‹ Évolution intellectuelle et religieuse de l'humanitéChapitre 728 sur 853 · CONDUITE IMMORALE DES INTELLECTUELS ALLEMANDS · texte numérisé non relu

CONDUITE IMMORALE DES INTELLECTUELS ALLEMANDS

donné publiquement une preuve éclatante de leur manque de sentiment moralet de l'amour de la vérité ? 2° Etant donné que parmi ces quatre-vingt-treize hommes notables figuraient des professeurs de théologie protestante et catholique aux Universités, plus quelques savants célèbres, tels que Brentano, Euken et Wund qui se sont signalés dans leur enseignement par leurs opinions tranchantes en faveur des idées de justice et de la spiritualité de l’humanité, le premier s'étant prononcé ouvertement contre le militarisme prussien et l'influence néfaste des Junkers dans la politique impériale, les considérant comme un fléau funeste pour l’avenir de l’Allemagne et les deux derniers s'étant fait remarquer dans leur enseignement de : philosophie à l’université comme des apôtres du spiritualisme dans la synthèse de la vie sociale et historique des peuples, comment explique-t-on que des hommes d'élite occupant une situation sociale élevée fassent si bon marché de leurs convictions et de leur passé honorable, et passent avec armes et bagages au camp de l’ennemi de la justice et des droits de l'humanité ?

Pour donner une explication plausible d’un fait apparemment paradoxal, nous jugeons nécessaire de remonter le cours de l’histoire et de rappeler les efforts de la Prusse pour acquérir l’hégémonie de l'Allemagne et imposer sa volonté et sa mentalité à tous les Etats de la confédération germanique. Le fait primordial sur lequel nous tenons à insister est que tous les rois de

820 L'ÉTATISME PRUSSIEN DIRIGEA

Prusse, depuis Frédéric I jusqu'à Guillaume II n’avalent qu'une seule pensée, celle de disposer d’une armée permanente, forte et bien disciplinée et de profiter de toutes les circonstances favorables pour la mettre au service d'une nation en guerre avec un pays voisin dans le but d'agrandir leur territoire aux dépens de leurs voisins militairement plus faibles. C’est ainsi que Frédéric IT, après avoir réussi à faire de la Prusse l'Etat Le plus fort des états confédérés de l'Allemagne, fit sentir à ceux-ci son influence à la première occasion propice. Celle-ci se présenta au moment du réveil de l'esprit libéral en Allemagne vers les derniers trente ans du xvurre siècle, à la suite d’un concours de plusieurs circonstances : d’abord, le progrès des connaissances historiques de l’antiquité, la sympathie des penseurs allemands pour la philosophie Spinoziste, ensuite les travaux démolissants des Enceyclopédistes français. Alors un flot d'irréligion avait envahi les sphères intellectuelles allemandes, au point que tant les professeurs aux Universités que les théologiens érudits déclarèrent la guerre au mysticisme, au piétisme et à l'intolérance et se prononcèrent en faveur d’un culte de religion naturelle et de l’indépendance du jugement et de la parole. À ce moment-là, le gouvernement prussien, voyant menacés les. fondements de son régime politique, intervint auprès des pasteurs protestants libéraux ainsi qu’auprès des professeurs de l’université, leur faisant voir le danger que courrait l’ordre social, si le senti-

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