ZOLA JUGÉ PAR UN TRIBUNAL CIVIL
Esterhazy, criminel reconnu, se décidât à faire juger
Zola par un tribunal civil confiant dans l’autorité popu-
laire des chefs de l’armée et dans l’autorité parlemen-
taire qui venait de donner un vote de confiance au gou-
vernement. Mais Zola, animé de l'amour de la vérité et
convaincu de la force irrésistible de la justice, adressa
au Jury un discours éloquent et persuasif pour la
défense de sa conduite, dont nous allons citer quelques
phrases les plus émouvantes. « Votre très légitime
inquiétude est l’état déplorable dans lequel sont tombées les affaires. Partout la crise actuelle menace de devenir un désastre, les recettes baissent, les transactions deviennent de plus en plus difficiles, de sorte que la pensée que je lis sur vos visages est, qu’en voilà assez et qu’il faut en finir. Vous n’en êtes pas à dire comme beaucoup : Que nous importe qu'un innocent soit à l’Ile du Diable. Est-ce que l'intérêt d’un seul vaut la peine de troubler ainsi un grand pays ? Alors si vous me condamnez il n’y aura que cela au fond de votre verdict: le désir de calmer les vôtres, le besoin que les affaires reprennent et la croyance que, en me frappant vous arrêterez une campagne de revendication nuisible aux intérêts de la France. Eh bien, messieurs, vous vous trompez absolument ; en me frappant vous ne ferez que me faire grandir, Celui qui souffre pour la vérité devient auguste et sacré.
Ne comprenez-vous pas que ce dont la nation meurt, c’est de l’obscurité où l’on s’entête à la laisser. C’est