‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanitéChapitre 224 sur 853 · JÉRÉMIE BENTHAM ET ROBERT MATHUS · texte numérisé non relu

JÉRÉMIE BENTHAM ET ROBERT MATHUS

voyaient et à leur défaut, c’est le vice et la misère qui augmentent avec la population. Il conclut que la tendance de la population à s’accroître indéfiniment doit être contrariée soit par un frein moral imposé à la faculté reproductive, soit par les causes diverses qui augmentent la mortalité tels que le vice, la misère et la maladie. Cette doctrine, qui, au commencement avait provoqué une certaine sensation dans les milieux populaires de même que dans les sphères gouvernementales et avait scandalisé en même temps les sentiments religieux et moraux detous les hommes de bonne foi, a été combattue efficacement plus tard par les naturalistes et surtout par les Darwinistes lesquels, bien qu’ils admettent le fait de la lutte pour l’existence, sur lequel est basée la théorie de Malthus, le rectifient par le principe de la sélection naturelle.

La France, nation industrielle de même que l’An-

gleterre, ne pouvait pas rester étrangère aux doc-

trines des économistes anglais, Smith et Ricardo.

Aussi, trouvèrent-elles un défenseur ardent en la per-

sonne de Jean-Baptiste Say, qui considérait l'économie politique comme la science de la production, de la répartition et de la consommation des richesses d’un pays. Malheureusement, étant un grand admirateur de l’industrie anglaise, il ne tenait pas assez compte des maux causés aux pauvres par un conquérant sans frein.

Au contraire, Tocqueville, admirateur de la démocratie américaine, s'élevait de toutes ses forces contre

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ÉCONONISTES ANGLAIS UTILITAIRES 233

les doctrines des économistes anglais, selon lesquelles le bien des pauvres est sacrifié à celui des riches, tandis que le devoir des gouvernements démocratiques est d'assurer le bien-être du plus grand nombre; mais ce bien-être ne doit pas être limité à l’état matériel, il doit également s'étendre au développement de la raison et du sentiment humains. D’après lui, les démocraties peuvent être inférieures aux aristocraties par la richesse, le talent et les œuvres supérieures mais chez elles tout lemonde,même les humbles sont plus ou moins industriels, plus ou moins éclairés. Dans les Etats aristocratiques, les classes sociales se trouvent trop séparées les unes des autres ; d’un côté on voit l’opulence et le savoir ; d’un autre côté, la misère et l'ignorance taudis que dans les pays démocratiques, il arrive le contraire: si les classes les plus élevées perdent de leur élégance, les plus basses perdent de leur grossièreté et gagnent en même temps en conscience de la dignité de la personnalité humaine. De plus, elles témoignent do la sympathie envers la misère humaine, de la compassion envers les races lointaines opprimées et per-sécutées et éprouvent de l'horreur pour tout ce qui fait souffrir inutilement les hommes. Tels sont les traits les plus nobles etles plus élevés d’une société démocratique.

D'autres économistes anglais, tels que Sismondi et Carlyle, inspirés de sentiments philanthropiques et doués en même temps de sens pratique, s’élevèrent contre l’abus des doctrines industrielles ; ils considéraient

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