‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 291 sur 342 · PASCAL TRACE LA LOI DE CONTINUITÉ · texte numérisé non relu

PASCAL TRACE LA LOI DE CONTINUITÉ

Dieu, et non la raison, voilà ce qu’est la foi ». « Les preuves que Jésus-Christ et les apôtres tirent de l'écriture ne sont pas démonstratives ; car ils disent seulement que Moïse a dit qu’un prophète viendrait, mais ils ne prouvent pas par là que ce soit celui-là ; or les

plus grandes preuves de Jésus-Christ sont les pro-.

phéties ». « Les miracles ne sont pas de telle nature qu’on puisse dire qu’ils sontabsolument convaincants ». « L'histoire sainte n’est pas une science de l'esprit, mais une science du cœur. » |

Le tableau que nous venons de tracer de la vie accidentée et de l’œuvre de Pascal démontre d’une manière

incontestable que même dans la dernière phase de sa vie, la lutte entre son esprit scientifique et son mysticisme religieux ne s'était pas tout à fait éteinte, au point quil eut des moments de lucidité où il crut néces-

saire de se justifier devant fe public du changement survenu dans son existence morale et intellectuelle en

expliquant que c'était’ grâce à l’infirmité de la raison et à l'incertitude de l’expérience qu’il avait été ie

à se jeter dans les bras de la foi.

Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître que Pascal, bien

qu’il ne fût chef d’école ni auteur d’une doctrine nouvelle et qu'au moment où ses facultés intellectuelles s’approchaient du zénith de leur vigueur, ilse soit égaré

dans le dédale du mysticisme, a laissé des traces

dans l’histoire de la philosophie du xvure siècle; car

même au commencement de sa décadence physique, en

DU PROGRÈS DE L'HUMANITÉ fais à

1656, il a fait montre dans ses célèbres Lettres provin-

ciales de hautes qualités de philosophe et de polémiste de premier ordre. Dans ce chef-d'œuvre littéraire, il révèle encore une grande flexibilité d’esprit et une éloquence ardente, accablant ses ennemis d’invectives et d’ironie mordante. Un écrivain éminent disait avec raison : « Les provinciales ont tué la scolastique en morale, comme Descartes en métaphysique, » Elles ont beaucoup fait pour séculariser lesprit et les notions de l'honnêteté. Pascal a eu encore le grand mérite d’avoir été le premier qui ait tracé, dans son Traité du vide les lois de l’évolution de l'esprit humain et d’avoir indiqué la loi de la continuité du progrès de l'humanité, En voici un passage célèbre quenous tenons

à citer textuellement :

« L’homme dit-il, est dans l'ignorance au premier

« âge de sa vie, mais il s’instruit sans cesse dans son

« progrès, car il tire avantage non seulement de sa « propre expérience, mais encore de celle de ses pré- « décesseurs, parce qu’il garde toujours dans sa « mémoire les connaissances qu'ils’est une fois acquises, « et celles des anciens lui sont toujours présentes dans « les livres qu’ils ont laissés. Et comme il conserve « ses connaissances il peut ainsi les augmenter facile- « ment ; de sorte que les hommes sont aujourd’hui dans « le même état où se trouveraient ces anciens philo-

« sophes s'ils pouvaient avoir vieilli jusqu’à présent, en

« ajoutant aux connaissances qu’ils avaient celles que

« leurs études auraient pu leur faire acquérir à la faveur « de tant de siècles. De là vient que par une préroga— es « tive particulière, non seulement chacun des hommes « s’avance de jour enjour dansles sciences, mais que tous « les hommes ensembles y font un continuel progrès à « mesure que l’univers vieillit, parce quela même chose * « arrive dans la succession des hommes que dans les « âges différents d'un particulier. De sorte que toute « Ja suite des hommes pendant le cours de tant de « siècles doit être considérée comme un même homme « qui subsiste toujours et qi apprend continuellement. ».

ANS

Vi ne.

Après avoir donné un aperçu es de trois sys En tèmes philosophiques qui ont surgi au milieu du. xvrr siècle, tels que ceux de Spinoza, Leibnitz et Pas— cal, nous nous voyons forcés de nous poser la question | suivante : Etant admis comme un fait incontestable que Descartes a eu le grand mérite de secouer le dd : = la scolastique, de délivrer la physique des fausses hypothèses établies par elle et de découvrir une méthode par laquelle il explique le mécanisme entier de l’'univers selonles lois naturelles,comment explique- -t-on que Spinoza, Leibnitz et Pascal, s'étant inspirés tous les.

trois de sa méthode basée sur l'observation et l'expé-.

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