‹ Evvres de Lovïze LabéChapitre 22 sur 59 · A ELLE MESME · texte numérisé non relu

A ELLE MESME

O ma belle rebelle, Las que tu m'es cruelle!

Ou quand d'un dous souzris Larron de mes esprits, Ou quand d'une parole

Simignardementmole, Ou quand d'un regard d'yeus Traytrement gracieus, Ou quand d'un petit geste Non autre que céleste, En amoureuse ardeur Tu m'enflammes le cœur.

ma belle rebelle, Las que tu m'es cruelle!

Quand la cuisante ardeur Qui me brûle le cœur, Veut que ie te demande A sa brûlure grande Vn rafreschissement D'un baiser seulement,,

O ma belle rebelle, Que tu serois cruelle!

Si d'un petit baiser Ne touIoîs l'apaiser, Au lieu d'alegement Acroissant mon tourment.

Me puisse ie un iour, dure , Venger de cette iniure:

Mon petit maître Amour Te puisse outrer un iour, Et pour moi langoureuse, Il te face amoureuse, Comme il m'a langoureus Pour toy fait amoureus.

Alors par ma vengeance

î2o ESCBIZ

Tu auras connoissance Que vaut d'un dous baiser Vn Amant refuser.

Et si ie te le donne, Ma gentile mignonne, Quand plus fort le désir £n viendrait te saisir :

Lors après ma vengeance, Tu auras connoissance Quel bien fait, d'un baiser L'Amant ne refuser,

DOVBI4E RONDEAV, A ELLE,

JisTANT nauré d'un dard secrettement, Par Gupidon, et blessé à outrance, le n'osois pas declairer mon tourment Saisi de peur, délaissé d'espérance , Mais celui seul, qui m'auoit fait l'ofense, M'a asseuré, disant, que sans ofense le pouuois bien mon ardeur déceler, Ce que i'ay fait sans plus le receler, Estant nauré,

A une donq pourement assuré, Greingnant bien fort d'elle estre refusé, Ay declairé du tout ma doleance :

Et sur mon mal hardiment excusé

Lui supliant me donner allégeance.

Ou autrement ie perdrais pacience Estant nauré.

Au mien propos ba si bien respondu Celle que i'ay plus chère, que mon ame, Et mon Touloir sagement entendu, Que ie consens qu'il me soit donné blâme Si ie l'oublie : car elle m'a rendu Le sens, l'esprit, l'honneur, le coeur et l'ame Estant nauré.

ODE EN FAVEVK DE D. LOVÏZE LABÉ, A SON BON SIGNEVB,

Mvses, tilles de Iupiter,

U nous faut ores aquiter

Vers ce docte et gentil Fumée,

Qui contre le' tems inhumain

Tient vos meilleurs trets en sa main,

Pour paranner sa renommée.

le lui dois, il me doit aussi :

Et si i'ay ores du souci

Pour faire mon payment plus dine,

le le yoy ores deuant moy

En un aussi plaisant émoy

Pour faire son Ode Latine.

Mais par ou commencerons nous?

Page 1