CHAPITRE VI
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3 ; i 7 e + ; ? 5 Le : ; Se ae : ge ESS ESS Après avoir donné un aperçu suceint du rôle pré-
pondérant joué dans l’évolution intellectuelle et reli-
gieuse de l'humanité par deux petits peuples de l’anti-
quité, les Grecs et les Juifs, nous allons nous occuper d'un des plus grands peuples de l'histoire, le peuple romain et étudier la part qu'il a prise dans le progrès de la raison 1 et du sentiment Rumain.
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Si l’on envisage l'origine et développement de cé peuple, on reste émerveillé de voir comment au milieu du var siècle avant Jésus-Christ, lorsque toute ee Europe, excepté la Grèce, se trouvait encore à l’état Sauvage, surgit un peuple nouveau sans passé, cons- titué à ses débuts par quelques poignées d’ aventuriers | entreprenants qui fondèrent une ville dans les vastes
plaines du Latium et de l'Etrurie, sur les bords du
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Tibre, à cinq lieues de la mer. Cette ville, appelée
Rome, après avoir accueilli les réfugiés des peuples
voisins tels que les Sabins, les Latins, les Etrusques, etc., se mit d’abord en guerre avec ceux-ci et après avoir réussi à les vaincre eut l’habileté de les attirer dans son orbite, de les assimiler à sa mentalité en créant des intérêts communs, en partageant avec eux - Le pouvoir et en leur accordant le droit de cité romaine Grâce à l'esprit d'organisation administrative et politique des patriciens | romains ainsi qu’à la discipline sévère imposée aux vaincus, Rome réussit à conquérir avec le temps, d’abord toute l’Italie et ensuite tous les
autres pays d'Europe.
Il est extrêémement intéressant de voir comment la
politique romaine a évolué à travers les siècles de pair avec son organisation militaire, ayant eu pour base le droit de la force et pour but la domination universelle : elle a commencé par vivre pendant deux siècles et demi sous la forme d’une monarchie élective, puis elle la remplaça par une république aristocratique avec un Sénat et deux Consuls élus parmi les patriciens. Ce n’est qu’à la suite des luttes incessantes et acharnées - des plébéiens contre le gouvernement, que la République évolua graduellement dans le sens démocratique, et qu’elle accorda au peuple une participation plus large dans le gouvernement en instituant la loi des Douze Tables, puis le tribunal plébéien avec le décemviral, plus tard la loi agraire et enfin le partage
de la magistrature entre les plébéiens et les patri-
ciens.
Toutefois, nous tenons à constater que malgré
J’esprit démocratique des institutions, le Sénat con-
tinua à poursuivre son ancienne politique basée sur le. droit de la force, en préparant de nouvelles conquêtes.
et l'acquisition de colonies en Afrique, bien qu'il
accordât en compensation aux vaincus l'autonomie administrative et d’autres avantages matériels, tels que le droit de cité romaine, à condition d’introduire chez eux les places fortes et le système de défense romain. C'est ainsi que Rome réussit à conquérir d’abord l'Italie centrale et méridionale, ensuite Carthage, la Gaule, l'Espagne, la Macédoine, la Grèce et l'Egypte. Cependant, il arriva que la République après
cinq siècles de durée et des conquêtes constantes tomba, victime du Militarisme et de la guerre civileet se termina
par un coup d'Etat et l'établissement de l’Empire sous Auguste, qui réussit à rétablir l’ordre et à donner beaucoup d'années de prospérité à tous les pays sous la domination romaine.
Malheureusement, à la suite de guerres prolongées. en Orient, l'influence des légions et des prétoriens avait
grandi au point que les empereurs ne reconnurent plus
l'autorité du Sénat et adoptèrent un régime d’absolutisme politique, civil et religieux, avec la circonstance aggravante que les généraux, au lieu de se concilier la bonne volonté des vaincus, les traitaient comme des
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esclaves, s'emparaient des richesses publiques et des
trésors des rois, dont ils faisaient verser une partie
dans les caisses de l’Etat romain et disposaient de l’autre partie en faveur de l’armée, ce qui contribua l'anarchie et à la corruption des mœurs des fonc-
tionnaires et à achever la décadence de l’Empire, celui-
ci étant devenu la proie de l'invasion des barbares du
Nord de l’Europe.
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Si l'on parcourt l’histoire de l’empire romain, on est
amené à constater des faits sociologiques qui la distinguent à plusieurs points de vue de celle de la Grèce.
lo Rome, après sa fondation comme cité, constituait déjà un centre du mouvement centrifuge vers la Péninsule apennine et un foyer d'expansion aux dépens des tribus voisines, Son organisation administrative, éco nomique et militaire ainsi que l'esprit DA qui
animait les classes dirigeantes n'avaient qu'un seul
but : celui d'augmenter les éléments de vie de la collec-
| tivité etle bien-être des citoyens, d'organiser les moyens
de défense à l’intérieur contre toute invasion étrangère
et de profiter en même temps de la faiblesse des.
tribus voisines pacifiques pour les subjuguer. C’est cette pensée qui avait nourri l’âme romaine et qui avait présidé à toutes les branches de son activité nationale depuis sa naissance jusqu’au moment de son apo—
gée et même pendant l’époque de sa décadence. Pour atteindre ce but, elle commença par concentrer toutes
ses forces physiques et morales, afin de former une
nation guerrière et au fur et à mesure qu'elle réalisait ses projets de conquêtes, élargissant de plus en plus l'horizon de ses possessions, elle concevait l'idéal gigan-
tesque de devenir une puissance mondiale en soumet-
tant à sa domination non seulement tous les peuples du continent européen, mais aussi ceux de l'Afrique et de l'Asie Mineure.
Dans le même but, elle s’eflorçait de s’assimiler d’abord les forces vives des tribus ou des peuples voisins, et ensuite, elle introduisait chez eux son principe militaire habituel en fortifiant les places frontières et
-en imposant son système de défense au peuple vaincu,
qui devait s’ organiser selon les besoins de la guerre ; en échange, elle lui accordait des droits et certains privilèges propres aux citoyens romains. Maiheureusement, à mesure que l'esprit de conquête grandissait et que l’amour de la gloire militaire formait partie de la mentalité romaine,le goût pour les travaux des champs se perdait complètement ; l’agriculture et les travaux
domestiques se faisaient par les mains des esclaves etles
classes supérieures sentaient à peine le besoin de l’instruction. Il n’y avait ni art, ni science, ni amour de la nature, nl principe moral ou religieux supérieur qui pôt servir de guide aux classes dirigeantes.
Par conséquent, les Romains, comme représentants
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de la plus grande puissancé militaire de l'époque, ne réunissaient pas les conditions morales et intellec-. tuelles nécessaires pour remplir la mission d'éducateurs de l'humanité, ni pour contribuer à l'agrandissement de la personnalité humaine. Ce n’est qu'après la conquête
de la Macédoine et de la Grèce par les légions romaines
et après qu'il se fût établi un contact intime entre les classes intellectuelles romaines et celles de la Grèce que Rome s’assimila graduellement et au prix de grands eflorts la culture grecque et devint le centre de radiation de cette culture pour tous les pays soumis à sa domination. Ce n’est qu'alors que Rome commença à remplir son rôle de propagatrice de la civilisation grecque en Europe. | Cependant, selon l’enseignement de l’histoire, l’évo— lution intellectuelle et artistique d’un peuple a besoin de plusieurs siècles pour parcourir toutes les étapes nécessaires avant d'arriver à sa maturité et Rome n'a pas pu se soustraire à cette loi générale de l'évolution,
/ d'autant plus qu’il s'agissait d’une nation ne vivant que
pour la guerre, et par conséquent mal préparée pour la paix indispensable au développement des arts et des sciences. En effet, l'assimilation de la culture grecque resta limitée pendant longtemps aux classes aisées habituées au bien-être et à la vie oisive, et de plus elle eut des époques d’interruption sous le despotisme sans rein de certains empereurs, tels que Tibère, Néron,
Domitien, Caligula, etc.
20 Pour mieux comprendre la distance qui sépare
l’évolution intellectuelle des Grecs de celle des Romains, il suflit de jeter un regard sur l’époque de l'entrée en scène sur le théâtre de l’histoire du peuple
grec. Nous voyons alors, que déjà au xrr1° siècle avant
notre ère, au moment du siège de Troie, un grand
nombre de tribus qui habitaient le sol de la Grèce se confédérèrent pour entreprendre une grande guerre contre Troie, sous prétexte de venger une insulte faite à l’un de leurs chefs. Ce fait d’armes est d’une telle
importance qu'il servit à Homère trois siècles plus tard pour glorifier les héros de son Iliade, qui est non seulement une épopée des temps héroïques, mais aussi un tableau exact des mœurs et de la mentalité religieuse des ancêtres. De plus, le fait en luimême que les différentes tribus grecques se fussent
déjà confédérées au XII siècle dans une entreprise com-
mune prouve bien qu’elles se sentaient dominées par un intérêt général : celui de poser les premiers jalons de l'unité nationale ; car l'opinion selon laquelle le but
de la guerre était de venger l’insulte du rapt de la.
femme du roi de Sparte commis par Pâris, fils du roi de
Troie, est loin d’être fondée. Les rapts,en effet, étaient été tellement communs à cette époque, surtout les rapts phéniciens, qui n'avaient Jamais cessé de s’exercer sur.
les côtes grecques, que ce motif eût été trop vul-
gaire pour mettre aux prises le monde hellénique et le
monde asiatique dans une guerre qui n’a pas duré
moins de dix ans. Il est beaucoup plus logique d’admettre, avec la plupart des historiens modernes,que ce furent la richesse et la prospérité dont jouissait le
royaume de Troie à cause de son heureuse situation
entre la mer et les deux fleuves, le Scamandre et le Simoïs, baignant la plaine de la capitale, qui rendirent jaloux les voisins grecs qui n’attendaient qu'une occa-
sion pour lui faire la guerre.
De plus, la description admirable que nous donne Homère dans l’Iliade et l'Odyssée de l'anthropomorphisme grec qui consistait à attribuer aux êtres divins la forme humaine et à faire participer les dieux aux
. passions humaines et surtout à la passion de la guerre
et à favoriser tantôt les uns tantôt les autres des belligérants est un chef-d'œuvre de l’antiquité qui, tant par la forme que par le fond, excite encore l’admiration des meilleurs esprits de notre époque, ce qui prouve bien que la langue grecque avait déjà acquis un haut degré de culture au x° siècle avant J.-C. Elle a peut-être rétrogradé plus tard pendant l’immigration de nouvelles tribus de l'Asie, mais elle ne tarda pas à prendre un nouvel essor à la suite de la prépondérance de l'élément ionien dans l’Attique.
3° Si nous dirigeons maintenant notre attention sur
l’état de la culture romaine à l’époque du déclin de la
première monarchie, vers la fin du vie siècle avant J.-C., nous-voyons qu’il n’y avait à Rome ni science, ni art, ai littérature. Les Romains avaient même de grandes
difficultés pour faire graver sur bois ou sur bronze les lois et les traités ; le seul document qui nous reste de
cette époque est la compilation des lois faites par Papi-
nius Sextus, au temps de Tarquin le superbe (Jus Papi-
nianum) et des commentaires du roi Servius relatifs à
sa constitution, Toute la littérature romaine se ré-
duisait à des hymnes religieux des Saliens et des frères Arvalés (collèges de prêtres consacrés au culte de Mars et à la déesse de l'Agriculture) ; ce qui prouve bien que la culture de la langue latine était encore
à son enfance au moment où celle de la Grèce s’appro=
chait déjà de son apogée. | | Quant aux arts ils se trouvaient également dans un état très arriéré. Avant les Tarquins, il n'y avait même pas d'images représentant les dieux dans les cérémonies publiques. Ce n'est que longtemps après, vers
la fin du ve siècle avant J.-C., que les artistes étrusques firent dans ce but des statues de bois et d'argile ;
de même ce furent les Etrusques qui donnèrent à Rome des architectes et les joueurs de flûte dont ils
avaient besoin pour célébrer certains rites; car legénie
de l’art et de la poésie manquait complètement au
peuple romain. Par contre, 1l déployait une grande activité pour tout ce qui avait un but pratique pour :
la vie, tant pour les affaires publiques que pour les travaux domestiques. Virlus et Pielas sont les deux mots qui résumaient toutes les bonnes qualités, toutes les vertus qui distinguaient les Romains, à savoir :
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le courage, la force, la fermeté à toute épreuve, la
patience au travail et le respect des dieux, des ancë-
tres, de la patrie, de la famille et des lois. En effet, la vie domestique était austère et simple ; le luxe et la paresse étaient inconnus chez eux. Le maître labourait la terre avec ses domestiques ; la maitresse filait sa
quenouille avec ses ouvrières. L'homme passait le temps
aux champs parmi les tribus rustiques les plus honorables et n'allait à Rome que pour se rendre au mar-
—ché ou aux comices. Le jour où le temps ne lui permet-
tait pas de se rendre aux champs de culture, il travaillait dans la grange, nettoyait les écuries, arrangeait les cordes et les vieilles étolfes, coupait les épines et répa-
rait les haies, et à certains jours de la semaine, il se
rendait en ville pour vendre de l’huile, du vin, du blé et des fruits. ; Quant à la vie domestique, le chef de famille en était le seul représentant ; la femme, les enfants et les domestiques n'étaient que des choses, des instruments de travail, des personnes sans volonté et même sans nom. Tous étaient soumis à la toute-puissance du père, qui était en même temps le prêtre du culte des ancêtres et le seul juge de sa conscience ; comme prêtre et juge son autorité était absolue. Lui seul était en communication avec les dieux ; comme maître, il disposait de la vie de ses esclaves : comme mari, il avait le droit de condamner à mort sa femme si elle violait la foi jurée ou si elle se servait de fausses clés pour boire
le vin dans la cave; comme père, il pouvait vendre le fils qui présentait quelque monstruosité. Ni l’âge ni la
dignité n’émancipait l'enfant de sa soumission au père; même consul ou sénateur, il pouvait être arraché de Ia tribune et de la curie et même recevoir la mort des mains de son père. Le père riche était autorisé à prêter à 15 et 20 pour 100 et même il pouvait disposer de la … liberté et de la vie du débiteur, pour la raison que le père de famille pouvait faire valoir son argent de même
que ses terres. Finalement, il avait le droit de choisir
pour héritier un étranger sans que sa femme et ses fils
eussent le droit de réclamer. Cependant les femmes
avaient réussi avec le temps à introduire un changement dans ces coutumes nationales, en ce sens que la femme romaine pouvait participer à l'héritage de son père ou de son mari,mais étant dans une société sévèrement disciplinée, elle ne réussit pas à s’émanciper complètement de la tutelle de ceux-ci. Elle ne pouvait pas non plus disposer de l'héritage pour le léguer à un
étranger sans le consentement de ses tuteurs, c’est-à-
dire,son mari,ses frères ou proches parents de la branche paternelle intéressée dans l'héritage des biens de famille.
Toutefois, la femme romaine n’est pas enfermée loin des hommes comme la femme grecque; elle mange à table avec son mari, reçoit les visiteurs, va diner en ville, paraît en public dans les cérémonies, au théâtre, même devant le tribunal, mais elle reste d'ordinaire
ignorante, Les Romains ne se souciaient pas d’instruire
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leurs filles ; la qualité qu’ils estimaient le plus chez une femme,.c’est l’austérité, et sur son tombeau, ils écrivaient en guise d’éloges « elle garda la maison et fila de la'laine ». | TRE Cependant, il faut reconnaître que les Romains considéraient la famille comme faisant partie du culte des ancêtres; car tous les membres d’une famille rendaient un culte aux mêmes ancêtres et se réunissaient autour ; 24 du même foyer. Chaque famille avait aussi un foyer qu’elle adorait. La famille romaine formait comme une petite église, avec sa religion et son culte auquel nul à étranger n’était admis. Le sanctuaire où se trouvaient les lares et les pénates (1) était caché dans les maisons ; aucun étranger n'en approchaït.
Quant à la vie religieuse, les Romains comme les Grecs croyaient que tout ce qui arrive dans le monde est l’œuvre d’une divinité ; ils admettaient autant de divinités que de phénomènes naturels, Il y avait un dieu pour l’agriculture, un autre pour garder les champs, un autre pour surveiller les fruits, avec la différence que, contrairement aux Grecs, les Romains ne se représentaient pas leurs dieux sous une forme précise, Pendant longtemps, iln’y eut à Rome aucune idole ; on adorait Jupiter sous la forme d’une pierre, Mars sous | -la forme d’une épée. Plus tard seulement, ils imitèrent 10 les statues de bois des Etrusques et les statues de 2