VIVES DOMINÉ PAR LA PEUR
d'Erasme son devancier, lequel avait plus d’indépendance d'esprit et de caractère que lui, grâce à sa bonne
constitution, à la solidité de sa santé, à sa situation sociale indépendante et au prestige qu'il avait acquis
auprès des souverains et des princes d'Europe, et. même auprès des cardinaux les plus influents à la Cour ;
pontificale, longtemps avant que l’Inquisition n’eût consolidé son pouvoir en Espagne. D'ailleurs, Erasme
était déjà à son apogée au moment où il fit la connaissance de Vives à l’Université de Louvain, où il lui
servit de maitre et de guide dans la direction de ses travaux. 0 |
D'autre part, il faut tenir compte des circonstances au milieu desquelles s’est déroulée l’existence de Vives. Né de parents de situation très modeste. Bien qu'étant
très vertueux et laborieux, et ayant fait tout leur pos-
sible pour lui inculquer l’amour de la science et des lettres, la vie de Valence lui devenait de plus en plus
pénible à mesure qu’il grandissait ; : en effet, c’est en vain qu'il y cherchait les professeurs et les éléments nécessaires pour acquérir la connaissance des langues
et de la littérature gréco-latine; d'autre part, la ville
de Valence, qui était la plus riche et la plus florissante
d'Espagne au temps de la domination arabe, devint
après 4480 le lieu favori de persécution des Juifs et des Arabes, jusqu’à ce que le fameux édit du 35 mars 1492 décidât leur expulsion d'Espagne, à la suite duquel plus de trois cent mille Juifs se virent obligés de quit-
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DE PERSÉCUTION PAR L'INQUISITION. ro
ter Valence ; le petit nombre de ceux qui y sont restés, étaient victimes de lintolérance et de la haine populaires, malgré leur conversion au catholicisme.
Vives doué par la nature d’un grand esprit de droiture et d’un jugement clair et parfait dut assister, en 1499, à un autodafé pratiqué sur une femme d’ origine juive, appelée Ana-Vives et sur son fils Michel, condamnés tous deux au bûcher sur de fausses accusations, ce qui laissa dans l’âme du petit Vives une impression qui ne s'effaça jamais (1). Ce furent probablement ces deux circonstances qui décidèrent Vives à quitter l'Espagne. Il se rendit alors à Paris pour y compléter
ses études, ainsi que nous venons de relater.
Il convient de mentionner que Vives, qui garda toujours un grand attachement à son pays natal, retourna deux fois à Valence mais ne tarda pas à la quitter par suite de l’incompatibilité existant entre son esprit pacifique, consacré à la recherche de la vérité et l'esprit
d’intolérance et de haine du milieu valencien envers les
hétérodoxes. C’est ainsi que Vives était souvent hanté par l’idée de la persécution dont il était l’objet de la part de l’Inquisition et de ses complices dans le monde intellectuel espagnol.
On n’a qu’à lire la dernière lettre qu'il écrivit à Erasme en 1533, dans laquelle il se plaint amèrement
de la situation angoissante des humanistes en Espagne.
1. Luis Vives y la filosofia del renacimiento, par D. Adolfo Bonilla Y. San Martin, Madrid, 1903, page 40. |