‹ Évolution du Traitement Chirurgical du Cancer UtérinChapitre 7 sur 53 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Période d'abandon de l'hystérectomie

de toute forme

La période comprise entre 1830 et 1878 constitue une phase de transition bien caractéristique par l'abandon général visant tout traitement curatif du cancer utérin. C’est une phase de régression amenée naturellement par les excès prématurés des années précédentes. Les chirurgiens les plus en vue renient toute intervention radicale, voire même pour beaucoup, la simple amputation du col, à moins qu'elle ne soit faite à l’ «écraseur » et encore! c’est la période des cautérisations à la pâte de Vienne et au fer rougi à blanc. Pour connaître l’opinion exacte professée alors, ouvrons le Trailé de pathologie externe et de médecine opératoire de Vidal de Cassis, titulaire de ces mêmes chaires d'enseignement. IL y est écrit : «Je ne suis pas le moins du monde partisan des opérations pratiquées sur la matrice pour détruire ou enlever partiellement où complètement cet organe, cependant je vais décrire ces opérations,

car je n’ai la prétention ni d'imposer mes opinions, ni d'effacer des livres de médecine opératoire des méthodes, des procédés admis par des hommes qui peuvent passer pour des maîtres. » Et pourtant il décrit parfaitement une méthode hypogastrique et une vaginale à la manière de Sauter qui fait « culbuter » l’utérus dans le vagin; mais il dit nettement n’avoir confiance ni en l’une, nien l’autre, et doute même de «l'authenticité des faits invoqués pour démontrer la possibilité de l’ablation de la matrice sans que mort s’ensuive nécessairement » (p. 449). Il va plus loin encore et doute de la possibilité même des procédés proposés : « Langenbeck a la prétention de disséquer le péritoine et de le séparer du corps de l'utérus ; c’est sans utilité réelle, seulement l'opération est beaucoup plus longue et plus difficile, si réellement elle est possible. »

Ceci date de 1850. Dix ans plus tard la réaction parait encore plus accentuée. Nélaton écrit en 1860 dans son Traité de pathologie chirurgicale : « On sait à combien de mécomptes serait exposé le chirurgien qui espérerait faire toujours disparaître la maladie par une opération. Nous connaissons les dangers inhérents à l’amputation du colintroduite dans la pratique par Lisfranc; il faut abaisser l’organe tout entier et l’on sait que cette manœuvre est fort dangereuse. Les statistiques d’amputations faites à l’écraseur sont plus favorables que celles pratiquées au bistouri ; mais nous n’insisterons pas davantage sur celte opération qui n’est indiquée que dans des cas

tout à fait exceptionnels. Quant à l'’amputation partielle du corps de l'utérus, à l’extirpation de la matrice cancéreuse, qu'il nous suffise de dire qu'’elles ont été tentées. Un succès obtenu par hasard ne saurait légitimer une semblable tentative.» Tout se borne done pour Nélaton à un traitement palliatif dont les caustiques feront aussi tous les frais.

Si, pour la troisième fois, nous nous reportons à dix années plus tard, nous pouvons consulter Alphonse Guérin dont les Æléments de chirurgie opératoire ou Traité pratique des opérations paraissent en 1869. Cette fois encore nous serons édifié complètement.

« L’utérus ne devant être extirpé que dans le cas de cancer, aflection qui récidive presque toujours, je trouve beaucoup plus sage de laisser les malades mourir de leur maladie que de chercher à les guérir par une opération qui a tué plus de femmes qu’elle n’en a sauvé. Récamier a tenté six ou sept fois l’extirpation de la matrice, et toujours la mort a suivi de près l'opération. Je sais bien que plusieurs observations de guérison ont été publiées; mais, pour me convertir à une semblable pratique, il faudrait qu'après avoir assisté à ces opérations, je pusse vérifier par moi-même que les malades n’y ont pas succombé. Jusque-là je regarderai l’extirpation comme une opération qu'il est inutile de décrire.»

Quant à l’excision du col, il nous apprend que c'est une pratique généralement abandonnée et finit par conclure que le meilleur moyen de lutter

NES et

efficacement contre le mal nous est fourni par les cautères « potentiel et actuel », sur lesquels il insiste avec détails.

Enfin parut en 1852 le Traité pratique des maladies de l'utérus par Courty. « Ce gros livre bon enfant, dit Reverdin, dans lequel l’auteur s’efforce de grouper les connaissances éparses, est un louable effort, plus méritant qu’on ne le pourrait croire aujourd'hui en comparant cet ouvrage à ceux de la littérature moderne sur la matière. On est frappé par la disproportion qui existe entre la somme des connaissances d’époques relativement si rapprochées !!» Courty proteste vivement contre l’abus des caustiques qui sont, dit-il, « inutiles parce qu'ils ne peuvent atteindre la profondeur du mal et nuisibles non seulement parce qu'ils peuvent, en se répandant, atteindre d’autres parties que celles sur lesquelles on les applique, mais parce que leur action, incomplète comme destructive, est énergique comme excitante: l’inflammation qu'ils déterminent dans le cancer luimême en hâte les progrès, en favorise l’extension, en accroît la force de végétation, et donne habituellement lieu, dans l'intervalle qui sépare une première application d’une seconde, à une repullulation dont leseffets m'ont toujours paru être une augmentation réelle du mal qu’on croyait avoir amoindri. »

H faut donc recourir à une opération sanglante et il revient à l’amputation du col, car en dépit des

discussions à l’ordre du jour sur l'ovariotomie et les

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