L’ANTAGONISME ENTRE LA MENTALITÉ FRANÇAISE
le point de prohiber l’enseignement de la philosophie cartésienne. Ce fut seulement au cours du xvirie siècle que les classes supérieures de la société française pénétrées de l'esprit scientifique de la philosophie finirent par rendre hommage au génie de Descartes et que le gou-
vernement lui-même se décida à admettre aux Univer-
sités l’enseignement de la philosophie sensualiste de Condillac. I1 n’y a pas de doute que le mérite en revenait aux encyclopédistes qui, par leur propagande active et habile, donnèrent une impulsion vigoureuse au mouvement intellectuel non seulement en France mais aussi dans d’autres pays de l’Europe et qui par la vulgarisation de la culture française, contribuèrent efficacement à l’émancipation de la pensée humaine du joug de l'Eglise. C’est également à l’œuvre colossale des encyclopédistes qu'est due la proclamation par l’Assemblée Constituante des droits de l’homme, de l’égalité des hommes devant la loi et de la fraternité entre toutes les classes sociales.
Si nous jetons maintenant un regard sur ce qui s’est
passé en Allemagne pendant que les Encyclopédistes
français travaillaient avec un zèle infatigable en faveur du perfectionnement de la raison et du sentiment humains, nous voyons que les savants allemands hésitaient à mettre la bourgeoisie dans le secret de leur
aspiration vers un idéal supérieur, de peur de troubler l’ordre social, avec la circonstance aggravante que cette
hésitation n’était pas spontanée, mais obéissait plutôt à