OBSERVATION XLIV (CHALLAMEL
Le 11 juillet 1916, entrait dans service le soldat A... P., du 67° d'infanterie, âgé de 19 ans, qui présentait comme seuls symptômes, de la fièvre, ct, aux quatres membres, une éruption semblable à l’érythème noueux. Durant les dix premiers jours, la température oscilla pour ne pas dépasser 38°8, mais il n’y eut pas de réinission nette malgré les doses quotidiennes de chlorhydrate de quinine. L'état général était parfait; le malade buvait, lisait, cousait et s’amusait, Mais déjà la dissociation présentée entre l’état général excellent. et l'allure de la courbe, me fi tpenser à une maladie d'ordre septicémique, ce qui explique que le 21 juillet je pratiquai une injection intraveineuse de 5 cc. d’une solution d'argent colloïdal. A Ia suite de cette thérapeutique, la température tomba à la normale pendant 24 heures. Le 23, la fièvre reparaissait, mais en même temps apparaissait un phénomène nouveau : de violentes arthralgies. Les papules d'érythème noueux persistaient toujours aux quatre membres, mais avaient perdu leur netteté caractéristique, et l’éruption, à ce moment, ne ressemblait à aucun exanthème déterminé,
Vu le rapprochement classique de l'érythème noueux et des douleurs rhumatismales, j'instituais de suite un traitement au salicylate de soude, Cette médication calma les douleurs articulaires, mais à partir du 25 la fièvre commença à prendre le type bien spécial de la fièvre en aiguilles. L'examen clinique ne révélait toujours pas de symptômes organiques. Les différents examens de sang pratiqués ne fournirent pas la moindre orientation.
Le 1° août ,la fièvre se transformait à nouveau pour revêtir le caractère de l'accès palustre avec ses trois stades classiques : grand frisson avec sensation de froid intense, suivi de poussées de chaleur, puis de sueurs pro:
fuses. À ce moment, la fièvre atteignait 41° et redescendait au-dessous de 36°. La rate était devenue perceptible. En dehors de l'accès, le malade présentait un état général toujours bon, et se levait pour aller et venir, ne voulant pas garder le lit.
Bien que ce jeune homme nia toute atteinte antérieure de paludisme, bien que les examens du sang n’aient rien révélé, on essaya le traitement par les injections initramuseulaires de quinine (jusqu'à 2 gr. par jour) et le résultat fut nul. Je revins au traitement de l'argent colloïdal, lorsque brusquement, le 9 août, le tableau clinique se transforma.
Le malade se plaignit alors de céphalée intense, présenta des vomissements porracés, Un signe de Kernig des plus nets apparut, et cela avec une transformation complète de l’état général. :
Je dois noter que la disparition des accès se produisit en Iême temps que l'apparition de ces signes de localisation.
Une ponction lombaire donna issue à un liquide purulent hypertendu, contenant un diplocoque ne prenant pas le Gram, et des polynucléaires.
Après une seconde ponction, on injecta du sérum antiméningococcique polyvalent.
Le malade tomba dans le coma et mourut dans la ‘ matinée du 12 août, un mois après le début de la maladie.
Résumé. — Méningite cérébro-spinale secondaire à une septicémie. Echec de la thérapeutique par injections d’argent colloïdal. Mort malgré la sérothérapie instituée
tardivement.
Du point de vue de l’évolution et du mode de traï-