OBLIGÉS DE TRAVAILLER
Enfin ayant fait prisonniers de nombreux Caraïbes il
décida pour le salut de leur âme d’envoyer en Espagne bon nombre d’entre eux afin de leur faire recevoir le baptème et de les échanger contre du bétail et des vivres. Lui-même en expédia cinq cents pour être ven-
dus à Séville, toutes ses injustices ayant été justifiées
par la nécessité de satisfaire les exigences du trésor et d'obtenir la permission de continuer ses découvertes. Cependant comme toute injustice renferme en elle le
germe de la vengeance, les gémissements des malheureux indigènes d’une part, et le mécontentement des Espagnols obligés de travailler pour exploiter les richesses de la terre d'autre part attirèrent à l’amiral de nombreuses inimitiés. Celui-ci eut beau protester de son innocence et dire qu’on ne devait pas le juger en tant que gouverneur d’un pays organisé mais bien comme conquérant d’une population sauvage, de graves
accusations furent portées contre sa personne et le roi
saisissant cette occasion pour réduire les vastes concessions, qu'il lui avait accordées au moment de son premier voyage, envoya sur les lieux Jean de Aguado,
pour procéder à une enquête sur les faits dénoncés. Ce __ dernier abusa de ses pouvoirs pour avoir le plaisir de
tourmenter un grand homme et pour aggraver les maux
de Colomb qui, malade de corps et d’ esprit, juges né-
cessaire de retourner en Europe.
Ne connaissant pas assez bien les vents de l’Atlan-
tique il erra à peu près huit mois avant de pouvoir