L'ALLEMAGNE ÉTAIT LA NATION LA PLUS ARRIÉRÉE
grès de la raison humaine, mais elle n’a à aucune époque de l’histoire contribué au perfectionnement du sentiment humain. Quant aux services qu’elle a rendus au progrès de la science, quelque grands qu'ils soient, ils ne [ui donnent certainement pas le droit à [a préséance.
Pour s’en convaincre il suffit de comparer l’histoire de son évolution intellectuelle à travers les siècles avec celle des autres nations européennes. Le premier fait qu’enregistre l’histoire est la disparition de la culture romaine en Europe à la suite de l'invasion de l'Italie, de l'Espagne et du Midi de la France par les Barbares du Nord qui n'étaient autres que les Goths et les Vandales, des tribus sauvages de race teutonne. Au vire siècle lorsque l'Espagne est devenue un foyer rayonnant de lumière sous la domination des Arabes, qui avaient recueilli la semence de la culture grecque disséminée en Perse et en Asie-Mineure et l’avaient déposé sur le sol d’Espagne, l'Allemagne était encore couverte des ténèbres de l'ignorance sous le règne de Charlemagne, dans les siècles suivants, sous le régime du féodalisme ; même au xrve siècle lorsque l'Italie avait déjà brillé par ses grands écrivains tels que Dante, Pétrarque et Boccace, l'Allemagne était encore pauvre en écrivains et savants. [Il en fut de même au xv° siècle, époque de la Renaissance des lettres et des beaux-arts. C’est également l'Italie, qui fut le refuge des savants et des artistes grecs émigrés de Constantinople, imbus de l’ancienne culture gréco-romaine., C’est aussi en Italie
AU MOYEN AGE AUX XVIe ET XVIIe SIÈCILES 833
que surgirent les premiers grands artistes, aussi bien peintres que sculpteurs. Ce n’est que plus tard que la Renaissance s’est étendue au midi de la France et en Espagne, pour arriver en dernier lieu aux Pays-Bas et en Allemagne. Si nous nous arrêtons un moment au xvie siècle, nous voyons qu'il y eut alors un réveil simultané de l’esprit humain dans tous les pays d'Europe. Partout ont surgi des hommes de génie qui se sont efforcés de démolir l'édifice vermoulu de la Scolastique et d'enériger un autre plus beau en honneur delascience et de la pensée humaine sur des bases bien solides, à savoir: la méthode expérimentale et l'observation des phénomènes de la nature. Ces hommes supérieurs ont paru dans toutes les branches du savoir humain, François Bacon, René Descartes, Baruch Spinoza, Pascal et Leibnitz en Philosophie et en Mathématique, Rabelais, Shakespeare, Cervantes et Camoens dans les lettres, Galilée, Torricelli et Harvey en Physique et Physiologie. Chacun de ces grands penseurs ont donné une nouvelle direction à l'esprit humain et ont jeté les fondements bien cimentés de la science et de la philosophie modernes. Mais, chose singulière ! Parmi ces grands maîtres de la pensée figurent trois Anglais, trois Français, deux Italiens, deux Espagnols, un Portugais et un
Allemand qui est Leibnitz, un disciple de Descartes.
Bien qu'il brillât comme mathématicien, 1l était suggestionné par le milieu aristocratique dans lequel il vivait et il ne tarda pas à tomber dans le mysticisme