SS2 SELON TREITSCHKE L'ÉTAT EST IMPECCABLE
ciations politiques et religieuses sont soumises aux intérêts de l’Etat-Providence. Il en est de même pour l'individu, qui n’a d’autre finalité que de mettre ses forces morales, intellectuelles et matérielles au service de l'Etat souverain, pour rehausser son prestige et sa puissance, quand même ses efforts ne pourraient se réaliser que par des actes condamnables ; car d’après Treitschke, l'Etat est le souverain absolu et 1l est l'absolu parce qu’il est la Force, et comme tel il ne connaît n1 frein, ni obstacle. Il n'agit que par la raison d'Etat, il crée le droit par la force. Non seulement :1l viole, tue et ment impunément en vertu de la force comme institution divine, mais il invoque le nom de Dieu pour justifier ses crimes en proclamant qu'il agit comme un instrument de Dieu, étant chargé de punir les nations qui s'opposent à l’accomplissement des décrets divins.
Tant les historiens que les généraux allemands, qui agissent par la propagande comme des apôtres du Pangermanisme, envisageaient la guerre comme une nécessité absolue à l'existence des, peuples forts, tandis qu’ils estimaient qu’une paix prolongée prédispose à la mollesse et à la dégénérescence. D'autre part, le gouvernement impérial sous Guillaume I* aussi bien que sous Guillaume IT ne poursuivait qu’une seule pensée, la restauration de l’empire de Charlemagne sous l'égide de la Prusse. Comptant sur la force militaire et sur l'esprit d'organisation de leur peuple, les deux empe-
LA FOLIE DES GRANDEURS DE GUILLAUME Il 883
reurs espéraient pouvoir germaniser l'Europe entière et lui imposer leur hégémonie. Il suffit de rappeler à cet effet le discours prononcé par l’empereur d’Allemagne le 4 octobre 1909 à l’occasion de la pose de la première pierre du musée romain de Saalburg. A cet acte solennel, Guillaume IT avec un marteau d’argent dans la main frappa trois coups sur la pierre et prononça à chaque coup les mots suivants :
« 1° Je consacre cette première pierre au souvenir de « la grandeur de Rome ;
« 2° Je consacre cette première pierre à la jeunesse « allemande, aux générations prochaines qui appren- « dront dans ce nouveau musée ce qu'est un empire « universel ;
« 3° Je consacre cette pierre à l'avenir de notre « patrie allemande que je voudrais voir dans les temps « futurs aussi puissante. et aussi fortement unie que « l'empire romain universel, par l’action commune des « princes et des peuples, afin que chacun puisse se « dire : « Je suis citoyen allemand » comme jadis le « Romain se disait Civis Romanus sum. »
D'autre part, Guillaume II fit graver dans un ancien campement romain restauré par son ordre : 7rajano imperator Romanorum. Wilhelmus II imperator Germanorum. Ces faits à eux seuls suffisent à démontrer que Guillaume IT était dominé depuis de longues années par une idée obsédante, la folie des grandeurs. Malheureusement 1l n’était pas seul à en souffrir, c’était le