La Cyprienne , page i
Vénus, surnommée Cyprienne, Cyprine ou Cypris, parce qu'elle ayoit pris naissance de l'écume de la mer, près de l*tle de Chypre, et que cette île lui étoit consacrée.
a43. — Tenant les vermeilles roses
De sa bouche un peu descloses , même page.
Je ne sais si le mot déclos a jamais été employé d'une manière aussi heureuse que dans ce passage et dans le commencement de l'ode suivante, qu'on me permettra de transcrire ici tout entière :
Mignonne , allons voir si la rose Qui ce matin auoit desclose Sa robe de pourpre au soleil, A point perdu ceste vespree Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostre pareil.
Las ! voyez comme en peu d'espace , Mignonne, elle a dessus là place Las, las, ses beautés laissé cheoir!
O vrayment marastre Nature , Puisqu'une telle fleur ne dure Que dû matin iusques au soir!
Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que vostre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueilles , cueilles votre ieunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse Fera ternir vostre beauté.
Ànacréonse seroit-il exprimé autrement? Étoit-il plus gracieux?
a*4 NOTES.
Et Marmontel n'a-t-il pas raison d'appeler cette pièce, une jolie ode anacréontique l Elle est cependant de Ronsard ( livre I , ode 17), \
o44* — Contre les dors de ton frère , page *45, Le poète supposant, comme on le y erra plus bas, que Louise Labé est née de Mars et de Vénus, en fait par là une sœur de l'Amour.
a45. — V Oiseau qui présage ,
En chantant , sa proche mort , page 146.
Le cygne qui, d'après la croyance des anciens, chantoit mélodieusement à l'approche de sa mort. Voy. note 8.
246. — jiuecques deus voilions frères t même page. Castor et Pollux, éclos avec Hélène' de l'œuf dont accoucha Léda, épouse de Tyndare, après avoir eu commerce avec Jupiter changé en cygne. Castor étoit né de la semenee.de Tyndare, et par conséquent mortel ; Pollux, né de celle de Jupiter, étoit demi -dieu. Celui-ci partagea son immortalité avec son frère Voy. note 37. Le poète les caractérise l'un et l'autre d'après les idées des anciens.
Castor gaadet equis , ovo prognatus eodem Peignis
(Hora.ce, Sat. Il, 1, 26.)
Tyndaridss fratres hic eques , ille pagil.
(Ovide, Fast. v, 700.)
a47» — & u cruel Roy de Bebrice , même page. Les Béhryciens étoient un peuple qui sortit de la Thrace pour # s'établir dans la Bithynie. Sous prétexte de donner des jeux, ils attiraient les voyageurs dans une forêt, et les massacroient sans pitié. Amycus, leur roi, fut tué par Pollux et les Argo-* nautes, auxquels ils avoient tendu les mêmes pièges.
a48. — Gradiue le fort , page 147.
Mars, appelé aussi Gradivus, du latin gradi, marcher, ou du grec cradainein } agiter une lance.
NOTES. aa5
a49- — V n n">nt "U Ion me décore ,
Qui relient de moy ion nom , page i4?.
Le mont ou la colline de Fourvière, qui domine Lyon, et où l'on voit une église célèbre dédiée à la Vierge. Le poète devoit adopter l'étymologîe qui fait Tenir Fourrière de Forum Veneris, et qui suppose que Venus y avoit un temple.: cela convenoil a son sujet. Mais cette étymologie ne paroit pas être la véritable, et on croit généralement aujourd'hui que Fourvière est une altération de Forum velui , parce qu'il y avoit, sur le haut de celte montagne, une place publique ou marché construit par Trajan. C'est du moins ce que cherche à prouver le P. de Colonia (tome I, pages 169 et suiv.). Il fait voir qu'où ue trouve ni sur les lieux, ni dans l'histoire, aucun indice de l'existence de ce prétendu temple de Vénus. Quoi qu'il en soit, Maurice Sceve donnoit au nom de Fourvière la même origine que notre poète: le XCV.° dixain de sa Délie est ainsi conçu:
Jean-Tsaac Pontanus, auteur d'un voyage dans la Gaule Narbonnoise, inséré parmi ses autres poésies latines, Amsterdam, . i634, in-ia, décrivant en beaux vers la ville de Lyon, a adopté aussi la même tradition ;
Qui Vfrptrï ii.Hr , aie fsrt long*v« «Iiuui ,
sa6 NOTES.
Iadigena , atque illo quoque tête fassus Achivia
Et magna u£neadum de ttirpc et gente profeutum l N
« Nous admirons tour-à-tour ces beaux fleuves, les ponts qui « les traversent, et ces murailles construites sur un rocher « voisin des astres, où, s'il faut en croire d'antiques récits , un « temple fut élevé 'à Vénus, comme autrefois sur le mont Éryx. « Peut-être n'est-ce qu'une illusion; mais je crois que ce temple « fut l'ouvrage de Claude qui, dans sa patrie, voulut rappeler « aux Grecs qu'il sortoit de la noble race d'Énée. »
î5o. — Le lieu ou tu fus conçue
Ne fut vile ny château , page i47« Ce passage semblerait annoncer que Louise Labé n'étoit pas née à Lyon même , mais dans les environs de cette ville.
a5i. -«-Là autour sont meintet plaines , etc. , pages i/\j et i48. Est-ce de la maison de campagne et des fonds que Louise Labé possédoit à Parcieu , que le poète veut parler \ a5a. — Marot , Moulin , la Fonteine,
Auec la Muse hauteine
De ce Sceue audacieus ,
Dont la tonnante parole ,
Qui dens les astres carole ,
Semble un contre foudre es Cieus, page i5l.
Clément Marot, qui vint et séjourna à Lyon en i53o, i536, i5Zj et i538, ne put y connoitre Louise Labé, qui n'étoit alors qu'un enfant, puisqu'elle étoit née en i5a6. Il étoit mort depuis onze ans, lorsqu'elle publia ses ouvrages. On ne trouve rien dans les œuvres de Marot qui soit relatif à la Belle Cordière, quoique, d'après les vers qu'pn vient de lire, il paroisse l'avoir célébrée.
Les poésies et la personne de Mouli# me sont inconnues , à moins qu'il ne s'agisse d'Antoine du Moulin, maconnois, éditeur des oeuvres de Marot, de celles de Pernette du Guillct, de celles de Bonayenture des Périers, et auteur lui-même d'un
grand nombre d'ouvrages en vers et en prose, dont la Croix du Maine et du Verdier indiquent les principaux.
Quant à la Fonteine, c'est, je crois, Charles Fontaine, auteur de poésies dont plusieurs sont adressées à des Lyonnois, et dont il existe trois éditions, ou plutôt trois recueils, imprimés, le premier à Paris, en i546, sous le titre de la Fontaine d'Amour, le second, en i555, sous celui des Ruisseaux de Fontaine, et le troisième, en i588, à Lyon, chez Benoît Rigaud , sous celui du Jardin d'Amour avec la Fontaine d'Amour. Le Magasin Encyclopédique , année 181 a (tome VI, pages 35 1-566), contient une notice intéressante dont ce poète est le sujet, et qui est intitulée, Lettre à M. de B*** sur un poète du XVI. siècle, qui a habite Lyon, et dont plusieurs ouvrages ontrapportàcette ville. J'ai lieu de croire que cette lettre est de M. Dugas-Montbel , de l'académie de Lyon , auquel nous devons la dernière et la meilleure traduction d'Homère. Charles Fontaine, né à Paris le 1 3, juillet i5i5, fut l'ami, le disciple, et le défenseur de Marot. Il eut pour femmes deux lyonnoises , qu'il désigne sous les noms de Marguerite et de Flora. Il épousa la première en i54o, et eut d'elle deux fils. Il la regretta vivement, et néanmoins il se remaria avec la seconde au mois de février 1 544- Celle-ci étoit du village de Cbaponost. Lui-même nous apprend ces circons- . tances dans ses vers. Ilparoît que, par suite de ces deux établissements, il se fixa à Lyon, et qu'il y mourut, on ne sait pas au juste en quelle année ; il sembleroit cependant que ce fut postérieurement à i588, époque, comme nous l'avons dit, de la publication de son Jardin d'Amour.
Nous avons déjà parlé plusieurs fois de Maurice Sève ou Sceve, et de ses rapports avec Louise Labé (Voy. notamment pages lvj etlvij). On trouvera d'amples détails sur ce poète lyonnois, qui eut une grande réputation de son vivant, dans le P. de Colonia, Histoire littéraire de Lyon (tome 11, pages 5i3-5i7), et dans l'abbé Go u jet, Bibliothèque françoise (tome XI, pages 44 2 ~ 45a). Ses deux principaux ouvrages sont sa Délie, obiect de plus
a*8 NOTES.
haulte vertu, Lyon, Sulpice Sabon , i544> in-8.°, et Paris, Nicolas du Chemin, i564, in -16, et son Microcosme ou Petit Monde, Lyon, Jean de Tournes, i56a, in-4*° Joachim du Bellay célèbre Maurice Sceve dans deux de ses sonnets : dans le premier il lui donne l'épithète de Cygne nouveau; je transcrirai ici le second, un des meilleurs du temps où il parut:
Gentil esprit» ornement de la France, Qui d'Apollon sainctement inspiré T'es le premier du peuple retiré, Loing du chemin tracé par l'ignorance,
Scène drain , dont l'heureuse naissance N'a moins encor son Rosne décoré , Que du Thuscan le fleuue est honoré Du tronc qui prent à son bord ac croissance,
Reçoy le vœu, qu'un deuot Angeuin, Enamouré de ton esprit diuin, Laissant la France , à ta grandeur dédie :
Ainsi tousiours le Rosne impétueux , Ainsi la Sone au sein non fluctueux, Sonne tousiours et Sceue et sa Délie.
Beaucoup d'autres contemporains de Maurice Sceve Pont pareillement yanté; mais Estienne Pasquier, Recherches de la France (vu, 6), tout en le plaçant à la tête des grands poètes qui parurent sous le règne de Henri lï , et qui « du commeuce- « ment firent profession de plus contenter leurs esprits que rote pinion du commun peuple, » le blâme d'avoir affecté trop d'érudition: « Le premier qui franchit le pas, dit-il, fut Mau- « rice Sceve, Lionnois, lequel ores qu'en sa jeunesse eust suiuy « la piste des autres , si est-ce qu'arriuant sur Paage , il voulut « prendre autre train: se mettant en butte, à l'imitation des « Italiens , une maistresse qu'il célébra sous le nom de Délie , « non en sonnets (car l'usage n'en estoit encore introduit), ains « par dixains continuels, mais ayeeques un sens si ténébreux et
NOTES. 2ft9
« obscur, que le lisant ie disois estre tre's content de ne Ten- « tendre, puisqu'il ne vouloit estre entendu. » La plupart des 449 dîxains dont se compose la Délie de Maurice Sceve sont en effet, difficiles à comprendre, quoique du Bellay, dont j'ai déjà cite' deux pièces à la louange de ce poète, l'appelle ailleurs
Docte aux doctes eselercy.
Rien- n'est plus métaphysique que sa poésie, et plus hérissé de mots nouveaux bizarrement composés, de termes durs et de brusques transitions. L'épithéte à'audàcieus que lui donne l'auteur de l'ode que je commente, hii convient donc à merveille ; mais le reste de l'éloge est exagéré. L'expression de contrefoudre qui y est employée , est très remarquable. 253. — Comme d'un la Poésie,
Qui de Ponde sortita
Du petit Clan, dont la riue
Priuee de flots irez...., page i5i.
Quel est le poète désigné daas cette strophe, et dont les vers ont sans doute été placés parmi les Escriz à la louenge de Louïze 'Label d'après le pompeux éloge qu'on lui accorde, ce ne pouvoit pas être un poète vulgaire, mais un de ceux qui avoient alors le plus de réputation. Il habitait les bords du petit Clan. Cette indication peut -elle nous mettre sur la voie? Qu'est-ce que le petit Clan ! très probablement la rivière appelée aussi le Clain , et dont les noms latins sont Cl anus , Clanius , C lents, Clitis ou Clenus. Les dictionnaires géographiques nous apprennent qu'elle arrose le Poitou; qu'elle a deux sources à la Yesse et à Pleuville; que de là serpentant vers le Nord ocr cidental, elle passe à Anche et y reçoit la Boulaye et la Dive, puis à Vivonne , où elle reçoit la Vonne et plus bas la Miosson ; qu'enfin elle est jointe par une autre rivière à Poitiers, où on l'a rendue navigable jusqu'à sa jonction avec la Vienne au-dessous de Seuon et au-dessus de Châtellerault. Ainsi de toutes les villes qu'elle parcourt, Poitiers est la plus re-
*3o NOTES.
marquable. Du vivant de Louise Labé, les lettres y étoient en grand crédit, et plusieurs littérateurs renommés existaient dans ses murs : deux, entre autres, qui n'y étoient pas nés, y demeurèrent quelque temps. Le premier est Jacques Peletier duMans. On lit, en effet, dans l'abbé Goujet, Biblioth. franc, (tome il, page 3o9) : r Vers i55o, il quitta Paris, et séjourna « successivement à Bourdeaux, à Poitiers et à Lyon ; » et dans le P. Niceron, Mémoires (tome XII, page 367: « Il alla, fers « Tan i55o, à Bourdeaux, d'où il passa à Poitiers; mais n'ayant « pas trouvé dans ces deux villes ce qu'il souhaitoit , il se trans- « porta à Lyou, ou il demeura quelques années et composa « plusieurs ouvrages. » Ne pourrai t-on pas dès-lors supposer que l'ode dont il s'agit a été faite au moment où Jacques Peletier étoit encore à Poitiers, et que c'est lui qui y est indiqué comme le poète dont les chants doivent faire le plus d'honneur à la Belle Cordière? Ce qui viendroit à l'appui de cette conjecture, c'est que nous avons de ce poète une ode à la louange de la ville de Lyon , terminée par un bel hommage à la beauté et au savoir de Louise Labé (Voy. note 260). Mais il existe des raisons à peu près semblables en faveur du second des littérateurs célèbres que nous avons désignés comme séjournant à Poitiers à la même époque. Je veux parler de Jean-Antoine de Baïf ( Voy. note 187). Jean- Antoine à: Baïf passa une partie de sa jeunesse dans la capitale du Poitou. Il y étoit notamment lorsqu'il chanta sa Francine, à l'âge de 2* ans, c'est-à-dire, vers i554> car il étoit né à Venise, en i53a. La scène de son églogue xin, intitulée les Pastoureaux, faite, suivant toute apparence, vers le même temps, et dont il est lui-même un des à>ux interlocuteurs sous le nom de Toinet, est placée sur les rives du Claln; et Ronsard, vers le commencement ne son églogue du Voyage à Tours, insérée dans le second livre de ses Amours, et où il donne également à Baïf le nom de Thoinet, comme il se donne à lui-même celui de Perrot, s'exprime ainsi;
MTTES
Xaç matai -près Àe Cimàti ■+■ '*'**• àmw-
Enfin Baif a, aussi bien que Peletier , i !■■■■! i Xami* Xabt . puisque, parmi les£içrtr à 1 n !■ ■■■■■■pi de cette dam*. , cm trearrr , comme nous l' avons vu, nue pièce de lui . celle qui roematenci par ces mots , O ma ÀeZZe rebelle , etc. (pape 1 1£ ,. C est doar bien vraisemblablement on Jean- Antoine de naïf . on Jacques Peletier, que notre poète avait en vue ; mais lequel des deux V'eH ce que nous ne pouvons décider. J'ajouterai, puisqu'il s'apit du C/œ on Claim , une remarque relative à un poète ryonnois . et qui me fournira l'occasion d'un petit rapprochement : Guillaume du Peyrat, de Lyon, nous a laisse un assez minée volume , intitulé Spicflegia poebca et Amonna libri ID , Paris , Jérémie Périer , 1601, în-ia. D y célèbre (Iir. 7 de ses Amours ) , sous le nom de Pyrrna (cacavnet peut-être ceini de Pierrette ) , une maîtresse née, comme la Francine de Baif, sur les bords du Claim ; c'est ce qu'on voit par la VU* pièce de ce livre (fol. 57 rect.), où on lit:
Félix Pietonis on ter qnaterqae , Félix Claae ter et qnater, gaicto I*abeas murmure, perragansqne rare, Rara Nereidam choru arnica , Qaeis primoe teoera edidit paella Tacite*
Le quitta labems murmure de Guillaume do Peyrat présente la même pensée que la Hue priuee de flots i. et que notre poète applique aussi an Claim, on, comme il rappelle , ma petit Clam. a54> —Ainsi Laure, ainsi OUue
V'memt éternellement , page t5*.
Lsssre de Soves, nanawrtaliséV par Pétrarque. 01 Wé , non fous lequel Jomfhûm du neUay célébra sa nsaitr tue. C'était l'anagraaanse de M» writeÛC* non»; elle fr'appeloit V oie, et étoit d'Angers. Le» iummU yv* As Bellay 6* pour elle, eurent une
grande réputation, et leur succès contribua beaucoup à mettre à la mode ce genre de poésie nouvellement importé d'Italie en France (Voy. note i35).