CHAPITRE II
LA SPORULATION
Nous n'avons considéré, dans le chapitre précédent, que le sort des plastides à la condition n» 1 . Or, dans la nature, la condition n** 1 a forcément une durée limitée ; en effet, tous les milieux naturels sont limités ; donc l'assimilation ne peut se produire dans l'un d'eux sans entraîner dans sa composition chimique des modifications croissantes ; diminution des substances Q, accumulation des substances R. Il arrivera donc un moment où l'assimilation ne sera plus possible, et, alors, deux alternatives pourront se présenter : 1° continuation de l'activité chimique dans ces conditions nouvelles ; 2° repos chimique.
J'ai appelé 1 condition n° 2 toute réunion de circonstances dans lesquelles un plastide déterminé réagit sans assimiler, autrement dit, tous les cas d'activité chimique pour un plastide, sauf les cas de condition n°.l. Or, en dehors de la condition n" 1, condition toute spéciale et exceptionnelle, un plastide ne peut réagir chimiquement sans se détruire en tant que composé chimique défini, par cela même qu'il
1. Théorie nouvelle de la vie. BibL se. contemporaine, l. II (F. Alcan).
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réagit; cette destruction sera plus ou moins lente suivant les cas ; quand elle sera achevée, il n'y aura plus de substance a, il n'y aura plus de plastide ; on dit dans ce cas que le plastide est mort. La mort élémentaire est donc le résultat définitif de la réaction suffisamment prolongée ^ d'un plastide, dans toute condition autre que la condition n"» 1 .
Pour certains plastides les phénomènes de vieillissement du milieu (diminution des substances Q, accumulation des substances R) réalisent la condition n" 2 et amènent la destruction, la mort élémentaire ; pour la bactéridie que nous avons choisie comme exemple, le vieillissement normal du milieu- entraîne le repos chimique ou condition n° 3, par suite du phénomène de sporulation.
J'ai étudié ailleurs -Ue rôle des substances R dans la formation des spores; je me contente de rappeler en quelques mots les parties essentielles du phénomène.
Dans des milieux réalisant certaines conditions, le vieillissement à la condition n" 1 détermine une accumulation qui est surtout considérable dans l'intérieur des membranes cellulaires des vieilles bactéridies, et qui y rend impossible la vie élémentaire manifestée. Alors, les substances plastiques se contractent au centre de la membrane en un granule fortement réfringent qui est la spore ; cette spore comprend toutes les substances plastiques du plastide à un état voisin du repos chimique, sinon au repos chimique absolu, dans la plupart des milieux qui ne réalisent pas pour l'espèce considérée la condition n° 1 .
1. Nous verrons, au chapitre m, que cette réaction peut s'arrêter au bout d'un certain temps et donner, au lieu de mort élémentaire, une variation adaptative.
2. Quand le milieu est véritablement limité et non renouvelé, ce qui n'a pas lieu dans l'organisme d'un animal. V. ilndivUlualilé, op. cit., ch. X {F. Alcan).
3. La Dacléridie charbonneuse, p. 54, eif Individualité, p. 1)9.
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Mais si on la transporte dans un milieu réalisant la condition n» 1 , elle entre dans une période nouvelle d'activité chimique (germination), et produit des plastides semblables à celui d'où elle provient.
L'erreur individualiste et une comparaison illégitime avec les êtres supérieurs ont fait donner souvent à la spore la dénomination de corps reproducteur. Cette appellation n'est pas convenable, puisqu'un plastide quelconque à la condition n*^ 1 est reproducteur au même titre que la spore ; il faut voir seulement dans la spore une forme de résistance qui permet à l'espèce de traverser sans se détruire des conditions de milieu qui lui seraient fatales si elle s'y trouvait à tout autre état.
On donne souvent le nom de vie latente à l'état particulier de la spore.
Il faut remarquer que, lorsque les plastides provenant d'une spore donnée ont passé à l'état de vie latente, il semble en définitive que le résultat de tout cela soit la multiplication des spores. Il suffit de réfléchir pour voir que c'est une particularité corrélative de la propriété d'assimilation, l'ensemble des substances plastiques qui en résulte passant tout entier à la fois, sous une forme naturellement morcelée, à l'état de vie latente. La dénomination de corps multiplicateurs, quelquefois attribuée aux spores, est donc aussi une dénomination inexacte.
Enfin, il faut également remarquer, en terminant ces quelques considérations relatives à la sporulation, que le repos chimique réalisé dans la spore, même dans des milieux réalisant la condition n^ 2 pour l'espèce correspondante, s'oppose, non seulement à la destruction de l'espèce, mais aussi à sa variation, puisque, nous le verrons dans le prochain chapitre, la variation spécifique est souvent une conséquence de la condition n" 2. La spore peut donc être considérée comme fixant, pour tout le temps qu'elle durera, les caractères spécifiques des plastides d'où elle pro-
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vient ^ d'autres plastides semblables, restés à l'état d'activité chimique, ayant pu varier dans le même temps ; et cela est important pour l'étude de l'hérédité.
1. Il y a cependant certains cas très particuliers où la spore, sans avoir germé au préalable, peut subir des variations qui ne lui enlèvent pas sa propriété germinative ; voyez la Bacléridie charbonneuse, p. 113.