APERÇU GÉNÉRAL
Quand on examine sans parti pris les formes successives de l’éducation physique, on la voit d’abord exclusivement naturelle ; l’homme subit l’influence du mouvement qu’il se donne sans méthode en cherchant simplement sa nourriture, en combattant pour son existence et pour l’amour, en pourvoyant en un mot à ses besoins, à ses plaisirs et à sa défense personnelle. Il n’y a pas encore à proprement parler éducation, mais exercice.
Chez les peuples d’Orient existent depuis la plus haute antiquité des pratiques religieuses qui embrassent l'hygiène et la médecine ; elles se proposent le perfectionnement humain et la guérison des maladies par le mouvement et les moyens naturels.
Entre les mains des Grecs ces traditions se développèrent, l’éducation physique devint un art poussé aussi loin que possible. Les passages de Platon relatifs à la gymnastique et à l’hygiène sont à retenir en entier, ils sont conformes à la science moderne du mouvement et noua aurions peu de chose à y changer si les conditions de vie, de milieu et de société étaient les mêmes aujourd’hui.
Cela s’explique, les anciens ne parlaient et n’écrivaient que des choses vues et vécues, ils étaient avant tout des praticiens ; associant toujours l’idée et l’action, ils ne pouvaient comprendre la spécialisation du travail de l’esprit sans la culture physique menée parallèlement et l’idéal de perfection et de beauté qu’ils recherchaient dans la nature humaine leur fit produire des merveilles.
Cet idéal fut ensuite remplacé parla recherche du plaisir ; le luxe et la mollesse amenèrent tout leur cortège de vices
et de lâchetés et l’on vit cesser cet admirable effort de l’humanité vers une perfection divine et s’écrouler aussi? tôttoutes les belles institutions qui en étaient la conséquence ; les conseils et les supplications des sages n’y purent rien, il y a une fatalité dans les lois naturelles, la vie est peut-être un perpétuel recommencement des choses.
La décadence de Rome s’accéléra avec les jeux du cirque, elle apporta un dédain profond de l’éducation virile et. par un revirement qui peut s’expliquer,fatiguée par des excès n’amenant après eux que calamités et malheurs,l’humanité inquiète se tourna vers un autre foyer d’espérance, ne pouvant plus compter sur ses propres forces épuisées, elle eut la vision d’une vie supraterrestre et ne fit plus que de s’y préparer. Le corps abandonné et méprisé se soutint juste assez pour donner une misérable assise à l’exaltation passionnée des facultés cérébrales; les extases et les sacrifices sublimes des martyrs ne servirent qu’à sa ruine complète.
Archange Tuccaro.
La chevalerie et la noblesse avaient eu la précaution de conserver d’antiques tradilions. L’éducation d’un seigneur du moyen-âge ne laisse rien à désirer sous le rapport de la débrouillardise et était bien adaptée au rôle qu’il devait jouer. La vie de seigneur au moyen-âge était toute de luttes continuelles et de brigandage, il fallait pour la pratiquer, èxceller dans tous les exercices athlétiques.
Archange Tuccaro nous trace un tableau vivant de cet entraînement quand il nous fait l’éloge du roi Charles IX « lequel en quelque exercice du corps que c’eust été s’exercitoit de grande affection auec certaines règles et mesures.: il domptoit le cheual le plus fier et rebours qui eust pu estre, avec telle prudence que l’art et Son bon jugement lui enseignoienl : il s’esprouvoit contre le plus fort et robuste luicteur qui fust : il s’estudiait à la course : il s’adonnait à tout espèce de saut, s’y monstrant fort adextre et dispos : il tiroitfort proprement des armes avec les plus grands maîtres