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CHAPITRE XX

DISCUSSION DES FAITS RELATIFS A l'hÉRÉDITÉ DES CARACTÈRES ACQUIS

Tout le monde sait que les caractères des parents sont transmis à leurs descendants par le moyen des cellules reproductrices ; le fils d'un chien est un chien, le fils d'un hareng est un hareng, La croyance à l'hérédité est fondée sur une multitude d'observations que l'on fait sans peine sur les plantes, les animaux et les hommes, et, aujourd'hui, personne ne songe à en mettre en doute la réalité. C'est un fait d'observation ordinaire, que beaucoup, et même la plupart des caractères de structure d'une génération sont transmis à sa descendance ; et cela est vrai, non seulement pour les caractères physiques de structure qui sont macroscopiquement évidents, mais encore pour des fonctionnements d'organes qui dépendent de caractères histologiques microscopiques ; telles sont les idiosyncrasies mentales ou musculaires, etc.. Darwin a rassemblé, dans son livre do la Descendance de l'homme, de nombreux cas do transmission héréditaire de tics delà face, des mains et d'autre* j)arties du corps.

Mais c'est aussi un fait d'observation ordinaire, que certaines partioula rites des parents ne sont pas ou no

peuvent pas être transmises par hérédité, et parmi celleslà on peut compter non seulement des mutilations et des blessures, mais aussi des caractères normaux. C'est donc une question importante que de déterminer quels caractères peuvent, quels caractères ne peuvent pas être transmispar hérédité des parents à leurs enfants ; cette question a été étudiée dans le présent ouvrage : je vais dire quelques mots des arguments au moyen dequelslesnéo-lamarckiens et les néo-darwiniens défendent leurs théories respectives.

Weissmann et d'autres ont insisté sur ce point que les caractères récemment acquis par un organisme ne peuvent être transmis, qu'ils soient le résultat de conditions normales ou anormales. Pour soutenir cette manière de voir, il rappelle la séparation précoce, dès la vie embryonnaire, des éléments reproducteurs d'avec le reste de l'organisme et leur isolement continuel pendant la vie ultérieure, de sorte qu'ils sont à iabri des influences extérieures qui agissent sur le reste du corps. Il insiste aussi sur la permanence de cet isolement du plasma germinatif de génération en génération, isolement qui assure seulement la transmission des caractères (\\xil contient et non de ceux qui appartiennent aux autres cellules de l'organisme constituant le corps ou soma. Les caractères qui sont transmis par hérédité et qui sont présents à la naissance, sont appelés congénitaux, tandis que ceux qui apparaissent dans le soma sous l'influence des excitations extérieures sont appelés acquis * ; Weissmann nie donc l'hérédité des caractères acquis.

En dehors du fait que des mutilations ou des blessures accidentelles du soma ne sont pas transmises par hérédité,

1. Si Ion réfléchit bien à la signification précise de cette assertion de Weissmann et si l'on remonte, par la pensée, de génération en génération jusqu'au protozoaire initial, on arrive avec Harlog à s'apercevoir que les caractères congénitaux de Weissmann se réduisent à ceux de ce protozoaiie ancêtre, et que la formation des espèces devient incompréhensible, les œufs d'aujourd'hui ne pouvant être qu'identiques à ces plastides primitifs.

218 FAITS ET THÉORIES AYANT RAPPORT A l'hÉRÉDITÉ

on a souvent cité des cas variés de non-hérédité de mutilations répétées souvent et pendant de longues périodes de riiistoire du monde. Ainsi la rupture de l'iiymen des femmes n'a pas été suivie de sa disparition ; la pratique de la circoncision par les Juifs n'a pas été suivie par la disparition du prépuce dans cette race. L'action de se couper continuellement les cheveux, comme cela a lieu chez les hommes de certains pays, n'a pas diminué l'abondance de la chevelure. La pratique du pied bot artificiel chez les Chinois d'une certaine classe n'a pas modifié héréditairement la forme du pied... etc.

Mais, dit Cope, ces observations négatives prouvent seulement que de telles modifications de structure peuvent ne pas être transmises par hérédité. Un seul exemple, rigoureusement observé et indiscutable, de transmission héréditaire d'une mutilation, prouverait qu'il n'y a pas d'impossibilité absolue aV existence d'une semblable transmission ; or, des exemples authentiques de faits de cette nature sont acquis à la science, et j'en citerai tout à l'heure quelquesuns que Cope a réunis dans son ouvrage. « Mais ce n'est pas à des mutilations, a]oute-t-il, que le paléontologiste a affaire; la rupture de l'hymen et la circoncision, et la plupart des mutilations peuvent arriver seulement une fois dans la vie d'un individu, et généralement elles ne produisent pas d'effet appréciable sur sa physiologie générale ; de plus, la plupart des mutilations citées plus haut sont exécutées sur un sexe seulement. La question est tout autre quand il s'agit des caractères de structure dans lesquels nous observons les différences réelles entre les types d'animaux. La classification naturelle est en grande partie basée sur les différences présentées par les organes de locomotion et de nutrition ; or ces organes fonctionnent chez tes animaux pendant la plupart des heures de veille ; leur mouvement est perpétuel et ne cesse quavec la mort. Il est donc tout à fait déraisonnable de citer l'his-

toire des mutilations comme une preuve de l'impossibilité de la transmission héréditaire des caractères naturels résultant de causes naturelles souvent répétées et longuement continuées ^ » Ce raisonnement très juste étant fait, Cope rappelle la cinétogénèse, c'est-à-dire, le fait que, pour Lamarck et les néo-lamarckiens, les caractères de structure sont produits par l'usage et les autres excitations à la croissance. Or les exemples tirés de la paléontologie (et il y en a un très grand nombre dans la première partie du livre de Cope) montrent que les caractères ainsi produits déterminent une évolution progressive depuis les premiers temps géologiques jusqu'à nos jours. Il y a, dit-il, deux explications possibles de ce dernier phénomène : la première est que les caractères d'une génération sont transmis héréditairement à la génération suivante, et que cette génération suivante développe lesdits caractères par l'action des mêmes excitations qui leur avaient donné naissance dans la génération précédente, déterminant ainsi une évo lution progressive.

L'autre est que ces caractères de structure sont produits par chaque génération pour son compte personnel. « Il est évident (et nous allons retrouver la remarque de Hartog que j'ai précédemment signalée en note), que cette dernière hypothèse ne prévoit pas le développement additionnel d'un caractère dans une génération par rapport à la génération précédente... ; aussi il suffit d'examiner l'histoire du développement embryonnaire des animaux pour voir qu'elle est absolument insoutenable. Car si quelques-uns ou la totalité de ces caractères acquis peuvent être constatés dans les premiers stages du développement, comme dans l'œuf, la pupe, le fœtus, etc., il devient évident que ces caractères acquis ont été hérités^. Or, les recherches

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