KmcsL'EY, Standard Natar al Hislory, vol. jl
ment tenir compte des conditions de milieu pour concevoir la forme des plastides à l'état de vie élémentaire manifestée ; j'ai moi-même essayé de montrer qu'il y a un rapport établi entre la composition chimique d'un plastide et sa forme spécifique à l'état de vie élémentaire manifestée dans des conditions de milieu déterminées, mais que cette forme spécifique varie avec les conditions, sans que, pour cela l'on puisse considérer l'espèce comme ayant changé, puisque le retour aux conditions initiales ramène la forme initiale'. Mais je ne sais pas si Cope ne se risque pas beaucoup en considérant l'action de la salure sur les Artemia comme une action purement directe sur les tissus, sans qu'il y ait de modification fonctionnelle expliquant la variation de forme. M. Kowalewsky nous a montré, il y a quelques années, dans le laboratoire de M. Metchnikoff, des têtards d'axolotl complètement colorés en rouge quoique parfaitement vivants, au moyen d'une substance dont j'ignore la composition. Cette coloration disparaissait au bout de quelque temps d'existence dans l'eau pure et n'avait aucune influence apparente sur la physiologie générale des têtards ; mais ce sont là des faits très rares et encore peu connus. Cope veut-il dire, en séparant la variation par physiogénèse de la variation par cinétogénèse, que VAriemia de l'eau salée a éprouvé de la part du liquide ambiant une influence analogue à celle de la teinture sur les têtards, avec cette différence que la teneur en sel influait sur chaque cellule et modifiait sa forme au cours du développement, tandis que la teinture de M. KoNvalewsky ne modifiait que la couleur des éléments histologi(jues ? Cela est possible, mais je ne sais pas jusqu'à quel point il serait légitime d'en conclure, contrairement à ce que Huxley reproche à Lamarck d'avoir admis : « Que les circonstances peuvent
1. Théorie nouvelle de la vie, oh. xii, et Bacléridie charbonneuse (Encyclopédie (les aide-mémoire Léaulé), 2* partie. Voyez aussi ce livre même, cli. m.
modifier directement la forme ou l'organisation des animaux, sans qu'elles opèrent en changeant leurs besoins puis leurs actions par conséquent. » Au lieu de chercher si loin, il vaut peut-être mieux se dire que Cope a regrettablement restreint au mouvement la signification du fonctionnement organique ; on ne peut guère considérer aujourd'hui aucun fonctionnement comme n'étant pas le résultat de réactions chimiques; seulement, quelques-unes de ces réactions chimiques s'accompagnent de phénomènes physiques extérieurs, comme le mouvement, d'autres s'opèrent obscurément au sein des tissus sans attirer notre attention. Il faudrait donc donner plus de généralité que ne le fait Cope au principe de Lamarck,en désignant sous le nom de cinétogénèse ' toutes les variations par fonctionnement chimique ou physique, et supprimant la physiogénèse qui n'aurait plus de raison d'être, puisqu'elle n'est pas essentiellement différente de la cinétogénèse.
C'est à l'étude de la cinétogénèse que Cope consacre la majeure partie de son livre; il cite un très grand nombre d'exemples tous très bien choisis et très intéressants, mais il suffit de les parcourir pour se rendre compte de la raison qui l'a déterminé à restreindre au mouvement la signification du fonctionnement organique. Cope est paléontologiste, et les parties squelettiquos rintéressent plus que toutes les autres parties des organismes animaux ; or, les parties squelettiques sont la char]>onte des organes de locomotion, il est donc bien naturel (!iie leur étude donne l'idée d'attribuer une importance capitale au mouvement.
Je renvoie le lecteur à ce chapitre très instructif du livre de Cope ; la formation des articulations et l'origine des types dentaires sont des faits particulièrement intéressants, que je ne puis malheureusement résumer ici ; il y a aussi,
l.En considérant le mouvement comme le symbole du fonctionnement, puisque toute réaction cliimique est en réalité un mouvement.
212 FAITS ET THÉORIES AYANT RAPPORT A l'hÉRÉDITÉ
à la fin du cliapitre, des exemples, empruntés toujours au système squelottique, de l'atropliie des organes par suite de la désuétndi', mais ce sont des faits qu'il est impossible de rapportiM" brièvement ; je me contente de citer un exemple d'acquisition mécanique d'un caractère morphologique : « Le professeur A. Hyatt a montré que le sillon dorsal de la coquille des céphalopodes est dû à la pression exercée par la région ventrale que l'enroulement de la coquille amène en contact avec cette partie. Il a montré que ce sillon persiste dans des cas où la coquille est devenue, au cours de l'évolution, plus ou moins déroulée, ce qui est un cas intéressant de caractère acquis transmis par hérédité. » Je reviendrai plus loin sur cet exemple très intéressant, je me contente pour le moment d'emprunter à Cope le résumé de son chapitre Cinéîogénèse :
« Sous le titre de cinétogénèse (développement par le mouvement), il faut étudier l'effet de l'usage et de la désuétude. L'usage entraîne nécessairement l'évolution des caractères utiles ; ces caractères sont utiles, par suite de leur adaptation aux fonctions vitales des êtres qui en sont pourvus. Il est parfaitement bien connu cependant, que tous les animaux et toutes les plantes possèdent plus ou moins <le particularités qui ne sont pas utiles à leurs propriétaires ; telles sont les mamelles des animaux mâles ; lesincisiojis découpant les feuilles et les pétales palmés ou pectines chez les plantes ; les organes rudimentaires de toutes les espèces ; \c grand allongement de la colonne vertébrale et spécialement de la série caudale de certaines esl)èces... Ces caractères et beaucoup d'autres peuvent être rangés dans des catégories correspondant à leur origine probable comme il suit :
1" Excès d'énergie de croissance. Exemples : Les défenses recourbées du mammouth, les plumes allongées de quelques oiseaux.
2" Défaut d'énergie de croissance : «. Atavisme (molaire
LES CAUSES DE LA V.ARIATION SPECIFIQUE 213
supérieure trituberculaire de certaines races d'hommes) ; p. dégéaération par désuétude (jambes et doig'ts rudimentaires de nombreux lézards, etc., etc.).
C'est uniquement dans la question de l'hypertrophie par l'usage et de l'atrophie pai' la désuétude que les explications des néo-lamarckiens présentent un intérêt réeP ; je ne les suivrai donc pas ici sur le terrain de leurs autres considérations plus ou moins hypothétiques.
J'ai parlé ailleurs du rôle que les néo-lamarckiens attribuent à la conscience dans l'acquisition des caractères nouveaux. Contentons-nous de rappeler ici que les caractères s'acquièrent ou se développent par l'usage et disparaissent parla désuétude. Gela est hors de doute aujourd'hui, mais aussi, cela n'aurait guère d'importance dans la formation des espèces, les caractères acquis étant purement individuels, si l'hérédité ne pouvait transmettre ces caractères acquis aux descendants de ceux qui les ont acquis, et en faire ainsi des caractères de race et d'espèce pouvant subsister (sauf l'atrophie par la désuétude), en dehors même des conditions où ils ont été acquis. C'est là qu'est le grand point de controverse entre les néo-lamarckiens et les darwiniens : Acquired variations may be inherited (N. Lamarck). Acquired variations may not be inherited (N. Darwin).
Je crois avoir réussi, au cours de cet ouvrage, à mettre d'accord les deux théories opposées en montrant qu'elles sont bien plus voisines qu'elles ne le paraissent, si l'on évite l'erreur individualiste, et je pense que la possibilité de la transmission des caractères acquis peut être considérée comme démontrée...; mais il y a un point sur lequel
1. Cope résume les causes de variation comprenant la physiogénèse et la cinétogénèse dans la formule générale suivante : « Variations are caused by interaction of the organic being and its environment », formule qu'il met en opposition avec celle dans laciuelle il résume l'opinion des néo-darwinistes : « Variations are congénital or are caused by mingling of maie and feraaie germ-plasmas. >>
214 FAITS ET THÉORIES AYANT RAPPORT A l'hÉRÉDITÉ
je crois que personne n'a encore attiré l'attention des naturalistes, c'est ce que j'appellerai l'hérédité des caractères morphologiquement latents, quoique spécifiquement acquis.
Je n'entends pas le terme latent au sens où il a été pris souvent. M. Delage a nettement montré que l'on s'est servi de ce mot pour couvrir un manque absolu d'explication de certains faits ^ Voici ce que je veux dire :
Lorsque la coordination l'exige, la corrélation doit donner des résultats chimiques (variation quantitative 2) qui doivent être compatibles avec la morphologie générale ; mais il ne faut pas oublier que le squelette de l'adulte donne à sa morphologie générale une grande fixité : il est donc vraisemblable que, dans certains cas, un être adulte peut avoir une forme différente de celle qui aurait été, indépendamment du squelette préexistant, la forme d'équilibre correspondant au caractère chimique p q r de su composition plastidaire spécifique 3. Autrement dit, un caractère quantitatif peut être acquis chimiquement et rester morphologiquement latent. Or, il est bien certain que c'est le caractère acquis chimiquement qui sera héréditaire; le fils aura donc, non la forme du pcre, mais la forme qu'aurait eue le père si son squelette ne s'était opposé à ce qu'il prit la forme d'équilibre caractéristique de sa composition chimique.
Cela étant admis, il peut arriver que certains rejetons soient considérés comme monstrueux tout en étant normaux, et que telle variation soit attribuée à une modification fortuite de l'œuf, alors qu'elle est en réalité due à une modification quantitative généralisée dans tout l'organisme parent. Les cas, rapportés par Huxley, dos moutons ancons et dos hommes hexadactyles, sont peut-être de cette caté-