RÉFLEXIONS SUR L’AFFAIRE BREYFUS
leux comme un homme qui a conscience de ses qualités et de ses mérites. Certes un homme doué de telles qualités n’est pas capable de s’abaisser au niveau d’un traître.
Secondement : Il estihors de doute que les chefs qui sont intervenus dans l'affaire étaient parfaitement au courant de la conduite et des mœurs dissolues du commandant Esterhazy et de ses visites fréquentes à l'Ambassade d'Allemagne à Paris ainsi que de son état besogneux et de sa vie de débauche. Comment expliquer alors que des généraux aient fait pression sur le Conseil de guerre pour innocenter un criminel dans le but de couvrir le chef d'Etat-Major et le ministre de la guerre qui avaient sciemment fait condamner un officier innocent ? Quel intérêt aurait poussé ces chefs d’armée à poursuivre l'enquête, l'emprisonnement et la condamnation, sans preuves suffisantes, d’un officier à la réclusion à vie à l’île du Diable, où il fut en outre
soumis pendant cinq ans à des tortures inhumaines ?
Voici la réponse : le premier coupable est sans doute Mercier, homme dépourvu de sens moral et faible d’es-
prit qui fut poussé par Boisdeffre, chef d'Etat-Major, et par les commandants Henry et du Paty de Clam,
antisémites enragés. D'autre part il redoutait que la Chambre, mise au courant de l'acte de trahison sans qu'on püt lui annoncer en même temps l'arrestation du traître, n'adressât un blâme à son administration qui dépensait de fortes sommes pour l’espionnage et ne