‹ Evolution individuelle et héréditéChapitre 111 sur 117 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

« C'est une croyance assez répandue chez les éleveurs que le premier accouplement ^ peut exercer une influence sur les suivants, en ce sens que les produits de ceux-ci auraient quelque chose du premier père. . . Spencer rapporte que, d'après le professeur Flint, on aurait observé en Amérique qu'une femme blanche, fécondée par un nègre, peut avoir ensuite, de son mariage avec un blanc, des enfants présentant quelques-unes des particularités , impossibles à méconnaître, de la race nègre.

« ... Darwin rapporte aussi le cas authentique d'une truie de M. Giles,qui, saillie par des verrats de sa race, a toujours donné des petits noirs et blancs comme elle et comme toute sa race, avec une constance parfaite. Elle fut saillie un jour par un sanglier et donna des métis. Livrée ensuite derechef à un verrat de sa race, elle fit une portée dans laquelle se rencontrèrent des petits à robe marron uniforme...

« Le cas le plus célèbre est celui de la jument du lord comte de Morton. Cette jument alezane ayant 7/8 de sang

1. Il faut que cet accouplement ait été suivi de fécondation ; aussi, toutes les théories tendant à expliquer la télégonie sont condamnables dès qu'elles font intervenir l'influence sur la femelle des spermatozoïdes non utilisés du premier coït.

270 FAITS ET THÉORIES AYANT RAPPORT A l'hÉRÉDITÉ

arabe et 1/8 de sang anglais fut saillie en 1815 par un couagga, sorte de zèbre moins rayé que l'espèce ordinaire^ et fit un métis. Livrée ensuite à un étalon noir de même sang qu'elle, elle fit successivement, en 1817 et 1818, deux petits que lord Morton, qui avait cédé sa jument à sir Gore Ouseley, le propriétaire de l'étalon, vit lorsque l'un avait deux ans et l'autre un an. Tous les deux avaient, d'après le comte de Morton, autant de ressemblance avec le couagga que s'ils avaient eu 1/16 du sang de cet animal. Ils étaient de couleur baie, marqués, comme le couagga, de taches foncées disséminées, de bandes noires, l'une le long de l'échiné, les autres sur les épaules et la partie postérieure des jambes. La crinière aussi rappelait celle du couagga qui est dure et dressée. Saillie de nouveau en 1823, elle eut encore un petit qui rappelait le premier père, huit ans après l'intervention de celui-ci. L'authenticité de ce cas n'est pas douteuse, mais on peut objecter que les ressemblances avec le couagga étaient peu accentuées et que des rayures semblables se rencontrent parfois spontanément, d'aucuns disent par atavisme, chez des chevaux qui n'ont jamais eu de couaggas dans leur lignée depuis l'origine de leur espèce.

« Cependant, le fait que trois produits successifs ont montré ces caractères, rend plus difficile de croire qu'il s'agit là de coïncidence ou même d'atavisme.

« En somme, conclut M. Delage, l'influence d'un premier père sur les portées ultérieures se manifeste, à titre d'exception rare, par des faits qui seraient certainement acceptés si leur explication théorique ne souffrait pas de difficultés. Mais comme on ne peut l'expliquer que par des hypothèses peu en rapport avec les faits physiologiques positifs, on élève sur sa réalité des doutes qu'une démonstration formelle n'a pas encore effacés *. »

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