JUGEMENT CRITIQUE SUR VIVES
de même que les scolastiques, sous prétexte de commenter Aristote ont créé une philosophie pleine d’éléments propres et très différents de celle qu'avait ensei. gnée le stagiryte. |
. Cependant, Vives avait des idées très originales nées de la réflexion et des observations de la nature qui l'on aidé à former ses doctrines. C’est ainsi qu’il prétend que la matière ne périt pas, bien qu'elle puisse se transformer et se décomposer. L'action de la nature sur la matière même n'a rien à faire avec sa naissance qui est l’œuvre de la création divine. Il établit également dans son livre De prima philosophia que l'évolution est la loiconstante de la nature, étant donné que la vie est une série ininterrompue de changements, une succession continuelle de générations et de corruption.
Bien que Vives n'ait pas pu connaître les lois de la vie, car les connaissances biologiques de cette époque étaient bien maigres, dans son ouvrage De anima et Vita il s'occupe des différentes formes de la vie dans les trois règnes de la nature : animal, végétal et minéral;/il examine en même temps les différents ordres de la vie, en étudiant en premier lieu la nutrition qu'il considère comme la faculté première et fondamentale de la vie, ayant besoin, pour se manifester, de la chaleur et de l'humidité. Il considère en même temps la faculté nutritive du corps par rapport à l'aliment qui consiste en cinq fonctions distinctes : {° la fonction attractive qui s'empare de l’aliment et l’ingère dans le
corps : 2 la fonction retentive qui retient, l'aliment
pendant que s'opère sa transformation ; 3°la fonction de le transformation au moyen de la digestion ; 4° la fonction purgatoire ou celle de l'élimination des parties
inutiles ; 5° la fonction assimilatrice qui est la conver-
sion de l'aliment en matière vive.
Vives n'hésite pas à s'étendre à d’autres fonctions …
biologiques, telles que les fonctions de reproduction
dans le règne animal, qui naturellement sont tout à fait rudimentaires, car il admet que les mouches, les moustiques, les fourmis et les abeilles manquent de sexe el
naissent par génération spontanée. Vives s'occupe également des sens; il explique la vision, J'audition, le tact, le goût, l’odorat, selon les connaissances scientifiques de l’époque en plaçant le sensorium comme centre de radiation dans le cerveau et la distribution des nerfs dans la périphérie comme appareil de réception.
ILest tout naturel que Vives n’ait pas eu encore une idée de la loi de la réfraction découverte ensuite par Descartes, ni des spectres solaires. Il n’a pas non plus reculé devant les difficultés pour expliquer d’autres phénomènes biologiques, tels que le sommeil et la
veille, la longévité et la sénectude, etc. Il n’y a pas de
doute que la plupart de ses considérations sur les phé-
nomènes biologiques ont été empruntés aux travaux
d'Aristote, bien qu'il les ait modifiés souvent d’aprè
les connaissances physiologiques dominantes de
l’époque.
à VIVES COMME SAVANT ET PHILOSOPHE 557
Ce qui est le plus étrange dans Vives, c'est que grâce à son érudition immense et à son esprit critique -inné, il-a touché à tontes les branches du savoir humain # “de l’époque. Dans son livre De disciplinis, il parle
avec une égale compétance sur l’agriculture, sur les
arts industriels et sur la médecine. Son livre De disci- . plinis qui a été réimprimé à Valence en 1782, compte huit volumes et représente une revue encyclopédique de l’état des sciences au xvi° siècle.-Il est divisé en deux parties dont la première intitulée : De causis cor-
pt FA |
se ruplarum artium s'occupe des causes de la décadence de la science, tandis que la seconde partie intitulée : | De tratendis disciplinis établit des principes fondamen-
taux devant servir à l'élévation du niveau des sciences .
| et à l'amélioration de l’enseignement.
D’après lui la médecine en même temps qu'une | science, est aussi un art expérimental, mais l’expé- 5 rience, dit-il, en médecine, est sujette à des variations, . car son résultat change avec l'âge, le sexe, le lieu, le
temps et l’idiosyncrasie, et elle a besoin d’être corrigée e par le jugement.
Vives soutient que l'étude de la médecine doit être É fondée sur les connaissances de l'anatomie et de la phy- __ siologie humaine, accompagnées de l'analyse minu- tieuse des vertus curatives des substances organiques et inorganiques et d’une observation consciencieuse de la marche et des accidents survenant dans les diverses
maladies. Partant de ce principe, il attribue la déca-
dence dans laquelle la médecine est tombée dans les
derniers siècles, à l'ignorance des médecins, à leur
observation précipitée, à leur désir immodéré du lucre et à leur penchant pour les discussions irréfléchies.
Il trouve également que les jeunes médecins étaient
déjà entraînés à l'école dans ce genre de subtilités,
sans connaissance des plantes, des minéraux et d’au-
tres éléments thérapeutiques et ce sont ces jeunes médecins, connaissant plutôt la dialectique et manquant d'expérience et de jugement, qui sont admis à des grades universitaires et envoyés ensuite dans les villes ou les villages pour y exercer leur profession.
ILest vraiment étonnant de voir que Vives, vivant un siècle avant Bacon, ait condamné la méthode scolastique et préconisé la méthode inductive comme base de toute investigation. Vives termine ce chapitre dans les termes suivants : Le vrai médecin ne doit avoir
jamais en vue son intérêt personnel, mais bien le senti-
ment et le but élevé de la profession qu’il exerce, qui
n’est autre que la conservation et le rétablissement de
la santé du malade. Malheureusement, dit-il. la faute. n'est pas tant aux jeunes médecins, qu’aux maîtres
dont la réputation n’est pas toujours fondée sur leur
valeur scientifique, mais plutôt sur leur habileté dialectique. :
Voici les propres termes de la condamnation de l'enseignement universitaire : Nam quvenus, atque adolescentes nulla peritia herbarum, animantium, elemento-
Es
# AT St
EN
Se
rum, denique naturæ hujus, nullis experimentis et
| cognilione rerum adjuti, nulla fulti prudentia Judicio
el consilio perquam imbecillo, admittuntur ad honores, ex confinuo emitiuntur ex Academia in proxima oppida el vicos, ad ponenda rudimenta artis, lanquam manus imitium carnificum.
De même en matière de philosophie et en questions
de métaphysique, Vives se distingue par sa sobriété et
: PAYPTqREe; 3
sa prudence dans le jugement critique, et il n'hésite P 5 :
pas à proclamer le principe expérimental comme base
de toute investigation. Bien que Vives n’établisse pas
une théorie complète dans son ouvrage De anima et
Vita sur l’origine de la connaissance, il soutient que nos premières connaissances des choses les plus simples nous viennent des sens, mais il ajoute que nos facultés intellectuelles étant limitées, il y a une relativité dans nos connaissances, en sorte que nous connaissons seulement les phénomènes extérieurs des
choses.
N'ayant pas l'intention de faire une étude sur la philosophie de Vives, nous nous sommes contenté de donner quelques aperçus sur sa manière de juger les questions philosophiques, l’état des sciences et des arts
techniques de son époque et de prouver que, tant par
son érudition que par son jugement critique et sa manière de concevoir la nature et la situation de l’homme en rapport avec Dieu et la nature, Vives était
Supérieur à tous ses contemporains, à l'exception
Po
wi