‹ Evvres de Lovïze LabéChapitre 21 sur 59 · EPITRE A SES AMIS, DES GRACIEVSETEZ DE D. L. L · texte numérisé non relu

EPITRE A SES AMIS, DES GRACIEVSETEZ DE D. L. L

(JvE faites tous, mes compagnons, Des chères Muses chers mignons?

Au'ous encore en notre absence De votre Magny souuenance ?

Magny votre compagnon dons, Qui ha souuenance de vous Plus qu'assez, s 9 une Damoiselle Sa douce maîtresse nouuelle Qui restreint d'une estroite Foy Le laisse souuenir de soy.

Mais le Pouret qu'Amour tourmente D'une chaleur trop véhémente.

En oubli le Pouret ha mis Soymesme et ses meilleurs amis:

Et le Pouret à rien ne pense, Et si n'a de rien souuenance, Mais seulement il lui souuient De la maîtresse qui le tient, Et rien sinon d'elle il ne pense N'ayant que d'elle souuenance.

Et tout brûlé du feu d'amours Passe ainsi les nuits et les jours,, Sous le ioug d'une Damoiselle Sa douce maîtresse nouuelle, Qui le fait ore esclaue sien,

DE DIVERS POETES. n5

Atacké d'un nouueau lien :

Qui le cœur de ce misérable

Brûle d'un feu non secourable,

Si le secours soulacieus

Ne lui yient de ses mesmes yeus,

Qui premiers sa flamme alumerent,

Qui premier son cœur enflammèrent, *

Et par qui peut estre adouci

L'amoureus feu de son souci.

Mais ny le yin ny la viande,

Tant soit elle douce et friande,

Ne lui peuuent plus agréer.

Rien ne pourroit le recréer,

Non pas les gentilesses belles

De ces gentiles Damoiselles,

De qui la demeure Ion met

Sur l'Heliconien sommet,

Qu'il auoit tousiours honorées,

Qu'il auoit tousiours adorées

Des son ieune aage nouuelet,

Encores enfant tendrelet.

Adieu donq Nynfes, adieu belles,

Adieu gentiles Damoiselles,

Adieu le Chœur Pegasien,

Adieu Thonneur Parnasien.

Venus la mignarde Déesse,

De Paphe la belle Princesse,

Et son petit fils Cupidon

Me maîtrisent de leur brandon»

Vos chansons n'ont point de puissance

u6 ESCRIZ

De me donner quelque allégeance Aus tourmens qui tiennent mon cœur, Genné d'une douce langueur le n'aj que faire de tous, belles :

Adieu, gentiles Damoiselles:

Car nj pour voir des monceaus d'or \ Assemblez dedens un trésor, Nj pour yoir flofloter le Rone, Nj pour voir escouler la Sone, Nj le gargouillant ruisselet, Qui coulant d'un bruit douceletj A dormir, d'une douce enuie, Sur la fresche riue conuie :

Nj par les ombreus arbrisseaus Le dous ramage des oiseaus, Nj violons, nj espînettes, Nj les gaillardes chansonnettes, Nj au chant des gaies chansons :

Voir les garces et les garçons Fraper en rond, sans qu'aucun erre, D'un branle mesuré, la terre»

Nj tout cela qu'a de iojeus Le renouueau delicieus, Nj de mon cher Giués (qui m'ajme Gomme ses jeus) le confort mesme.

Mon cher Gtués, qui comme moj Languit en amoureus émoj, Ne peuvent flater la langueur Qui tient gènné mon poure cœur :

Bien que la mignarde maîtresse,

DE DIVERS POETES, u 7

Pour qui ie languis en détresse,

Contre mon amoureus tourment

Ne s'endurcisse fièrement :

Et bien qu'ingrate ne soit celle,

Celle gentile Damoiselle

Qui fait d'un regard bien humain.

Ardre cent feus dedens mon sein.

Mais que sert toute la caresse Que ie reçoy de ma maîtresse?

Et que me vaut passer les iours En, telle espérance d'amours, Si les nuiz de mile ennuiz pleines Rendent mes espérances veines?

Et les iours encor pleins d'ennuis, Qu'absent de la belle ie suis?

Quand ie meurs, absent de la belle, Ou quand ie meurs présent près d'elle N'osant montrer (o dur tourment!) Comment ie l'ayme ardantement?

Celui vraiment est misérable Qu'Amour, voire estant fauorable, Rend de sa flame langoureus, Chetif quiconque est amoureus, Par qui si cher est estimée Vne si légère fumée D'un plaisir suiui de si près De tant d'ennuiz qui sont après»

Si ây ie aussi cher estimée Yue si légère fumée*

n8 ESCRIZ

DES BEAVTEZ DE D. L. L.

(Jv prînt l'enfant Amour le fin or qui dora En mile crespîllons ta teste blondissante?

En quel iardîn print il la roze rougissante Qui le liz argenté de ton teint colora ?

La douce granité qui ton front honora, Les deus rubis balais de ta bouche alléchante, Et les rais de cet œil qui doucement m'enchante, En quel lieu les print il quand il t'en décora ?

D'où print Amour encor ces filets et ces lesses, Ces haims et ces apasts que sans fin tu me dresses, Soit parlant ou riant ou guignant de tes yens ?

Il print d'Herme, de Cypre, et du sein de l'Aurore,

Des rayons du Soleil, et des Grâces encore,

Ces atraits et ces dons, pour prendre hommes et Dieus.

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