INTRODUCTION
Le traitement chirurgical du cancer utérin est passé dans ces trente à quarante dernières années par des phasestrès diverses, tantôt abandonné, tantôt exalté. Les procédés décrits ont été sinombreux, qu’aujourd’hui, où à la suite des prodigieux progrès accomplis dans la technique opératoire, il semble qu’une sorte de temps d'arrêt doive se produire, il nous a paru intéressant d’embrasser d’un coup d’œil le chemin parcouru et, après un retour au passé, de suivre pas à pas, depuis l’origine de cette chirurgie spécialisée, l’évolution des esprits qui a présidé à tant de travaux si divers et si différents.
Ce n’est pas un exposé d'ensemble, une revue de toutes les techniques chirurgicales si nombreuses, qui
ont été tour à tour proposées, sur laquelle nous voulons insister. Naturellement au cours de cette question, force nous sera souvent d’en parler ; mais d’une manière plus générale notre but est d’assister à l’installation, puis à l'établissement des progrès d'une chirurgie spéciale qui, à l'heure actuelle, paraît être arrivée à son apogée. Nous voudrions faire voir comment, par exemple, devenant toujours plus audacieux, parfois plus téméraire, le chirurgien s'attaque tour à tour à une infime partie de l'organe, puis à une plus grande, enfin à cet organe dans sa totalité, d'abord par lés voies naturelles, ensuite par la voie haute.
À chaque pas de cette Sntsn des divergences éclatent entre les progressistes et leurs prédécesseurs et même à sa fin, d’autres débats s’agitentsur l'amplitude d’une intervention que les uns veulent plus que totale, d’autres subtotale.
Il est bien probable, que l'éclosion d’un tempérament plus chirurgical a dû se produire, à la fois, dans quelques cerveaux plus osés. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les Congrès de Chirurgie, de 1886 à 1896, pour voir avec quelle âpreté, avec quelle haine presque, la lutte est suscitée entre les esprits. Chacun tire de son côté, souvent un auteur ne prend la parole que pour blesser ou amoindrir un rival. Et c’est ainsi que de mémorables discussions s'engagent entre Péan, Verneuil, Kœæberlé et tant d’autres, soit pour réclamer la priorité d’une intervention radicale, soit sur la forcipressure et les ligatures.
Faut-il voir dans tant de contradictions la mauvaise foi de quelques-uns ? nous ne le croyons pas. Il est plus vraisemblable que l’évolution des esprits s’étant, d'emblée, propagée dans les différents milieux, plusieurs d’entre eux, parmi les plus grands, ont eu les mêmes idées, en même temps, et qu’alors chacun a apporté sa pierre à la construction de l'édifice ; seulement comme chacun signe son œuvre, et restant confiné dans ses propres travaux, ne reconnait pas le nom d’un collaborateur insoupçonné, il est devenu absolument impossible, à l'heure présente, pour qui lit les comptes rendus des assises mémorables de cette époque, de déchiffrer la signature exacte du véritable créateur d’une méthode.
La chirurgie du cancer utérin est souvent une conséquence de celle appliquée aux fibromes. Si l’on fait abstraction des premiers essais de la période de tâtonnements qui portent aussi bien sur une tumeur soit fibreusesoit kystique ou cancéreuse, on dirait que dans la suite on n’ose plus s'attaquer au cancer et que le traitement radical du fibrome soit une première tentative, à la suite de laquelle on puisse seulement se permettre une opération plus osée, visant une tumeur plus maligne. Toute audace de la technique chirurgicale réalisée d’un côté est aussitôt suivie d’un essai analogue d'autre part.
Mais tandis que pour les fibromes un résultat, complètement heureux, est acquis au bénéfice des interventionnistes, pour bon nombre de cancers, on est encore, en partie, dans l'inconnu pour ce qui a
trait à la valeur des résultats éloignés. Certes, s’il s’agit de néoplasme au début, l’action radicale d’une large exérèse est indubitable; mais une fois ce stade franchi, qui peut affirmer qu'une ablation, même plus que totale, soit réellement curatrice ? Ce que disait Richelot ily a quinze années est resté rigoureusement vrai :
«Dans le traitement du cancer il faut savoir se borner ; ce n’est pasla chirurgie qui en trouvera la guérison ni la médecine vraisemblablement, mais il est un point assuré et qu'il est de toute nécessité de répéter aux malades : c'est que leur seule chance de salut est dans une intervention précoce. »
Telle est la vérité qu'il faut propager ; d'autant qu'avec le secours de l’histologie, le prélèvement d’un petit fragment de la tumeur ou de la région suspecte permet l'établissement précoce du diagnostic, quand il s’agit de l’utérus ou de tout autre organe, comme la langue, facilement accessible à une prise fragmentaire destinée à l'examen microscopique.
Ges conditions générales établies, entrons dans l’étude des faits et ‘réunissons-les pour essayer de comprendre leur enchaînement.