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CHAPITRE XVI

Hérédité des caractères congénitaux. — Il suffit de réfléchir un instant pour remarquer que l'hérédité des caractères individuels découle immédiatement de ce qui précède 1. Tous les raisonnements précédents ne supposent en rien en effet que les différences entre les deux plastides initiaux considérés soient assez importantes pour que nous devions leur donner des noms de race différents ; nous avons déjà remarqué, à propos de la bactéridie charbonneuse, que deux plastides différents, entre lesquels nous ne savions pas distinguer de différences, devaient donner deux plastides atténués également différents ; pour les êtres polyplastidaires, aucun caractère ne passe inaperçu à cause de la précision extrême du réactif constitué par le développement. On peut donc répéter pour les individus ce qui a été dit pour les races, et dire :

Si deux plastides initiaux a et 6 de même espèce possèdent, l'un un caractère quantitatif \, l'autre un caractère quantitatif différent ■}, qui ne disparaissent ni l'un ni l'autre au cours des variations quantitatives déterminant la diffé-

1. Toujours en réservant les caractères acquis que nous étudierons plus tard.

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renciation cellulaire, tous les éléments histologiques dérivant de a posséderont le caractère l, tous les éléments histologiques dérivant de b posséderont le caractère «f ; il y aura les mêmes différences individuelles entre deux muscles des deux individus a et 8 qu'entre leurs deux plastides initiaux a et 6 ; cela sera vrai, en particulier, des éléments du tissu reproducteur qui contiendront les mêmes caractères individuels; et ^1.

Et, en effet, chacun sait que le développement des nouveaux plastides initiaux donnera deux êtres a et 6 qui ressembleront respectivement, a à a, 6 à p, plus que a ne ressemble à fi et 6 à a. C'est le fait de connaissance courante de la ressemblance des enfants et des parents 2.

Hérédité des caractères acquis. — Revenons encore une fois à l'exemple de la bactéridie charbonneuse ; toutes les variations quantitatives de virulence possibles chez la bactéridie sporogène le sont également chez la bactéridie asporogène ; il est donc évident que la variation asporogène a porté sur une partie du plastide différente de celle dont les modifications entraînent les variations de virulence.

De même, dans les plastides initiaux de deux races d'une même espèce, nous trouvons exactement la même aptitude à donner, par variations quantitatives, dans les mêmes conditions, les mêmes variétés histologiques, muscles, nerfs, etc.. // est donc certain que les variations quantitatives qui déterminent la formation des races différentes, portent sur des parties du plastide initial autres que celles dont les variations quantitatives déterminent la différen-

1. Même remarque que dans la noie précédente, mais nous avons supposé que ({; et Ç ne sont pas touchés par le développement.

2. Tout ce qui précède suppose que les différences entre Ç et ({. sont plus considérables que celles qui peuvent survenir par suite de l'éducation au cours de la vie individuelle : voyez plus bas l'étude des caractères acquis.

dation histologique. Nous avons représenté ces dernières par a^Y^-^'^^' ^^ ^^^* admettre dans le plastide initial un autre groupe de substances pqr, dont la variation quantitative constitue la variation de race et n'a aucun rapport avec la différenciation cellulaire. Autrement dit, étant donné le plastide initial a 3 y 5 e Ç -^ 9 /) ^ r, il y a certaines conditions n" 2 qui intéressent la partie a^yoeÇ-ziO et déterminent la formation des divers tissus, et d'autres qui intéressent le groupe p q r sans modifier les rapports quantitatifs des substances aPySs^Yiô. Les premières variations ont un résultat morphologique immédiat portant sur le plastide modifié lui-même, puisque nous savons reconnaître, à la simple observation, à quel tissu appartient un élément histologique. Les dernières, au contraire, ne sont pas immédiatement évidentes pour nous, puisque nous ne savons pas, en général, distinguer à la simple observation les plastides initiaux de deux races d'une même espèce; ce n'est qu'au cours du développement que les différences s'accentuent dans les deux agglomérations produites, par suite du rôle morphogène des substances R accumulées en quantités différentes dans les milieux intérieurs des deux embryons, ainsi que nous l'avons vu plus haut.

Voilà donc deux groupes de substances qui peuvent, dans des conditions données, éprouver des variations quantitatives indépendantes; celles qui atteignent le premier groupe déterminent les tissus ; par hypothèse la proportion a fi Y 0 £ C r] 6 détermine le tissu génital ' ; la proportion

1. Nous avons toujours supposé que les lettres a, p, y, o, e, Ç, t), 6, p, q, r, etc., représentaient les substances plastiques d'un plastide avec la quantité de chacune d'elles dans le plastide considéré, c'est-àdire la composition quantitative et qualitative du plastide ; quand nous avons ainsi défini un plastide d'une espèce donnée, nous obtenons donc tous les autres plastides de la même espèce en mettant des coefficients devant chacune des lettres a, p.-p, q, r, et le plastide sans coefficients différents de l'unité est toujours le premier cité, c'est-à-dire le plastide initial pour les êtres polyplastidaires.

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(aa) PyBeJlTjO pourra déterminer le muscle, la proportion ap (my) 8e?7)6, le nerf, etc., quels que soient d'ailleurs, dans les plastides considérés, les proportions relatives des substances p q r.

Dans la coordination générale, chaque élément histologique joue un rôle déterminé par sa position topographique et disparait fatalement s'il a un caractère tissu autre que celui qui est utile, au point considéré, à la coordination générale (assimilation fonctionnelle). La sélection s'opère donc en chaque point de l'organisme au point de vue du caractère tissu, mais // semble qu'il n'y ait aucune raison, a priori, pour que cette sélection concerne aussi le caractère de race.

En inoculant à un mouton un mélange de bactéridies sporogènes et asporogènes, nous avons vu qu'une sélection s'opérait dans le sens de l'exaltation de la virulence, mais sans aucun rapport avec le caractère de formation des spores. C'est, avons-nous dit, que le caractère sporogène n'a aucun rapport avec l'aptitude à vivre dans un mouton, puisque aussi bien les bactéridies ne sporulent pas dans un hôte vivant; nous pouvions le prévoir a przor/, mais nous risquions de faire un raisonnement erroné en nous basant sur une connaissance incomplète des choses, car le caractère sporogène peut tenir à des propriétés chimiques qui se traduisent aussi autrement que par la formation des spores; en réalité, c'est seulement l'expérience faite qui nous permet d'affirmer que le passage dans le mouton n'a aucune influence sur la faculté sporogène, sur ce caractère de race des bactéridies.

Prenons garde de commettre une erreur semblable dans l'étude de la sélection à l'intérieur d'une agglomération polyplastidairo. La coordination, c'est-à-dire le fonctionnement des organes qui assurent le renouvellement du milieu intérieur ne semble devoir opérer de sélection que dans le sens de la différenciation topographique des tissus ;

il est bien évident que, dans la machine animale d'un cheval, telle opération utile, le mouvement de flexion de ce qu'on appelle le genou, par exemple, pourrait se produire de la même manière si l'on avait remplacé des éléments musculaires d'un des muscles fléchisseurs par des éléments analogues empruntés à un âne et jouissant de la même propriété de se contracter sous les mêmes influences. Mais, nous l'avons déjà maintes fois répété, on a souvent mis en défaut l'immortel principe de Darwin, en l'appliquant sans connaissance complète des conditions réalisées.

Au point de vue immédiat de la conservation de la vie, la coordination est seule à considérer, mais n'oublions pas que la corrélation n'a rien à voir avec la conservation de la vie; la preuve en est que nous avons été amenés à établir le principe de la corrélation pour un milieu limité quelconque, non doué de vie et dans lequel grouillaient des plastides de plusieurs espèces différentes ; ce principe peut même sembler quelquefois antagoniste à la conservation de la vie, puisqu'il détermine le balancement organique et empêche ainsi que deux organes qui seraient également utiles à l'individu puissent s'hypertrophier conjointement. Il serait très avantageux pour un homme d'être à la fois très fort musculairement et très développé cérébralement ; le balancement s'y oppose. N'oublions donc pas, quand nous cherchons les facteurs qui peuvent déterminer la sélection en chaque point de l'organisme, de tenir compte de la corrélation qui peut avoir une influence toute différente de celle de la coordination. Mais ces deux facteurs, quoique très différents, sont tellement connexes qu'il est difficile souvent de les séparer l'un de l'autre ; la coordination première, celle qui est réalisée au moment de l'éclosion du poussin, est une résultante immédiate de toutes les adaptations et sélections qui ont eu lieu dans un milieu vivant où tout était guidé par la corrélation. La coordination résulte donc de la corrélation à chaque instant du

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développement dans l'œuf. Apartirde l'éclosion, la coordination est assujettie à des conditions extérieures; le mécanisme du poulet est actionné par des impressions venues du dehors, et c'est grâce à cela qu'il évite les dangers et reste vivant. La coordination devient donc primordiale et c'est la corrélation qui doit désormais se plier aux exigences de la coordination. Je m'explique : considérons un embryon qui provient d'un plastide initial a dans un milieu nutritif où il est seul, comme un parasite dans certaines cavités organiques ou comme un embryon de poulet avant l'éclosion ; le renouvellement du milieu intérieur est assuré dans un tel embryon, sans qu'aucun acte d'ensemble, résultant de la coordination générale, ait à s'exécuter; si vous voulez, il n'y a dans un tel embryon que des phénomènes de vie élémentaire ; pas de phénomènes de vie ; les organes de la coordination générale ne fonctionnent pas, il faut considérer que chaque élément anatomique est adapté à la place qu'il occupe, uniquement par la corrélation; un embryon monstrueux, dépourvu d'organes essentiels à la vie ultérieure, se développe dans l'œuf aussi bien qu'un embryon normal capable de vivre hors de l'œuf.

Les personnes qui raisonnent téléologiquement se disent que tout se passe ainsi dans le développement parce que l'animal devenu libre aura besoin de tel ou tel organe ; c'est une manière de voir vicieuse ; tous ces organes, inutiles dans l'œuf de poulet, se développent au cours de la bipartition cellulaire, uniquement parce qu'à chaque instant l'équilibre l'exige dans les conditions présentes ' et pas pour autre chose.

Si les formes spécifiques sont différentes pour les différentes espèces, c'est que les conditions d'équilibre sont

1. Nous expliquerons un peu plus loin comment il se fait que la coordination admirable du poussin puisse provenir uniquement d'une corrélation avec laquelle elle n'a rien à voir, être déterminée dans l'œuf en dehors de tout fonctionnement.

spéciales à chaque espèce, à cause de la forme d'équilibre spéciale à chaque plastide d'abord, et ensuite, à cause de la nature spécifique du milieu intérieur (substances R spécifiques). Donc, indépendamment de toute question de coordination et de maintien ultérieur de la vie générale, il y a, à chaque instant, une forme d'équilibre ^ spéciale à un être déterminé dans des conditions déterminées.

Nous en avons eu la preuve convaincante dans les phénomènes de régénération étudiés précédemment ; même en dehors de tout fonctionnement, un triton régénère sa patte amputée. Il est certain que le squelette rigide s'oppose à partir d'un certain moment à des variations de forme considérables, mais ce squelette est né lui-même de la corrélation générale et faisait partie, au moment où il s'est construit, de la forme générale d'équilibre de l'organisme ; il n'y a donc aucune raison de supposer, si les conditions ne changent guère, que ce squelette soit ultérieurement en contradiction avec la forme d'équilibre nécessaire, et Fempêche de se réaliser; et en effet, le triton régénère sa patte, comme nous l'avons vu; il y a des cas fort nombreux où la régénération n'a pas lieu : tenons-nous-en pour le moment à ceux où elle a lieu.

Indépendamment des conditions extérieures, uniquement par la constitution chimique de ses éléments anatomiques dérivés du plastique initial « pySeC^ô P^'^^ ^t par celle de son milieu intérieur ( supposé renouvelé autant qu'il est nécessaire), un être polyplastidaire a, à chaque instant de sa vie, une forme déterminée. Mais, d'autre part, la loi d'assimilation fonctionnelle nous l'a appris, l'influence du monde extérieur sur l'être considéré se traduit par l'exécution, au moyen des organes de cet être, de nombreuses opérations, en relation avec les conditions extérieures, et qui toutes ont pour effet d'apporter, dans

1. Il faut entendre par forme, non pas seulement la forme extérieure du corps, mais la structure intime de l'animal tout entier.

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la constitution morphologique de l'être, des modifications plus ou moins profondes.

Voilà deux choses qui semblent absolument contradictoires : d'une part, la morphologie de l'être est entièrement déterminée à chaque instant par la constitution chimique de ses plastides et de son milieu intérieur, indépendamment du milieu extérieur'; d'autre part, sa morphologie est le résultat de l'éducation dans laquelle le milieu extérieur seul est intervenu. Comment cela est-il possible, si ce n'est que i éducation retentit sur ta constitution chimique des plastides constitutifs, de telle manière que, à chaque instant, il y ait compatibilité entre la forme générale due à l'éducation et la forme d'équilibre caractéristique d'une agglomération polyplastidaire d'un caractère chimique déterminé.

Le plastide initial apySeCriO donne naissance à une agglomération différenciée dont tous les éléments ont en commun le caractère individuel p q r. Or, pour une telle agglomération, il y a à chaque instant une forme d'équilibre déterminée d'une manière précise, la forme A au moment /« si vous voulez. Mais, d'autre part, les nécessités de la vie libre on fait que, à chaque instant, l'animal a eu à fonctionner de manière à acquérir la forme B.

Alors, de deux choses l'une : ou bien les plastides constitutifs seront susceptibles de s'adapter à ces secondes conditions d'équilibre en devenant pourvus du groupe nouveau (X /}, [A ^, V /■) et dans ce cas, il y aura un individu vivant et en équilibre avec la forme acquise B ; ou bien les plastides constitutifs, incapables de s'adapter à ces nouvelles conditions, parce qu'il n'existe pas de variété quantitative (X />, jx q, v r) qui corresponde à la forme d'équilibre B se détruiront

1. Je supprime avec intention la question des aliments empruntés au milieu extérieur, et c'est pour cela que j'introduis dans les conditions d'équilibre le milieu intérieur; on peut, pour siuiplilier le riiisonnement actuel, supposer l'alimentation constante.

et l'animal mourra ^ ; ce dernier cas ne présente pour nous aucun intérêt, le premier seul mérite d'être étudié. Nous supposons donc qu'une variété (X/), [x^, vr) soit compatible avec la forme d'équilibre B. Alors il y a de grandes chances pour que, si les conditions d'éducation qui déterminent la forme B subsistent longtemps, il se fasse, dans le corps de l'animal, une variation quantitative adaptative ; cette variation pourra ne se faire que très lentement, et tant qu'elle ne sera pas réalisée, il y aura effort, malaise, à cause de l'incompatibilité entre la forme de corrélation et les besoins de la coordination ; si l'animal ne succombe pas à cette incompatibilité, elle disparaîtra à la longue et l'on aura un nouvel individu caractérisé par le groupement quantitatif [l p, ^.q, v r).

On appelle, d'une manière rigoureuse, caractères congénitaux, tous les caractères qu'aurait, à un moment donné, un animal provenant àe :t ^ -^ l zX,-ri^ p q r qï dont tous les plastides auraient le groupement p q r ; on appelle caractères acquis, toutes les différences qui existent à chaque instant entre la forme réelle de l'organisme, résultat de l'éducation et celle qu'il aurait au même moment si tous ses plastides avaient le groupement congénital p q r.

Les caractères acquis que nous venons de définir sont des caractères définitivement acquis, puisque, une fois effectuée la variation quantitative en question, il y a compatibilité entre la corrélation et la coordination ; il n'y a donc plus de raison pour que cette variation disparaisse ensuite tant que les circonstances extérieures n'exigent pas une nouvelle coordination.

Remarquons tout de suite que l'on ne doit pas considérer comme possible l'acquisition d'un caractère nouveau par une opération exécutée une seule fois ou un nombre res-

1. Si Ton suppose B définitivement fixée; autrement la forme B disparaîtra et l'être reprendra sa forme d'équilibre A, cas qui ne nous intéresse pas.

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treint de fois ; après chaque opération isolée, la corrélation un moment troublée par une assimilation fonctionnelle momentanée, redevient, pendant le repos qui suit l'opération, ce qu'elle était auparavant ; le caractère n'est pas acquis.

Nous aurions à discuter * quels sont les cas où un caractère est acquis et les cas où il ne l'est pas ; supposons pour le moment que nous ayons affaire à des caractères vraiment acquis au sens que nous venons de définir ; il est immédiatement évident que ces caractères sont héréditaires, ou, si l'on préfère, seront congénitaux chez le fils de l'être considéré ; le plastide initial fils sera en effet un plastide {ol p y l e^ri b, l p, [x ç, v r), et tous les plastides qui en dériveront au cours du développement auront ce même caractère quantitatif individuel (k p, [i ç, v r), tant que l'éducation ne l'aura pas modifié. Or, revenons à ce que nous avons déjà dit pour le développement de deux êtres provenant de plastides initiaux voisins ; il y aura d'abord parallélisme sans divergence appréciable entre les deux êtres (p q r) et (X p, [x q, v r), puis les différences s'accumuleront au cours du développement. En particulier, quand le second être sera arrivé à l'âge où le premier a acquis le caractère {X p, \i.q,yr), nous saurons que, les autres inconstances étant analogues, la forme d'équilibre de l'agglomération polyplastidaire sera précisément la forme acquise au même âge chez le parent (par coordination d'abord, puis par variation adaptative consécutive à cette coordination).

Donc le caractère acquis sera héréditaire, et apparaîtra chez le fils à l'âge où il s'était produit chez le parent. Et si le fils vit dans des conditions comparables à celle où a vécu son père, il se trouvera précisément que la coordina-

1. Mais cela nous entraînerait trop loin et d'ailleurs cela est inutile à l'explication {générale (jue nous donnons ici de l'hérédité des caractères acquis.

tion résultant du caractère acquis lui sera utile, et qu'il la renforcera par l'usage, de sorte qu'il transmettra à son tour le caractère à son fils.

Et même, nous avons supposé que le caractère était définitivement acquis par le père, pour simplifier l'exposition du sujet ; supposons maintenant que le caractère n'ait pas encore été acquis définitivement par le père quand le plastide initial fils est mis en liberté; ce sera un caractère (V p^ fx' q, v r) intermédiaire entre p q r et {Ip, ;x q, v r) c'està-dire qu'il y aura un acheminement vers un accord entre la corrélation et la coordination, et que la forme d'équilibre déterminée par [V p, [j.' q, V r) serait plus voisine de la forme de coordination, que ne l'est la forme d'équilibre déterminée par jo q r. Mais alors, si le fils se trouve dans les mêmes conditions que le père, il tendra de plus en plus à acquérir le caractère en question et parti de (X' p, \>,' q, V r) arrivera à (X" p, \x" q, V r) encore plus voisin de (X p, jj, q, v r) et ainsi de suite ; si une série de générations se produit dans les conditions extérieures qui nécessitent le caractère de coordination en question, ce caractère finira par devenir un caractère de corrélation et par être congénital.

Toutes ces considérations théoriques démontrent l'hérédité des caractères acquis ; il faut vérifier cette théorie en étudiant les faits ; mais il y a là une assez grande difficulté ; nous ne savons pas, en effet, faire l'analyse chimique des substances plastiques, et nous devons constater par leurs effets macroscopiques les variations de leur composition. Or, nous avons dit que les caractères acquis étaient les différences existant entre l'être qui a conservé dans ses plastides le caractère initial p q r et l'être qui est devenu caractérisé par (X p, \l q, ^ r)\ mais du moment que l'être a varié, nous ne pouvons pas le comparer à ce qu'il eût été lui-même s'il n'avait pas varié, et si nous le comparons à son père, nous avons toujours à faire le départ chez le père de ce qui était congénital et de ce qui était acquis. C'est

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cette difficulté de vérification qui entretient le différend entre les partisans de l'hérédité des caractères acquis et ceux de la non-hérédité desdits caractères ^

Nous avons supposé précédemment que nous avions affaire à un de ces êtres chez lesquels la régénération possible des membres amputés (indépendante de tout fonctionnement) montre qu'ily aà chaque instant une forme d'équilibre de l'agglomération polyplastidaire, forme d'équilibre déterminée uniquement parles caractères chimiques desdits plastides. Considérons maintenant un animal chez qui cela n'a pas lieu, l'homme par exemple, chez lequel un bras coupé ne repousse pas. Nous avons pu trouver une explication de ce fait dans les exigences de la coordination qui, si la cicatrisation n'est pas rapide, entraînent la mort de l'animal, et dans la rigidité du squelette qui s'oppose à des variations morphologiques considérables. Mais, dans un manchot qui continue de vivre et d'être coordonné malgré sa mutilation, comment s'arrange la corrélation ? Y a-t-il une race de plastides [a p, \i. q,^ r) telle que la forme d'équilibre de l'agglomération polyplastidaire qui en est constituée soit précisément la forme d'un homme dépourvu d'un bras ? Gela n'est pas impossible ajoWor/; il y a des monstres congénitalement manchots-. Mais je vais montrer par un raisonnement fort simple que la non-hérédité d'une telle mutilation ne prouve rien contre l'hérédité des caractères acquis.

Si l'homme était dépourA'^u de squelette, il serait évidemment toujours doué d'une forme qui serait précisément la forme d'équilibre de l'agglomération polyplastidaire qui le constitue ; mais alors cette forme serait très facilement

1. Il y a cependant des cas où l'hérédité de caractères acquis est hors de doute ; voyez, par exemple, le cas du sillon dorsal des céphalopodes étudié par Hyatt et cité par Cope. (Voyez 1. V, p. 221.)

2. Et qui ne sont pas fils de manchots ; mais est-on toujours en droit d'affirmer que cette infirmité est bien congénitale et non acquise au cours du développement ?

récupérée, et, comme chez l'hydre, aucune mutilation ne persisterait. Une mutilation persistante ne peut donc exister que chez un être poui'\'n d'un squelette solide ; mais ce squelette se constitue au cours du développement, de très bonne heure, et il est fort concevable que la race (lp,u.q,v r) adaptée à l'existence dans une forme d'adulte manchot, n'ait rien de commun avec les conditions réalisées chez un embryon dépourvu de ce qui deviendra plus tard le bras ; nous avons vu d'ailleurs que les caractères acquis doivent apparaître à un âge comparable à celui auquel ils ont été acquis. Mais le squelette du bras, une fois constitué chez l'embryon, persistera et ne pourra plus disparaître : donc en admettant que les plastides (X p, ix q, v r) fussent tels que chez un adulte ils fussent compatibles avec une forme manchotte, ils trouveront un squelette brachial gênant et qui, ne disparaissant pas, sera si vous voulez comparable à la lésion traumatique inverse du parent ; ce sera une mutilation à lacpielle les éléments anatomiques seront forcés de s'adapter. Le caractère (X/>, a ^, v r), quoique nous l'ayons supposé hérité, ne se manifestera donc pas ■chez l'adulte et disparaîtra'. Mais il est bien plus probable que, le plus souvent^ une mutilation produite une fois au cours de la vie d'un être n'est pas susceptible de se trouver forme d'équilibre compatible avec une race (X/>, \^q, v r). Le nombre des formes d'équilibre possibles pour des races d'une espèce donnée est très grand, mais il y a certainement beaucoup plus de formes impossibles que de formes possibles pour une espèce donnée ; toutes les fois qu'une mutilation produit une forme impossible, il n'y a pas de

1. J'ai exagéré avec intention l'importance de ce cas ; en réalité, les êtres supérieurs en question sont des animaux sexués, et il faudrait ■que deux mutilations correspondantes existassent dans les deux sexes, de manière que chaque sexe acquit pour son compte le caractère {X p,[iq,vr,); il faudrait de plus que cette mutilation fùf répétée dans les deux sexes pendant plusieurs générations, car les caractères (kp, ^q,vr)ne s'acquièrent pas généralement tout d'un coup.

Le Danteg. — Évolution individuelle. 12

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race (X p, \t. q, v /•) correspondante et la mutilation ne peut pas être héréditaire !

Il semble qu'il y ait une énormité dans la phrase précédente, où il est question de mutilation existant chez un être vivant et impossible comme forme d'équilibre chez cet être. C'est que les parties squelettiques dures sont en réalité étrangères à l'organisme (j[uoique produites par lui, et n'interviennent que dans les conditions mécaniques ; elles se produisent une fois pour toutes au cours de l'évolution, et si une influence étrangère à l'organisme en détruit à un moment donné une partie, il est possible, nous l'avons vu plus haut, que les parties vivantes enlevées se reconstituent et reproduisent petit à petit ce squelette dur, mais il est aussi invraisemblable de demander que le squelette soit reproduit chez l'enfant avec la lésion artificielle déterminée chez le père i, que de vouloir qu'une balle de plomb, logée dans un tissu-, soit héréditaire. La balle de plomb pourra avoir une influence héréditaire sur l'organisme, mais cette influence héréditaire ne reproduira pas la balle de plomb.

Ce qui résulte des considérations exposées depuis le commencement du chapitre, c'est que les phénomènes de coordination qui contrarient les caractères congénitaux de corrélation peuvent dans beaucoup de cas devenir héréditaires, de telle manière que le descendant d'une série d'ancêtres qui ont eu à exécuter certaines opérations utiles dans certaines conditions de milieu peut naître adapté à l'exécution de ces opérations, même dans un milieu où elle n'a plus de raison d'être.

1. Voyez plus bas, 1. V, p. 214, les caractères chimiquement acquis et morphologiquement latents.

2. En réalité, il y aura probablement adaptation des plastides, puisqu'un manchot peut vivre manchot fort longtemps, mais, l'ensemble des plastides, dans sa coordination et les corrélations résultantes, habillera, pour ainsi dire, un s(iuelefte anormal (jui ne saurait se retrouver chez le fils, puisque le squelette, développé normaleuient au début, ne saurait perdre un bras, brusciuenient, à un Age plus avancé.

Or, cela suffit à nous expliquer l'existence de plastides initiaux tels que leur développement donne immédiatement, et comme simple résultat delà corrélation, un être aussi merveilleusement coordonné que le poussin; nous nous en rendrons compte dans l'étude de la formation des espèces ; mais nous ne pourrons aborder cette étude qu'après avoir dit quelques mots de l'existence, dans la plupart des races, de deux types différents appelés les deux sexes, ce que nous ferons dans le prochain chapitre.

Récapitulons, en terminant, tous les faits importants qui se trouvent confusément épars dans les pages précédentes relativement à l'hérédité de caractères acquis :

Les espèces de plastides sont déterminées par la nature qualitative de leurs substances plastiques a p y 8 e t^v) Ojt) ^ r.

Les caractères des divers tissus qui proviennent d'un plastide initial tiennent aux proportions relatives des substances a ^ Y S e ? r, 6 ; ce sont des caractères topographiques.

Mais il est certain que tous les éléments d'une agglomération polyplastidaire donnée ont, à un moment donné, un caractère quantitatif commun(X/?, «x q, v r) que l'on appelle le caractère de race, le caractère individuel.

Sauf dans certains cas où des accidents squelettiques s'y opposent, la forme générale du corps à un moment donné est une conséquence directe du caractère X/), ix ^, v r i.

Tant que la coordination exigée par les circonstances extérieures ne contrarie pas la corrélation exigée par les circonstances intérieures, la forme générale se conserve et une double sélection s'opère à l'intérieur de l'animal :

l» L'assimilation fonctionnelle entretient la coordination et conserve à chaque tissu son caractère topographique propre ;

2° La sélection entretient le caractère {Ip, [j-q, v r) compa-

1. Et même dans le cas où le squelette s'y oppose, car alors on a une forme d'équilibre dans laquelle entre, pour sa part, comme condition d'équilibre, ce squelette anormal qui n'existera pas chez le fils.

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tible avec les conditions d'équilibre réalisées dans une agglomération ayant la forme donnée.

Donc, si rien ne change, les caractères individuels (X/>, [Aç, v/-) sont héréditaires, sauf influence de l'éducation sur le fils.

Si les circonstances extérieures déterminent une modification dans la coordination générale, une variation de la forme générale de l'individu, la double sélection intérieure à l'animal se produit de la manière suivante :

1° L'assimilation fonctionnelle donne à chaque tissu un caractère topographique adéquat à la nouvelle coordination de l'indi^àdu ;

2° La sélection générale dans le milieu intérieur tend à adapter l'ensemble des éléments à la nouvelle forme générale du corps, à produire une corrélation compatible avec la coordination nouvelle.

Or, sauf le cas où des accidents squelettiques s'y opposent 1 , la forme générale du corps à un moment donné est une conséquence directe du caractère (X/), i>.q,vr..

Donc, puisque la coordination nouvelle a fixé une nouvelle forme générale, la sélection naturelle dans le milieu intérieur modifiera le caractère quantitatif (Xp, a 7, vr) et tendra à le transformer petit à petit en un nouveau caractère (Xj p, {x^q, v^r) compatible avec la nouvelle forme générale du corps.

Cette adaptation ne se produit généralement pas d'une manière définitive au cours d'une seule génération ; il y aura seulement un acheminement vers l'établissement d'une corrélation compatible avec la coordination (X'/î, ,u'7, v'r).

Le fils héritera naturellement de ce caractère quantitatif {yp, ^'q, v'r).

Si plusieurs générations se succèdent dans les mêmes conditions de milieu, la même coordination se trouvant né-

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