Les dieux de l’intérieur et les âmes des ancêtres
| marbre des Grecs. Ils n’admettaient pas, comme les Le = Grecs, de mariage ni de parenté entre les dieux ; ils ne * connaissaient pas non plus l’Olÿmpe, lieu de réunion des dieux. Leurs dieux étaient sans forme, sans parenté et sans histoire, Toutefois ils admettaient que lêtre humain est soumis aux forces de la nature qui peuvent lui faire du bien ou du mal suivant qu'ils lui sont ou ne lui sont pas favorables. Le Romain, lorsqu'il
priait, ne cherchait pas à élever son âme ni à se sentir La en communion avec un dieu, mais lui demandait un s>rvice. Il concevait la religion comme un échange de bons offices. Si après avoir donné aux dieux l'homme ne reçoit pas ce qu’il attend, il se considère e comme trompé. Pendant la maladie du général Ger-
manieus, le peuple avait offert aux dieux des sacri- 4 fices: Après sa mort, le peuple irrité de ne pas avoir obtenu la satisfaction de ses désirs, renversa les autels et jeta à la rue les statues des dieux. | re [Es
Cependant, les Romains croyaient aux présagés comme les Grecs. Les dieux, pensaient-ils, savent l’ave- 4
nir ; ils envoient des signes qui permettent à l’homme de le deviner. Avant d'entreprendre un acte, les Romains consultent les dieux. Le général, avant d'attaquer, examine les entrailles des victimes ; le
magistrat, avant de tenir une assemblée, regarde les oiseaux qui passent (c'est ce qu'on appelle prendre les auspices). Si les signes sont favorables, c’est que les” dieux approuvent l’entreprise. Quand l'assemblée du
\ft tx : è Pr TE BALAI ATEN 4
peuple délibère, s’il vient à tonner, c'est que Jupiter veut qu’on ne décide rien ce jour-là, et l’assemblée se sépare. — La République entretenait six augures (1)
chargés de prédire l’avenir. Elle conservait soigneuscment un recueil de prophéties, les livres sibyllins.
Aucun acte publie, assemblée, élection, délibération, ne se faisait sans avoir pris les auspices, c’est-à-dire examiné le vol des oiseaux. Les augures présidaient à l'avenir, les pontifes surveillaient les cérémonies du culte, ils dressaient les calendriers et fixaient les fêtes qu'on devait célébrer aux différents jours de l’année. Mais ni les prêtres, ni les augures, ni les pontifes ne formaient
une caste sacerdotale. Toutefois 1l faut reconnaitre que,
bien qu'il y eût à Rome une religion d'Etat, il n’y eut pas de gouvernement des prêtres. Ceux-ci étaient choisis parmi les grands personnages et continuaient à exercer toutes les fonctions de l'Etat, à juger, à présider les assemblées et à commander les armées. Ilen résulte qu’à
Rome l’homme appartenait plus à Etat qu'à la famille ;
il était plus citoyen que mari ou père. La première loi religieuse des Romains était servir l'Etat. Il n’y avait
aucun acte public qui ne fût accompagné d’un serment: L'acquisition des armes, la distribution du butin, les
1. Les augures et les auspices, ainsi que les prêtres qui tiraient des présages du vol ou du chant des oiseaux,de l’appétit des poules sacrées, etc., formaient un important collège : rien de grave ne se faisait quon ne les eût auparavant consultés. Un augure pouvait empêcher une délibération publique sous prétexte que les auspices n'étaient pas favorables,
procès, les jugements, les élections, les ventes et les achats, étaient accompagnés de serments et de promesse aux lois. Rien pour les Romains, même pour ceux de la classe plébéienne, n’était plus sacré que les institutions de l'Etat et le respect des lois. Ainsi s'expli-
que que les émeutes et les révolutions se soient
opérées à Rome par des procédés pacifiques, sans violence et sans effusion de sang.
4° Que l'assemblée des divinités à Rome ressemblait sous beaucoup de rapports à celle de la Grèce, étant
<omposée des douze dieux consentants, six masculins et
six féminins, Jupiter, Neptune, Vulcain, Apollon, Mars, Mercure, Junon, Vesta, Minerve, Cérès, Diane, Vénus, appelés aussi nobles, célestes. De’ plus, il y avait des dieux intermédiaires : Saturne, Rhéa, Janus, Pluton, Bacchus, le Soleil, la Lune, les Parques, les Génies, les Pénates ;
5? Que, cm lee au point de vue moral,la religion romaine était dépourvue de tout sentiment altruiste et d'amour du prochain. Elle était complètement aride, prosaïque, utilitaire, politique et généralement au service des intérêts des patriciens qui avaient le privilège des auspices, lesquels sanctifiaient la propriété, le mariage et les jugements, tandis qu’en Grèce la religion était libre et indépendante. De plus, les Grecs se distinguaient en ce qu'ils divinisaient les forces de la nature de même que les hommes qui oécupaient les premiers rangs tant par leur coùrage que par leur
intelligence et par les services rendus au progrès des sciences et des arts.
6° Que l’idée de patrie était au contraire plus profonde et plus sacrée chez les Romains que chez les Grecs. Toutes les classes sociales, tant les patriciens que les plébéiens, considéraient comme le premier devoir la défense de la patrie romaine. C'était /a ot des Douze Tables qui servait de lien sacré entre les deux classes sociales, qui donnait aux plébéiens le droit d'intervenir dans la confection des lois, tandis que la Grèce n’a jamais formé une nation unique, ayant été divisée en nombreux cantons, appelés cifés, dont chaeun conservait son autonomie, sa législation et sa forme de gouvernement distinctes. Loin de rendre un culte à une idée nationale de patrie, leurs intérêts particuliers les poussaient souvent à se faire la guerre entre eux. : :
7. Que la vie religieuse et sociale en Grèce existait déjà au temps d’Homère, c’est-à-dire dix siècles avant Jésus-Christ, car selon Hérodote, c'est ce poète qui a donné leurs noms aux dieux de l’'Olympe ; c’est lui qui a perpétué dans l’Iliade lés noms des héros qui se sont distingués dans la guerre de Troie, et auxquels il attribue le triomphe sur les Troyens, grâce à l'intervention de Jupiter lui-même. La vie religieuse des Grecs n’a cessé depuis lors de gagner en vigueur et d'élever le sentiment humain, tandis que des progrès extraordinaires étaient réalisés dans le domaine de la poésie et des beaux-arts. En
8 que si l’on compare les circonstances qui ont concouru au développement des peuples romain ét grec, - On trouve qu’elles étaient de nature tout à fait opposée ; les unes ayant contribué à développer les tendances guerrières tandis que les autres favorisaient l’évo=. lution des facultés intellectuelles et affectives. C’est ainsi que Rome, pendant la première phase de sa vie nationale sous un régime monarchique, a traversé deux siècles de guerre contre les nombreuses tribus voisines, telle que les Osques; Sabins, Samnites, Marses et Etrusques, avant de constituer son unité nationale. Cette longue série de guerres successives a forcément constitué un obstacle sérieux à la culture du sentiment tant affectif que religieux. Puis, les seuls peuples qui aient apporté des germes de culture sur le sol romain furent les colons grecs établis sur le littoral d'Italie et les Etrusques qui, parmi les tribus voisines, étaient les mieux doués et les plus avancés en culture. Or, les colons grecs du littoral méditerranéen ne se croyaient pas assez forts pour étendre leur activité intellectuelle et commerciale jusqu’à l’intérieur du pays. Par contre, les Etrusques qui par suite de leurs. habitudes guerrières étaient arrivés à s'imposer aux
tribus voisines et à former une espèce de confédération, avaient finipar occuper une grande partie du littoral de l'Italie en même temps qu’une grande étendue de terri. toire dans la vallée du PO, ce qui les avait mis d’abord en rapports avec les colonies grecques et les força
ensuite à entrer en collision avec les Romains. Bien que plusieurs siècles s’écoulèrent avant que les Etrusques ne fussent soumis à la domination romaine, la culture
étrusque engendrée -par les rapports commerciaux
avec les colonies grecques exerça son influence sur les vainqueurs. Cependant ce n’étaient que des rudiments de la culture grecque transmis aux étrusques, qui avaient pénétré dans la terre du Latium.
Les Romains n'assimilèrent la culture grecque dans toute son étendue qu'après leur conquête de la Grèce monte | |
HI er Zoe
explique-t-on que les Romains, dépourvus d’idéal supérieur, de culture intellectuelle et de sentiments moraux et religieux, aient réussi à imposer d’abord leur men-
talité aux différentes tribus d'Italie et à étendre ensuite
leur puissance politique et économique à la plupart'des pays des continents européen et africain ?. En étudiant l’histoire romaine, on ne tarde pas à se rendre compte de la psychologie particulière du citoyen romain, qui lui donnait conscience de sa supériorité sur les autres. C'est un système d'éducation populaire
qui a formé son caractère collectif, consistant dans le
+ Maintenant la question suivante se pose : comment
culte de l'effort persistant qui empêche de reculer
devant l’obstacle et de considérer un malheur comme :
irrémédiable ; ensuite, le respect religieux des coutumes des peuples soumis à sa domination et de tout ce qui était sanctionné par le temps ; de plus le besoin d'action et le dédain des vaines spéculations de la pen-
sée ; lemépris de la faiblesse; le sentiment très intense
du devoir et le contrôle sur soi-même entretenu soigneusement par une éducation spéciale, en somme, un
ensemble de facteurs qui ont donné au romain le senti-
ment de l’orgueil collectif. Civis romanus sum était sa devise nationale, lui donnant conscience d’appartenir à un peuple dominant l'univers.
Il y eut encore deux autres éléments qui constituèrent la force physique et la vigueur morale de l'Etat romain : d’abord le gouvernement démocratique à l'intérieur, c'est-à-dire la participation des classes populaires au gouvernement, ensuite l'organisation militaire solide à l'extérieur, basée sur une discipline rigoureuse. ne l'origine, pour être admis dans l’armée, il était nécessaire avant tout d’être citoyen romain et d’avoir des ressources pour s'équiper à ses frais. Les pauvres n’avaient pas le droit de servir et celui quiremplissait les conditions pour être admis dans l’armée devait à
l'Etat vingt campagnes ; tant qu'il ne les avait pas
faites, il restait à la disposition du général, depuis dixsept ans jusqu'à quarante-six. Lorsqu'on avait besoin de soldats, le Consul ordonnait à tous les citoyens
aptes au service de se réunir au Capitole. Là des:
officiers élus par le peuple choisissaient autant d’hommes qu'il en fallait pour former l’armée. Ensuite, venait le serment militaire ; les officiers juraient d’abord, puis les soldats ; ils juraient d'obéir à leur général, de le suivre partout où il les conduirait, de rester sous les drapeaux jusqu’à ce qu’ils aient été déliés de leur serment.
L'armée romaine était divisée en légions qui se composaient de quatre à cinq mille hommes. En dehors des légions proprement romaines, les peuples d'Italie soumis à Rome devaient lui envoyer leurs troupes appelées des alliés, qui étaient placées sous les ordres d'officiers romains. D’ordinaire, ces dernières étaient supérieures en nombre aux premières, Pt Les soldats, avant d'entrer dans l’armée, s’exerçaient
sur les champs de manœuvre. Les exercices consistaient
à marcher, à courir, à sauter chargés des armes, à s’escrimer avec l’épée, lancer le javelot et manier la pioche, puis, couvert de poussière et de sueur, le soldat traversait le Tibre à la nage. Même en campagne on ne laissait pas le soldat oisif. Lorsqu'il n’y avait ni ennemis à combattre ni retranchements à élever, le soldat était employé à la construction de routes, de ponts et d’aqueducs. Quand l’armée romaine se trouvait en guerre ou en manœuvres, le soldat portait une lourde charte, ses armes, ses ustensiles, des vivres pour dix-sept jours et un pieu, en tout soixante livres
- romaines. L'armée n’était pas encombrée de bagages.
La discipline était très sévère au camp romain ; le soldat qui quittait son poste ou s’enfuyait devant l’ennemi était condamné à mort. Les Romaïns n’admettaient pas que leurs soldats se laissassent vaincre ou se rendissent. Huit mille soldats ayant été faits prisonniers par Hannibal, celui-ci offrit de les rendre moyennant une faible rançon. Le Sénat refusa de les racheter. Dans les pays conquis, les Romains fondaieut des
villes qui servaient de places fortes à leur arméeetles
territoires environnants étaient. découpés en petits domaines égaux et distribués aux soldats pour qu'ils eussent intérêt à défendre leurs propriétés en même temps que l'Etat. Pour relier ces places entre elles et pour envoyer au loin leur armée, les Romains établissaient des routes militaires ; c’étaient des chaussées
en droite ligne, bâties avec de la chaux, des pierres
et du sable. La solidité de ces chaussées était telle
qu’on en trouve encore aujourd'hui des vestiges dans
les pays parcourus par leurslégions.
Ce qu’il y a de particulier dans l’histoire romaine, c'est que Rome fut toujours en état de guerre pendant cinq siècles à peu près. Elle commença par soumettre les Latins, ses voisins, puis les petits peuples du
Sud, Volsques, Eques, Herniques, puis les Etrusques et les Samnites, enfin les cités grecques. Les peuples qui
ne se résignèrent pas à se soumettre à Rome furent
exterminés. Les riches campagnes des Volsques devin-
Pa
à Ze “A a