DES TROIS PEUPLES DE L'ANTIQUITÉ
soumis au vainqueur, ayant conscience d’avoir perdu pour toujours leur indépendance nationale. Au contraire, les Juifs de Palestine, après la prise de Jérusalem par Titus Vespasien, n’ont pas voulu se résigner à la perte de leur unité nationale et ont nourri l’espoir secret de se soulever à la première occasion contre leurs oppresseurs. |
En effet, au moment de la guerre des Romains
contre les Parthes, les! Juifs de Palestine entrèrent en
guerre contre les légions romaines, luttant pendant trois ans contre la première puissance du monde quise vit obligée de mettre en mouvement contre eux ses meilleures troupes et ses généraux les plus expérimentés, Plusieurs centaines de mille hommes furent sacrifiés en même temps que Jérusalem subissait un siège
terrible, soutenue qu'elle était par l'amour de la liberté
et par le sentiment delindépendance nationale.
Quelle est la raison qui a poussé les Juifs de Palestine à une lutte aussi violente et aussi désespérée et a rendu les Grecs indifférents à leur malheur ? La voici : les Grecs, après une longue série d'années de guerres civiles, avaient perdu graduellement l'instinct de conservation nationale, et imbus depuis plusieurs siècles du même polythéisme que les Romains, il ne leur res-
tait aucun idéal de progrès à réaliser. Par suite, rien
ne nourrissait leur haine contre leurs vainqueurs, lesquels, bien que souvent cruels avecles peuples quirésistient à leur esprit de domination, se sont conduits avec
se as
LR
LE £ To
une certaine générosité envers leurs alliés et les peuples qui reconnurent leur hégémonie. Parcere subjectis et
rebellare superbos (Virgile, Enéide). :
Toute autre était la situation des Juifs de Palestine vis-à-vis des vainqueurs. Bien que les classes supérieures fussent conscientes et même admiratrices de la supériorité de la culture grecque, la grande masse du penple, suggestionnée par les prophètes qui la dressaient contre les riches oppresseurs nationaux, et contre l'ido-
lâtrie gréco-romaine, s'était inspirée d’un idéal reli-
gieux, origine et but de son existence nationale, ce qui la rendit fanatique et intransigeante contre les envahisseurs étrangers. |
Ce fut précisément l’exaltation de l'idéal religieux qui leur donna la force morale nécessaire pour lutter contre les légions romaines supérieures en nombre et en armement. Chose curieuse! Bien qu'ils aient fini par succomber, les Juifs ont toujours conservé leur idéal, le monothéisme mosaïque, qui s’est transformé à la suite
d’un concours de circonstances particulières en une
nouvelle doctrine, le christianisme, qui s’organisa lentement et savamment durant plusieurs siècles dans les différentes couches sociales jusqu'au moment où il
se crut assez fort pour remplacer l’empire romain
désorganisé et pour constituer la base morale et reli-
gieuse des différents peuples barbares de l'Orient et de
l'Occident, Quoi qu'il en soit, ce fut le monothéisme qui vainquit la puissance mondiale de Rome, ayant rem-
sd te des ns TA î { HS 4 DES TROIS PEUPLES DE L'ANTIQUITÉ
placé la force brutale par une force morale, élément impondérable et vivifiant du progrès de l'humanité. C’est un des points culminants de l’histoire qui. “A montre que tout idéal constituant un élément de HroBraes de la raison et du sentiment humain représente une | force dynamique indestructible et est suffisant par luie même pour animer les masses populaires. Il leur ins. pire une confiance sans bornes dans la victoire contre la force brutale, fût-elle soutenue par les armées les plus nombreuses et les mieux organisées, lorsque cette force n’a d’autre but que la conquête de pays riches et l'oppression de peuples jouissant de la liberté et des bienfaits de la civilisation. Di