‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 292 sur 342 · AAA · texte numérisé non relu

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rence, soient arrivés à des conclusions distinctes et diamétralement opposées ?

- Pour expliquer ce fait quelque peu paradoxal il faut : analyser l’histoire de la vie entière de chacun d'eux, cher- ee cher le milieu dans lequel ils ont vécu et l'influence que celui-ci a exercée sur l’évolution de leur mentalité, si disss tincte l’une de l’autre; car d’ après les lois de l’évolution, l’homme est fils du milieu dans lequel il est né et des circonstances dans lesquelles il a vécu pendant les premières années de sa vie, lorsqu’ il s’assimile insen- siblement la manière de penser et d'agir des personnes

de son entourage. Ce n’est qu'à mesure que ses facultés intellectuelles se développent, que le cercle de ses

connaissances s’élargit et qu'il commence à avoir con- Fe Science de sa personnalité, que la lutte commence à Ne 8 établir entre lui'et le milieu, et alors il arrive de deux choses l’une: où l'homme se sent supérieur à son milieu et avec des forces physiques et morales suffi- 5 santes pour vaincre; dans ce cas, la lutte continue jusqu'au moment où l’homme sort victorieux et est capable d'imposer à son milieu sa volonté et sa mentalité. Ou bien l'individu manque de force morale et matérielle et de moyens suffisants pour soutenir une = lutte prolongée : alors il est forcé de s'adapter au 5 milieu ét de s assimiler à lui, à moins qu’il ne se trans. porte dans un nouveau milieu plus favorable aux con- | ditions de son existence morale et intellectuelle, ou: qu il ne se décide ge amour de la vérité, à continuer

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la lutte au risque de succomber en défendant les droits de la personnalité humaine.

Appliquons maintenant cette thèse à chacun de ces trois philosophes du xvrr siècle, qui occupent une place si brillante dans l’histoire de l'humanité. Commençons par Descartes. Issu d’une famille noble, ilentra à l’âge de huit ans au collège des jésuites de La Flèche qu'iF quitta à l’âge de seize ans. Puis, il prit du service militaire dans différents pays, combattant pendant sept ans, durant la guerre de Trente ans, contre le protestantisme ; il fit après un vœu de pèlerinage à à Lorette et prit part au siège de La Rochelle contre les calvinistes. Même plus tard, ayant rompu avec son passé et s'étant consacré à l'étude des sciences exactes et aux investigations philosophiques et malgré le mépris qu'il témoignait pour les écrivains du moyen âge, il craignit à ce point de se compromettre et de se end à

suspect à l’autorité ecclésiastique qu'il suspendit la

publication de son beau Traité du Monde au moment où

il apprit la nouvelle de la condamnation de Galilée par

le Saint-Office, et ne cessa de proclamer son attache -

ment à la religion, n’osant pas s'engager dans les dis-.

cussions théologiques ni traiter à fond de l’immortalité de l’âme, de la vie future, ni même de la morale (1). Il n’en fut pas de mème pour Leibnitz. Celui-ci, bien

qu’issu d’une famille modeste, ne connut pas les priva- ù

tions ni la lutte pour l'existence. À l’âge de vingt-deux

1. Tableau des progrès de la pensée humaine, par Nourrisson, p.339.

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ans, il se fit déjà connaître par ses travaux sur le droit,

et quelques années plus tard il fut attaché au service

du chancelier de l’électeur de Mayence, dont il accom-

pagna le fils à Paris et à Londres, où il se distingua par son esprit innovateur dans les sciences exactes, ce qui lui permit de se mettre enrapports avec les plus grands mathématiciens de son époque et d'être élu membre de l’Académie des Sciences de Paris et de.la Société Royale de Londres.

Quelque temps après son retour en Allemagne, il eut la chance d'attirer l'attention et de recevoir des distinc-

tions de la plupart des princes et des têtes couronnées

de l'Europe entière, ayant même reçu de l’empereur Charles VI un titre de noblesse et une riche pension.

Il est tout naturel qu'après être arrivé à une situation

sociale aussi élevée, qui lui permettait de goûter à

toutes les jouissances de la vie, il tint également à occuper la place d'honneur parmi les savants de PEurope, et il éprouva un grand chagrin lorsque d’autres savants contemporains lui disputèrent la plu- part de ses découvertes en mathématiques et surtout. lorsque Newton réclama la priorité de l’invention du

calcul différentiel. En. revanche, Leibnitz attaqua les lois de la gravitation et de l’attraction découvertes par

Newton, comme contraires à la religion et comme une.

négation des principes religieux révélés (1) ; il déclara également que la philosophie de Descartes était l’anti- 1. Culturgeschichte der Menschheit,par Friedric Kolb, p. 534.

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=: chambre dela vérité. Le spinozisme, d’après lui, n'était qu’un cartésianisme développé d'une façon immodérée et il importait pour la religion et pour la piété que cette __ philosophie fût châtiée par le retranchement des erreurs y contenues. D'autre part Leibnitz s efforça, au en. moyen de l’éclectisme, de concilier Platon et Aristote, * Descartes et Locke. Dans sa Théodicée, il professe l'optimisme, enseignant qu'entre tous les mondes pos- : sibles, Dieu a choisi le meilleur dans lequel 1lv.-a 14 plus grande somme de bien, même au prix de es Gé maux partiels. Tout en reconnaissant les droits de la a raison, il prétend que les mystères de la foi ne peuvent être expliqués par la raison. | re Il en résulte que Leibnitz combat, d' une part tout sys © tème de philosophie qui n’est pas le sien, et d'autre part : il tâche de réconcilier les systèmes les plus opposés, au point qu'il discute avec Bossuet les conditions de . . réunion à l'Eglise catholique des protestants dela con- __ fession d'Augsbourg. . no.

Ce ne peut être qu'un rêve d'un optimiste ou d'un utopiste, ce qui prouve d’une manière claire et évidente que Leibnitz, tout pensent profond et savant de premier ordre qu'il était, n'a pas pu se soustraire à ù l'influence du milieu dans lequel il vivait. Amené, à la : faveur des circonstances, à occuper une situation pri. : wilégiée, il devint optimiste au suprême degré. Il cher: ; chait à fuir la lutte là où il n’était pas sûr de vaincre. Bien qu’innovateur lui- même, il UT) de concilier PE

tradition religieuse et la raison basée sur la science; # tout en leur reconnaissant une origine distincte, de | .même que des lois distinctes, il s’est efforcé de trouver un trait d'union entre les deux au moyen d’une de ses “4 hypothèses favorites, à savoir l'harmonie préétab lie mais précisément là,malgré son génie, il ne s’aperçut pas que cette hypothèse était la négation de la liberté humaine. ; Quantà Pascal, ils’étaitégalementinspiré dela méthode ; Le Descartes et il n'est pas douteux, si l’on en juge à. > d' après l’évolution progressive et rapide de ses pensées # scientifiques et philosophiques, qu'il aurait même sur- passé Descartes dans la hardiesse de ses conceptions de Dieuet de la Nature, s’il avait été favorisé par de meilleures conditions de santé et par des circonstances de milieu plus propices au développement de ses disposi- ‘tions d’espritnaturelles. Malheureusement, son émotivité | extrême et son impressionnabilité maladive, ainsi que À le milieu de mysticisme religieux dans lequel il vivait etla vie austère qu'il mena pendant quelque temps, 3 transformèrent complètement le philosophe sceptique e en homme superstitieux voué aux observations mys- À tiques, en égoiste et en misanthrope, au point qu'il devint insensible à toutes les jouissañces de la vie, de s'épuisant toujours en gémissements sur la misère à humaine, restant soumis comme uu enfant à son dirée- teur de conscience et subissant l'influence des ouvrages Ur qu’il lisait sans cesse (1). |

@ Binet- nb Les lois Vo prete Fe religions, p. 235.

Certes, la vie de Pascal offre un témoignage éclatant en faveur du déterminisme. qui prouve que l'homme

n’est libre que lorsqu'il se possède entièrementlui-même. se laissant guider par la raison parfaite dans l’exércice de sa volonté et qu’il cesse de l'être au moment ou la passion ou la maladie, affaiblissant les centres nerveux, exalte son imagination et sert de contrepoids à la raison. Toutefois, on voit chez Pascal jus-

qu’au dernier jour de sa vie surgir par moments le doute éclairé par la puissante lumière de sa raison d'autrefois, lumière quemalheureusement ne tardent pas

à obscurcir les ténèbres du mysticisme du milieu qui le tenait suggestionné depuis son entrée à Port-Royal. Toute autre fut la carrière de Spinoza. Né à Amster-

dam de parents juifs espagnols qui, pour échapper à la persécution, avaient émigré en Hollande pour y vivre | à l'abri des lois de tolérance religieuse, il passa toute

la jeunesse complètement consacré à l'étude de la Bible et du Talmud. Après avoir .acquis des connaissances profondes de la littérature hébraïque, ainsi que des travaux des philosophes juifs d’Espagne des

xie et xr° siècles, il se mit à étudier la langue

latine sous la direction du docteur Van der Ende.

Celui-ci l’initia également à la philosophie de Descartes

et à sa méthode, dont il se servit plus tard comme point de départ pour un système nouveau de philosophie, qui l’éloigna de celui de Descartes, étant arrivé par la logique incomparable de son raisonnement à des

déductions et à des conclusions d’une exactitude mathématique distinctes de celles de Descartes; mais au moment où il se fit connaître par ses opinions contraires aux idées courantes de l’époque, il fut chassé de la synagogue et mis au ban de la Communauté par ses coreligionnaires qui le dénoncèrent à l'autorité comme dangereux pour la moralité publique

Il refusa également avec dédain toute avance faite de la part des protestants et des catholiques pour le gagner à une de leurs églises. Pour se soustraire à la

persécution de ses coreligionnaires il préféra vivre

dans une retraite obscure aux environs d'Amsterdam, pauvre et solitaire, et refusant tout secours de ses

amis, il se contenta de gagner sa vie avecile produit du polissage des verres optiques, consacrant la plus grande partie de son temps à la méditation.

Plus tard, il refusa également une chaire de philosophie à Heidelberg pour ne pas aliéner sa liberté de penser et d'écrire. Tous les actes de sa vie démontrent

qu'il appartenait à cette catégorie d'hommes d'élite doués d’une volonté inébranlable, d’une sérénité à

toute épreuve, d’un véritable esprit philosophique et en

même temps du sens moral le plus pur. Il fut le premier de son époque qui se mit ouvertementien opposition avec l'opinion théologique régnante, le premier qui soutint d’une manière logique et s ‘appuyant sur une démonstration géométrique, que l'univers n’est pas ie travail d’un être personnel agissant selon une fin

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