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ÉNGENDRA LE FANATISMÉ ET L'INTOLÉRANCE 2317

ni devantle sacrifice de leur vie, ni devant le plus cruel martyre, proclamèrent publiquement leur croyance inébranlable en l'Evangile et en ses principes moraux,

en soit arrivé quatre siècles plus tard à employer la.

violence et la force brutale contre les différentes sectes

chrétiennes, contre les païens et contre les juifs ? Com-

ment explique-t-on que le christianisme qui durant son

âge héroïque représentait les principes moraux les plus

sublimes, se soit transformé en un instrument d'oppres-

sion et de violence pour établir un régime théocratique

mis au service du despotisme barbare et des empereurs byzantins ?

Pour expliquer ce fait historique Al. ii faut tenir compte des circonstances contre lesquelles l'Eglise eut à lutter pour imposer ses doctrines et ses dogmes à la société orientale et occidentale.

En premier lieu il faut considérer l’élément social. Il y avait alors à Byzance trois éléments hétérogènes qui se disputaient l'influence sur le gouvernement : d’abord, l'élément grec qui avait pour soutien l’aristocratie, les corps municipaux et les philosophes ; ensuite l'élément chrétien naguère persécuté, représenté par ses prêtres ; enfin l’élément barbare,avec ses généraux d’origine asiatique, convertis au christianisme: mais l’administration de l’Empire restait païenne et réfractaire aux innovations, tandis que le parti barbare ou militaire représentait non seulement l'ignorance et la superstition,mais aussi la force brutale indifférente à tout sentiment élevé.

: : Nan 318 LE MYSTICISME ORIENTAL DE ST-AUGUSTIN

En second lieu l'empereur, à la fois chef de l'Etat et de l'Eglise, vêtu de pourpre, assis sur un trône d’or et entouré de courtisans également vêtus de soie et d’or

représentait plutôt l'esprit oriental que l’esprif chrétien;

et au lieu de propager les doctrines de l'Evangile, et d’en donner les principes moraux comme fondements à la société, il ne faisait qu’alimenter l’amour du luxe et des plaisirs et développer les vices de l'Orient. Il s’en-

suivit que les conspirations militaires, stimulées par l'or

de quelques ambitieux, donnaient lieu aux révolutions et au renversement des dynasties, Sur 109 empereurs qui se succédèrent à Byzance du 1v° au x1e siècle, 34 seulement sont morts dans leur lit ; les autres subirent, pour la plupart une mort violente.

En troisième lieu, le manque d'accord entre les

patriarches et les conciles sur l'établissement définitif des dogmes contribua grandement à affaiblir l'influence

morale du christianisme dans l’empire byzantin pendant les v° et vi‘ siècles. Le premier résultat fut que l'Eglise d'Orient refusa sa soumission au Pape de Rome et se déclara indépendante ; ensuite, elle-même finit par se briser en plusieurs sectes. Il y dvait d’abord en Orient plusieurs églises chrétiennes qui obéissaient aux évêques des grandes villes (Constantinople, Jérusalem,

Antioche, Alexandrie) qu’on appelait patriarches et

qui, de leur côté, étaient soumis à l'Empereur, chef de l'Eglise ; ensuite les patriarches même se mirent à la tête des différentes sectes. D'abord la secte des Nesto-

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riens, adeptes de la doctrine de Nesforius, patriarche de Constantinople, admettait qu'il y a en Jésus-Christ deux natures, l’une divine et l’autre humaine, tandis que les Monophysites enseignaient qu’il n’y a dans le Christ qu'une seule nature, la nature divine. Ceux-ci fondèrent les églises d'Egypte, de Syrie et d'Arménie, sous le nom de Jacobites. Après la condamnation des

Nestoriens par le Concile d’Ephèse, leurs chefs se reti-

rèrent à Babylone où ils fondèrent l'Eglise de Chaldée en même temps que l'école de philosophie d’'Edesse. D'autre part, malgré la persécution des Ariens par les catholiques, presque tous les peuples barbares, au moment d'entrer dans l'Empire, se convertirent à l’arianisme.

La multiplication des sectes brisa d’abord l'unité du christianisme ; ensuite elle amena une série de luttes

acharnées et de persécutions qui se POSER pen-

dant deux siècles.

Les choses n’allaient pas mieux du côté de l'Occident.

L’anarchie règna dans tous les pays de l’Europe jusqu’au moment de l’arrivée au pouvoir de Charlemagne au virr° siècle. Les rois barbares, Francs, Goths, ainsi que les personnes de letir entourage, après avoir détruit la plupart des monuments de l’Empire romain, restèrent complètement étrangers aux beautés de la culture gréco-romaine et ne pensaient qu'à la chasse, à manier les armes ou à ravager les pays de leurs voisins. Les guerriers suivaient les rois à la guerre pour acquérir

un riche butin. Des bandes armées ne faisaient que parcourir les pays en brülant des villes, en dévastant les champs et en détruisant les monuments. Les évêques

eux-mêmes aimaient mieux s’adonner aux plaisirs de la

chasse et de la bonne chère et commander les guerriers

que d’inculquer à leurs subordonnés les principes moraux

de l'Evangile. Leur seule préoccupation était d'organiser une hiérarchie des plus vastes sur le principe théocratique, afin de pouvoir dominer, non seulement le peuple, mais aussi les seigneurs et les rois. Lors-

qu’ils se heurtaient à des difficultés dans leurs efforts

pour s'emparer du pouvoir, ils. se plaçaient à côté des

princes dans l'espoir de partager un jour avec eux le

pouvoir absolu aux dépens de la liberté des peuples. Tel était l'état de la civilisation européenne au cours du v° siècle.

Toutefois, les barbares, après avoir achevé leur œuvre de destruction, comprirent la nécessité d'orga :

niser les: pays conquis sur une nouvelle base. Mais voyant toutes les classes sociales désérganisées, excepté l'Eglise, dont l’organisation sut résister à la

force brutale des envahisseurs, ils jugèrent de leur intérêt d'entrer en rapports avec les évêques. Ceux-ci

profitèrent de la circonstance pour faire valoir la supé-

riorité de leur culture qui leur permettait d'imposer Ja foi chrétienne aux envahisseurs dont un grand nombre

étaient déjà convertis et de modifier ainsi oraduellement les conditions morales des néophytes ignorants et de

mœurs différentes. Dans ce but, les évêques leur témoignaient une grande indulgence, ne s’opposant pas aux formes de leur culte intérieur pourvu qu'ils les réalisassent avec les symboles du catholicisme. Les missionnaires chrétiens avaient même reçu du pape la recommandation de ne pas heurter les anciennes croyances. « Il faut se garder de détruire les temples

des idoles ; il ne faut que les purifier et les consacrer

au service du vrai Dieu ; car tant que le peuple verra subsister ses anciens lieux de dévotion, il sera plus disposé à s’y rendre par habitude. Si les hommes ont l'habitude d’immoler des bœufs en sacrifice, il faut que cet usage soit transformé en solennité chrétienne. Qu'on leur laisse construire des cabanes de feuillage

1 2 La LI »- , autour des temples changés en églises. Qu'ils s'y assemblent et amènent leurs animaux pour le sacrifice, Mais non plus comme offrande aux idoles, maïs en

l’honneur de Dieu. »

Une fois que les évêques eurent réussi à réorganiser

le culte extérieur parmi les classes inférieures composées pour la plupart de cultivateurs, ils tâchèrent de gagner la classe guerrière, tant les seigneurs que

leurs vassaux. Parfois, ils changeaient d’attitude. Ils :

commencaient par gagner les chefs des tribus, tantôt

en les persuadant de la supériorité de la religion chrétienne, tantôt en leur faisant comprendre qu'il était de leur intérêt de se convertir, C'est ainsi que Clovis, chef d’une bande de guerriers

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gion, a tâché d’abord de convertir ses chefs au catho-

entraina, par suite, la conversion de leurs sujetset

son but, à savoir: la domination des peuples parla

ont fait de leur mieux pour enchainer les paysans à ja:

humains en se servant d’esclaves dans les travaux des

322 ÉVOLUTION DU CHRISTIANISME EN EUROPE EE N g £. + 4 y É

francs, fut converti au catholicisme par l’évêque de Reims avec 3.000 de ses hommes. Aussitôt après, ce chef de bande fut soutenu par le clergé catholique et ne devint le seul roi de toute la Gaule, Tous les rois francs descendants de Clovis suivirent son exemple en soutenant l'Eglise catholique. Méta

Ce qui prouve d’une manière. incontestable que : l'Eglise, ayant bien compris qu'il est impossible de changer les mœurs d’un peuple barbare du jour au . lendemain par le seul fait de le faire changer de reli- =

licisme, soit par persuasion, soit par intérêt, ce qui.

subordonnés. De cette manière, l'Eglise assura du même coup l'extension de son pouvoir spirituel ettem= porel. ss

Toutefois, 1e faut reconnaître que l'Eglise, bien

qu’elle ait réussi, par des procédés habiles, à réaliser Fe

foi, n’a rien fait pour les instruire et les éclairer sur Les

rapports de l’homme avec ses semblables ni sur les devoirs réciproques des classes supérieures et infé rieures, selon l’enseignement de Evangile. Au contraire, les évêques, comme seigneurs et “propriétaires,

terre, à titre de serfs, et faire bon marché des droits

champs. Par ce procédé, les évêques n'ont fait que

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rabaisser la personnalité humaine dans sa dignité et manquer à leur mission évangélique d’éducateurs des classes sociales ignorantes et superstitieuses. Ils n’avaientd’autre ambition que celle d'imposer leurmentalité théocratique aux rois et aux classes dirigeantes, pour pouvoir intervenir indirectement dans toutesles branches de l’administration civile et devenir ainsi les maîtres

__ de la conscience générale des seigneurs et de leurs vas-

Saux, Pour se rendre un compte exact des aspirations de

l'Eglise pendant tout le Moyen âge, il suffit de rap-

peler le fait historique qui caractérise la domination des Goths en Espagne. Ceux-ci, après avoir soumis les Cantabres, les Vasques et les Suèves en Galicie, sous

le roi Léovigilde, en 572, sont devenus les maîtres de

toute l'Espagne. Ce roi convoqua en 580 un synode

d'évêques ariens dans le but de rétablir l’union entre

catholiques et ariens, mais malgré les concessions qu’il offrait aux catholiques en modifiant les anciennes formules de lhérésie, il échoua contre la résistance de

ces derniers, et la lutte, plus ou moins ouverte, continua entre les deux partis. Cependant, les Goths au pouvoir

montraient une tolérance assez large envers les catho-

liques, au point qu'il était permis aux évêques de se

réunir en assemblée et de former des conciles dans le

but de fortifier les dogmes et la discipline de l'Eglise.

Grâce à ce régime de tolérance, les catholiques prospé-

rèrent dans leurs intérêts matériels et moraux.

Après la mort de Léovigilde et l’arrivée au pouvoir

de son fils Récarède, celui-ci, animé du désir de don-

ner plus de solidité à sa dynastie et de favoriser la fusion des éléments qui composaient la monarchie, convoqua à Tolède une Assemblée d'évêques ariens et catholiques chargée d’étudier les moyens de mettre

d'accord les deux partis sur les articles de foi et d’établir ainsi l’unité religieuse en Espagne. Mais voyant la stérilité de ces démarches, il décida de se convertir au

catholicisme. A cet effet, il convoqua à Tolède le Troisième Concile en mai627, et en présence de 63 évêques et 6 vicaires, lui, la reine Bada et 8 évêques ariens, abjurèrent l’arianisme et déclarèrent admettre le symbole de Nicée. |

Par sa conversion au catholicisme, Récarède se pro-.

posa d'établir l'unité religieuse, sociale et politique en Espagne. Eneffet depuis lors, c’étaient les évêques qui étaient chargés dans les conciles de légiférer sur les

matières civiles, de délibérer et de proposer des lois qui étaient ensuite sanctionnées par le roi. Malheusement, l’établissement de l'unité religieuse rêvée par

Récarède ne put se réaliser par des moyens pacifiques. Récarède eut à lutter avec les ariens récalcitrants qui tramèrent des conspirations et s’insurgèrent contre ce nouveau régime. Alors le roi mit en vigueur des lois de persécution contre les ennemis de l'Eglise, votées par le Concile de Tolède, ordonna de brüle» les livres ariens et déclara l’apostasie, l'hérésie et

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l'infidélité comme des délits communs, et sous prétexte d’extirper l’hérésie il dressa des potences, et fit

souffrir d’horribles tortures et des privations cruelles à des hommes et des femmes accusés d'hérésie. Il est. bien triste de voir que leshommes qui autrefois s'étaient

plaints de la persécution, de l'injustice et de la cruauté de leurs adversaires aient employé les mêmes moyens où pis encore, au moment de leur arrivée au pouvoir, en invoquant pour justifier leur conduite le nom du Christ qui a prêché toujours l'amour de Dieu, l’amour du prochain et de la justice et la fraternité parmi les hommes ; ce qui prouve bien que les ellorts des évêques pour étendre leur sphère d'action en faveur du pouvoir spirituel de l'Eglise avaient plutôt pour but d'atteindre le pouvoir temporel.

Quant aux rois goths, aussi bien Récarède que ses successeurs, ils étaient d'autant plus disposés à satisfaire les exigences des évêques catholiques qu'ils les utilisaient comme auxiliaires pour combattre au Concile de Tolède, — sorte de parlement, — l'influence des seigneurs qui s’efforçaient d’amoindrir les privilèges de la monarchie à leur avantage, de façon que l'union entre l’autel et le trône devint de jour en jour plus intime, à la suite de la conversion de Récarède au catholicisme. Depuis lors, les Synodes ecclésias-

tiques n'étaient pas simplement des conciles nationaux,

mais devinrent des parlements de la Couronne (1), Le

\ 1. Antequera, Historia de la Législacion espanola, pages {1 et 42.

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Récarède ne réussirent à établir le principe de la mo- narchie héréditaire des Goths, ni à affirmer La politique

aidés et stimulés par le clergé, furent combattus par la

pouvoir du clergé, sous les successeurs de Récarède, gagnait tous les jours plus de térrain, au point quelors du quatrième concile de Tolède en 633, le roi s'est prosterné à terre devant les évêques (4). La même

tendance se manifeste dans la jurisprudence, puisque, d'après le code des Wisigoths, tout laïc peut exiger que sa cause, au lieu d’être jugée par les magistrats de civils, le soit par l’évêque du diocèse, et même quand les deux partis étaient d'accord pour préférer le tribunal civil, l’évêque avait le droit de réformer le jugement, s’il estimait que la cause avait été mal jugée. Un savant jurisconsulte espagnol, Sempere, dit des évêques : « Le code du Fuero Juzgo fut leur ouvrage : les | juges étaient sujets à leur juridiction ; les plaideurs TS lésés par la sentence du juge, pouvaient se-plaindre aux évêques qui avaient le droit d'annuler les arrêts, les réformer et châtier les magistrats (2). 'E ne Après la mort de Récarède la domination des Goths : en Espagnese prolongea encore pendant un siècle sous différentes dynasties. Toutefois, les successeurs de

d'union entre les vainqueurs et les vaincus. Les uns,

noblesse, soutenue par l’ancien parti arien, ce qu donna lieu à des luttes très âpres,"à des conspirations

1: Fleury, Histoire ecclésiastique, t. VIII, p. 308, Paris, 1758. 3. Sempere, Monarchie, espagnole, &. I, p. 6; t. II, p. 212-214,

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et soulèvements, voire même à des guerres civiles et par la suite, à un arrêt de développement des intérêts matériels et moraux du pays, au point que plusieur rois furent détrônés ou tués par leurs adversaires alors que d’autres ne purent jouir de leur couronne que

joues mois. On compte 16 rois depuis la mort de

. Récarède en 601, jusqu'à Rodrigue, tombé à la bataille de Guadalete contre l'invasion arabe en 711, bataille qui mit fin à la domination des Gothsen même temps

qu’à l'influence du catholicisme en Espagne.

Nous tenons à constater que la domination des Goths dans la Péninsule Ibérique, qui ne dura pas moins de

trois siècles (414-7)1), constitue un fait historique de

premier ordre et sert de leçon très instructive dans

- l'histoire de l’évolution de l'humanité en Europe.

De prime abord, on inclinerait à admettre qu’un peuple envahisseur capable de rester maître d'une

région aussi étendue que la Péninsule Ibérique pendant

trois siècles, devrait forcément exercer . une influence sur les mœurs etsur la vie intellectuelle et économique du pays. Mais l’expérience vient de démontrer que ce

ne fut pas le cas pour les Wisigoths d’E Espagne, dont

l'influence peut être considérée comme nulle. En voici les raisons :

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