‹ Examen analytique et tableau comparatif des synchronismes de l'histoire des temps héroiques de la GrèceChapitre 7 sur 77 · IV · texte numérisé non relu

IV

M. xix , 24.

P.inum. IX , 1.1p. xxxi.

j2 DISCOURS

« On donna audience aux députes de Lacédémone « et de Messène, qui se disputoient la possession du » temple de Diane Limnatide. Les Lacédémoniens » prétendoient qu’il avoit été dédié par leurs ancêtres, » sur leur propre territoire ; et ils produisoient en » témoignage les textes de leurs annales et de leurs » cantiques sacrés. Les Messéniens produisoient de » leur côté l’ancien partage du Péloponnèse entre les » descendans d’Hercule, partage par lequel le champ » de Denthélie, où se trouve le temple, étoit échu à » l’un de leurs rois. Cet acte étoit gravé sur d‘ anciens » mon uni en s de pierre et d'airain encore sur pied. On » décida en faveur de Messène. »

Si l’histoire de la fondation d’un temple fut constatée contradictoirement, il y a dix-huit cents ans, par le témoignage d’inscriptions reconnues pour originales, et comme ayant alors onze cents ans d’antiquité, qui pourra douter qu’il ait existé alors même d’autres monumens de siècles plus anciens, et surtout des sources bien plus importantes de l’histoire sommaire, telles que les généalogies royales et les suites des dynasties î II me paroît très-probable que dans la haute antiquité les inscriptions ont été d’abord gravées sur des lames de plomb ; Job fait allusion à cet usage, et Pausanias en cite un exemple.

11 faut donc repousser l’opinion qui réduiroit les

premiers temps de l’histoire grecque à de simples traditions orales et fugitives, quand tout paroît prouver, au contraire , que les chroniqueurs du vi. c siècle ont copié, dans les temples, les monumens de l’histoire , accompagnes des memes notes chronologiques dont les listes étoient marquées nécessairement nom par nom, et fait parfait, dans l’ordre des temps réglés suivant la succession des sacerdoces. C’est encore Denys d’Halicarnasse qui nous le fait connoître, iorsqu’en continuant de critiquer Thucydide , il désapprouve surtout la méthode suivie par ce dernier, de ranger ses narrations sous la répartition bizarre de saison d’été et de saison d’hiver.

«Thucydide, dit cet historien, n’a point partagé » son Histoire suivant l’ordre des lieux où les événe- « mens se sont passés, comme l’avoient fait Hérodote , » Hellanicus et quelques-uns des historiens quiavoient « écrit avant celui-ci. Il n’a pas non plus suivi l’ordre « des temps, selon la méthode qu’ont tenue ceux qui » ont publié des histoires locales , et réglé leurs nar- » rations , soit d’après les successions des rois ou des » prêtres, soit d’après les olympiades ou les magis- » tratures annuelles. »

Ce sont surtout les dernières lignes de ce texte dont l’explication est ici importante : car ce morceau suit trop immédiatement celui que j’ai rapporté plus

Dicijs. Holie.

Je ThucyJiah Hisi. JuJicmm , Mp. VIII.

F. ig. ;? eu ,i DiitOUrf.

î4 .. DISCOURS .

haut en entier, pour qu’on ne comprenne pas aussitôt qu’en spécifiant les histoires locales , Denys a voulu parler de celles dont les chroniqueurs du vi. e siècle avoient publié les copies, et nous apprendre par conséquent quelle étoit la division des temps dont on faisoit le plus anciennement usage. Pour le prouver aussi directement qu’il est possible, je sépare à dessein trois d’entre ceux dont Denys d’Halicarnasse a fait plus haut l’énumération, savoir, Acusilas d’Argos, Hellanicus de Lesbos, et Damastc de Sigée, et j’ajouterai Phérécyde, que Cicéron a nommé comme auteur aussi du même temps. Ce petit nombre de chroniqueurs suffira pour montrer que la nature des histoires qu’ils ont écrites , ne pouvoit se prêter à d’autre division méthodique que celle des successions des règnes et des sacerdoces.

En effet, tous les fragmens qui nous restent des chroniques d’Acusilas ont été rassemblés, et il est aisé de voir qu’aucun ne traite d’un seul fait qui ne concerne des temps antérieurs à la guerre de Troie. Il est donc naturel d’en conclure qu’étant connu pour avoir publié les généalogies d’Argos , d’après le monument que son père avoit déterré, Acusilas n’en a pu déterminer les dates que d’après celles des sacerdoces et des règnes. La connoissance de la division des temps que Damaste de Sigée a dû employer dans

son ouvrage , ressort également cïu sujet meme de son travail. Suidas nous apprend que Damaste avoir composé deux livres sur les généalogies des ancêtres de ceux qui avoient combattu à la guerre de Troie; et comme il n’y pouvoit être question que de degrés ascendans, l’historien étoit donc nécessairement remonté vers les origines des dynasties anciennes : mais, comme au temps déterminé par le titre meme du travail de Damaste il ne pouvoit encore être question ni d’archontats ni d’olympiades, il est évident que Denys d’Halicarnasse avoit en vue ce généalogiste en parlant de ceux qui assujettissoient leurs chroniques à des successions de règnes et de sacerdoces.

Parmi les quatre-vingt-un fragmens auxquels se réduit à présent ce qui s’est conservé des généalogies grecques publiées par Phérécyde , on n’en trouve qu’un seul qui descende jusqu’au temps des olympiades. C’est la généalogie de Miltiade, dont il avoit fait remonter les ancêtres jusqu’à Ajax , petit-fils d’Æacus. Cet exemple nous explique bien ce que Denys d’Halicarnasse dit en parlant des auteurs des histoires locales , et l’ordre dans lequel Phérécyde, l’un des chroniqueurs , avoit remonté jusqu’à Æacus, en suivant progressivement les divisions de temps propres à chaque période différente; mais, parvenu au-delà de la guerre de Troie , à plus forte raison

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ï 6 DISCOURS

n’a-t-il pu régler que d’après les successions des règnes et des sacerdoces toutes les généalogies des rois d’Argos et d’Arcadie. Or, ainsi que les chroniqueurs du vi. c siècle, comme il n’avoit été que le copiste des monumcns des temples, il falloit donc que ces dates de sacerdoces et de règnes en aient accompagné les listes originales.

Examinons maintenant à quel degré d’exactitude pouvoient être portés les calculs des anciens, d’après l’emploi de ces moyens.

Le plus ancien sacerdoce marqué dans l’histoire grecque, est celui d’Io Callithyia, première prêtresse de Junon à Argos, et, suivant les connexions généalogiques, ce sacerdoce se rapporte à l’an i6^o avant J. C. Celui d’Hypermnestre remonte à l’an 1510; celui d’Alcyoné, à 1320; celui d’Admeta, à 1270; enfin celui de Caiiisto , qui ne nous est connu que par un fragment des Méthomériques de Tzetzès, date de l’année meme du sac de Troie. Ces dates, distribuées presque de siècle en siècle, dans la suite des règnes d’Argos, sont les seules de ce genre que le temps ait respectées; mais on peut juger, d’après ces exemples, comment, en se combinant avec les successions de règnes , les suites alors complètes des sacerdoces dévoient trouver dans ces memes successions des moyens de contre-épreuve, qui suffisoient, sinon pour amener

les dates à une exactitude cgaie à celle que nous obtenons à présent par des calculs plus rigoureux , du moins pour jeter un grand jour sur la connoissance de ces temps reculés.

Ces prêtresses avoient chacune leur statue dans l'enceinte de l 1 Herœum d’Argos , et le même usage avoit lieu dans les villes qui la reconnoissoient pour métropole ; témoin la ville d’Hermioné, fondée par un fils de Phoronée : elles étoient représentées assises, et probablement lepoque de leur sacerdoce étoit gravée sur leur siège. Une decouverte récemment faite à Rhamnus en Attique nous apprend qu’à la porte de la cella du temple de Némésis ou de Thémis, on a trouvé à droite et à gauche , sous le portique , deux sièges de marbre sur les dossiers desquels se lisoient séparément les noms du prêtre Philostrate et de la prêtresse Callisto. On vient encore de retrouver à Priène douze statues de prêtres assis. Enfin la découverte, faite par Fourmont, des marbres d’Amycles , fait connoître qu’indépendamment de ces moyens les anciens Grecs réunissoient sur un seul et même marbre des séries entières de sacerdoces avec les années de leur durée à la suite de chaque nom; et voilà sans doute les monumens que les chroniqueurs du vi. e siècle avant J. C., et Polémon au m. e , avoient littéralement copiés.

Pausan. Il , X V III , 14F.

IJ. 11. xxx , 9F ■

Tkf unediud Amiquitits of Aillica. London , iHiy: (. Vil , vt. f.

Acad, m script.

10m. XX III, p.

On voit ainsi continuer l’usage de calculer les temps par ce moyen, depuis Je sacerdoce d’Io Callithyia jusqu’au temps d’Héraclide de Pont, qui région encore de meme sa chronique des musiciens de Sicyone. Timée se servoit de ce moyen de calcul l’an 264 ou 254 avant notre ère, et précisément à la meme année où se terminent pour nous les Marbres de Paros , dont les dernières époques manquent.

Il résulte donc des quatre-vingt-un fragmens de Phérccyde , qu’il avoit mis en ordre la série non interrompue des descendans, par diverses branches, d’Inachus , premier roi d’Argos, depuis Æzéus et Phoronée jusqu’à Agapénor , contemporain de la guerre de Troie. Nous savons d’autre part qu’il avoit conduit jusqu’à Miltiade la ligne de scs ancêtres depuis Æacus, père de Télamon. Or ces deux séries embranchées l’une avec l’autre par la coïncidence du synchronisme d’Alcæus, père d’ Amphitryon, comprenoient un espace de treize cent' soixante-quatre ans, dont sept cent vingt -un ans n’avoient pu être réglés que par les sacerdoces et les règnes , lorsqu’il n’existoit pas d’archontats. Des citations tirées d’Hellanicus, de Thucydide et de Timée , qui nous ont transmis des dates réglées d’après les sacerdoces , depuis lo Callithyia, l’an 1679, jusqu’à l’an 264 avant notre ère, prouvent qu’on avoit sous les yeux une échelle

de faits suivis qui remplissent un espace de quatorze cent quinze ans. Enfin la copie des marbres d’Amycles nous a fait connoître une liste de prétresses qui comprend un espace de plus de huit cents ans, à partir d’Amyclas , dont la naissance datoit de l’an 1 460 avant notre ère.

En voilà bien assez pour montrer la continuité et l’abondance des moyens que les anciens avoient à leur disposition pour éprouver les dates de leur histoire, à partir des temps les plus reculés; et maintenant, pour concevoir une idée de l’exactitude et de la sûreté de ces moyens , il suffit d’en connoître l’exemple suivant. Timée qui précéda Hipparque d’un siècle et demi, n’avoit mis en usage pour sa chronologie que des généalogies, des suites de règnes et de sacerdoces, et néanmoins il étoit parvenu au point de relever dans les archives publiques des ana- . Ç*< e, r M Va

1 4 1 Itlll . Jhlg. L.

chronismes de trois mois qui avoient été commis faute d’avoir eu égard aux différences du commencement des années civiles dans chaque localité.

Lorsqu’en 1595 Scaliger publia son grand ouvrage De emendaùone temporum , il n’avoit aucune connoissance des marbres de Paros , dont la première copie ne parut qu’en 1628. Le premier soin des savans qui suivirent l’époque de cette découverte, fut d’en comparer les dates avec celles qui résultoient du système

Alarmer. Oxon.

tpech. UH.

6o DISCOURS

particulier qu’ils se faisoient suivant la question qu’ils avoient à traiter ; et comme le monument ne s’accordoit pas toujours avec des conjectures formées pour le besoin du moment, et fondées sur des bases toujours hypothétiques, la chronique de Paros, examinée par partie , et jamais comparée dans son ensemble , fut diversement appréciée par ceux qui croyoient ne devoir la considérer que comme le système particulier d’un chronologiste inconnu.

Cette chronique avoit été précédée dans la meme île par celle d’Eudémon, cité, dans l’énumération de Denys d’Halicarnasse, parmi les chroniqueurs du vi. e siècle, et il me paroît que le monument anonyme des marbres qui ont été déterrés de notre temps n’est peut-être que la chronique d’Eudémon , continuée et restituée. On peut du moins observer, à l’appui de cette conjecture , que les observations physiques et astronomiques n’y commencent qu’à l’an 479; ce qui paroît indiquer un changement de rédaction et de système, à l’époque même à laquelle Eudémon a pu cesser de vivre. C’est-à peu près à la même date où l’inscription marque une éruption de l’Etna, qu’appartient Empédocle, le premier connu pour avoir fait des observations sur ce genre de phénomènes physiques.

C’est donc ici pour la première fois que paroît

une partie de cette chronique, dans son état de comparaison avec tout ce qui résulte des généalogies et des règnes confrontés de l’histoire grecque durant l’espace de trois cent quatre-vingt- quatre ans , en deçà desquels je n’étends pas mes parallèles. L’accord continuel de ce monument avec la chronologie entière nous est promis par celui de nos académiciens qui se montre le plus versé dans ces matières.

Mais, pour atteindre au seul but que je me suis proposé en dressant un Tableau simplement synchronique , il a dû me suffire de lui donner pour base chronologique l'époque de la prise de Troie, quelle que soit l’année à laquelle on en ait fixé la date fondamentale dans les divers systèmes. Si j’ai donné la préférence à celui de M. Saint-Martin , qui la fixe à l’an i 1 99 avant notre ère, en années réduites, c’est qu’indépendamment des raisons savantes que notre académicien donnera de la réduction de dix ans qui doit s’exercer et se répartir sur la totalité des deux colonnes chronologiques de mon Tableau , cette réduction cadre bien avec l’intention continuelle que j’ai de laisser à la date approximative de chaque fait une latitude égale de dix ans.

NOTE

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