‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 168 sur 342 · ARR · texte numérisé non relu

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sujets, et conclut à la nécessité d’un gouvernement paternel basé sur la monarchie. En 1524, avec la permission de ses protecteurs royaux, il se rendit à Bruges pour s’y marier, mais quelque temps après, il retourna en Angleterre.

Peu de temps après son retour en Angleterré, il fut témoin d’une grande agitation à la Cour. Le bruit coufait que le roi, conseillé par le cardinal Wolsey, se proposait de divorcer, et qu'il s'était adressé dans ce but à la Cour pontificale afin d'obtenir l’invalidation de son mariage, car il avait l’intention d'épouser sa bellesœur. À cette occasion il y eut de vives discussions parmi les jurisconsultes anglais ; les uns défendaient la cause du roi et les autres celle de la reine. Parmi ces derniers se trouvait Vives. L'opinion publique avait

pris part à cette question qui intéressait beaucoup la

couronne. Le roi porta la question en litige devant le Parlement, et le pape Clément VII de son côté envoya le cardinal Campejio pour entendre les deux partis.

Le roi confiant dans la servilité du Parlement exigea que la reine désignât un défenseur chargé de plaider sa cause devant les juges, et il envoya à cet effet un message à Luis Vives, en Flandres, l’invitant à se

. Charger de la défense. Vives qui avait été chassé d'An-

gleterre par le roi, eut peur de s’y présenter de nou-

veau, d'autant plus qu’il avait des doutes sur la sincé-

rité du roï, qui ne cherchait qu’une forme légale pour légitimer sa séparation d’avec la reine. De plus, il

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croyait inutile toute défense devant un tribunal qui était gagné d'avance au parti contraire. Il s’ensuivit qu'il perdit l’amitié du roi qui, lui ayant alloué une pension pendant plusieurs années, le considéra comme un ingrat.

Vives privé des faveurs et de la protection du roi d'Angleterre se trouvait dépouvu de toutes ressources, au moment même où une graye épidémie importée d'Angleterre, la Suète miliaire, faisait son apparition à Bruges et y occasionnait de grands ravages, ce qui l'obligea à abandonner Bruges avec sa femme et à se rendre à Lille. Toutefois sa femme, plus courageuse que lui, s’obstina à rentrer à Bruges, et comme l’épidémie était en pleine décroissance il y retourna avec elle. |

Cependant les affaires d'Angleterre empiraient de. plus ‘en plus, et le roi, après sa séparation d'avec la reine Catherine, contractait mariage avec Âne Bolène. Vives profita de la tranquillité de sa vie à Bruges pour écrire un ouvrage intitulé : De concordia et discordia ‘in humano genere. Ce livre était précédé d’une > Jettre à l’empereur Charles [*r, dans laquelle il décrivait avec des couleurs très vives l’état social de l’époque. Attristé par la fréquence et la violence des guerres entre nations . qui vivaient autrefois paisiblement entre elles, il semblait que Vives, ayant perdu la protection du monarque anglais, recherchât eelle de l'Empereur.

En eftet, dans une lettre adressée à son ami Vergara,

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il lui écrivait que l'Empereur lui avait accordé une pension annuelle de 150 ducats, un peu plus de la moité de ses frais. Deux ans après, Vives publiait un autre livre intitulé : De disciplinis, qu'il dédiait au roi Jean II, de Portugal, réputé comme protecteur des lettres et des arts, et il semble que le roi de Portugal ait dignement récompensé ce geste.

Cet ouvrage est une vraie lee cu se divise «en trois parties : la première s'occupe des lettres, Critiquant sévèrement la méthode d'enseignement, comme par exemple la corruption de la grammaire, de la dialectique, de la rhétorique, de la philosophie naturelle, de la philosophie morale et du droit civil ; la seconde partie s’occupe de l’enseignement de la science et de la doctrine chrétienne ; la troisième partie est un traité . de logique et de eue - En l’année 1533, sa santé fut sérieusement ébranlée ; épuisé par le travail et secoué par les vicissitudes 1 la vie, il fut atteint de la goutte dont il ne guérit qu’un an plus tard. En 1534, dans la dernière lettre qu'il adressa à Erasme, il exprimait son mécontentement dans les termes suivants : « Nous traversons maintenant des temps calamiteux dans lesquels on ne peut ni parler, ni se taire sans danger. En Espagne, Jean de . Vergara et son frère Bernardino Tovar, ont été condamnés par l’Inquisition en même temps que d’autres savants représentants de la renaissance littéraire en Espagne. » En effet, le Saint Office avait condamné

l'insigne Antonio de Nébrija, enl’accusant de sacrilège pour avoir osé interpréter la Sainte Ecriture. Il con-

damna également le célèbre philologue et professeur à - Sas

P'Univergité d’Aïcala, Mateo Pascual, en confisquant tous ses biens. Il ne se contentait pas de condamner à la prison temporelle ou perpétuelle un grand nombre d’humanistes espagnols, tels que Fraÿ Luis de Léon, Carranza de Miranda, l'insigne poète Esteban Manuel de Villegas, mais il condamna également au bûcher un grand nombre de personnes suspectes d'idées de liberté et de justice. |

Il n’y a pas de doute que, ne disposant pas de moyens d'existence suffisants pour pouvoir satisfaire aux besoins matériels de la vie et ne jouissant pas non plus d’une santé assez robuste pour être apte à lutter contre l’adversité et contre un milieu social hostile à sa. manière de penser, Vives avait besoin d’un soutien. matériel dans les sphères sociales supérieures, de même que de l'amitié et de la protection de personnes influentes pour être à l'abri des attaques de ses ennemis.

Grâce à ses grands mérites comme savant et éCri= ee ce

vain, il jouit pendant longtemps de la protection des rois d'Angleterre d'abord, et ensuite de l’empereur Charles-Quint et du roi de Portugal. De même, les. preuves d'amitié et d'estime que lui avait prodiguées Erasme, ont contribué à fortifier son état moral et à lui donner la tranquillité d'esprit nécessaire pour se consa-

crer à ses travaux littéraires. Malheureusement un

concours de circonstances lui avait aliéné la protection du roi et de îa reine d'Angleterre, ensuite la mort d’Erasme en 1536 le priva d’un ami de haute valeur et

EN : Ê £ , d’un protecteur assez puissant, car Erasme représentait

dans l’histoire littéraire de la Renaissance l’harmonie et la concorde entre deux opinions contraires. Erasme

fut un croyant fervent, en même temps qu'un ennemi de

l'intolérance, ayant su concilier la culture grecque avec l’esprit chrétien. |

‘Après la mort d'Erasme, en 1536, Vives s'étant trouvé trop isolé à Bruges, se rendait souvent à Brèdes, résidence de doña Mencia de Mendoza, petite-fille du cardinal don Pedro Gonzalez de Mendoza, protectrice des sciences et des lettres, avec laquelle il avait des entretiens littéraires, et il est probable qu’elle lui est

Souvent venue en aide dans sa situation précaire. Pendant

cetemps, Vives publia deux grands ouvrages intitulés

l’un : De Veritate fidei christianæ et l’autre : De anima et Vita. Cependant, depuis le commencement de l’an-

née 1540, Vives se trouvait épuisé à la suite de ses travaux intellectuels d’une part, et des luttes et des souffrances physiques d'autre part, et il mourut à

Bruges à l’âge de 48 ans, après avoir mené une vie de

constant labeur et de luttes incessantes contre un

milieu social hostile.

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