équilibre final. Si les articles du membre inférieur étaient immobilisés et raidis, le choc violent qui se produit au poser des pieds pourrait occasionner 4es ruptures d’os, de ligaments et de muscles ou se propage dans les viscères et jusqu’au cerveau où des ébranlements deviennent extrêmement dangereux. Nous avons vu (1) les moyens d’atténuer ce choc en résistant à la flexion qui tend à se produire au moyen de l’action des muscles extenseurs et en ajoutant à cette action celle plus complexe des bras qui déplace avec vitesse île centre de gravité du corps en avant et vers le haut, c’est-à-dire en sens inverse de la chute.
Le saut en profondeur est surtout dangereux à ce point de vue quand il atteint une certaine hauteur. On tombe sur la pointe des pieds, les genoux légèrement fléchis, de sorte que tout l’effet du choc sera supporté par la masse importante des muscles extenseurs du pied, de la jambe et de la cuisse chargés de détruire la vitesse ou d’absorber la force vive qu’avait le corps au moment de la chute, force vive qui se mesure par un travail égal au poids du corps multiplié par la hauteur de chute de son centre de gravité.
Les muscles extenseurs du membre inférieur agissent comme un frein en détruisant progressivement la vitesse de chute et en se laissant étirer en résistant à rallongement ; ils font du travail négatif et une contraction excentrique.
Une question se pose : la chute est soudaine, mais il faut un certain temps pour annuler la vitesse depuis le poser du pied jusqu’à l’immobilité du corps.
(1) Mécanisme et éducation des mouvements.
i/ÉCOLE FRANÇAISE
Ce temps sera variable et d’autant plus court que les muscles résisteront davantage à la flexion et transformeront ainsi le membre inférieur en une béquille plus solide.
Mais les muscles extenseurs sont dans une tension d’autant plus grande au moment du choc qu’ils se laissent moins étirer et que leur souplesse est moindre. D’autre part s’ils ne résistent pas assez à l’allongement, le membre inférieur se fléchit trop et les articulations subissant à fin de course, par suite de la flexion exagérée, tout l’effort que devaient supporter les muscles, risquent d’être fortement endommagées.
Entre ces deux manières d’exécuter la chute d’un saut: l’une avec arrêt brusque sous un angle ne dépassant pas l’angle droit ou l’autre avec un mouvement exagéré de flexion, il y a un juste milieu à tenir pour amortir cette chute sans danger et le faire avec la plus grande souplesse possible.
Des discussions s’étant élevées à ce sujet entre divers praticiens, nous avons cru utile de demander la solution de cette question à nos appareils d’exploration.
Nous avons joint aux analyses chronophotographiques, le tracé dynamographique et voici les résultats de ces recherches :
Les figures (86) sont la reproduction de l’analys» chro- * nophotographique et dynamographique d’un saut exécuté avec souplesse comme nous l’enseignons et comme l’exécutent les bons praticiens. En les comparant aux figures correspondantes de l’analyse de la chute d’un saut comme on l’enseigne dans la méthode suédoise, c’est-à-dire en arrêtant brusquement la flexion des jambes sous l’angle droit et sans l’aide des bras, on voit de suite dans ce dernier saut la pression des pieds, même en touchant le sol par la pointe, acquérir une valeur énorme qui vaut, en kilogramme, environ quatre fois le poids du sujet (fig. 86).
Dans le saut à la française cette pression n’atteint pas les deux tiers de la précédente et elle se prolonge beaucoup plus, ce qui indique plus de moelleux et de douceur dans le mode d’amortissement et de destruction de la vitesse
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
verticale. La pression des pieds sur le sol mesure la tension que les muscles ont à subir, cette tension est donc bien inférieure. dans le saut français que dans le saut à la suédoise.
Fig. 86. — Courbes de la pression normale du'pied sur le sol pendant l’amortissement de deux sauts en profondeur. La figure supérieure correspond au saut suédois, la courbe inférieure au saut français. Celui-ci se distingue par une valeur moins grande de la tension des muscles et une plus longue durée de cêtte tension. L’aire indiquée par des hachures a la même valeur dans les deux cas la hauteur du saut étant la même, mais la forme de cette aire est différente.
De l’analyse cinématique du saut en profondeur il est facile de déduire la loi de diminution de la vitesse due à la tension des muscles. Cette tension est naturellement liée directement à la quantité dont cette vitesse diminue dans l’unité de temps. Le trait pointillé correspond ,au saut raidi sans l’aide des bras, le trait plein au saut exécuté suivant les indications du manuel français ; on voit que la vitesse arrive beaucoup plus vite à zéro en se seryant de la première méthode qu'en continuant plus longtemps la flexion des ïambes
* . • s*iCOiiue.\^u vuiiia vitesse
et en résistant ; de là cette tension être brusquement arrêdu muscle et ce choc brusque tout tée dans le second cas, à fait mauvais (fig. 87).
Les figures 88 sont les analyses chronôphotographiques de deux sauts en longueur sans élan ; l’un est exécuté à la ma-
o z 4 6 4S dtf.
Fig. 87. — Courbe de la vitesse verticale de la hanche dans un saut en profondeur exécuté avec l’aide des bras et souplesse (trait plein) et à la suédoise (trait ponctué), unité de temps 1/45» de
nière française en touchant terre par le talon, les jambes portées en avant et en se relevant sans changer la place des pieds après avoir détruit sa vitesse horizontale, l’autre à la manière suédoise en touchant terre par la pointe des pieds et en immobilisant les bras.
Les courbes (fig. 89) indiquent les différentes valeurs de la vitesse verticale et horizontale delà hanche et de la tête en fonction du temps et dans les deux chutes à partir du
Fig. 88. — Comparaison des trajectoires de la tête,et de la hanche dans deux sauts en longueur de pied ferme exécutés selon la méthode suédoise (trait plein), et française (trait ponctué).
On voit dans le dernier la chute se prolonger et la vitesse du corps s’annuler progressivement.
moment où le pied touche terre. Le trait plein est la courbe de la vitesse correspondant au saut français, le trait ponctué se rapporte au saut suédois.
On voit clairement cette vitesse présenter une loi de décroissance moins brusque dans la première manière que dans la seconde où l’on résiste trop fortement à la flexion des jambes sans employer l’aide des bras.
L’amortissement de la vitesse horizontale (fig. 89,1) se fait sensiblement dans le même temps pour les deux sauts, mais la stabilité et l’immobilité du corps à la fin de la chute est beaucoup mieux assurée dans le saut français où l’on voit la trajectoire delà hanche se redresser verticalement pendant l’action des jambes tandis que dans le saut suédois cette
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
-trajectoire est allongée pendant l'appui du pied, ce qui indique une annulation insuffisante de la vitesse horizontale.
Sous l’action de cette vitesse restante, le corps parcourt encore un espace plus ou moins long avant de s’immobiliser et les pieds doivent même se déplacer pour prendre appui sur le sol une seconde fois au-delà des empreintes de la .première chute si le saut est un peu long.
Fig. 89. — 1. Courbes de la vitesse horizontale de la tête dans deux sauts en longueur efïectués : l’un (trait plein), à la manière française; l'autre (trait ponctué), à la manière suédoise. — 2. Courbes de la vitesse verticale de la tête dans les mêmes sauts. On voit clairement la vitesse s’annuler plus brusquement dans le saut suédois, ce qui correspond à une tension plus forte des muscles que dans le cas dun amortissement moelleux et progressif. Cette tension est mise en évidence dans les tracés dynamographiques normaux et tangentiels à droite de la figure où l’on voit les pressions normales et tangentielles du saut suédois (à l’extrême droite) n’avoir pas de durée, mais acquérir une grande valeur.
Ce fait s’explique facilement : en posant la pointe du pied la première dans un saut en longueur, l’action du membre inférieur n’est pas dirigée contre le sens de la vitesse du corps mais suivant une ligne qui fait avec l’horizontale un angle plus grand que l’angle de chute c’est-à-dire que l’angle de la tangente à la trajectoire du centre de gravité au moment ■où les pieds prennent contact avec le sol. L’immobilisation de la pointe du pied oblige donc le corps qui possède encore
l’école française
de te vitesse, à tourner autour de ce point fixe. Le sauteur doit donc se déplacer en avant pour éviter une chute sur la face {fig. 36).
Dans le saut français, au contraire, les Jambes étant portées en avant, l'action des divers segments qui s’étendent peut être dirigée suivant la tangente au dernier élément de la trajectoire parabolique du -centre de gravité, ce qui assure la stabilité au point de chute à la seule condition que le sol ne soit pas glissant et présente assez d’adhérence au pied.
Dans le saut en longueur avec élan la chute sur la pointe des pieds est à fortiori dépourvue de toute stabilité, et devient impossible à réaliser.
La vitesse verticale du corps est encore annulée plus vite c’est-à-dire sans souplesse et sans moelleux.
L’amortissement de la vitesse horizontale se fait à peu près dans le même temps dans les deux manières de procéder, mais la vitesse horizontale conserve dans le saut suédois une valeur supérieure à l’autre. Tandis que dans le saut français l’espace parcouru par le corps est presque nul pendant la chute, ce qui indique une stabilité parfaite, dans le saut sur la pointe des pieds à la suédoise la chute est tout à fait incertaine. Les trajectoires de la hanche et de la tête s’allongent pendant que le corps fait une série de petits bonds indéterminés pour s’arrêter au delà du point de chute en parcourant encore un espace de plus de 60 centimètres. Le sauteur qui veut immobiliser les bras fait des contractions bien inutiles et se prive d’un moyen d’équilibre naturel tout-à-fait efficace que tous d’ailleurs emploient instinctivement.
Note IX
Décomposition des forces ayant pour effet d’amortir la chute d’un saut.
Quand le pied touche le sol, l’action du membre inférieur est dirigée suivant la ligne du talon à la hanche. Trois cas peuvent se présenter : 1° Cette ligne est oblique et dirigée
MÉTHODE, EXPÉRIMENTALE
en sens, inverse de la vitesse ; l'amortissement se fait avec diminution progressive de celle-ci et le corps se rétablit sur le sol dans la direction verticale (fig. 90,4). i 2° L’effort des membres inférieurs se fait suivant une direction qui passe au-dessous de celle de la vitesse, ceci arrive; quand les jambes ne sont pas assez portées en avant, le corps continue alors à tourner autour des pieds (fig. 90.3) et tombe en avant.
Fig. 90. — Inclinaisons différentes du membre inférieur par rapport à la direction de la ¥Îfes@e au mômeat de la nbute d un saut en longueur. — 1. L’effort d’extension du membre inférieur est une action A F dirigée en sens inverse de la vitesse A Y. Celle-ci est annulée peu à peu et l’équilibre final et assuré. —• 2. La jambe est trop oblique, le pied est porté trop en avant, Faction du membre inférieur A F annule Une partie seulement dé la vitesse du corps, il en résulte une composante V„ qui fait tomber le corps en arrière.—
3. La jambe est trop verticale (saut suédois), le pied pose par la, pointe ; l’action du membre inférieur A F ne peut pas annuler la composante V„ de la vitesse, le corps est entraîné infailliblement *■' en avant du tour du point O. ' . '
3° L’effort des membres inférieurs se fait suivant une direction oblique qui ne coïncide pas avec celle dé, la vitesse mais passe au-dessus de celle-ci (fig 90,2) et le corps tourne autour du pied et tombe en arrière.
4° L’effort des membres inférieurs est normal au sol et rie peut détruire dans ce cas que la composante verticale de la vitesse de chute, la composante horizontale de celle-ci restant . entière et ayant pour effet certain de faire tourner le corps
i/ÉCOLE FRANÇAISE
autour des pieds et de provoquer la chute sur la face avec d’autant plus de violence que le saut est plus allongé (fig. 90.3).
Notons que le poids du corps est une force qui s'ajoute à l’action des jambes quand celles-ci sont portées en avant pour retarder la chute en avant et que l’extension du tronc et le mouvement vif des bras en avant retardent aussi la vitesse horizontale du centre de gravité du corps. Toutes ces actions synergiques ajoutent leur effet et donnent à la chute du saut un moelleux et une souplesse qu’on aurait tort de négliger et qui ne peut s’obtenir autrement.
Tous les animaux obéissent à la loi du moindre effort qu’ils soient quadrupèdes comme le cheval, bipède comme le kangouroo ou oiseau comme le canard, et se servent à peu près des mêmes procédés pour atténuer leur chute sur le sol. Les figures qui précèdent sont assez explicites pour le démontrer clairement. (Fig. 40, page 204).
Note X
Comparaison du coup droit progressif et du coup brusque dans l'escrime.
La chronophotographie nous a donné un moyen facile d’amalyser le coup progressif et àe \e comparer au coup brusque exécuté par un même sujet.
Sur la figure ci-contre reproduction d’un cliché de ce genre,, la pointe de l’épée parcourt un espace horizontal de 0 m , 87 en 36/45 de seconde, sa trajectoire est sinueuse ; elle est engendrée par les différents mouvements de la jambe arrière, du tronc, du bras et de la main.
Action de la jambe en arrière. La trajectoire de la hanche est la résultante de la rotation du membre inférieur autour de la cheville du pied et par l’extension de ses segments. Ces deux mouvements de rotation et d'allongement sont mis en évidence dans la fig. 92 et les courbes (fig. 93, 94) en montrent les variations.
L’extension commence au temps O, se termine au temps 28.
Fig. 91. — Analyse chronophotographique sur plaque fixe et sur fondjnoir d’un coup d épee. (Coup droit progressif).
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE
l’école française
Action du tronc. La ligne qui joint la hanche à la tête a deux mouvements d’inclinaison inverses autour de la hanche.
1° Un mouvement en arrière du temps O au temps 12, ce qui indique que le tronc ne se conforme pas immédiatement à l’impulsion de la jambe ; 2° un mouvement en avant du temps 12 au temps 36.
Action du bras. La ligne qui joint l’épaule au poignet a, comme le membre inférieur, un mouvement angulaire et un mouvement d’extension.
Le premier se passe du temps 3 au temps 32, l’extension commence au temps 8 et se termine au temps 24.
Action de la main. La main imprime à la lame un mouvement d’abaissement et d’élévation. Abaissement du temps O au temps 16 ; flottement du temps 16 au temps 22, élévation du temps 22 au temps 36.
La fig. 92 représente les trajectoires respectives décrites dans l’espace et les positions remarquables du coup droit progressif.
La fig. 93 représente en un seul tableau les courbes des vitesses horizontales de la pointe et de la hanche dans l’espace, de l’épaule par rapport à la hanche et du poignet par rapport à l’épaule.
L’analyse du coup brusque fait dans des conditions identiques permet de comparer ce coup au coup progressif et donne les résultats suivants :
La pointe de Vépée parcourt un espace de 0 m 85 compté horizontalement dans 36/45 e de seconde temps égal à celui de la durée du coup progressif, mais les sinuosités de la trajectoire décrite sont plus accentuéés. La trajectoire de la hanche est aussi plus sinueuse, la jambe se tend plus tôt, au temps 22 et non au temps 28.
Dans le coup progressif, F extension se produit lorsque la jambe est déjà très oblique, ce qui empêche la surélévation de la trajectoire de la hanche très sensible dans le coup brusque.
Vinclinaison du tronc en avant commence au temps 10. Le
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F*. 92. - Epure tirérde l’épreuve chronophotographique precedente ou sont indiquées les p <tioiss synchrones de la hanche, de la têt*, de l’épaule, du poignet et de la pointe du fleuiet avec leurs trajectoires respectives, à des intervalles d’1/45 de seconde. On voit ainsi comment la trajectoire de la pointe est engendrée.
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE 345
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bras s’étend au temps 4 au lieu du temps 8, c’est-à-dire plus tôt que dans le coup progressif, il est complètement étendu au temps 20 au lieu du temps 24.
L'action de la main sur la lame a lieu dans le même sens, mais elle est plus accentuée.
La détente vive de la jambe et du bras ont pour effet, dans le coup brusque, d’augmenter considérablement la vitesse de la pointe au début, mais ces actions cessant plus tôt que
Fig. 93. — Courbes de la vitesse horizontale de la pointe, du poignet, de l’épaule et de la hanche dans le coup droit exécuté progressivement. Cette épure se déduit de la précédente (fig. 92) en portant sur la ligne du temps des ordonnées proportionnelles à l’espace parcouru horizontalement par chacun de ces points.
dans le coup progressif, la vitesse décroît très vite et l’on perd à la fin du coup le bénéfice de la vitesse gagnée au début. On est donc autorisé à dire qu’il y a surcroît de dépense sans supériorité dans le résultat obtenu.
Le coup brusque peut présenter des avantages contre un adversaire placé à distance réduite. Si ce dernier est, par exemple, à la distance de 0 m. 70 de la pointe, le coup progressif toucherait en 24/45 e de seconde, et le coup brusque en 21/45 0 de seconde; différence 3/45* de seconde.
MÉTHODE EXPÉRIMENTALE 347
Mais, dès que la distance à franchir dépasse 0 m. 80, il est évidemment préférable d’utiliser le coup progressif.
• Fig. 94. -— Courbes de la vitesse de la pointe, du poignet, de l’épaule et de là hanche dans le coup droit exécuté brusquement. L’unité de temps 1/45® de seconde est comptée sur la ligne des abscisses, l’espace parcouru est proportionnel aux ordonnées, et porté au-dessus de cette ligne ‘ pour le mouvement en avant, au-dessous pour le mouvement de reciil.
Les temps dans ces analyses sont comptés en 45 e de seconde, unité donnée par la rotation du disque obturateur de l’appareil chronophotographique.
Note XI
La vitesse du coup de poing.
La chronophotographie m’avait déjà permis de mesurer la Vitesse d’un coup de poing, comme celle du coup d’épée (1) et de me rendre compte comment cette vitesse est engendrée par l’extension des divers segments du corps.
(1) La Nature, ii octobre 1890.
l’école française
Je me suis servi iei d’un procédé plus direct pour obtenir cette mesure. J’ai construit une sorte de cible sur laquelle on frappe le coup de poing. Cette cible contient un grand nombre de spirales de tubes de caoutchouc comme le dynamographe et ces tubes aboutissent tous à un collecteur unique qui communique avec les appareils enregistreurs indiquant le moment où l’on frappe, l’intensité du coup et sa durée.
Pour annuler les causes d’erreur inévitables dans la transmission du mouvement par l’air et le retard de l’inscription du coup qui en est la conséquence, j'introduis immédiatement sous l’enveloppe de cuir qui recouvre la cible une pince électrique qui ferme un circuit au moment où le poing frappe et la comprime.
Un signal optique est placé au-dessus de la cible, il consiste en un obturateur démasquant une lampe à incandescence au moyen d'un déclic électrique silencieux et mis en action à distance. Le sujet donne son coup à ce signal et j’inscris sur la même feuille : le moment où le signal est démasqué, l’arrivée du poing sur la cible et son effet, c’est-àdire la durée et l’intensité de la pression pendant le coup (%• 95 ).
Le temps compté en 100 e de secondes au moyen d’un diapason entre l’apparition du signal et le choc du poing mesure la durée du coup de poing plus la durée de l’acte mental depuis la perception du signal jusqu'au commencement de l'exécution du mouvement. Voici les résultats moyens obtenus sur quatorze sujets tous exercés et entraînés à la boxe.
Le temps écoulé entre l’apparition du signal et la touche a été en moyenne 46/100 e de seconde ; cette durée est particulière à chaque sujet et s’abaisse à 38/100® pour les sujets très vite qui sont des sujets d’élite, mais il y a dans cette durée et pour un même sujet une constance remarquable.
Lé coup donné du bras arrière est plus rapide que le coup de poing du bras avant. La durée a été en moyenne de 50/100 de seconde pour le bras avant et 45,5 centièmes de seconde
Fig. 95. — Disposition pour mesurer la vitesse du coup de poing et tracés obtenus donnant en 100 e de seconde la durée relative de l’acte nerveux et celle de l’exécution avec l’intensité du coup.
tant le poing en contact avec la cible et en mesurant le temps de réaction au signal optique c’est-à-dire en supprimant la distance à franchir du poing à la cible. Ainsi sur les38/100 e
l’école française
de seconde delà durée tqtale du coup, le temps employé par l’acte nerveux serait de 24/100, ce qui donne 24 centièmes pour Pacte nerveux et 14 centièmes pour Pacte musculaire ou l’exécution. Il faudrait donc à un boxeur presque le double de temps pour se décider que pour agir.
Ces exemples suffisent pour montrer combien l’application des méthodes exactes de mesure aux résultats de l’éducation peuvent éclairer celle-ci, la diriger dans une voie sûre à Pabri des opinions vacillantes et des tâtonnements fâcheux. Nous demandons qu’on reprenne ces travaux interrompus et qu'on multiplie les laboratoires de recherche dans tous les pays.