‹ Evolution de l'éducation physique. L'Ecole françaiseChapitre 5 sur 37 · RABELAIS ET MONTAIGNE · texte numérisé non relu

RABELAIS ET MONTAIGNE

d’escrime : il était merveilleusement agite à se manier et voltiger sur vn cheval de bois. Il estimait estre chose très honorable de sçauoir toutes sortes de bals et de dances, esquels par-dessus tout la mesure et cadence est nécessaire.

Il estoit désireux au possible de s’exercer à ces sauts périlleux, esquels j’auois cet honneur de lui servir de maistre : il prenait à grand plaisir tous les ieux de bals : il ressemblait un nouveau Mars en toute manière de tournoy : il estoit chasseur infatiguable, et y estoit très-expert.

Rabelais et Montaigne.

Rabelais nous montre, en quelques pages, à propos de l’éducation de Gargantua, ce qu’est l’Art de la chevalerie.

Tous les exercices pratiques qui donnent de la valeur à l’homme y sont décrits avec cette verve particulière à cet auteur, il-insiste sur l’application pratique : « Luctoit, couroit, sautoit, non à trois pas un sault, non à clocbepied, non au sault d’alleman. Car, disoit Gymnaste, tels saults sont inutiles et de nul bien en guerre. Mais d’un sault persoit un fossé, voloit sus une baie, montoit six pas encontre une muraille, et rampoit en ceste façon à une fenestre de la haulteur d’une, lance. » -

Montaigne indique nettement l’harmonie de l’être humain : ce n’çst pas une âme, ce n’est pas un corps, qu’on dresse, n’est un homme : « il n’en fault pas faire à deux; et comme dict Platon, il ne fault pas les dresser l’un sans l’autre, mais les conduire également, comme un couple de chevaulx attelez à mesme timon. »

Cette éducation virile, spéciale à la noblesse, formait à coup sûr des sujets d’élite, il en sortait quelques individualités marquantes, quelques familles privilégiées. Mais ce n’était pas une éducation nationale.

Le peuple était oublié, il lui restait heureusement la paume, la danse, les rondes et quelques jeux nationaux.

Cet état d’indifférence dura longtemps et l’on oublia tota-

lement les traditions anciennes pourtant mises au grand jour par les écrits de Mercurialis. Pendant les périodes troublées de la Révolution on chercha à les faire

écrits n’ont pas manqué, on ne voit pas de système nettement formulé et présentant un corps de doctrine avant Papparition des trois chefs d’école Amoros, Jahn, Ling, qui s’inspirant des grands éducateurs allemands, de Pestalozzi, Coménius, et des anciens philosophes grecs cherchèrent à faire revivre l’exercice sous différentes formes en rapport avec les caractères des pays respectifs auxquels ils s’adressaient.

Ils faisaient appel : Jahn à la passion, Ling à la raison humaine, Amoros aux qualités brillantes de la race ^|r>

latine.

Cette genèse des systèmes Jp-

fera naître leur incompatibilité dans la suite ; on ne modifie pas en effet le caractère d’une nation par une éducation étran-

gère, c’est le contraire qui a ^

lieu, les procédés d’éducation

se modifient d’après les carac-

tères jusqu’à ce que leur adap- l

tation parfaite au génie d’une

race soit obtenue. jahn

Rendons hommage aux trois Le chef de l’Ecole Allemande, hommes de bien qui ont, cha- ( 1778 - 1852 )

cun dans leur milieu, secoué l’indifférence et ont fait naître des énergies nouvelles.

Jahn et Amoros ont remué le cœur humain et lui ont fait

renaître; mais.

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