‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 274 sur 342 · ET DE LA RÉFRACTION DE LA LUMIÈRE · texte numérisé non relu

ET DE LA RÉFRACTION DE LA LUMIÈRE

entre temps. Lorsqu’en 1677, ses restes furent rappor-

tés de Suède en France, ils furent déposés en grande pompe dans l’église Sainte-Geneviève, mais au moment où le chancelier de l’Université de Paris s’apprêtait à prononcer l’oraison funèbre qu'il avait préparée, arriva un ordre de la Cour qui s’y opposait. Le Parlement, à l’instigation de la Sorbonne et de l’Uni- versité, fut sur le point de prohiber l’enseignement de la philosophie cartésienne et de maintenir celle d’Aris- | tote, mais ce coup d'Etat, si contraire au progrès et à

à la bonne politique, fut empêché à temps. Néanmoins,

les jésuites firent évoquer par le roi la cause en Conseil

d'Etat et celui-ci défendit de professer le cartésianisme

dans l'Université de Paris (1). Ce qui n’empêcha pas le cartésianisme de rester une des doctrines les plus considérables de son temps et de constituer l'époque la plus glorieuse de l'histoire de l'humanité, car elle a imprimé une nouvelle direction à l’esprit humain. L'influence de sa philosophie se fit sentir après sa mort dans l’Europe entière. C’est surtout le xvirre siècle, le siècle de la philosophie, qui fut l’apothéose de Des-

cartes; car en 1755, l’Académie française, ayant mis au

concours L'Esprit philosophique, la thèse qui remporta le prix proposa le cartésianisme comme modèle de toutes les philosophies et l’auteur de cette thèse était un jésuite, le Père Antoine Guénard (2).

1. César Cantu, Hisloire universelle, trad. par M. Lacombe, t, XVI, POI 2. Tableau des progrès de la pensée humaine, par Nourrision, p.343.

686 LE xvII* SIÈCLE FUT UNE PÉRIODE DE LUTTES ET

Après avoir retracé à grands traits la vie et l’œuvre de Descartes, nous tenons à rappeler les circonstances adverses qu’il dut subir pour réaliser ses projets.

1° Sa première éducation au collège des Jésuites, de même que sa carrière militaire, furent tout à fait contraires à son caractère indépendant et à son esprit cri= tique, qui ne s’accommodaient pas facilement d’une autorité absolue et d'une obéissance aveugle,coutumière chezles jésuites aussi bien que dans l’armée, |

2° Son esprit d'indépendance et son amour exalté pour l'étude des sciences et de la philosophie lui firent abandonner la maison paternelle après la mort de son père. Cette séparation lui fut d'autant plus facile que sa famille le regardait avec dédain, comme si son titre de

philosophe eût été la honte de sa race. Depuis lors, il

mena une vie tout à fait retirée en Hollande, se consacrant à l'étude de la nature, à la méditation sur l’homme et sur Dieu, de même qu’à une correspondance active avec les personnages célèbres d'Europe.

3 Son génie créateur aspirant à la suppression de la mentalité moyenâgeuse qui régnait non seulement parmi

les masses populaires mais aussi chez une grande partie

du monde intellectuel de son temps,se trouva souvent

en butte aux autorités ecclésiastiques qui guettaient de

près et de loin ceux qui se révélaient novateurs ou

réformateurs en matière de méthode ou de principes

philosophiques. x 4° Descartes ayant eu vent des persécutions dont

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