‹ Evolution individuelle et héréditéChapitre 2 sur 117 · PRÉFACE DE LA DEUXIEME ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA DEUXIEME ÉDITION

En corrigeant les épreuves de ce nouveau tirage de mon livre Evolution individuelle et hérédité, j'ai été amené à faire un certain nombre de remarques que je ne crois pas inutiles pour le lecteur, et que je vais résumer dans cette préface. Il me semble même que, grâce à ces remarques, la lecture de ce livre déjà assez ancien sera particulièrement profitable pour l'étudiant qui commence la Biologie, et qui pourrait être dérouté par la lecture d'ouvrages plus récents, dans lesquels j'ai progressivement abandonné la méthode analytique pour me livrer à des synthèses de plus en plus condensées. J'ai donc tenu à ce que ce livre fût réimprimé tel qu'il était à son apparition, car je crois qu'il marque une étape nécessaire dans la compréhension générale des phénomènes de l'évolution individuelle et spécifique.

Je dois d'abord expliquer l'état d'esprit dans lequel je me trouvais lorsque j'ai entrepris de donner cette explication scientifique de la possibilité d'une transmissionhéréditaire des caractères acquis. Je venais de publier un livre d'ensemble, intitulé Théorie nouvelle de la Le Dantec. — i^volulion individuelle. a

y/e, et dans lequel j'avais été guidé par le souci constant de chercher si l'on peut donner (de montrer que l'on peut donner) une interprétation purement mécanique de l'activité totale d'un être vivant aussi compliqué que l'homme de notre époque. Dans cette étude je ne m'étais aucunement préoccupé de l'origine des êtres actuels; j'avais simplement pris ces êtres, tels qu'ils sont aujourd'hui, et je m'étais attaché à prouver que rien, dans leur fonctionnement quotidien, ne sort du cadre des faits que l'on classe dans les sciences physiques. Même les manifestations psychiques, que la plupart des philosophes s'accordent à considérer comme essentiellement distinctes des phénomènes mécaniques, les manifestations psychiques, dis-je, m'avaient paru rentrer dans le cadre des faits qu'étudient les sciences physico-chimiques. Mais j'avais rencontré, à ce sujet, une hostilité si générale dans le public éclairé, que ma principale préoccupation était devenue la recherche d'un langage à la fois clair et précis, et dans lequel on éviterait l'emploi des expressions courantes qui donnent à l'être vivant les apparences de l'autonomie, de ce que les philosophes appellent la liberté. Le langage individualiste, qui fait de l'individu le sujet du verbe dans la phrase, m'avait paru spécialement dangereux pour la théorie mécanique des phénomènes vitaux, car, par le fait même que l'on s'exprime dans ce langage, on accorde à l'homme et aux animaux les propriétés surnaturelles que leur dénie la biologie objective.

Je reconnais aujourd'hui qu'il y avait de l'enfantillage dans cette préoccupation. Les raisons pour lesquelles les hommes se refusent à accepter l'explication physicochimique de la vie sont des raisons de sentiment et

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