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CHAPITRE XII

Je détruis dans un organisme adulte donné G l'élément (Ac) occupant la position topographique A. Puisque j'ai supposé l'organisme adulte, c'est qu'il y a équilibre établi par balancement organique, corrélation et coordination dans son ensemble. La destructiondel'élémentAc entraîne donc forcément une destruction de l'équilibre établi, puisque tous les éléments du milieu intérieur collaboraient à cet équilibre. La destruction de l'équilibre donne lieu à un phénomène nouveau qu'on appelle la cicatrisation. Plusieurs cas peuvent se présenter.

1<» L'élément détruit était tellement important pour la coordination générale constituant la vie individuelle, que sa disparition entraîne la mort immédiate ; autrement dit, par suite de la disparition de cet élément, le milieu intérieur ne se renouvelle plus ; tous les éléments constitutifs du corps sont condamnés à la mort élémentaire qui survient plus ou moins vite pour les divers tissus. Dans ce cas, il n'y a pas de cicatrisation. C'est ce qui arrive quand on pique le nœud vital dans le plancher du quatrième ventricule ; la respiration s'arrête, la mort survient par asphyxie. Le Dantec. — Évolution individuelle. 8

2" La destruction de rélément considéré n'entraîne pas la mort ; autrement dit, une coordination subsiste qui assure le renouvellement du milieu intérieur; cependant l'équilibre est détruit, la corrélation préexistante a disparu; l'activité des divers tissus va modifier l'organisme lésé jusqu'à ce qu'une nouvelle corrélation se produise, qu'un nouvel état adulte soit réalisé. L'intervalle qui s'écoulera entre le moment de la lésion et la réalisation de ce nouvel état adulte s'appelle la période de cicatrisation.

Si la lésion a été peu importante, les troubles qui en résultent, l'activité cicatrisante, semblent limités à la région lésée, parce que leur importance dans les autres régions de l'organisme est assez faible pour qu'ils passent inaperçus ; mais si l'on a bien compris la signification du principe fondamental de la corrélation, on ne pourra jamais admettre que l'individu entier ne soit pas troublé; la cicatrisation parait locale et est, en réalité, générale.

Le résultat de la cicatrisation est la réalisation d'un nouvel état adulte qui peut, suivant les cas, être à peu près identique à (ou notablement différent de) celui qui préexistait à la lésion; nous nous rendrons compte de ce qui se passe dans les différents cas en étudiant les processus qui prennent place dans une période de cicatrisation.

a. La lésion a été très peu imi»ortante ; les phénomènes généraux sont absolument inappréciables, les troubles locaux sont seuls saillants. Les éléments qui bordent la région lésée et qui étaient adaptés à des conditions dans lesquelles entrait, comme facteur important, la contiguïté des parties aujourd'hui détruites, se trouvent dans des conditions nouvelles.

11 peut arriver que, par suite de ce changement de conditions, quelques-uns de ces éléments soient atteints, à leur tour, par la mort élémentaire, mais, par hypothèse, dans le cas où nous nous sommes placés, cette nécrose est locale et circonscrite, sans quoi nous nous trouverions

au premier cas où la mort résulte de la lésion. Nous sommes donc forcés d'admettre qu'après la destruction d'un certain nombre d'éléments locaux, la région mortifiée se trouve limitée, de toutes parts, par des tissus à la condition n*» 1. Ces tissus à la condition n» 1 vont proliférer, donner des bourgeons de cicatrisation, jusqu'à ce que le nouvel état adulte soit réalisé, la corrélation rétablie.

Quelquefois (arbres, vieillards^, et en général tous les êtres chez lesquels les substances R solides ou substances squelettiques encroûtent les tissus en grande abondance), ce nouvel état adulte se trouvera atteint sans que le vide causé par la nécrose ait été comblé ; il restera ce qu'on appelle une cicatrice de la blessure.

Le plus souvent, pour une blessure légère chez les animaux jeunes et vigoureux, les bourgeons de cicatrisation combleront tout à fait le vide résultant de la nécrose ; mais alors, la lésion ayant été peu importante, les conditions de milieu (au sens 'général expliqué plus haut) se retrouveront, en chaque point de la région cicatrisée, à peu près les mêmes que dans les mêmes points avant la lésion; tous les éléments de nouvelle formation, quelle que soit d'ailleurs leur provenance, reprendront donc, par suite de l'adaptation guidée par la sélection naturelle, les caractères des éléments qui, aux mêmes points, préexistaient à la lésion ; les conditions topographiques étant restées les mêmes, les caractères topographiques seront les mêmes; il y aura eu cicatrisation parfaite, le nouvel état adulte sera peu ou pas différent de l'état adulte préexistant à la blessure.

1. Chacun sait combien la cicatrisation est lente et incomplète chez les vieillards; quant aux arbres, il suffit de couper une branche pour se rendre compte que, le plus souvent, la lésion opérée persiste et qu'il se produit une nécrose plus ou moins profonde au-dessous de la surface de section ; on trouve autant d'exemples qu'on peut en désirer de cette nécrose cicatricielle dans les rosiers et les arbres fruitiers taillés par les jardiniers.

C'est pour cela que l'on considère le plus souvent chaque tissu comme capable de se cicatriser pour son compte personnel en produisant ses propres éléments et non d'autres, pour remplacer ceux qui ont été détruits par la nécrose; on admet ainsi, sans y 'prendre garde, que chaque élément histologiquc est définitivement fixé comme variété quantitative, alors qu-e, jusqu'à un certain point au moins, la variété quantitative d'un tissu est toujours le produit actuel de sa situation topographique.

Nous avons vu, à propos de la bactéridie charbonneuse, que chaque variété de virulence donnée se multipliait à la <?ondition n** 1 avec tous ses caractères ; c'est môme là la définition précise de la condition n° 1. Dans un organisme pluricellulaire adulte toutes les fois qu'un tissu se trouve à la conditionna 1, il se multiplie avec tous ses caractères; l'assimilation fonctionnelle fait qu'un muscle qui travaille beaucoup grossit tout en restant muscle, parce que la multiplication des éléments musculaires donne des éléments musculaires et que ces nouveaux éléments, se trouvant dans une situation topographique tout à fait comparable à celle de leurs parents, sont par là même adaptés à cette situation topographique et ne varient pas. C'est pour cela que l'état adulte est possible.

Mais l'état adulte indique un équilibre parfait, une adaptation parfaite de chaque élément à sa situation topographique* et c'est seulement dans le cas de cette adaptation parfaite que chaque tissu, en proliférant, donne des éléments semblables à ceux dont il est constitué ; dans tout autre cas il peut y avoir variation quantitative et adaptation nouvelle par sélection.

1. Pour toutes ces considérations je me suis placé dans l'hypothèse d'un animal adulte pour éviter une complication inutile ; tous les mêmes raisonnements pourraient s'appliquer à un organisme en cours ■d'évolution individuelle, puisqu'il est coordonné à cha(|ue instant ; seulement les coordinations successives varient et sont en rai)port .avec la masse sans cesse croissante de l'agglomération polyplastidaire.

Or c'est précisément ce qui a lieu pendant la période de cicatrisation ; l'équilibre est rompu par la lésion ; tel muscle qui se trouvait à la condition n" 1 , quand il se contractait avant la blessure, se trouvera-t-il encore dans les mêmes conditions de milieu lorsqu'il se contractera après qu'une blessure l'aura mis à nu ? Rien ne nous permet de le croire, évidemment. L'assimilation fonctionnelle n'existe à chaque instant que comme un équilibre g'énéral obtenu parla corrélation et la sélection adaptative. Donc, il ne faudra pas nous étonner s'il intervient des variations quantitatives dans des bourgeons de cicatrisation; pendant la période de cicatrisation, qui est une période de réorganisation, un nouvel équilibre se récupère et tant qu'il n'est pas définitivement obtenu, il n'y a plus rien de statique dans l'endroit considéré du corps. Metchnikoff ^ n'a-t-il pas cru voir, dans certains processus de cicatrisation, des leucocytes qui devenaient des éléments fixes de tissu conjonctif ?

Nous sommes arrivés par de simples raisonnements à cette manière d'envisager la cicatrisation quand elle fait disparaître une lésion de peu d'importance; j'emprunte à un livre récent- le résumé suivant des faits connus, pour montrer qu'ils sont bien d'accord avec le résultat de notre déduction,

« Lorsque, dans un organisme vivant, on fait une incision dans les tissus et qu'on maintient ses lèvres en contact, celles-ci se soudent. Les cellules entamées par la section se détruisent, souvent les cellules sous-jacentes sur une certaine épaisseur meurent aussi et leur substance est absorbée peu à peu par les éléments restés vivants. Ceux-ci... se multiplient activement, et ce sont ces cellules jeunes qui se soudent d'une lèvre de la plaie à l'autre et les réunissent. A l'exception de quelques tissus très réfractaires,,

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