‹ Évolution des troubles de l'intelligence et du caractère à la pubertéChapitre 6 sur 33 · MONSIEUR LE PROFESSEUR CROUZON · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE PROFESSEUR CROUZON

Aux Docteurs :

SOULIE, Médecin des Hôpitaux de Paris.

FUNCK-BRENTANO, Chirurgien des Hôpitaux de Paris.

LELONG, Médecin des Hôpitaux de Paris.

BASCH, Médecin des Hôpitaux de Paris.

VESLOT, Ancien interne des Hôpitaux de Paris.

CHRISTOPHE, Assistant des Hôpitaux de Paris.

à qui je dois de la reconnaissance à des titres divers.

Introduction

Très fréquemment, nous voyons à la consultation hospitalière et à l'hôpital des adolescents anormaux de l’intelligence et du caractère : ce sont des débiles mentaux éducables ou non, des déséquilibrés, émotifs, instables ou pervers, pour lesquels la famille vient demander un avis, alors qu'aucune possibilité thérapeutique ne s'offre plus pour améliorer le débile, lorsque de graves troubles de la conduite montrent que l'intervention médicale est trop tardive.

Quand nous interrogeons les parents et que nous leur demandons pourquoi ils n’ont pas consulté un médecin, alors que leur attention aurait dû être attirée sur le retard intellectuel ou les troubles du caractère de leur enfant, il arrive très souvent qu’ils nous répondent qu’ils ont demandé à maintes reprises un avis médical et que le médecin leur a dit : « L’état de votre enfant s’arrangera à la puberté. »

Nous voulons insister sur l’erreur médicale qui consiste à reporter à l’époque de la puberté des soins à donner et des décisions à prendre, alors que la puberté rend pratiquement le problème insoluble.

Cette erreur est fondée sur la conception que se font de la puberté romanciers et psychologues, et même médecins, conception qu'ils se transmettent religieusement sans la discuter : tous font de la puberté une véritable révolution, une « crise », un apport de fonctions ou de qualités entièrement nouvelles, un remaniement complet avec disparition des tendances infantiles, apparition de tendances nouvelles ; l'intelligence retardée s’éveille, le caractère se transforme.

< Nous naissons pour ainsi dire en deux fois. Comme « le mugissement de la mer précède de loin la tempête, « cette orageuse révolution s'annonce par le murmure « des passions naissantes ; une fermentation sourde

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« avertit de l'approche du danger ; un changement dans « l'humeur, etc. C’est ici la seconde naissance, dont j'ai « parlé. C'est ici que l'homme naît, véritablement à la « vie. » (L’Emile).

Voici pour le romancier.

Pour d’autres, à seize ans, en une année, apparaît une nouvelle personnalité. « C’est à seize ans (écrit M. Ga- « CHEs) qu’éclosent les passions, celles de l’âme comme « celles du corps. C’est à seize ans qu’on prend au com- « merce de ses semblables, de tous ses semblables, l’ins- « tinct de la bonté et de l'égalité, ou au contraire qu’on « se renferme dans la morgue qu’inspire la fortune ou « la situation de la famille. C’est à seize ans qu’on devient « compatissant et bon, ou au contraire dur et égoïste. « C’est à seize ans que les uns ouvrent leur âme aux « bêtes suggestions de l’orgueil, les autres au triste « conseil de la haine. AR ! combien il importerait qu’en « cette année critique, tous les enfants fussent mis à « même de se connaître, de se pratiquer, de s’aimer, « sans distinction de classe ni de rang. >» (L’Enseignement de la Morale).

« Dans l'adolescence, non seulement les facultés qui « existaient déjà chez l'enfant changent de caractère…., « mais des pouvoirs nouveaux apparaissent, le senti- « ment religieux se régénère.… Enfin, la vie morale se « fortifie et s’élargit parce que le « sens du péché » « s’est éveillé. » (L’adolescence, Gabriel COMPAYRÉ).

« On ne peut encore, à cette période, découvrir l’es- « quisse du caractère, qui se formera plus tard. » (MEN- DOUSSE, L’Adolescent).

Contrairement à ces conceptions, l'observation objective, basée sur des faits cliniques, démontre que la puberté n’enrichit guère l'intelligence, qu’elle fixe plus le caractère qu’elle ne le modifie. Plus qu’une transformalion, c’est la fin d’une évolution, et tout au plus un épanouissement.

Il semble indispensable, avant d'envisager les modifications du caractère et des aptitudes, que l’on peut ou non observer à la puberté, de rappeler les signes primordiaux de la puberté physique, puberté proprement dite. C’est ensuite que nous étudierons ce qu’on peut appeler la puberté mentale.

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