‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 35 sur 342 · NE T · texte numérisé non relu

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et des choses; ses Entretiens philosophiques furent fréquentés par des personnages célèbres. :

Toutefois 1l faut reconnaitre que, malgré sa haute conception de Dieu et de l’humanité, il n'a pas su se défendre contre ses instincts aristocratiques et 1l a foulé aux pieds le principe de la liberté individuelle ; car il tâchait d'établir une aristocratie de l'intelligence ; de plus il témoigna d’une estime très médiocre pour la

personnalité humaine, car il disait à ses disciples: « Si un citoyen tue son esclave, il suffit qu’il se puri-

fie ; si c'est celui d’un autre, qu'il paie deux fois sa

valeur au propriétaire ; quant à l’esclave qui tue son -

maitre, on peut lui faire souffrir tous les tourments à son gré ; s'il tue un autre esclave, que le bourreau le

fasse expirer sous les verges. »

Ce qui est encore plus étonnant, c'est sa conception fausse relative à la femme et aux enfants, formant partie intégrante de la société. D’après lui, la femme et les enfants sont la propriété de l’homme, et étant privés de personnalité,ils devaient être mis en commun àtitre de patrimoine social. Il voulait qu'il y eût des gardiens préposés à l'allaitement des enfants, chargés de conduire les mères vers les berceaux tant qu'elles avaient du lait et de veiller à ce qu'aucune d’elles ne pût reconnaître son enfant {i). C'est la négation absolue du droit de la maternité.

. 1, Platon: La République, livre X, p. 460.

Ces maximes, dans la bouche d’un esprit aussi élevé que Platon, prouvent qu’il avait méconnu com— plètement le caractère sacré de la femme et sa mission

éducatrice dans l’humanité. En même temps il a oublié.

que l'affection maternelle représente le bien sacré de la

famille, qui, à son tour, représente la base d'un Etat civilisé. On dirait que la victoire de Sparte sur Athènes.

dans la guerre du Péloponèse avait troublé l'esprit de Platon en lui faisant adopter la mentalité miliiariste des Spartiates. En effet, Platon, malgré son grand prestige comme-philosophe et penseur profond, n’a pas réussi à faire adopter à ses élèves ses doctrines relatives à la famille et à la politique ; car son disciple qui lui a succédé comme chef d'école, Aristote, combat les. idées de son maître comme contraires à la loi de la nature et à l’esprit social.

« L'homme dit-il, a deux grands mobiles de sollici-

tation : la propriété et l’affection. Or, ni l’une ni l'autre.

ne peuvent subsister dans la forme de gouvernement: rêvée par Platon.

Aristote, né à .… en Macédoine, en 384 avant Jésus-Christ, bien qu'élevé dans la doctrine de Platon, prit à tâche de la critiquer. Son activité intellectuelle

ne se limita pas aux études philosophiques ; aucune des.

branches des sciences humaines ne lui fut étrangère, mais il cultiva avec prédilection les sciences naturelles. Il faisait ses conférences dans les lycées en se promenant, ce qui valut à ses disciples le nom de péripatéti-

ciens. Plus tard, Philippe IT, Roi de Macédoine, le chargea de l’éducation de son fils Alexandre le Grand, qui lui fournit d'immenses moyens d’études. Grâce à l'appui de son illustre et puissant élève, il commença par acquérir de profondes connaissances universelles et réunit un grand nombre de faits et d'expériences, puis 1l les coordonna, les classifia et en déduisit les conclusions. Aidé par son esprit logique et sagace, il chercha au moyen de l'induction et de la réflexion à établir un système encyclopédique de la science, tant théorique (métaphysique et psychologie) qu'expérimentale (histoire naturelle, physique et mathématiques). Dans son traité sur l’âme, 1l conclut que l’intelligence

n’est que la succession des pensées (théorie renouvelée

plus tard par Spinoza et Hume), l’âme est regardée par lui comme une forme du corps qui, à la dissolution de celui-ci, se confondra avec la substance infinie. Quant

aux sciences pratiques, c'est-à-dire la morale, la poli-

tique et l’économie, il leur consacra un grand nombre de travaux; son livre, /a Politique, est un travail particulièrement digne d’admiration. Il considérait la vie sociale comme la seule moralement bonne et supérieure à la vie contemplative ou voluptueuse. Aristote se distingue des chefs d'école qui l'ont précédé par son esprit investigateur, par sa méthode très sévère et par la logique qu'il a créée et qui, comme théorie de raisonnement et de démonstration, a survécu à toutes des crises de la science; mais ce qui a donné sur-

tout à son système philosophique sa supériorité sur tous les autres systèmes philosophiques de son époque, ce sont les progrès qu’il fit faire aux sciences naturelles. Il considère la physique comme l'étude des causes premières dans la nature et du mouvement en général. On est tout à fait frappé de la profondeur de ses vues en lisant ses quatre livres du Système du Monde, Le fait que certaines éclipses de lune étaient visibles en Egypte et non en Grèce le font conclure à la rotondité de la terre dont il évalue la périphérie à 400.000 stades, chiffre qui se rapproche de celui de la science actuelle. Parlant de la forme: sphérique de la terre, il considère le poids comme une tendance des corps à se diriger vers le centre. Il croit le feu impondérable, l'air pondérable et il réussit à le peser: il observe la pression de l’atmosphère et le parti qu'on peut en tirer pourles machines hydrauliques ; il connait la différente conductibilité calorique des corps ; enfin’

il explique la rotondité du spectre formé par les rayons

solaires. On peut dire également que l'anatomie com-

parée fut une création d’Aristote. Il fut le premier qui découvrit les nerfs ; il distingua peut-être les veines des artères, signala les quatre estomacs des ruminants et les vaisseaux qui portent le sang au cœur ; il observa que l’homme a le cerveau plus volumineux que tout autre animal ; le premier, il fit dépendre les marées de la lune; bref, il n’est pas une branche des sciences naturelles où il n'ait laissé de traces de ses recherches

Le

et donné des indications précieuses pour les progrès futurs. | Quant aux sciences pratiques, c’est-à-dire la morale, la politique et l’économie, il partait du principe que l’homme comme être sociable, est obligé de travailler pour le bien de la société et de prendre une part active à l’association politique qui doit avoir pour base l’éducation du peuple. A cet effet, Aristote traça le plan

d’une République idéale, maïs il était opposé à toute agi-

tation révolutionnaire ; car il reconnaissait le principe

du salut de l'Etat comme la première loi de la vie

sociale. Toutefois, si grand philosophe qu'il fût, il tâcha de justifier scientifiquement l'esclavage, bien qu'il recommandât pour l’esclave les mêmes égards que pour les bœufs (1). Cependant il s’efforça de prouver que l'Etat, étant une association d'hommes libres, réunis pour la süreté et la félicité générales, toute constitu-

tion doit être équitable, facile à appliquer, et il appelle

bon tout gouvernement, quelle qu’en soit la forme, dont le plus grand nombre setient pour satisfait. Ses œuvres, tant philosophiques que scientifiques, remplies de faits nouveaux, de vérités solides et pratiques, de doctrines basées sur la logique et sur les observations, sont res-

1. Il faut être indulgent pour la conception païenne d’Aristote si l’on considère qu’en plein xvr1° siècle, Bossuet, appelé le dernier Père de l'Eglise, disait que proscrire la servitude, ce serait condamner le Saint Esprit qui ordonne aux esclaves par la bouche de saint Paul de demeurer en leur état,

tées comme un monument indestructible, ayant traversé toutes les époques de transformation sociale sans perdre de leur éclat, et faisant autorité, tant dans les célèbres écoles arabes du Moyen Age que dans les écoles scientifiques de l'Europe chrétienne à l’époque de la Renaissance. |

Si l’on met en parallèle les œuvres d’Aristote et celles de Platon, les deux penseurs les plus célèbres de la

Grèce, représentant deux concepts distincts de la fina-

lité humaine, on se demande lequel des deux mérite le plus d’admiration, du génie créateur de Platon

qui a embelli l'esprit géométrique des grâces de son

éloquence, ou du génie organisateur d'Aristote qui a donné à l'esprit du naturaliste les formes de la démonstration. Toutefois, bien que tous deux aient regardé comme science suprême celle du bien, chacun partit

d’un point de vue distinct et étudia l’homme dans un

milieu différent. Platon, type idéal de philosophie socra-

tique, a pour conception capitale que Dieu est le bien

immuable et considère l’idée du bien comme le véritable objet de la science. Tout absorbé par l'idéal du bien et du beau, Platon néglige l’expérience journalière de la nature humaine et les nécessités de la vie sociale, tandis qu'Aristote, au contraire, cherche à tirer chaque

notion d’ordre psychique de l'expérience la plus positive et la plus déterminante; car la raison, selon lui, n’est pas quelque chose de primitif pour l’homme et ne se forme que par l'expérience et l’observation. D'autre part, Platon, considérant la philosophie comme un art, s’abandonne à l’enthousiasme, au symbolisme et à l'inspiration pour l’élever au plus haut degré de la perfection, tandis qu'Aristote, plus réaliste et plus profond, la considérant comme une science, fait de la raison une faculté active, la force motrice, non pas de l’être humain seulement, mais de la nature entière et ré$ume ainsi tout le savoir des Grecs.

Pour s’expliquer d’une manière plausible la divergence de mentalité d’Aristote et de Platon, il faut tenir compte des caractéristiques de leurs époques respectives. Platon vivait, à une époque où la liberté nationale brillait dans tout son éclat, au moment où les : intérêts moraux et matériels d'Athènes étaient florissants, et plein d'enthousiasme pour le glorieux avenir qu'il entrevoyait pour son pays, il fixa ses regards sur ses intérêts moraux plutôt que sur ses intérêts matériels. Au contraire Aristote vécut au temps d'Alexandre, au moment où la Grèce avait perdu sa liberté, mais l'esprit de la Grèce se répandit au dehors à la suite des grandes conquêtes réalisées par la dynastie macédonienne, Alors le philosophe, fier du

- rôle joué par son pays, jette ses regards à travers les

espaces parcourus et recueille les impressions que lui

{50 | LES GRECS CRÉATEURS AT Lee

inspirent les avantages conquis par l’esprit et la force .

expansive grecques, les compare et les interroge, et

écrit ensuite l’histoire de la nature. Quant à la politique

et à la morale, il compare les opinions des individus

et des peuples sur le bien et le juste et il s'attache non

seulement aux faits mais il approfondit aussi lescauses

pour les ramener à l'unité.

Quoi qu'il en soit, les institutions d'Alexandre

Grand et les républiques grecques ont péri, les empires

ont succédé aux empires ; mais les deux grandes écoles de la philosophie grecque subsistent encore et ne périront jamais. Après avoir servi de base aux prin-

cipes philosophiques et religieux pendant tout le

moyen âge, leurs doctrines constitueront toujours le chaînon indestructible qui unit la pensée grecque à l'esprit philosophique des époques modernes; car la philosophie grecque ne s’est pas limitée à de simples spéculations métaphysiques; ses chefs d’école cultivèrent également la science : Thalès , Pythagore, Anaxagore et Démocrite agrandirent le domaine astrono- = mique et mathématique ; Empédocle et Démocrite jetèrent la base de l'anatomie descriptive. L’anatomie fut fondée par les écoles d’Agrigente et de Crotone ; la physiologie s’appuyait déjà sur des notions positives en se servant de la méthode ‘expérimentale et

avait de judicieux aperçus sur la vie animale.

Anaxagore, qui fut contemporain et ami de Périclès eut le courage d'enseigner que la matière est éternelle,

n'étant variable que dans ses éléments : « Rien ne naït ni ne périt; ce n’est que la forme qui change, soit par la combinaison, soit par la séparation de ses éléments. » La naissance est une composition et la mort une décomposition. La force qui cause la modification de

la matière n’est pas de nature divine, ainsi qu’il était

admis par les croyances populaires, ni l'effet du hasard, - mais elle est une force incorporelle, immuable et active qui gouverne la matière. L'intelligence qui, d’après lui,

est l’Âme universelle, s'étend à tout l’univers et anime

tant l’homme que l'animal et Ja plante, étant toujours et partout identique à elle: -même, mais elle agit différemment en chacun d’eux, selon l’organisation du corps qui la renferme. Les corps lui servent d’instrument pour manifester son activité et l'âme individuelle ne formant qu'un atome de l’âme universelle, perd son

individualité spirituelle avec la mort du corps. Anaxa- gore, conséquent avec ses doctrines, enseignait également que le soleil et les astres ne sont que des corps

incandescents dont les mouvements obéissent aux lois générales de la vie’ universelle. Ces doctrines ayant été considérées comme une irrévérence et un blasphème envers Apollon et les autres divinités de la Grèce,

firent accuser Anaxagore d’impiété et l’obligèrent à se

. réfugier à Lampsaque où il mourut en a. avant Jésus- Christ. Se ee |

Un autre philosophe a à l’école ionique,

est Démocrite, Contemporain d'Anaxagore et disciple

4 A de Leucippe, il fut non seulement un défenseur ardent

de la théorie atomistique, mais d’une nouvelle conception, en considérant l’atomisme comme principe des-

mouvements des corps terrestres et célestes. Pour lui, toute l'évolution de l’univers s'explique par les lois de la géométrie et par celles de la mécanique. Tant qu'un atome n’a pas été heurté par un autre, il se meut en

ligne droite avec une vitesse uniforme (c'est déjà presque l’idée d'inertie telle que la mécanique moderne: l’applique depuis le xvur° siècle). « Le choc des atomes: produit deux autres espèces de mouvement tourbillon-

naire. La vitesse et la trajectoire de chaque atome

dépend de sa grandeur, de sa forme et de la grandeur et de la forme des atomes auxquels il se heurte et de sa position par rapport à ceux-ci. Les atomes en se heur-

La :

tant s’unissent dans un ensemble de plus en plus vaste, suivant leur grandeur, leurs formes, leur vitesse

et la nature de leur trajectoire. » (1). On n’a qu’à ajouter à cette théorie la conception moderne selon. laquelle à tout atome pondérable est joint un atome électrique, pour se rendre compte de la nature du mouvement des atomes, lesquels, ne seraient qu’un système d'électrons. | à

De ce qui précède il résulte :

1o Que les Grecs ne se contentèrent pas de fonder

les arts et les sciences, mais qu’ils agiterent égale-

1, Évolutionnisme el Platonisme, par René Berthelot, p. 155.

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ment les Dire hauts problèmes de la philosophie. S'il leur manquait la connaissance des faits et des lois physico-chimiques et biologiques de notre époque pour étayer leur conception philosophique, ils étaient doués, par contre, d’une faculté intuitive tellement développée qu'ils arrivaient à concevoir et à saisir ce que les données de la science avaient d’insuflisant. Aidés en même temps par l’intelligence, ils comprirent le mécanisme des problèmes physiques et métaphysiques et créèrent les différents systèmes philosophiques, qui, restés en germe pendant plusieurs siècles.

au Moyen Age, sont arrivés à leur développement dans

les temps modernes, grâce aux progrès des sciences physico- -chimiqueset biologiques qui ont servi de base à la formation d’un corp# de doctrine d'apparence moderne (1).

20 Que les Grecs, au moment de leur apogée, ont

abordé toutes les branches du savoir humain, avec

un esprit philosophique autant que pratique. Leur ardent intérêt pour la connaissance des lois de la vie les a amenés à l'étude de l’organisme humain; les uns

ont commencé à déblayer Le terrain, les autres ont pré- paréles matériaux et une main puissante, celle d'Hippocrate, s’est emparée des matériaux et des décou-

. Il'est à remarquer que la plupart des philosophes et des savants. na. avaient l'habitude de visiter l'Egypte, les villes de l'Asie Mineure et celles de la Grande Grèce pour connaître les opinions courantes sur les sciences et les arts des hommes marquants des différents pays (Note de }’ auteur).

vertes réalisées, tant par l’école de Cnide que par les” philosophes, les a synthétisés, les a coordonnés eten a formé une assise puissante sur laquelle a reposé l’édi-

fice futur de la médecine. té Hippocrate, ayant vécu à une époque où la philoso-

phie grecque était arrivée à son apogée, était imbu des.

idées courantes de son temps ; il comprit la médecine

- au point de vue philosophique le plus vaste. Pour lui,

l'art médical repose sur la connaissance de l'organisme

humain, en rapport avec le milieu, avec le climat et avec la nature même. Souvent ses investigations partirent de l'étude de l’homme pour arriver à la connais-

sance du monde; d’autres fois, il partit de l'étude du monde pour arriver à la connaissance de l'être humain. Comme médecin, sa doctrine est tout empreinte des notions pythagoriciennes, d’après lesquelles la santé

consiste dans l’harmonie des parties constituantes de

l’organisme, celui-ci présentant un équilibre exact entre

Ÿ Un et la désassimilation. Ainsi, le père de |

la médecine embrasse dans ses études tout ce qui peut

maintenir l’harmonie ; la crase, le juste mélange des contraires, constituant l'organisme. Air, aliments, bois-

sons, exercices, climats, changements de saison, aucun phénomène de la nature qui puisse exercer une influence

sur l'organisme n'échappe à ses investigations. Pour

lui, l'étude de l’homme est inséparable de celle des mi-

baie ; pour lui, l’homme est au climat ce que les plantes

sont à la terre. On peut bien modifier le type prhotite

Le

de l’homme, comme celui de la plante, par l'influence du climat, mais jamais le transformer radicalement ; car tout ce que la terre produit est conforme à la terre.

Ce qui surtout met en relief la personnalité d'Hippocrate, c'est que, comme Chef de l'Ecole de Cos, il a

osé rompre définitivement avec les idées orientales

dominantes.en Grèce, qui voient une intervention mys-

térieuse des divinités dans la production et la gué-

rison dés maladies. Il dirige contre les doctrines mystiques de son époque une critique des plus vigoureuses : lorsqu'il parle de la maladie sacrée :

« Cette maladie, écrit-il, ne me paraît avoir rien de plus sacré ni de plus divin que les autres ; sans doute, c’est grâce à l'inexpérience et au penchant pour le merveilleux qu’on a regardé la nature et la source de la maladie comme quelque chose de divin. Ceux qui, les pos ont sanctifié cette maladie furent,à mon avis, ceux qui sont aujourd'hui les mages, les exploisn les charlatans et les imposteurs, tous gens qui prennent les dehors de la piété et de la science supérieure, jetant la divinité comme un manteau qui couvre leur impuissance et leur ignorance. »

Le père de la médecine ne se contente pas d'observer les phénomènes physiologiques ; il s’enquiert surtout de

ce qui peut avoir amené la rupture des échanges entre

l'homme et le monde et des causes qui ont brisé l'harmonie des fonctions organiques. Pour montrer la

ae grandeur de ses aperçus et la profondeur de ses concepts

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sur l’origine des maladies, il suffit de constater que les

… doctrines de l’école d'Hippocrate ont dominé dans toutes. les écoles de médecine arabes au moyen âge et se sont maintenues en vogue en Europe dans les temps mo-

dernes jusqu’à la première moitié du x1x° siècle.

va

Après avoir parcouru à vol d'oiseau l'histoire del'évolution de l'humanité en Grèce, on ne peut s’em- pêcher de se demander comment ce peuple qui a ne duit des hommes de génie en si grand nombre, tant dans les arts que dans les sciences, ne s'est maintenu à son apogée qu'à peine un siècle et demi et a perdu complètement son indépendance politique et économique, étant devenu tributaire de # puissance mondiale romaine. : | Il y a plusieurs causes qui ont contribué à précipiter. la décadence politique et sociale de la Grèce : | Premièrement, il faut tenir: compte du fait que la ‘Grèce n'avait jamais présenté une vraie unité nationale; d’abord, étant donnée sa configuration géograte, la Grèce est divisée par de nombreuses chaines | de montagnes qui rendaient les communications diffi- | ciles entre les différentes cités, ensuite, la diversité d'origine et de race des habitants des différentes régions : ns

doués de tendances et d’aspirations distinctes, formaient un obstacle à une union intime entre des éléments hétérogènes.

Les faibles liens dus à une mentalité religieuse et à ‘une langue communes qui rattachaient entre elles les différentes cités grecques n'ont pas pu résister à l’égoisme étroit des différentes cités, à leur rivalité dans le pouvoir et à leurs querelles domestiques continuelles.

En seconde ligne figurent les causes matérielles, à Savoir : : l'épuisement des ressources du pays à la suite des guerres continuelles ; d'abord, les guerres médiques contre les Perses, ensuite la guerre intestine, telle que celle du Péloponèse qui ne dura pas moins de vingtsept ans, entre les cités maritimes et terrestres Athènes, Sparte et Thèbes, laquelle, n'ayant pas abouti à une victoire décisive d’une cité sur l’autre ne fit que causer l'épuisement des trois au bénéfice du roi de Perse:

En troisième lieu viennent les causes sociales et morales : d’abord, le régime démocratique, qui avait prévalu à Athènes et avait jeté les bases d’une civilisation supérieure et favorisé la diffusion des lumières parmi les classes inférieures, s’écroula à la suite de la guerre du Péloponèse qui donna pendant un certain temps la supériorité à Sparte et imposa à Athènes un gouvernemeut oligarchique, ce qui contribua à réveiller l’'égoïsme particulier des classes riches et à nourrir les sentiments de haine envers les cités voisines ; ensuite, même

à l’époque de la plus grande prospérité d'Athènes et

de Sparte longtemps avant la guerre du Péloponèse, les citoyens d'Athènes, loin d’être animés d’un esprit de

. panhellénisme, an les habitants de Sparte, comme des étrangers et les Spartiates de leur côté rendaient difficile le séjour chez eux aux Athéniens, de peur qu'ils n’yintroduisissent desidées démocratiques. D'ailleurs, la société d'Athènes malgré son régime: démocratique, était formée de trois classes : citoyens, étrangers et esclaves.

La première ne comptait que 15 à 20.000 hommes qui gouvernaient toute la nation; la seconde,non seulement k ne jouissait pas des droits politiques, mais ses membres LT ne pouvaient pas épouser une citoyenne ni acquérirun

domaine, il leur fallait même un patron pour les repré . senter en justice, ils n’avaient le droit que de naviguer, de s'occuper de commerce, de banque et d'industrie.

Il est tout naturel que dans ces conditions de décen- A tralisation à l’extrème il y eût plus de tendance à la désagrégation qu'à l'agrégation des forces et que l'esprit individualiste prévalût sur le sentiment altruiste. Ce nest que sur le terrain intellectuel, dans l’art, dans la littérature et les sciences, qu'il existait une ten-

dance prononcée pour l’unité nationale, et ce mouvement était tellement accentué que la cité qui a produit le plus grand nombre d'hommes illustres, Athènes, a réussi malgré ses échecs quant à la suprématie poli-

tique, à faire reconnaitre le dialecte attique comme la

langue littéraire commune dont se servirent tous les auteurs comme étant la mieux comprise des lecteurs. On peut même dire qu’Athènes, qui fut longtemps le champ de lutte entreles défenseurs de la raison et ceux de la force brutale, représentait le cerveau de la Grèce dont le rôle fut prédominant dans l'histoire de la civilisation, ayant contribué plus qu'aucune autre nation au perfectionnement de la raison humaine, ainsi qu'à la création de l’art, de l'expression harmonieuse de la pensée, des sentiments et des passions humaines. .

Sparte a eu beau vaincre Athènes dans la guerre du Péloponèse et lui imposer son régime aristocratique par la force brutale, elle n’a pas réussi à éclipser l'étoile d'Athènes qui n’a cessé de briller à travers les siècles, jusqu’à notre époque. D'autre part, si les Grecs furent impuissants à offrir une résistance sérieuse aux aigles romaines, ils se rendirent maîtres des Romains par leur supériorité intellectuelle au point qu’un grand nombre de lettrés et d'artistes grecs, allèrent s’établir à Rome où ils ouvrirent des écoles de littérature et d’éloquence et que des fils des plus illustres familles romaines se rendirent aux écoles d'Athènes et d’Alexandrie pour puiser aux sources les plus pures de l'Hellénisme les éléments d’une culture raffinée. Par la suite, les débris des arts et des sciences grecques se reconstituèrent sur le sol romain, car les Romains, avantqu'ils eussent soumis la Grèce n’avaient ni statues, ni monuments, ni littérature, ni science, ni philosophie. Tout

modèles, de même que les Assyriens, vainqueurs, imitaient les Chaldéens et les Perses, Les Scipions s’entourèrent des Grecs instruits. Paul-Emile, vainqueur de Macédoine, ne demanda comme butin à porter à son armée que la bibliothèque du roi Persée ; il fitélever ses enfants par des précepteurs grecs. Ce fut alors la mode à Rome de parler et même d'écrire en grec. Les nobles firent venir par milliers des statues faites des fameux bronzes de Corinthe et les entassérent dans leurs maisons. :

Toutefois, l’art et la science restaient toujours pour

les Romains des objets de luxe et de parade. Même au

temps de Cicéron, on nè regardait comme une occupation honorable que celle du soldat, du cultivateur, de l’homme politique, de l’homme d’affaires et de l’avocat. Les artis

tes et les savants ne furent jamais régardés à Rome

comme les égaux des riches commerçants. Ce ne sont

que les Romains nouveaux qui donnèrent à leurs fils des

pédagogues grecs. D'autre part, les Grecs ouvrirent à Rome des écoles de poésie, de rhétorique et de musique. Horace exprime la même pensée d'une manière suggestive, lorsqu'il dit : « La Grèce a conquis son sauvage vainqueur ; elle a apporté les arts dans le Latium grossier. » Ce fait, qui se répète assez souvent dans le courant de l’histoire, prouve bien que l’hu-

manité évolue toujours dans le sens du progrès et que

si elle trouve des obstacles dans sa marche en avant,

cela se trouvait chez les Grecs qui leur ont servi de

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DE L'ART ET DE LA SCIENCE ot

soit à cause des circonstances extérieures hostiles à son développement, soit à cause d'un vice organique engendré dans le sein même de la collectivité, elle cherche son centre de gravité ailleurs, soit en s'ouvrant de nou-

velles voies et en cherchant de nouveaux milieux plus

favorables à son évolution, soit en transformant graduellement les éléments hostiles et en les rendant aptes à de nouveaux progrès. C'est ainsi qu'est née la culture grécoromaine. Ce furent les légions romaines qui, après s'être assimilé les progrès scientifiques et artistiques réalisés par le peuple grec, les ont répandus dans tout

l'occident de l’Europe et dans la partie orientale de

l'Asie, chez les peuples qui se trouvaient sous la domination romaine. Chose singulière, la culture grecque a survécu à la décadence nationale de Rome et s'est propagée non seulement à travers les espaces, mais aussi à travers les temps. On peut dire que la Grèce a légué - les fruits de la conquête de la raison et des sentiments humains aux innombrables générations successives ; car la philosophie et la science grecques furent cultivées

d’abord par les savants arabes et juifs sous la domi-

nation arabe en Espagne, ensuite elles se frayèrent un chemin à travers le Moyen Age au sein de la scolastique, malgré le mépris et la haine de l'Eglise pour le

paganisme hellénique. Plus tard, le siècle de la Renaiïssance se vit obligé de prendre pour modèles les produetions littéraires et artistiques de l’ancienne Grèce et encore aujourd’hui nos grands peintres et sculpteurs, de

a tes

même que nos grands maîtres dans l’art décoratif s’inspirent de l'esprit hellénique. L'hellénisme a laissé une trace tellement profonde et lumineuse dans lhistoire de l'humanité que malgré l'influence puissante de

vingt siècles de christianisme, prêchant en tous temps

et en tous lieux l'excellence de la vie austère et le mépris du corps et des biens terrestres ainsi que l'abandon des jouissances corporelles pour glorifier l'âme, l'esprit matérialiste des Grecs et la poésie hellénique qui divinisaient l'humanité ont non seulement survécu au Moyen Age et pénétré au couvent, mais ont aussi formé la base de l’enseignement secondaire pendant les xvirre et xix* siècles dans tous les pays d’Europe, et également contribué à embellir la conception poétique des plus grands écrivains des temps modernes.

Toutefois, il faut reconnaître que la culture grécoromaine n’a pas pénétré d'emblée ni simultanément dans les divers pays d'Europe, et que les différentes popu- : lations qui occupent le continent européen n'ont pas présenté les mêmes dispositions favorables pour s’assimiler la culture grecque. Ce furent les peuples latins ou méditerranéens qui montrèrent le plus d’aptitudes et de goût pour les arts helléniques. Viennent après les Germains et en dernier lieu les peuples d’origine slave. « Les Grecs, dit Littré (1),ont éclairé le monde de

1. E. Littré. La Science au point de vue philosophique. Paris, 1873, page 448.

l’éternelle lumière de la philosophie et de la science, y ont jeté des types immortels de beauté qui le charment et l’inspirent. Les Latins, assez bien doués pour se soumettre à toutes les doctrines des Hellènes, ont, d’un bras de fer, associé les populations civilisées et en ont fait un corps politique opposé à la barbarie germaine et slave. Les Celtes se sont laissé latiniser et incorporer. Les Germains, plus sauvages, ont menacé un moment l'existence de cet admirable organisme ; mais eux aussi n’ont pas tardé à courber la tête sous l’'Occident qui depuis lors est devenu irrésistible. Enfin, les Slaves, frères arriérés, commencent à ressentir puissamment l'attrait de la civilisation occidentale d’origine grecque. » En résumé, tous les peuples de l’Europe moderne sont tributaires de la culture grécoromaine.

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