LES ÉCRIVAINS BŒRNE ET HEINE SE MIRENT
influence sur le mouvement de la pensée et du sentiment en Allemagne ; car tout esprit impartial et connaisseur de la littérature allemande ne peut pas s'empêcher d’avouer qu'après Gœthe, Heine fut le plus grand poète lyrique de l'Allemagne du xix° siècle. En effet, c’est seulement un poète lyrique d’une telle envergure qui a pu tuer le romantisme et ce n’est qu’un homme aussi frivole que Heine qui a pu mettre en lumière la frivolité contenue dans cette espèce de romantisme et l’exposer par sa verve piquante et sa manière gracieuse à la risée du public. Sa poésie a eu également le mérité de s'adapter à ia forme des chants populaires, d’abord à cause de son rythme harmonieux, ensuite parce qu'elle était l’expression des sentiments et des intérêts du peuple allemand. C’est ainsi qu’elle s’harmonisait admirablement avec Les mélodies des musiciens célèbres de l’époque, tels que Mendelssohn et Schumann. Bien que sa poésie eût des racines dans le romantisme, il ne s’est pas gèné pour employer son esprit sceptique et la flèche envenimée de l'ironie afin de rendre le romantisme ridicule aux yeux de ses compatriotes. On dirait même que l’auteur se réjouissait de sortir de l’atmosphère sentimentale déprimante pour prendre contact avec l’air libre et la réalité de la vie. Dès le moment où il fixa sa résidence à Paris, il ne cessa de diriger ses attaques contre le gouvernement despotique de l'Allemagne, flagellant les vices organiques de la situation politique, morale et intellectuelle