‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanité (volume 2)Chapitre 34 sur 342 · HAS A · texte numérisé non relu

HAS A

au moins un esclave. Quant aux riches, il y en avait

qui en possédaient jusqu’à 500, selon leur fortune. Pour 21.000 familles de citoyens on comptait en Atti-

que 400.000 esclaves. La plupart d'entre eux -prove-

naient des peuples vaincus faits prisonniers de guerre. Mais aussi, souvent, ce fut la piraterie qui servit à l'acquisition d'esclaves. Platon et Diogène ont été vendus comme esclaves. Platon fut racheté par ses amis pour 3.000 drachmes. Diogène resta esclave toute sa vie. A Sparte, le sort de l’eselave était encore pire : il était considéré comme une bête de somme à face humaine. À Athènes, la plupart restaient dans la maison, occupés à broyer le grain, à pétrir le pain, à filer et tisser les vêtements, à faire la cuisine et le service

des maîtres. D’autres travaillaient dans les ateliers

comme forgerons, comme teinturiers, ou dans les car-

rières de pierre ou dans les mines d'argent. Leur maitre vendait à son profit tout ce qu'ils produisaient sans

rien leur donner que la nourriture. Ils furent considérés

comme'des objets. de propriété. Il n'y avait pour eux d'autre loi que la volonté du maïtre |

D'après ce qui précède il est clair que le gouvernement des Athéniens, appelés par eux démocratique, n’était au fond qu’aristocratique, car loin d'y faire participer la masse des habitants, c’est-à-dire le peuple, ce n'étaient que 15 à 20.000 hommes, soit le corps des citoyens, qui g gouvernaient en maîtres toute la nation.

L'assemblée populatre élue par ce corps se réunissait

nait.

trois fois par mois au moins pour délibérer et pour.

voter ; elle se tenait en plein aïr sur la place du Pnyx #2

les citoyens étaient assis sur des bancs de pierre en amphithéâtre ; les magistrats placés en face sur. une

estrade ouvraient la séance par un cérémonie religieuse

et une prière, puis un héraut proclamait à haute voix l'affaire dont allait s'occuper l'assemblée et demandait : « Qui veut prendre la parole ? » Tout citoyen a le droit de la demander: les orateurs montent à la tribune par rang d'âge. Quand tous ont parlé, le président pose la = question; l’assemblée vote en levant les mains, puis elle se sépare. | Quant aux tribunaux, les Ahoens. n'avaient pas de magistrats particuliers pour poursuivre les crimes. C'était un citoyen qui se chargeait d’accuser. Le tribunal se MER de 500 citoyens tirés au sort chaque année. L'accusé et l’accusateur comparaissaient devant le tribunal. Chacun prononçait un discours qui ne devait pas durer au delà d’un temps fixé par une ; horloge à eau, puis les juges votaient en déposant un

. caillou blanc ou noir. Si l’accusateur ne réunissait pas

un certain nombre de voix, c'était lui qu’on condam-

D'autre part, il y avait un conseil pour préparer

les affaires et des magistrats pour en exécuter les déci-

sions. Il y avait des magistrats pour administrer la justice, 30 fonctionnaires des finances, 19 stratèges pour commander l’armée et 60 fonctionnaires de police

à | “DE L'ART ET DE LA SCIENCE 121

pour surveiller la voirie, les marchés, les poids et les mesures.

Les Athéniens avaient créé un grand nombre de

fonctions pour occuper le plus grand nombre de citoyens ; . À D

presque tout le monde prenait part aux affaires

publiques; les uns passaient leur journée à l’assem-

blée, d’autres aux tribunaux, au gymnase, et sur le marché. me

| Etant donné que parmi les 15 ou 20,000 rene 1l y en avait un grand nombre qui n'étaient ni propriétaires ni riches et qui vivaient seulement de leur métier,

tels que marchands, laboureurs, maçons, cordon-

niers,etc.,et par conséquent n ‘avaient pas les moyens de servir gratuitement l'Etat, on institua un salaire ; tout citoyen qui siégeait à l’assemblée ou au tribunal recevait pour chaque séance trois oboles (45 centimes de notre monnaie) juste ce qu'il fallait pour vivre en ce temps- là.

EN

La

Grâce au gouvernement démocratique d'Athènes et

- à l'énergie qu’il déployait pour sa défense contre les Perses, toutes les cités ioniennes des îles et de la côte - d'Asie subirent son influence grandissante encore après la victoire sur les Perses dans la bataille de Salamine,

à la suite de laquelle toutes les cités insulaires grec-

ques se réunirent pour former une ligue contre les Perses qui furent obligés de se retirer en Asie. Cette retraite contribua beaucoup à étendre l’hégémonie d'Athènes sur les autres cités de la Grèce et à élever le prestige du gouvernement démocratique d'Athènes. Alors commença une nouvelle ère de prospérité et de grandeur ; les arts et les sciences prirent un essor extraordinaire qui se prolongea durant les v° et vie siècles. Toutefois, il faut reconnaître qu’une grande partie de ces progrès reviennent au gouvernement intelligent, sage et libéral de Périclès, qui dirigea la politique d'Athènes pendant quarante ans, et que c’est grâce à lui que celle-ci devint la cité la plus puissante. et la plus florissante de la Grèce. Jamais un chef d'Etat quelconque n’avait exercé une aussi grande influence morale sur le peuple que Périclès , qui jouissait ( d’une confiance illimitée, tant par son honnêteté et par sa capacité que par sa grande éloquence plus persuasive que passionnée.

Sous le gouvernement de Périclès, la Grèce s’est élevée dans toutes les branches de l’art au-dessus de toutes les nations de l'antiquité. C'est surtout dans la scalpture que les Grecs ont excellé. Les sculpteurs grecs figurent encore aujourd'hui comme les grands maitres de l’art et servent de modèles aux artistes modernes, Plusieurs facteurs ont contribué à leur donner cette supériorité ; d'abord leur amour pour les exercices gymnastiques, leur habitude de vivre à l'air

libre, grâce à la douceur du climat, et de porter des vêtements légers qui permettaient de voir le développement harmonieux du corps, un ensemble de circons-

tances qui leur facilitait l'étude de l’art plastique sur

l’homme même ; ensuite, leur esprit esthétique et leur culte de la beauté et finalement leur conception religieuse qui formait les dieux à l’image de l’homme, les considérant comme une humanité supérieure. Les sculpteurs grecs se sont toujours inspirés de cet idéal: élever la beauté humaine à la perfection. Socrate a dit « qu’on ne fait de grands éloges de la vertu que parce qu’elle constitue la beauté morale ».

Parmi les grands sculpteurs grecs figurent en pre-

mière ligne, Phidias et Polyclète. Le premier a sculpté

l'Athéna du Parthénon et le Zeus d'Olympie, Les Athé-

niens témoignaient une piété tellement grande pour

leurs dieux qu'ils n’épargnèrent aucun sacrifice d’ar-

gent pour donner un aspect majestueux à l'Athéna du Parthénon dont la partie nue était en ivoire et la partie couverte, en or, Son poids était de 40 talents équivalant à 2 millions 400.000 francs, ce qui prouve qu’en Grèce, au temps de Périclès, le sentiment religieux était intimement lié au sentiment esthétique.

Phidias, le plus grand sculpteur de l’époque, a Île.

grand mérite d’avoir réalisé dans ses œuvres (la

Minerve du Parthénon et le Jupiter d’ Olympie) l'idéal

de la beauté dans l'expression harmonieuse de la vie. De plus, ayant subi l'influence de la philosophie de

EE

son temps, il a dépouillé les dieux de leurs passions pour leur donner l'expression de la sérénité dans le pouvoir et de la pensée la plus élevée dans le gouvernement du monde.

Polyclète est connu d'abord par la fondation de

l'Ecole d'Agriculture, à Argos, ensuite par la statue

colossale d'Héra épouse de Zeus, qui rivalise de

beauté avec la statue de Pallas Athèné, de Phidias. La . Grèce eut encore d’autres sculpteurs célèbres, tels que

Praxitèle, Scopas, Lysippe. Le chef-d'œuvre de Scopas fut la statue de Niobé. -

De même que dans la sculpture, les Grecs de l'Attique se distinguèrent dans l’architecture. Habitués à diviniser les forces de la nature, les architectes grecs dirigèrent leurs efforts vers la construction de beaux temples en l’honneur des dieux, de même que les

tds

Egyptiens. Le Parthénon, construit par /efinus et

décoré par Phidias, tout entier en marbre du Pentélique, est considéré comme le chef-d'œuvre de l’art hellénique. Un autre chef-d'œuvre d'architecture, les

Propylées, portiques de l'Acropole d'Athènes, fut édifié

par Mnésiclès.

De même qu’Athènes, toute l’Attique a eu des monu-

ments splendides inspirés par l'amour de la patrie et par une reconnaissance pieuse envers les dieux. Dans

la ville sainte d’ÆEleusis, en face de Salamine, fut érigé

par Ictinus un temple assez spacieux pour pouvoir

contenir tous les initiés aux mystères de Cérès. Sur

le sommet du cap Sunium, deux temples furent consacrés aux dieux tutélaires de l’Attique, qui indiquaient de loin aux navigateurs arrivant de l’Asie la proximité de la terre où les Perses ont trouvé leur tombeau et les Grecs leur liberté.

Ces chefs-d'œuvre de l’art grec exécutés à grands frais par les artistes les plus célèbres en l'honneur des dieux ne sont pas seulement l'expression d’une foi

religieuse ardente dans les forces de la nature et d’une

adoration sublime des dieux qui disposent de la vie, du bonheur et de la prospérité de l’homme collectif et individuel, mais ils offrent également un témoignage

éloquent du sacrifice que se sont imposés spontané-

ment les Grecs pour honorer leurs bienfaiteurs et pour rendre un culte splendide. à ceux qui tiennent dans leurs mains la destinée de l’homme. De plus, ils montrent la prospérité dont jouissaient à-cette époque les habitants de l’Attique, surtout les Athéniens ; car le grand nombre de statues, de monuments natio- ‘naux et de :

grandes villes de l’Attique ont demandé un grand elfort non seulement de la part des artistes, mais aussi

temples répandus parmi toutes les

de ceux qui ont fourni l'argent pour réaliser des a

œuvres d’une grande perfection et on ne saurait douter que l'or, l’argent et l'ivoire n'aient été payés aussi ou

plus cher dans les anciennes époques de l’histoire que dans les temps modernes. Il est même probable que

leur prix était beaucoup plus élevé dans l'antiquité,

Fa F

où les ee DE de gites métallifères étaient plus” limitées qu'aujourd'hui. |

Maintenant la question se pose: d'e où provenait cette prospérité de l’Attique ? Il n'y a pas de doute, et on

peut même dire que c’est une loi de l’histoire que la

civilisation chez les peuples commerçants se déve-

loppe beaucoup plus rapidement que chez les peuples

agriculteurs, s'ils disposent d’une grande marine mar-

chande et si leurs habitants déploient une grande acti-

vité pour entretenir des rapports commerciaux avec les pays voisins ou avec de riches colonies plus ou moins avancées en culture intellectuelle. En effet, la Confédération grecque de l’Attique, qui a eu comme maîtres les Phéniciens, a disposé des voies commerciales tracées par leurs ancêtres et a cultivé avec fruit les échanges de produits avec les peuples de l'Asie

Mineure, de l'Egypte,de l'Italie et- des îles de la Médi-

terranée. Ce sont, sans doute, ces rapports fréquents et intimes entre les peuples de l'Asie et de l’Europe

qui ont fourni aux Grecs non seulement des ressources

en métaux précieux et en ivoire, mais aussi de nouvelles connaissances d'objets d’art et d'éléments nou-

veaux de culture. Comme preuve à l’appui, il nous ; ?

suffit d'invoquer le fait qu'un grand nombre de poètes

et de philosophes grecs sont nés sur les côtes orien-

tales de la mer Egée. C’est là, comme nous le verrons dans les pages suivantes, que se sont fondées les premières écoles d’art-et qu'ont été érigés les pre-

miers temples. Cependant, les objets d'art étranger, survivance de l’ancienne culture assyrienne et Chaldéenne, n’ont pas servi aux Grecs de modèles à imiter, ils n’ont fait que stimuler les hautes facultés artistiques dont ils étaient doués par la nature, car l’école d'Athènes a réussi à élever au plus haut degré de per-

fection l’art de ciseler les métaux et l’ivoire, et de mode-"

ler les pierres tant par la gravure que par le relief. La peinture ne restait pas en arrière sur la sceulpture et sur les autres arts chez les Grecs, bien qu'ils s’y

appliquassent beaucoup moins qu’à la sculpture. C'est

ainsi que Pausanias qui n’énumérait pas moins de 827 statues avait eu à peine connaissance de 83 tableaux

et de 43 portraits. Ce n’est qu'au temps de Périclès que

la peinture s’éleva à un haut degré de perfection. C’est Polygnote de l’île de Thasos qui figurait en première ligne. Il fut appelé à Athènes par le général Cimon, et son père Miltiade, vainqueur des Perses, pour peindre sur les murs du Poëcile les fastes de la patrie, parmi

lesquelles se trouvait la bataille de Marathon avec le

portrait de Miltiade.

Malheureusement, la guerre du Péloponèse avait épuisé les trésors d'Athènes et la peinture resta en souffrance. Ce fut alors la fameuse école de Sieyone qui perfectionna cet art. Trois peintres s’y disputèrent le premier rang : Parrhasios, Zeuxis et Timanthe. Parrhasios excellait dans la perfection des contours et dans

la distribution de la lumière et de l'ombre, Zeuxis

était sans égal pour représenter la beauté féminine, pour bien choisir ses modèles et pour donner de la pré-

__cision au dessin et de la noblesse aux formes. Cependant, la peinture n’'arriva à son apogée qu'avec

Apelle, dans la quatrième période de l’art, au temps

d'Alexandre. Personne ne pouvait lui être comparé

pour la grâce, la délicatesse des couleurs, l'harmonie des formes et l'expression des sentiments. Sés tableaux les plus célèbres furent Aphrodite et le portrait d’Àlexandre le Grand, qui ne voulait être peint que par Apelle, sculpté que par Lysippe et gravé sur la pierre dure que par Pygotèle.

A cette époque, Athènes ne brillait pas seulement dans les beaux-arts, elle se distinguait également dans toutes les branches du savoir humain. Nous ne citerons que les auteurs qui ont figuré au premier rang.

Commençons par les historiens. Le plus connu et Le?

plus véridique, en tout ce qu'il a vu par lui-même ou par les yeux des Grecs avec lesquels il s’entretenait, c’est Hérodote, l’auteur célèbre des guerres Médiques, qui a surtout le mérite d'avoir voyagé dans beaucoup de pays, sur lesquels il donne les renseignements les plus remarquables. En Orient, il pénétra jusqu à Babylone et Suse ; en Occident il atteignit la petite Syrte (aujourd’hui golfe de Gabès) et remonta au midi Jusqu’à l'extrémité de l'Egypte; partout il observa et interrogea. Ses écrits forment les documents les plus précieux et les mieux conçus de l'antiquité. |

” De

Ensuite, c'est Thucydide, athénien de naissance, auteur de l'Histoire de la Guerre du Péloponèse, écrivain original qui cherche partout à établir des faits précis et à les enchaîner entre eux, décrivant en même temps que les faits les plus culminants de l'époque, le

caractère des hommes qui oht joué un rôle dans la

guerre: mais ce quile distingue particulièrement des autres écrivains, c’est son esprit philosophique dans dla manière d'expliquer les événements ; 1l nie catégori-

quement l'influence du hasard et de la fatalité dans les

destinées de la nation; il ne reconnaît pas non plus l’action divine dans les phénomènes naturels. Pour lui, tant les hommes que les nations sont les vrais auteurs de leurs destinées, selon leurs facultés intellectuelles et morales, selon leurs aspirations et selon leur idéal de la vie, individuelle et collective.

- Un autre historien non moins illustre c’est Xénophon, un des élèves préférés de Socrate, et qui en même temps figurait parmi les généraux athéniens. Il a décrit la guerre du Péloponèse dans lAnabase où 1l raconte comment il a dirigé. la retraite des Dix-Mille mercenaires grecs au service de Cyrus. Il est aussi l’auteur

dela Cyropédie,de dix Entretiens mémorables de Socrate

et d’un 7raité sur l’économie.

Quant à la poésie elle brillait, de même que les arts plastiques, sous le gouvernement de Périclès, mais il ne s’agit pas de la poésie homérique qui chante les actes héroïques des guerriers ni de cette poésie vul-

gaire qui sert à amuser le peuple dans les fêtes populaires. Les poètes des v° et vi° siècles se sont inspirés

plutôt de l'époque la plus glorieuse du pays. ayant eu

pour but de stimuler le courage national et de faire valoir la lutte constante de l'homme pour le triomphe de la vérité et de la liberté sur la force brutale. C’est précisément Athènes qui a produit les poètes les plus remarquables de la Grèce, tels qu'Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane et Pindare, qui furent

les fondateurs de l’art dramatique grec. C’est surtout

Eschyle dont les œuvres purement lyriques se dis- tinguent par la profondeur des sentiments religieux et philosophiques. C’est ainsi qu'il cherche dans les tragédies à montrer l'importance de la victoire athénienne et tâche de convaincre ses spectateurs que la liberté ne succombe jamais, que la vraie grandeur de l’homme

l'emporte toujours sur la force et brille même dans les

revers.

Sophocle a le mérite d’avoir fait faire de grands progrès à la tragédie grecque. Dans ses œuvres, il diminue le rôle des chœurs et cherche plutôt à relever le

principe de l’action dans la volonté humaine. Ses pièces

connues sous le nom d’'Antigone, Electre, Œdipe roi et Ajax sont considérées comme des chefs- d'œuvre.

Ileut de plus le bonheur d’être apprécié par ses conci-

toyens qui le comblèrent de gloire.

Euripide, au contraire, eut une existence très difi-

cile et malheureuse dès sa première enfance ; il finit

par être dévoré par des chiens de bergers. Sur 90 pièces qu'il présenta sur la scène, 5 seulement furent couronnées de succès. Sophocle a dit de lui : « Sa destinée est de décrire les hommes tels qu’ils sont, tandis que moi, je les décris tels qu'ils devraient être. » Les tragédies de Sophocle et d'Eschyle représentent l'homme en lutte constante contre le destin et les oracles, porte-voix des dieux, tandis qu’Euripide fait livrer des combats aux héros contre leurs passions, sans faire intervenir les décrets divins. Le drame, d’après lui, ne représente plus une lutte entre le ciel et la terre, mais bien dans le cœur humain même. Loin de relever la vertu humaine et ses actes héroïques, il se plaît à montrer au public les faiblesses humainés, et tout le passé religieux des Grecs est venu mourir dans ses drames. Aristophane, bien qu’il ait eu un grand talent poétique, était trop attaché à la routine et aux idées polythéistes et se plaisait en même temps à mettre en relief les vices de-ses contemporains, bien que ses qualités morales à lui-même fussent loin d’être à la hauteur de son talent. Il a eu de plus le mauvais goût d'attaquer Socrate dans les Muées avec beaucoup de malveillance et de mauvaise foi. Dans sa haine envers la philosophie et la science, il s’est attaqué sans scrupule aux savants les plus distingués de son temps et aux orateurs les plus éloquents, de même qu'aux généraux les plus populaires, sans d’autre but que d’amuser le public aux dépens de ses concitoyens les plus émérites.

Pindare est considéré comme le plus grand poète. lyrique grec de son temps. Ses odes sont célèbres par la hardiesse de la pensée, par l'énergie et la vigueur des sentiments, l'abondance et la richesse des images et par la clarté et la vivacité dans l’expression. ; |

Il est tout naturel qu’un peuple qui a su exprimer si vivement les sentiments religieux et l'amour dela patrie dans les différentes formes de l’art, drame et poésie, sculpture et peinture, ait été amené à cultiver également la musique pour communiquer l'enthousiasme à l’auditoire des spectacles et des fêtes nationales.

En effet, les Grecs ont introduit dans la musique plusieurs perfectionnements. D'abord ils inventèrent trois modes principaux : le dorien majestueux, l'ionien gai et l’éolien pathétique, suivant le caractère propre à la mentalité respective des différentes cités. C’est au son des flûtes qu'ils chantaient les hymnes aux dieux, entonnaient les chœurs des tragédies ou accompagnaient les danses ; les chœurs chantaient les odes et les scènes lyriques des tragédies. Ce qu'il y a de plus remarquable dans la musique grecque, © ‘est qu’elle ne représentait pas seulement une manière d'exprimer avec vivacité les sentiments de la religion et de la patrie, elle revêtait à mesure qu’elle progressait, un caractère scientifique en même temps que sentimental; car Pythagore avait découvert la théorie de la propagation des sons, ensuite les rapports musicaux entre la gravité

des sons et la rapidité des vibrations des cordes. Plus tard, Aristoxène, disciple d’Aristote, ayant considéré

qu'une octave reste pauvre et stérile à côté de la voix

humaine qui possède environ une octave et demie d’étendue, chercha à modifier les divisions mathématiques de la corde, en restreignant les quintes d’une manière ‘imperceptible, afin que la musique pût couvrir un certain nombre d'octaves sans altérer sensiblement les rapports de justesse des divers intervalles. De cette manière, 1l réussit à concilier les exigences du caleul avec l'aspiration du sentiment. Toutefois, la musique grecque ne se composait que de deux éléments : la succession de la durée relative et la succession des intervalles mélodiés. De plus, elle n'avait pas acquis d’autonomie artistique, pour exprimer par ses accents vibrants une pensée ou un sentiment; elle n’était qu’un mode d’accentuation de la poésie au moment de la déclamation pendant la représentation des drames, et cette accentuation devint encore plus expressive et plus passionnée à mesure qu’elle progressa. Cependant, il est tout à fait digne d’attention que les législateurs

grecs, tant Solon que Lycurgue, considérèrent la

musique comme une partie essentielle de l'éducation ; ils la regardaient comme un soutien de l’ esprit public et de la force nationale, mais chacun d’eux à un point de vue différent. A Sparte, on considérait la musique comme uu-élément efficace pour maïntenir toujours en éveil l’esprit militaire, tandis qu'à Athènes, la musique

servait comme moyen d'élever les sentiments religieux et patriotiques.

Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître que c’est tou—

jours d’Athènes qu’est-parti le mouvement évolutif,

tant dans la sphère de l'intelligence que dans celle du

sentiment et de là il rayonnait sur toute la Grèce et ses colonies. Ce sont les Athéniens qui, après avoir atteint le premier rang dans le domaine de l'esthétique, ont commencé à briller dans le domaine de la pensée. C'est aussi à Athènes que s’est constitué le premier foyer de la philosophie grecque. Il ÿ eut d’abord un certain nombre d'individus qu'on a nommés les Sept Sages qui exposèrent dans les réunions publiques les rap-

ports de l’homme avec ses semblables, avec la nature et

avec Dieu. Leurs principes philosophiques consistaient: dans la recherche de la sagesse et dans l'étude de la morale. Ils se proposaient d'acquérir la connaissance des lois de la nature et des causes premières. Thalès de

Milet, l'un des Sages, instruit par un long voyage, et

par la connaissance de différents pays et d'hommes de différentes races s’est appliqué le premier à la recherche

de l’origine du monde. Il chercha le principe universel des choses dans l’eau pendant qu'Héraclite le plaçait

dans le feu, Anaximène dans l'air, Empédocle dans le mélange et dans la lutte des quatre éléments, réduits

à l'unité, Anaximandre, dans l'infini qui embrasse tout

en soi et dans lequel se produisent les changements

continus des choses, tandis que lui reste immuable.

Les sages qui représentent la première étape de la philosophie grecque ont été les fondateurs de l'Æcole ionique dont le but était de rompre complètement avec les spéculations polythéistes et métaphysiques de leur temps.

À côté de l'Ecole ionique se forma l'Ecole italique, à Crotone (Italie) ayant pour chef Pythagore, né à Samos, qui, après avoir séjourné longtemps en Âsie et en Egypte, fonda à son retour l’école qui ne se

Jimitait pas à vouloir perfectionner les sentiments reli-

gieux et moraux de son pays, mais poursuivait en même temps un but politique. Comme philosophe, Pythagore tient le milieu entre l'Orient et l'Occident ; il était aussi éloigné de la foi aveugle dans les mythes

du vulgaire que de l'indépendance démocratique des philosophes ioniens. Il renonçait à la mythologie sacerdotale mais restait aristocrate, Il faisait sortir la science.

de la nuit des mystères, mais l’enveloppait de sym-

-boles. Il'se proposait de divulguer les sublimes pen-

sées qu'il avait conçues de la divinité et de ses rapports avec l’homme, mais sans oser immédiatement aller

contre les croyances et les habitudes du vulgaire. Il a

. le mérite d' avoir établi les éléments des sciences mathé-

matiques et démontré le problème du carré de l’hypo-

ténuse; il expliqua également la conversion de l’eau :

en air et réciproquement, la sphéricité du soleil, l'opa-

cité de la lune et l'harmonie des mouvements des

corps célestes, c’est-à-dire le rapport entre la masse et les distances.

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Le principe fondamental de la morale pythagoricienne était l'équité qui représente l’harmonie entre les actions de l’homme et la nature ; il subordonnait les passions à l intelligence ; dire la vérité et faire le bien,

sont, d’après lui les moyens pour arriver à pratiquer la

justice et la charité. Pythagore a été le premier qui ait enseigné l'immortalité de l’âme, la considérant comme une émanation de l'âme du monde. Toutefois, il a eu le tort de donner à son école un esprit de mysticisme en n’admettant ses op à l’enseignement de ses doctrines philosophiques qu'après de longues épreuves et. de grandes austérités destinées à dompter les sens et

à exercer l’âme par l'habitude des privations et de la méditation. Ses prosélytes mettaient leurs biens en

commun, s’habillaient de blanc et habitaient ensemble

avec la liberté de se retirer, s’ils se lassaient de ce : genre de vie. On voit que Pythagore substituait aux collèges de prêtres une sorte de congrégation laïque avec des habitudes ascétiques, un rite spécial, un cos-.

tume et un régime particuliers.

À mesure que l’école italique gagnait en adeptes, elle s’affirmait de plus en plus et élargissait la base de ses doctrines. Elle établissait l'existence d’un principe unique pour en déduire les choses et constituer l’unité de la science, et, subordonnant les sens à l’esprit, elle séparaitles sensations, correspondant à l’ordre variable, des idées, appartenant à l’ordre invariable. Au contraire, l’école ionique ne s'en rapporte qu'à l'expé-

es

ou

rience, la considérant comme la seule base de tout ordre scientifique. D'un autre côté, l’école pythagoricienne maintenait des principes spirituels et recherchait

les lois et l'harmonie des principes du monde, d'après

une détermination morale du mal et du bien, tandis que l’école ionienne \admettait un principe matériel et négligeait le but moral.

En d’autres termes, l’école italique parlait beaucoup |

de Dieu, tandis que l’école ionienne s’occupait surtout de la nature. Les Pythagoriciens gagnèrent beaucoup de terrain en Grèce et en Italie et ils eurent la gloire de donner naissance à l’école philosophique la plus

illustre de l’histoire, car on peut dire qu’Aristote et.

Platon dérivent de Pythagore et de Socrate.

Sans nier la supériorité de la philosophie italique, au point de vue moral, sur la philosophie ionienne, on ne: peut s'empêcher de lui reprocher son caractère mystique oriental qui l’a rendue suspecte aux penseurs grecs, adorateurs de la nature; ceux-ci ne reconnalissaient qu'un principe: la réalité des choses, ce qui a donné lieu à la formation d’une troisième école appelée éléatique fondée par Zénon d’Elée (d’après le nom d’une ancienne ville d'Italie).

Cette école combattit l’anthropomorphisme, la mythologie etle mysticisme de Pythagore ; voulant tout prou-

ver à l’aide de la simple raison par le principe de la

causalité, elle arriva à établir un système panthéiste. Elle considérait la nature dans son unité au point de vue

as

de la force et de la matière en lidentifiant avec la divinité ;: en d’autres termes, Dieu est tout et un dans la

nature,mais non au-dessus de la nature. Elle enseigna en même temps que la raison humaine, bien qu’elle nous

apprenne ce qu'on doit admettre comme vrai, ne suffit pas pour nous faire connaître la vérité dans toute son étendue. Xénophon eut le courage de prononcer publiquement que les hommes ont créé les dieux à leur image

et de protester contre l'opinion qui attribue aux dieux -

les passions humaines. D’après lui, il n’y a qu’un Dieu qui est l’infini dans la pensée et dans l'étendue. Malheu-

reusement, une telle doctrine, tout admirable qu'elle

soit dans sa conception, fut engendrée par un esprit sagace et une intelligence supérieure, mais ne possédant pas les éléments nécessaires ni les faits maté—

‘riels incontestables pour étayer ce raisonnement et le défendre contre ses adversaires ; de plus elle eut à.

lutter contre les idées religieuses courantes, basées sur des siècles de routine et contre les préjugés d'un peuple élevé dans l'ignorance des lois de la nature. Tontelois, il faut reconnaître que la Grèce au moment de son apogée, a produit des hommes d’un entende-

ment tellement supérieur qu’ils ont deviné par intuition des choses et des idées qui ont eu besoin de plusieurs

- milliers d'années pour mürir et s'établir sur des faits

acquis. Tel fut le cas de la doctrine du mouvement

de la terre autour du soleil qui, d’après Plutarque,

nous vient d'Héraclite; Copernic lui-même, parle dans

ce sens et dit que c’est la lecture de Plutarque ae l'a conduit à cette découverte,

Quoi qu’il en soit, les excès de l’école éléatique pro voquèrent une réaction, à la tête de laquelle se mit

Leucippe, fondateur de l'Ecole atomistique qui pré-

tendait que les corps se formaient par la combinaison fortuite des corpuscules indivisibles (atomes) et éternels donnant lieu à différentes formes, selon leur juxtaposition. Aïnsi, à l’unité infinie, il substitua la pluralité infinie. | - La formation de nombreuses écoles philosophiques,

représentant chacune des doctrines différentes et oppo-

sées les unes aux autres, ne manqua pas de produire une grande confusion dans les esprits, jetant en même temps le doute dans les âmes qui aspiraient vers l'idéal d’une humanité supérieure, ce qui donna lieu à la formation d’un autre groupe de penseurs qui s ’appelaient

sophistes se consacrant aux aralyses subtiles et aux

méthodes de discussion stérile.

Malheureusement, ses adeptes, loin d apporter la lumière sur les matières en discussion, les obscurcissaient de plus en plus. Il s’ensuivit que l’école ionique, se rendant compte de la nécessité de ramener la philo—

sophie à un but élevé et pratique, chercha son appui dans l’autorité indiscutée de Socrate qui faisait les plus

grands efforts pour établir sur une base solide les idées

du bien, du beau, du vrai et du juste. Dans ce but, ilen appelait ausens moral de l'humanité,exprimait ses pen-

sées dans un langage populaire et s’efforçait de répandre l'idée de la connaissance de soi-même et de l’empire sur ses passions. Toutefois, 1l faut reconnaitre que Socrate n’a développé aucun système nouveau de morale et qu'il ne donna point une théorie de la matière dans son rapport avec l'esprit; tous ses efforts tendirent à ï fixer l'attention sur la conscience morale et sur l’activité

rationnelle de l’homme ; il enseigna que la valeur de Ée. toute connaissance doit étre examinée en confofmité avec la science entière et que toute pensée doit rendre compte d'elle-même et prendre racine dans la connaissance de soi-même et de Dieu. :

Il nous faut ajouter que, d’après Socrate, la connaissance de soi-même ne consiste pas seulement à comprendre les choses que l’on fait, mais à connaître leur valeur morale et que même la science doit chercher son appui dans la conscience sans la rapporter à des principes certains et sans établir un point fixe sur lequel repose le libre arbitre, d’où il résulte que, loin de fonder : une école, il ne fit que donner des règles de sagesse plutôt théoriques que pratiques, sans établir de vrais liens qui unissent la morale et la science. En effet, Socrate ne se donnait pas pour un savant, il ne s’appelait pas non plus un sage comme les autres, mais un philosophe, c’est-à-dire un ami de la sagesse. Il ne méditait ni sur la nature du monde ni sur les sciences,

il ne s’intéressait qu’à l’homme, Il ne faut pas s’étonner queses disciplessuivissentchacundesroutes diverses

et même les plus opposées. Chacun posa et définit d’une manière différente les problèmes fondamentaux de l'humanité. Le seul parmi eux qui embrassa la pensée entière de son maître sous tous ses aspects, ce fut Platon. D'autre part, le prestige acquis par Socrate parmi les classes intellectuelles d'Athènes et la peur de l’Aristocratie athénienne de perdre son influence sur la classe ignorante à la suite de la propagande des préceptes de. son école, le firent aecuser de ne point adorer les dieux de la cité, d'introduire des dieux nouveaux et de corrompre la jeunesse. Il ne chercha pas à se défendre et fut condamné à mort à l’âge de soixantedix ans :S

Bien que l’école de Socrate eût un caractère pure- ment moral, ses disciples qui étaient nombreux, se sont également occupés de la logique, de la métaee physique et de la physique, ayant connu la nécessité d'embrasser en même temps la nature et la raison. Parmi les élèves de Socrate, ce fut Platon (né dans l'ile d’Egine) qui se distingua le plus ; suivant l'exemple de son maitre, il avait la morale pour but principal et il tâchait de réunir la philosophie rationnelle et la philosophie spéculative. Platon fut le premier à ne pas chercher la solution de l’énigme de la nature

dans le moi et dans l’expérience, mais dans la con-

naissance de la divinité qu'il plaçait dans une révé-

lation primitive et dans une réminiscence intérieure,

et dans ce but, il distinguait les connaissances fixes de

celles qui sont contingentes ou variables, faisant dériver

les premières de l’intelligence, source de idées, et les

dernières des sens. Il reconnaissait dans l'âme certaines

notions innées qu'il appelait principes de connaissance,

qui sont préexistantes dans l’âme, ce qui fait que con-, naître n’est pour l'âme que se souvenir d’un état anté-

rieur à son union avec le corps. L’âme est de plus une force active par elle-même, et c’est de son union avec

le corps que proviennent une partie raisonnable et une ‘ autre déraisonnable. Il fit faire des progrès immenses

à la philosophie qu'il divisa en logique, métaphysique

et éthique. I! pensa qu'il fallait viser à corriger la

politique et les institutions plutôt que les individus. Il recommanda d’ agir conformément à l'idée rationnelle du bien par le seul amour de la justice. D’après lui, la vertu consiste dans l'effort de l’humanité pour ressem-

bler à Dieu. L'éducation est la culture libre et morale

de l'esprit, la politique étant l'application en grand de la loi morale et la science de réunir les hommes en

société sous la surveillance de la morale. Doué d’un

esprit POÉRARE et artistique, il possédait un talent d'exposition qui n’a jamais été surpassé. Dans ses dialogues il abonde en figures, en paraboles et en comparaisons

et témoigne d’une admirable connaissance des hommes

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