‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanitéChapitre 168 sur 853 · EST L'OEUVRE DE L'ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

EST L'OEUVRE DE L'ÉVOLUTION

d’un animal on püt en déduire ce qu’il était dans son intégrité. De cette manière, Cuvier parvint à recomposer avec les fragments retrouvés 168 animaux vertébrés qui constituaient 50 genres, dont 15 nouveaux. Alors Cuvier se demanda si ces espèces nouvelles étant dérivées, à travers les diverses transformations des temps, des anciennes espèces. Cuvier se refusa à admettre cette thèse, se basant sur le témoignage de momies trouvées en Egypte, qui, après trois ou quatre mille ans, étaient encore identiques aux espèces d’aujour-

d’hui. Cependant Cuvier n’a pas pu nier la perte de

plusieurs anciennes espèces et il se réfugia dans l'hypothèse que les terres où habitaient ces espèces

avaient été couvertes par la mer, hypothèse qui, aujour-

d'hui est repoussée par les connaissances modernes de la géologie.

La ténacité de Cuvier dans la défense de sa théorie

de l’immuabilité des espèces finit par l’amener à rompre

avec son ancien ami et protecteur, Geoffroy Saint- Hilaire, ces deux naturalistes de grande autorité, envisageant le développement des êtres organiques à un point de vue distinct ; tandis que Cuvier s’attachait particu-

lièrement aux différences qui existent entre les différents

groupes d'animaux, Geoffroy Saint-Hilaire fixait plutôt son attention sur la ressemblance entre eux. Dans le but de donner une base plus solide à sa manière de voir, Geoffroy entreprit de nombreuses recherches à ce

. sujet, qui l’amenèrent à découvrir des analogies fré-

quentes parmi les caractères généraux d’une grande série d'animaux et de végétaux. Il en conclut que les différences trouvées par Cuvier ne se sont révélées que ardivement à la suite d’un concours de circonstances particulières, mais qu’à leur origine, ils présentaient des analogies dans leur organisation et dans leurs caractères biologiques. 11 en déduisit l’unité de composition organique en même temps que le principe du développement inégal, ce qui est opposé à la persistance du germe et à l’invariabilité des espèces zoologiques.

Pour mieux préciser les causes de la lenteur du développement ‘des idées évolutionnistes dans la nature au commencement du xix° siècle, nous considérons utile de faire connaître Les rapports quiexistaient entre les grands naturalistes au commencement du xix* siècle et l'esprit orthodoxe des savants chargés de l'enseignement officiel. Dans ce but, nous allons donner quelques notices biographiques des naturalistes les plus distingués de l’époque, en commençant par Bichat qui a étudié les lois de la vie, de l'homme et des animaux et qui par ses connaissances profondes des fonctions des organes et des tissus a répandu une vive lumière sur les liens qui unissent entre elles l’Anatomie, la Physiologie et la Médecine.

Marie-François-Xavier Bichat est né en 1771, à

Thouaret, près de Bourg, où son père exerçait la méde-

cine. Il commença ses études à Lyon et les termina à Paris. Là il eut la chance de rencontrer un maître, le célèbre chirurgien Dessault qui sut apprécier son talent précoce et devint son protecteur au point de l’associer à ses travaux. À la mort de Dessault il avait 23 ans, et pour s'acquitter de sa dette envers son maître, 1l réunit tous les mémoires et tous les travaux dispersés de Dessault pour les publier sous le titre : Œuvre ch-

rurgicale de Dessault. Ensuite il se consacra entière-

ment à l’étude de l’anatomie et de la physiologie et appela beaucoup l’attention par ses leçons sur l’anatomie générale. En 1800, c’est-à-dire à l’âge de 29 ans, il fut nommé médecin à l’Hôtel-Dieu où il s’est efforcé de faire l'application de l'anatomie et de la physiologie à la médecine proprement dite, et avec une ardeur fiévreuse, 1l aborda l’étude de l'anatomie pathologique ayant ouvert plus de six cents cadavres dans l’espace de quelques mois dans le but de constater le tableau de la maladie qui avait causé la mort, ce qui lui permit de rédiger, quelque temps après, le plan d’un cours d'anatomie pathologique qui devait lui servir de programme à de nouvelles leçons.

Voici le nombre de travaux que, grâce à sa prodigieuse activité, il put mener à bonne fin en si peu de temps. Il publia d’abord son Traité des membranes, écrit sous l'inspiration des idées que Pinel avait émises sur

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