OBSERVATION III
Cancer de l'utérus. — Utérus géant. — Hystérectomie vaginale.
R... M., trente et un ans.
Cette malade m'est présentée par un de mes confrères de Paris qui la soigne pour une endométrite donnant lieu à un catarrhe utérin que rien n’a pu tarir.
Un curettage a été pratiqué dans de bonnes conditions d’antisepsie. Le résultat obtenu a été nul.
La malade est hantée par l'idée qu'elle est atteinte d’un cancer de l'utérus : sa mère est morte d’une affection de ce genre à l’âge de quarante-cinq ans. Les détails qu'elle fournit à ce sujet sont des plus concluants.
Il y a en outre, dans sa famille des cas évidents de cancer.
Pas de douleurs vraies, mais une sensation de gène, de pesanteur que ne peut expliquer la direction très normale de l'utérus, ni sa position : il est assez haut situé pour ne pas admettre qu'il soit en état de ptose.
Réglée de bonne heure, la malade a eu dès le début de son. mariage deux enfants ; ils sont en bonne santé. Elle n'a jamais
fait de fausses couches.
Le toucher indiqué que le col est un peu entr’ouvert et qu'il porte sur sa lèvre antérieure une induration manifeste, siégeant un peu à gauche de la ligne médiane.
Pas de douleur à la pression à ce niveau. Le toucher bimanuel fait reconnaître un utérus doublé de volume, mobile dans tous les sens et ne donnant paslieu, pendant ces manœuvres, à une douleur réelle.
En somme, gros utérus, non dévié, dont l'endomètre sécrète abondamment du mucus et dont le col présente une induration anormale.
Ce sont là des éléments insuffisants pour déterminer une intervention chirurgicale.
Après entente avec le médecin de la patiente, il'est décidé que Je prélèverài un petit fragment au niveau de l’induration et que je le soumettrai à l'analyse histologique. AS
Cet examen conclut à une dégénérescence épithéliale ne faisant aucun doute. ;
Sur ces indications, je pratique l'hystérectomie vaginale le 19 Juillet 1903, avec extirpation des annexes. |
Opération classique, hémostase avec les pinces de Richelot. * Les suites opératoires furent des plus heureuses. |
La malade se remit promptement et sortit le g août 1903 de l'Hôpital International de Paris.
Une nouvelle analyse histologique devenait intéressante, au point de vue de la localisation ou de l’envahissement plus ou moins avancé de l'organe enlevé.
La lésion était limitée à la lèvre antérieure du col, et malgré le volume exagéré de l'utérus, le corps n'était pas envahi par le processus de dégénérescence. Il avait plutôt subi la trans-
formation fibromateuse interstitielle. Voici l'analyse qui m'a été
rernise au sujet de là pièce anatomique confiée à l'examen
Due DR
« Les sept fragments cubiques soumis à * analyse ss
phique proviennent ;
19 De la partie gauche du col de mans pee antérieure ; ; À
N° De la partie droite de la même lèvre 2
30 Du centre de la lëvre postérieure ;
4° De la partie antérieure centrale, du corps ;
59 De la partie postérieure centrale du corps ;
60 D’ un point voisin de la corne droite ; |
Jun point voisin de la corne gauche.
Ils sont renfermés dans sept flacons étiquetés et numérotés :
Le fragment provenant de la partie gauche de la lèvre antérieure a subi la dégénérescence épithéliale et doit être appelé : épithélioma limité à la zone glandulaire.
Aucune lésion de dégénérescence: dans ;les fragments analysés et portant les n° 2 et 3. Les fragments 4 et 5, provenant de la partie médiane antérieure et postérieure de, l'utérus, indiquent que le muscle utérin est normal. La muqueuse qui les double est hypertrophiée mais non dégénérée.
Rien d'anormal dans les fragments prélevés au niveau des cornes.
La conclusion est donc : épithélioma limité à la lèvre antérieure du col, avec intégrité de toutes les autres parties soumises à l'analyse.
Cette malade, extrêmement intéressante en raison des con-
sidérations qui viennent d'être exposées, est aujourd hui dans
un état de santé très florissant.
Revue il y a un mois à peine pour troubles gastriques légers, elle n’éprouve aucun malaise dans la zone génitale.
La cicatrice de l’hystérectomie vaginale est parfaite, il ne s’y trouve aucune trace d'irritation.
L'opération date de quatre.ans et le résultat est si parfait qu'il n’est pas possible de trouver dans l’organisme de la malade le moindre indice de métastase ou de récidive.
Nous savons toutefois combien il faut être réservé au point de vue du pronostic.
Cette observation vient à l'appui de l'opinion émise pour toutes les autres localisations cancéreuses : qu'il faut opérer dé bonne heure. Il est bon que le diagnostic soit encore hésitant, car lorsque les données cliniques sont tellement claires qu'aucun doute n’est permis, souvent l'heure réellement utile, curatrice,
de l'intervention est passée.