‹ Evolution de l'éducation physique. L'Ecole françaiseChapitre 3 sur 37 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

L’application de la science a la pratique de la vie est une chose délicate qui demande un tact particulier et une longue expérience.

Depuis 30 ans f ai essayé <Béclairer Véducation physique au moyen des connaissances de la physiologie moderne ; il m'a . semblé que, bien maniée par des mains expertes, cette méthode devait donner des résultats certains , comme dans toutes les autres applications.

Le Cercle de gy mnastique rationnelle fondé en ±880, là Station physiologique édifiée avec Marey en 1882, le cours municipal d’Education physique créé en 1890, la Chaire de physiologie appliquée et le laboratoire d’expériences inaugurés à VEcole de Joinville en 1902, le Cours Supérieur cl’éducation physique ouvert en 1903par le Ministre de F instruction publique ont été la manifestation de cette pensée dominante de ma vie.

J’ai suivi ma voie malgré les obstacles que Von m’a suscités, guidé par ma foi dans la science humaine. Mais, si la science n’est pas une magicienne nous ouvrant le pays des merveilles sans travail et sans peine, elle n’est pas non plus une ingrate qui ne couronne jamais nos efforts; elle reste une conseillère sure pour qui sait Vinterroger et la comprendre à la condition de ne jamais quitter le terrain sûr de l'expérience et de n’accepter que la réalité des faits souvent contraire à nos opinions.

Cette entreprise généreuse et haidie a tenté depuis des personnes insuffisamment préparées ; les esprits scientifiques sont rares, les dogmatiques et les sentimentaux sont légion. L’œuvre demande, pour être achevée, des efforts continus

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et convergents ; se hâter et vouloir construire sans matériaux solides, avec des hypothèses, ce serait retomber dans la métaphysique avec toutes ses erreurs et toutes ses confusions.

A côté des rares travaux ayant un caractère nettement positif pullulent les productions pseudo-scientifiques, qui dénotent chez les auteurs plus de talent littéraire que de méthode et de connaissance de leur sujet.

Ce mouvement confus etaii~fatal, nous l’avons prévu et d’ailleurs il ne nous inquiètegiïère.Cependant des livres habiles savent donner Vapparence de la vérité à des choses sans fondement, ils égarent ainsi l’opinion et retardent le progrès. On peut dédaigner les attaques personnelles mais on ne peut laisser trahir la vérité. Il faut dénoncer les erreurs de ces livres à thèses paradoxales qui, sous la forme de Vapostolat, donnent un démenti au bon sens. On essaie de faire dévier de sa direction un mouvement généreux et utile, il est temps de remettre les choses au point et de revenir dans la bonne voie ; ce rôle est trop beau pour ne pas nous tenter.

N’oublions pas qu’en dehors de la Nature, loin des choses vécues et constatées il n’y a que rêveries et créations éphémères sans aucune portée.

Au moment de prendre une décision et d’établir Véducation physique de notre pays sur de nouvelles bases, n oublions pas que nous avons un passé, n’ayons pas la folie de laisser perdre et d'abandonner les acquisitions antérieures si excellentes surtout au point de vue militaire, pour verser dans la fantaisie et finalement nous amoindrir.

La réforme de notre éducation physique ne doit pas être un avortement. Augmentons nos ressources en complétant nos lacunes, mais ne faisons pas un troc désavantageux ni une mauvaise affaire pour le simple plaisir de changer.

On nous ressasse à satiété le nom de Ling, mais on ignore le nom de ses devanciers, on oublie les efforts qui ont été faits chez nous et les travaux remarquables qui ont préparé le terrain a la véritable éducation physique scientifique et française. C’est une injustice criante, c’est un devoir pour nous de la réparer.

Janvier 1908. G. Demeny.

PHASE EMPIRIQUE

Académie de tous les Sports à l’île de Billancourt, projetée par Triât.

PHASE EMPIRIQUE

Documents historiques. — Rappel de l'héritage des prédécesseurs.

: Toute doctrine a son histoire. Il n’est pas d'exemple de science spontanée ni d’acquisitions définitives. Ce qu’on sait aujourd’hui •s’ajoute à ce que l’on saura demain ; on a bien travaillé lorsque les observations nouvelles ne détruisent pas les notions admises e^n’obligent pas le penseur à transformer sa doctrine de fond en comble, mais seulement à la compléter.

Les faits bien observés demeurent seuls inattaquables, tandis que leur classement et leur explication varient, comme nos opinions. Le changement d’opinion constitue souvent même une marque de progrès et un état plus avancé dans la connaissance et l’application des choses.

Chaque pays a sa façon de pourvoir à ses besoins~natü~ rels ; il n'y a pas de principes économiques ni de lois sociologiques ni de règles d’hygiène applicables à la lettre à toutes les populations de la terre; le milieu est un facteur si complexe et si considérable dans ses effets qu’il est impossible de le négliger et de raisonner sur l’être vivant d’une façon abstraite sans tenir compte des influences contingentes.

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Ces vérités sont surtout applicables à l’éducation générale des populations et à l’éducation physique en particulier.

Faire le tableau de l’évolution de l’éducation physique en France, c’est donc faire l’histoire de notre évolution morale et mentale ; c’est montrer nos tâtonnements, notre ignorance et nos erreurs, nos efforts pénibles vers la vérité, les luttes pour conserver le terrain conquis sur le charlatanisme, c’est dévoiler nos égoïsmes mesquins et nos sacrifices héroïques.

Notre évolution ne se fait pas d’une façon continue, nous n’allons pas d’emblée vers la vérité, nous avançons par à coups dans des chemins tortueux, sans ordre et sans suite. La marche au progrès est lente et incertaine; les connaissances acquises ne se transmettent pas directement ni intégralement à nos descendants, l’évolution n’est pas la somme de ces connaissances, mais une résultante des mouvements eu avant et des mouvements dé recul.

Les acquisitions antérieures sont souvent même dénaturées et faussées par les préjugés, l’ignorance, les mauvaises informations, les ouvrages tendancieux et intéressés ; ainsi l’unité d’action et de direction fait complètement défaut.

On assiste au recommencement des choses faites, à des redites, au retour d’arguments usés et d’opinions condamnées depuis longtemps par l’expérience à cause de notre aveuglement, quelquefois même dans le but misérable de cacher la vérité.

Quand on s’occupe d’une question aussi vaste, peut-on prétendre à la traiter seul, peut-on ignorer son état actuel et ses antécédents ? doit-on cacher les travaux antérieurs ou les copier sans rendre un hommage de reconnaissance à nos prédécesseurs, ceux à qui nous devons les vérités d’aujourd’hui, vérités qui ont demandé pour se faire jour dés luttes, des sacrifices et des souffrances. Agirait-on ainsi dans la science et même dans l’industrie. Au moment où nous prenons le problème en main, il faut faire le bilan des faits établis, en montrer les étapes successives, indiquer, comment s’est modifiée la notion d’éducation à différentes époques, puis, mettant en lumière les acquisitions nouvelles, re-

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