ET L’ALLEMANDE SOUS L'INFLUENCE DE LA PRUSSE
une intervention directe du gouvernement prussien,
qui, d’une part, multipliait les mesures de rigueur pour empêcher les maîtres de l’enseignement supérieur et secondaire d'enseigner l’histoire d’après leurs propres vues, et d’autre part, imposait aux fonctionnaires le dogme de l’Etatisme, soit la reconnaissance de la prépondérance des droits et des intérêts de l’Etat sur ceux
des individus, dénonçant, au nom de l’Etatisme, le
rationalisme comme dangereux à l’ordre social. Il se servait en même temps de la religion comme d’un auxiliaire de l'Etat pour maintenir la discipline
sociale, considérant les pasteurs comme des fonction-
naires de l'Etat soumis à ses ordres. En effet le roi de Prusse Frédéric Guillaume II, dans son fameux édit de 1788, soutenait l’orthodoxie de même que l'autorité chancelante des « livres symboliques » du protestantisme au nom du bon ordre et de la tranquillité sociale. Ce même monarque adressait en 1794 à Kant un Rescrit lui reprochant d’abuser de sa philosophie pour défigurer et rabaisser les dogmes fondamentaux de la Sainte Ecriture et du Christianisme et lui rappelant son devoir d’éducateur de la jeunesse. Kant, bien qu'il se défendit avec dignité, prétendant qu’il n’avaitjamais porté préjudice à la religion publique du pays, son livre qui était écrit en latin étant incompréhensible au public, n' hésita pas à faire une promesse solennelle au roi, dans laquelle il déclarait qu’en sa qualité de très fidèle sujet de Sa Majesté royale il s’abstiendrait tota-